Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques
| Fondation |
1986 |
|---|
| Type | |
|---|---|
| Siège | |
| Pays |
30 pays d'Europe |
| Effectif |
628 (2024) |
|---|---|
| Direction |
Phil Evans |
| Budget |
763 M. € (2024) |
| Site web |

L'Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques, en anglais : European Organisation for the Exploitation of Meteorological Satellites (EUMETSAT), est une organisation intergouvernementale créée en 1986 et basée à Darmstadt en Allemagne qui prend en charge les besoins météorologiques satellitaires de 30 États membres européens dont 25 des 27 membres de l'UE. L'objectif principal d'EUMETSAT est la conception et la gestion de plusieurs familles de satellites météorologiques.
EUMETSAT définit les besoins que doivent prendre en compte les futurs satellites météorologiques, participe à leur conception, assure leur contrôle en vol et est chargé du traitement des données produites par ceux-ci ainsi que de leur distribution aux utilisateurs finaux. Les objectifs sont d'alimenter les systèmes de prévision météorologique et de contribuer à l'étude des changements climatiques. Les satellites sont développés et placés en orbite par l'Agence spatiale européenne.
Les principaux programmes gérés par EUMETSAT sont les satellites géostationnaires Météosat troisième génération, les satellites polaires MetOp-SG, MSG ainsi que le programme Copernicus. Au terme d'accords internationaux EUMETSAT maintient en permanence deux satellites géostationnaires opérationnels positionnés respectivement au-dessus de l'Europe et de l'Océan indien ainsi qu'un satellite héliosynchrone opérationnel effectuant ses survols en milieu de matinée. Elle gère également plusieurs satellites du programme Copernicus pour le compte de l'Union Européenne. En 2024 l'organisation, qui est financée principalement par les services météorologiques nationaux, dispose d'un budget de 763,2 millions euros et emploie 638 personnes.
Rôle d'EUMETSAT
[modifier | modifier le code]EUMETSAT est une organisation qui fédère l'activité de 30 services météorologiques européens [Note 1] pour la collecte par satellite des principales données utilisées pour les prévisions météorologiques. A ce titre EUMETSAT est un des principaux opérateurs mondiaux de satellites météorologiques. Son activité est coordonnée avec celle d'autres entités régionales similaires dans le monde et à l'échelle planétaire à travers plusieurs organisations. La flotte d'EUMETSAT comprend au milieu de la décennie 2020 entre trois et quatre satellites géostationnaires de type MSG et MTG, deux à trois satellites à défilement de type MetOp et MetOp-SG ainsi que plusieurs satellites du programme Copernicus (Sentinel-3 et 6). Tous ces satellites sont développés et lancés par l'ESA. EUMETSAT participe à leur conception et est en charge de leur exploitation : contrôle de leur fonctionnement, recueil des données collectées par les instruments et traitement, distribution et archivage de celles-ci. Ces satellites fournissent une part essentielle des données nécessaires aux systèmes de prévisions météorologiques et alimentent les systèmes modélisant l'évolution du climat de la Terre.
Historique
[modifier | modifier le code]Débuts de la météorologie spatiale (décennie 1960)
[modifier | modifier le code]Les météorologistes européens ont accès à compter des années 1960 aux images fournies par les premiers satellites météorologiques américains TIROS placés en sur une orbite polaire. Les systèmes météorologiques qui n'existaient que sous forme de courbes sur des graphes isobares sont illustrés pour la première fois : les images prises par ces premiers satellites météorologiques permettent de visualiser nettement les systèmes frontaux, les cyclones extra-tropicaux et les zones de convection. Il devient évident que le satellite constitue désormais une source d'informations majeure pour l'observation des phénomènes météorologiques en particulier au-dessus des océans très mal couverts du fait de la rareté des données collectées[1].
