BepiColombo

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
BepiColombo
Description de cette image, également commentée ci-après

Logo de la mission

Caractéristiques
Organisation ESA, JAXA
Domaine Mercure
Masse 4 100 kg au décollage
Lancement Prévu le 27 janvier 2017
Lanceur Ariane 5 - ECA
Orbite Polaire
Périapside 400 km
Apoapside 1 500 km (MPO), 11 800 km (MMO)
Période 2,3 h (MPO), 9,2 h (MMO)

BepiColombo est une mission d'exploration de l'Agence spatiale européenne (ESA) vers la planète Mercure qui doit être lancée en janvier 2017. Elle est ainsi nommée en l'honneur du scientifique italien Giuseppe Colombo, dit Bepi. Elle est développée conjointement avec l'agence d'exploration aérospatiale japonaise (JAXA). Après un vol de transit de 7 ans et le recours à six reprises à l'assistance gravitationnelle des planètes intérieures, les deux orbiteurs qui composent la mission doivent se placer en janvier 2024 en orbite autour de Mercure :

  • l'orbiteur MPO, développé par l'ESA, a pour mission principale l'étude de l'intérieur et de la surface de la planète Mercure ;
  • l'orbiteur MMO, développé par l'agence spatiale japonaise JAXA, a pour objectif l'étude du champ magnétique, de la magnétosphère, de l'exosphère ainsi que des ondes et des particules situées dans l'environnement immédiat de la planète.

Un troisième module, le Mercury Transfer Module, ou MTM, dont la maîtrise d'œuvre est confiée à l'ESA, prend en charge le transit des éléments MPO et MMO jusqu'à l'orbite de Mercure. À l'origine un atterrisseur était également prévu, mais des restrictions budgétaires ont conduit à son abandon.

Contexte[modifier | modifier le code]