Besoin européen jugé non prioritaire (1968-1970)
[modifier | modifier le code]Pour les météorologues des pays européens la mise en place d'un système de satellites météorologiques ne peut se faire qu'à travers une organisation européenne. Dans les années 1960 le programme spatial européen est pris en charge d'une part par le Conseil européen de recherches spatiales (ESRO) pour les besoins scientifiques et d'autre part par le Centre européen pour la construction de lanceurs d'engins spatiaux (CECLES) pour le développement de lanceurs spatiaux. En 1968 l'ESRO décide d'ouvrir le périmètre de son activité aux satellites d'application. Parmi les projets envisagés figure un satellite météorologique placé sur une orbite polaire et embarquant une charge utile de 300 à 600 kg. En juin 1969 un groupe de travail, constitué de représentants des services météorologiques nationaux, est formé. Le projet français de satellite météorologique Météosat est présenté au groupe. En le groupe de travail et les représentants de l'ESRO identifient deux missions qui doivent être prises en charge : d'une part l'observation de la couverture nuageuse de nuit comme de jour permettant d'effectuer des prévisions météorologiques à court terme et d'autre part le relevé de profils de température. Le coût de développement est estimé initialement à 73 millions ECU (ancêtre de l'Euro) mais abaissé à 40 millions ECUs en réduisant les fonctionnalités. Mais lors de la sélection des applications par l'ESRO en juillet 1970, le projet de satellite météorologique est écarté au profit des satellites de télécommunications et de navigation[2].
Lancement du programme Météosat (1971)
[modifier | modifier le code]Suite à cette décision le groupe de travail replace le besoin dans le contexte plus large défini par le Programme de veille météorologique mondiale de l'Organisation météorologique mondiale (coordination des observations spatiales et in situ de toute la planète pour créer des modèles numériques de prévision météorologique) et le programme Programme mondial de recherche atmosphérique ou GARP (optimisation de la qualité des prévisions numériques et établissement de prévisions allant jusqu’à 10 ou 14 jours). Les besoins identifiés par ces deux programmes nécessitaient une couverture du globe obtenue par le maintien de quatre à cinq satellites météorologiques en orbite géostationnaire et de deux à trois satellites en orbite polaire (avec des heures de survol distinctes). A l'époque les États-Unis disposaient déjà de deux satellites polaires produisant des données qui étaient mises en libre accès et envisageaient le lancement de deux satellites géostationnaires (les futurs GOES Ouest et Est) pour assurer la couverture météorologique de leur territoire. Par contre ils ne voulaient pas fournir les deux à trois satellites géostationnaires manquants. Pour répondre en partie à ce besoin les météorologistes européens proposèrent de développer un satellite géostationnaire au grand déplaisir des représentants français qui poussaient au développement d'un satellite géostationnaire national (Météosat). Le groupe de travail, réuni en juin 1971, précisa les besoins européens : un satellite géostationnaire produisant des images de la couverture nuageuse dans les spectres visible et infrarouge et un satellite en orbite polaire fournissant les profils de température complétés par un équipement de communication permettant les échanges de données avec le sol. Quelques semaines plus tard la France envoyait à l'ESRO une proposition d'européaniser son projet Météosat qui fut acceptée. Au cours des mois suivants les caractéristiques du segment sol furent identifiés par les ingénieurs de l'ESRO, du CNES et deux météorologues. Ce sont d'une part un établissement central pour contrôler le satellite et la mission, étalonner les données, les géolocaliser et extraire les paramètres météorologiques et d'autre part des stations locales de réception primaires et secondaires. Le choix de l'organisation en charge du traitement des données brutes collectées par les satellites fait l'objet de débats vigoureux où se mélangent des arguments techniques et politiques. Les représentants de la France penchent pour un traitement par chaque service météorologique national mais le groupe de travail vote à l'unanimité en faveur d'un traitement centralisé. En juillet 1972 le groupe entérine la création d'un centre de calcul dédié, le Meteorological Information Extraction Centre (MIEC), dont le financement est assuré par les différents services météorologiques nationaux (Arrangement Météosat)[3].
Laborieuse création d'EUMETSAT (1972-1987)
[modifier | modifier le code]La mise en place du MIEC tout comme son financement se heurte aux réticences des gouvernements concernant son financement et les protagonistes ne parviennent pas à se mettre d'accord sur la forme juridique de cette nouvelle organisation. La date de lancement du premier satellite pré-opérationnel Météosat prévue en 1977 se rapprochant sans que ces questions soient tranchées, l'ESRO fait approuver en mars 1975 sa proposition consistant à prendre en charge de manière provisoire, via la structure du programme Météosat, l'exploitation du satellite. Le satellite Météosat F1, le premier d'une série de trois satellites pré-opérationnels, est lancé le . Mais au cours des années suivantes la création d'une structure dédiée au traitement des données météorologiques tout comme son financement reste en suspens. Les services météorologiques nationaux ont approuvé le financement d'un successeur à Météosat F1 mais les relations se tendent avec l'Agence spatiale européenne (l'organisation qui a repris le rôle l'ESOC) notamment parce que le segment sol mis en place par cette dernière ne fournit pas une prestation jugée satisfaisante[4].
Au cours des années suivantes les débats concernant le financement, les fonctions prises en charge et la forme juridique du centre de traitement des données météorologiques, qui est désormais baptisé EUMETSAT (European Organisation for the Exploitation of Meteorological Satellites en français Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques), ne parviennent pas à déboucher. Le développement du programme Météosat de son côté se poursuit : en 1979 le financement de son prolongement sur 10 ans est proposé pour un montant de 343 millions écus. L'Allemagne qui finance 25 % du programme Météosat exige de revoir à la baisse ce cout et de faire participer plus de pays au financement du projet (jusque là seuls huit pays contribuent) car elle estime que le retour industriel pour son pays est trop faible (10 %). Pour tenter de régler, entre autres, le problème du financement l'Agence spatiale européenne convoque fin janvier 1981 les ministres des Affaires étrangères de 19 pays européens dont 16 font le déplacement. La France et la Suède acceptent de revoir à la hausse leur participation et de nouveaux pays envisagent de participer au programme. Deux groupes de travail sont formés pour définir les spécifications techniques du système et l'implémentation organisationnelle. Une conférence intergouvernementale qui se tient à Paris en approuve finalement la création d'EUMETSAT. Cette nouvelle structure prend en charge le financement de trois nouveaux satellites Météosat opérationnels. En , 12 états officialisent leurs engagements financiers qui permettent de couvrir en tout 85,03 % des dépenses prévues. Le Conseil d'EUMETSAT, composé des représentants des services météorologiques nationaux, doit parvenir à trouver le financement manquant, choisir le lieu du siège d'EUMETSAT et désigner le directeur. La convention entérinant la création d'EUMETSAT entre en vigueur le . La propriété des satellites Météosat opérationnels (le premier de la série Météosat-4 doit être lancé en ) lui est transféré le [5].
Les premières réunions du Conseil d'EUMETSAT on lieu en juin et et réunissent les représentants de 16 pays[Note 2]. Trois sites sont proposés pour accueillir le siège de l'organisation : Reading au Royaume-Uni, Strasbourg en France et Darmstadt en Allemagne. Reading, qui est déjà le siège du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme est écarté dès le premier vote. Paris qui reçoit huit votes et 45,83 % des contributions semble favori devant l'Allemagne qui reçoit cinq votes représentant 25,1 % des contributions. Mais à la suite de concessions faites par les deux parties (l'Allemagne comme la France augmentent leur contribution et le candidat allemand à la présidence de l'organisation se retire au profit du candidat anglais), Darmstadt est choisi pour être le siège d'EUMETSAT dont le premier directeur est l'anglais John Morgan. Le déficit du financement est également réglé par l'augmentation de la contribution de chaque pays membre au prorata[6].
Mise en place de l'organisation
[modifier | modifier le code]Le quatre personnes prennent possession du siège d'EUMETSAT installé pour presque 10 ans dans une villa de Darmstadt qui est transformée pour accueillir l'organisation. La petite équipe doit s'occuper de ces tâches matérielles, assoir son rôle au sein des organisations internationales, définir son mode de fonctionnement et élaborer sa stratégie. À cette date, l'Agence spatiale européenne (ESA) a lancé les deux premiers satellites Météosat opérationnels (le troisième doit être placé en orbite en 1988) tandis que trois satellites Météosat opérationnels sont en cours de construction. L'ESA finance le programme jusqu'en 1995. Son centre de contrôle de mission, l'ESOC, a la charge des satellites météorologiques lancés et gère également le MIEC qui assure le traitement des données météorologiques. Les Etats-Unis ont demandé que d'autres pays participent au maintien de satellites en orbite polaire. Au cours de la cinquième réunion du conseil d'EUMETSAT le plan à long terme élaboré par l'équipe de Morgan est adopté. Il comprend la conception des successeurs des satellites Météosat en cours de construction (la série des MSG qui est l'objectif prioritaire), le développement d'un programme d'observation depuis l'orbite polaire (à l'époque on envisage d'installer des instruments météorologiques sur la station spatiale internationale pour jouer ce rôle) et le transfert du MIEC à l'EUMETSAT. Par contre la prise en charge du contrôle des satellites n'est pas à l'ordre du jour. Morgan souligne que la nouvelle organisation doit piloter les efforts scientifiques et techniques[7].
L'organisation connait en 1989 une première crise qui met en évidence les lacunes du processus de décision. À la suite de la panne d'un des deux satellites GOES qui jouent un rôle central dans la couverture météorologique des États-Unis, ce pays demande à EUMETSAT d'assurer temporairement la couverture manquante en déplaçant le satellite Meteosat-3, placé en réserve depuis le lancement de Meteosat-4, jusqu'à la longitude de 50°. Le représentant français bloque la décision qui selon son interprétation constitue une prestation non prévue et nécessite de définir un mode de financement spécifique. Un compromis est finalement trouvé et le satellite est déplacé comme demandé en . Des amendements à la convention seront apportés par la suite pour rendre le processus de décision plus souple et plus rapide. En la convention est modifiée pour ajouter la surveillance du climat (un sujet devenu d'actualité au début de la décennie) aux objectifs d'EUMETSAT et la possibilité de développer des programmes facultatifs c'est à dire décidés et financés par seulement une partie des membres. Le processus de ratification de la convention par les pays membres débute. Très lourd (il implique souvent un vote des assemblées nationales), il s'achèvera en 2000[8].
Les retards pris par le développement des satellites MSG, qui doivent remplacer les Météosat, va susciter une nouvelle crise qui oppose cette fois l'Agence spatiale européenne à EUMETSAT. Elle était sans doute inéluctable du fait de la ligne de démarcation floue entre les périmètres d'intervention des deux organisations et de leur orientation opposée : l'ESA est avant tout un organisme scientifique testant de nouvelles technologies alors que METEOSAT est au service de ses clients et vise à garantir la continuité des données en ayant recours à des technologies éprouvées. En 1989 la date de lancement du premier MSG ayant été repoussée jusqu'à 1998, il faut désormais prévoir de développer deux nouveaux exemplaires sur le modèle du satellite Météosat existant. À la demande d'EUMETSAT, l'ESA fournit en un devis pour le segment sol durant cette nouvelle phase transitoire. Le montant annoncé en forte augmentation fait réagir vivement les responsables d'EUMETSAT qui décident que l'objectif est, qu'à terme, EUMETSAT récupère l'entière responsabilité du segment sol y compris le contrôle des satellites. En 1991 le principe d'une cotisation proportionnelle au PIB pour les programmes obligatoires est adopté. En 1992 EUMETSAT et l'ESA se mettent d'accord sur le financement des futurs programmes. L'ESA finance le développement du prototype/tête de série et EUMETSAT le développement des autres exemplaires. La même année la chute du mur de Berlin en 1989, qui a ouvert le processus d'adhésion aux ex pays de l'Est, voit une première adhésion par la Tchécoslovaquie. Une quinzaine de pays supplémentaires vont devenir membres au cours des deux décennies qui vont suivre[9].
Satellites
[modifier | modifier le code]EUMETSAT gère une flotte de treize satellites (fin 2025) de différents types qui ont pour point commun d'avoir été développés en coopération avec l'Agence spatiale européenne et de produire des données utilisées pour les prévisions météorologiques et l'évolution du climat de la Terre.
Satellites géostationnaires Météosat
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EUMETSAT possède depuis 1977 des satellites météorologiques positionnés sur une orbite géostationnaire à une altitude de 36 000 km qui constituent la première source de données pour les prévisions météorologiques en fournissant pratiquement en temps réel des données sur l'état de l'atmosphère, les vents et le déplacement des nuages. Ces données, qui sont conservées depuis le début de leur acquisition, sont également utilisées pour reconstituer l'évolution du climat au cours des dernières décennies par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) dans le cadre de son programme Copernicus Climate Change Service financé par l'Union européenne. Les satellites géostationnaires d'EUMETSAT occupent deux positions aux longitudes 0° (Au-dessus de l'Europe et de l'Afrique) et 45° (Océan Indien). En 2025 l'organisation met en œuvre trois satellites Météosat de seconde génération un satellite Météosat de troisième génération. Ce dernier lancé en 2022 fournit notamment une image multispectrale de 86 % de l'hémisphère qu'il surplombe toutes les dix minutes (2,5 minutes pour l'Europe) et dispose d'un instrument détectant les éclairs[10].
Satellites à défilement MetOp
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Les satellites météorologiques placés sur une orbite polaire héliosynchrone à une altitude d'environ 800 km sont complémentaires des satellites circulant sur une orbite géostationnaire. Ils permettent d'effectuer des observations sur des régions situées à des latitudes trop élevées pour pouvoir être observées par ces derniers et ils fournissent des données beaucoup plus détaillées car ils sont 42 fois plus proches de la surface. Les satellites MetOp de l'EPS (EUMETSAT Polar System) circulant sur cette orbite constituent la contribution européenne au programme Joint Polar System Agreement (IJPS) noué avec l'agence américaine NOAA pour disposer d'une couverture temporelle plus importante. Les satellites européens effectuent leur survol des régions à 9 h (heure locale) tandis que les satellites américains effectuent le leur à 13 h 25. METEOSAT a lancé son premier satellite MetOp en 2006 et a déployé trois satellites de cette famille dont deux sont toujours opérationnels en 2025. En aout 2025 elle a placé en orbite le premier exemplaire de sa nouvelle série MetOp-SG[11].
Programme Copernicus
[modifier | modifier le code]Le programme Copernicus de l'Union européenne regroupe plusieurs catégories de satellites d'observation de la Terre dont deux gérées par EUMETSAT[12].
Sentinel 3
[modifier | modifier le code]Les satellites Sentinel 3, qui circulent sur une orbite héliosynchrone, collectent des données qui permettent d'en déduire la couleur de l'océan, la température de sa surface et la hauteur de la mer. Ces informations sont utilisées notamment pour la topographie des étendues d'eau, l'épaisseur des glaces ainsi que la surveillance de l'environnement et du climat. Ces satellites font partie du programme Copernicus financé par l'Union Européenne et sont gérés par EUMETSAT pour le compte de celle-ci. Courant 2025 EUMETSAT dispose de deux satellites de cette famille[13].
Sentinel 6
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Les satellites Sentinel 6, qui circulent sur une orbite héliosynchrone, constituent les successeurs des satellites Jason dont EUMETSAT gère le dernier représentant (voir ci-dessous). Ils fournissent les mêmes données que ceux-ci. Courant 2025 EUMETSAT dispose de deux satellites de cette famille[14].
Jason
[modifier | modifier le code]Le satellite Jason-3 lancé en 2016 et dont l'instrument principal est un radar altimètre mesure la hauteur de la surface des océans, la vitesse du vent de surface et la hauteur des vagues. Ce satellite euro-américain est le quatrième satellite à remplir cette mission depuis le lancement de TOPEX/Poséidon en 1992. Les données recueillies sont utilisées pour l'étude du climat de la Terre ainsi que pour les prévisions météorologiques saisonnières[15].
Programme EPS-Sterna
[modifier | modifier le code]EPS-Sterna est une constellation de satellites météorologiques de petite taille qui doit permettre de disposer de mesures à fréquence plus rapprochées dans le spectre des micro-ondes. Il s'agit en particulier de disposer d'une meilleure couverture dans les régions situées à des latitudes élevées qui ne sont pas couvertes par les satellites météorologiques en orbite géostationnaire (pour l'Europe MSG et MTG). Il est prévu de déployer une constellation de six micro-satellites de 135 kg emportant un unique instrument : celui-ci est un sondeur (radiomètre) micro-ondes à 19 canaux qui permet de mesurer le taux d'humidité et la température quelle que soit la couverture nuageuse. Ces satellites d'une durée de vie de 5 ans circuleront sur une orbite polaire héliosynchrone dans trois plans orbitaux à une altitude de 595 km. Un prototype, Arctic weather satellite, a été développé et placé en orbite le . Le développement de la constellation a été approuvé par les pays membre fin 2025. Le lancement est planifié en 2029. 20 satellites sont prévus pour assurer la continuité de la prestation jusqu'en 2042[16].
Programme EPS-Aeolus
[modifier | modifier le code]Le programme EPS-Aeolus développé conjointement par EUMETSAT et l'Agence spatiale européenne a pour objectif de disposer de satellites dédiés à la mesure de la vitesse et de la direction du vent. Ceux-ci doivent reprendre et poursuivre les objectifs du précurseur ADM-Aeolus développé par l'agence spatiale dans le cadre de son programme Earth Explorer qui a fonctionné de à 2023. Les données collectées doivent permettre d'améliorer les prévisions météorologiques. Le satellite de 2,5 tonnes dont 1 tonne pour l'instrumentation disposera pour remplir son objectif d'un lidar fonctionnant dans l'ultraviolet. Le satellite emportera également un sondeur à occultation radio. Deux satellites d'une durée de vie de 10 ans doivent être développés dans le cadre de ce programme . Si le programme est approuvé, le lancement du premier satellite est prévu pour 2034[17].
Activité opérationnelle
[modifier | modifier le code]EUMETSAT a en charge le contrôle opérationnel des satellites, la réception des données, le traitement de celles-ci, leur distribution et leur archivage.
Contrôle des satellites
[modifier | modifier le code]EUMETSAT dispose à Darmstadt de deux centres de contrôle de mission, l'un dédié aux satellites géostationnaires, l'autre consacré aux satellites circulant en orbite basse. Les opérateurs y communiquent avec les satellites, collectent les données, surveillent le fonctionnement des engins spatiaux et envoient des commandes de correction d'orbite. Deux centres de contrôle de secours — à Madrid pour les satellites en orbite basse et à Fucino — sont prévus pour faire face à un incident dans la salle principale. Le fonctionnement est assuré 24 h sur 24 et 7 jours sur 7[18].
Stations terriennes
[modifier | modifier le code]Les données recueillies par les satellites d'EUMETSAT sont recueillies par des stations terriennes équipées d'antennes paraboliques et de liaisons permettant de transmettre les données aux centres de contrôle[19] :
- Pour les satellites Météosat seconde génération les deux stations terriennes primaires assurant à la fois leur suivi/contrôle et la collecte des données sont situées à Fucino en Italie (en français : Fucin) et à Cheia en Roumanie. Chaque station dispose de cinq antennes paraboliques de 13 mètres de diamètre. Le contrôle et le suivi des satellites Météosat troisième génération est également pris en charge par deux antennes paraboliques de 9 mètres des stations terriennes de Fucin et de Cheia mais la collecte des données est pris en charge par des stations terriennes situées à Lario (Italie) et Loèche (Suisse).
- Le suivi/contrôle et la collecte des données des satellites polaires MetOpMetOp et MetOp-SG est pris en charge à chaque orbite par la station de Svalbard en Norvège via cinq antennes paraboliques de 10 mètres de diamètre. Ces données sont également collectées par la station de McMurdo en Antarctique de l'agence américaine NOAA ce qui permet de réduire le temps de latence entre l'acquisition des données et la mise à disposition des utilisateurs finaux.
- Les données des satellites Sentinel-3 sont collectées via une liaison en bande X par la station de Svalbard en Norvège.
- Le contrôle/suivi et la collecte des données des satellites Sentinel-6Sentinel-6 est pris en charge par la station terrienne de Fairbanks en Alaska gérée par la NOAA et la station de Kiruna en Suède. Depuis 2025 le transfert des données passe également par une station terrienne commerciale située à Inuvik au Canada.
- Le contrôle/suivi et la collecte des données des satellites Jason développés en coopération par l'Europe et les États-Unis est entièrement pris en charge par les stations terriennes de la NOAA qui transmet ensuite celles-ci à EUMETSAT.
Traitement des données
[modifier | modifier le code]Les données collectées par les satellites sont traitées au siège et dans huit centres SAF (satellite application facilities) spécialisés dans la génération d'une catégorie de produits[20]. Ces centres sont[21] :
- AC piloté par le service météorologique finlandais : surveillance de la composition de l'atmosphère dont les gaz à l'état de trace, l'ozone et le rayonnement ultraviolet[22].
- OSI piloté par le service météorologique français : température de surface des océans, étendue des glaces ainsi que vitesse et direction des vents[23].
- NWP piloté par le service météorologique anglais : développe les logiciels permettant d'extraire les données fournies par les instruments des satellites pour faciliter leur intégration dans les modèles de prévision météorologiques[24].
- ROM piloté par le service météorologique danois : détermine les profils verticaux de l'atmosphère à partir des des signaux radio modifiés par l'occultation de l'atmosphère[25].
- NWC piloté par le service météorologique espagnol : développe les logiciels permettant d'effectuer des prévisions météorologiques à court terme à partir des données recueillies[26].
- H piloté par le service météorologique italien : en analysant les précipitations, le taux d'humidité des sols et la couverture neigeuse produit les prévisions de crues et de sécheresse[27].
- CM piloté par le service météorologique allemand : produit les informations sur la couverture nuageuse, le taux d'humidité et le rayonnement solaire[28].
- LSA piloté par le service météorologique portugais : produit les informations sur l'état des sols (utilisées pour l'agriculture et la sylviculture) en analysant les informations telles que l'évapotranspiration, la détection des incendies et la température des sols[29].
Diffusion et archivage
[modifier | modifier le code]Les données, une fois traitées, sont mises à disposition des utilisateurs finaux par différents moyens. Elles sont diffusées en quasi temps réel par le système EUMETCast via le satellite de télécommunications géostationnaire HOTBIRD-13F. Courant 2024, il existe 4 000 stations de réception abonnées à ce service[30],[31]. Des outils en ligne (EUMETView, Data Tailor) permettent de consulter en ligne les données produites ou de disposer de manière automatique d'agrégats définis en fonction des besoins des utilisateurs. EUMETSAT, le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, Mercator Ocean International et l'Agence européenne pour l'environnement maintiennent ensemble le site internet WEKEO qui met à disposition les données et services issus du programme Copernicus (satellites Sentinel)[31]. L'ensemble des données collectées et générées par l'activité d'EUMETSAT est archivé dans un centre de données[32].
Pays membres
[modifier | modifier le code]EUMETSAT compte 30 pays membres dont cinq ne font pas pas partie de l'Union européenne : le Royaume-Uni la Croatie, la Turquie, la Suisse et la Norvège. Des accords de coopération existent aussi avec la Serbie.
Financement
[modifier | modifier le code]Les services météorologiques des États membres financent les programmes EUMETSAT et en sont les principaux utilisateurs. Le financement de l'organisation est proportionnel au revenu national brut de chaque État. En 2024 le montant des contributions des pays membres s'élevaient à 506 millions euros. Les principaux contributeurs sont l'Allemagne (100,7 M€), la France (68,9 M€), le Royaume-Uni (67,7 M€), l'Italie (49,4 M€) , l'Espagne (33,2 M€) et les Pays-Bas (22,8 M€)[33]. Les principaux postes de dépense sont la troisième génération de satellites géostationnaires MTG (219,1 M€), la deuxième génération de satellites polaires MetOp-SG (254,3 M€), le programme Copernicus (111,4 M€) et la deuxième génération de satellites polaires MSG (23,3 M€)[33].
Accords de coopération internationale
[modifier | modifier le code]Au niveau mondial
[modifier | modifier le code]Les prévisions météorologiques, la détection d’événements météorologiques dangereux et la compréhension des changements climatiques affectant la Terre sont des questions globales qui nécessitent une coopération à l'échelle de la planète. Celle-ci s'effectue notamment sur la base d'un cadre mis en place par l'Organisation météorologique mondiale qui recouvre les échanges des données et de l'expertise scientifique. EUMETSAT est membre et secrétaire permanent du Groupe de coordination pour les satellites météorologiques (CGMS) qui regroupe à la fois des agences spatiales et des organisations similaires à EUMETSAT. Le CGMS est chargé de coordonner les systèmes satellitaires qui alimentent les système de météorologie opérationnelle à l'échelle de la planète. EUMETSAT est également membre du Comité sur les satellites d'observation de la Terre (CEOS) dont l'objectif est de coordonner les programmes de satellites d'observation de la Terre et les interactions de ces programmes avec les utilisateurs de leurs données. EUMETSAT applique les recommandations du Système mondial d’observation du climat (GCOS) à savoir donner accès à tous les utilisateurs pour leur permettre de consulter les données et informations enregistrées qui peuvent être utilisées pour répondre aux problèmes pressants liés au climat. Dans ce but EUMETSAT fournit des données étalonnées et des observations homogénéisées. EUMETSAT est également membre du Groupe intergouvernemental sur l'observation de la Terre (GEO) dont l'objectif est de mettre en place le Système mondial des systèmes d'observation de la Terre (GEOSS). Cette organisation fournit un cadre permettant de coordonner les nouveaux projet contribuant à cet objectif[34].
Au niveau de l'Europe
[modifier | modifier le code]Au niveau européen EUMETSAT fait partie du réseau European meteorological infrastructure (EMI), qui comprend également le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme et EUMETNET, dont l'objectif est de répondre à l'évolution des besoins des services météorologiques et hydrologiques nationaux des pays membres. Il est également partenaire de l'agence spatiale européenne et de la Commission Européenne dans le programme Space Strategy for Europe dont le but est de définir la politique spatiale de l'Europe. Enfin EUMETESAT participe au programme Green Deal de l'Union européenne dont le but est d'atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050[35]. EUMETSAT participe avec le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme et l'Agence spatiale européenne au projet Destination Earth (DestinE) de la commission Européenne dont l'objectif est de développer un modèle numérique de la Terre permettant de surveiller et de prévoir les changements affectant l'environnement et l'impact sur l'homme dans le but de réaliser un développement durable[36].
Accords bilatéraux
[modifier | modifier le code]EUMETSAT a des accords de coopération bilatéraux portant sur l'échange des données météorologiques et l'expertise scientifique avec le Canada (ECCC), la Chine (CMA, CNSA et NSOAS), le Japon (JAXA et JMA) la Corée du Sud (KMA et NIER), l'Inde (ISRO) et les États-Unis (agences NOAA et NASA). Les accords qu'elle avait avec la Russie (agence Roshydromet) ont été suspendus en mars 2022[37].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Les seuls pays non membres sont la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine, la Serbie et la Bosnie Herzégovine.
- ↑ Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède, Suisse et Turquie
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir, p. 35
- ↑ 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir, p. 37
- ↑ 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir, p. 39-41
- ↑ 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir, p. 43-45
- ↑ 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir, p. 47-49
- ↑ 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir, p. 49-51
- ↑ 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir, p. 53-57
- ↑ 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir, p. 59-63
- ↑ 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir, p. 63-70
- ↑ (en) « Meteosat series », EUMETSAT (consulté le )
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- ↑ (en) « Sentinel series », EUMETSAT (consulté le )
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- ↑ (en) « Ground Segment : Processing and reprocessing data », EUMETSAT (consulté le )
- ↑ (en) « Satellite Application Facilities (SAFs) », EUMETSAT (consulté le )
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- ↑ (en) « Radio Occultation Meteorology (ROM SAF) », EUMETSAT (consulté le )
- ↑ (en) « Support to Nowcasting and Very Short Range Forecasting (NWC SAF) », EUMETSAT (consulté le )
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- (en) « Ground Segment : Distributing the data », EUMETSAT (consulté le )
- ↑ (en) « Ground Segment : Storing the data », EUMETSAT (consulté le )
- (en) « EUMETSAT : Annual report 2024 », sur EUMETSAT, (consulté en )
- ↑ (en) « Multilateral partnerships », EUMETSAT (consulté le )
- ↑ (en) « Relationships with partners in Europe », EUMETSAT (consulté le )
- ↑ (en) « Destination Earth », EUMETSAT (consulté le )
- ↑ (en) « Bilateral partnerships », EUMETSAT (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- EUMETSAT, 25 ans d'EUMETSAT - Les fondements de l'avenir (Monographie), EUMETSAT (no SP1235), , 322 p. (lire en ligne).
Histoire d'Eumetsat de sa création jusqu'à 2011 (texte bilingue français/anglais). - Simone Courteix, « « Eumetsat » ou l'Europe de la météorologie par satellites », Annuaire Français de Droit International, vol. 341, no 29, , p. 624-638 (lire en ligne)Histoire de la création d'Eumetsat
- (en) J. Krige et A. Russo avec des contributions de M. De Maria et L. Sebesta, A History of the European Space Agency, 1958 – 1987 : Vol. 2 - The story of ESA, 1973 to 1987 (Monographie), Noordwijk, ESA Publications Division (no SP1235), , 703 p. (ISBN 92-9092-536-1, lire en ligne)Création d'Eumetsat, Genèse et premiers développement du programme Météosat.
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Météosat première génération
- Météosat seconde génération
- Météosat troisième génération
- Groupe de coordination pour les satellites météorologiques
Liens externes
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- (en + fr) Site officiel
- Ressource relative à la recherche :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (en) « Rapport annuel 2024 », sur EUMETSAT,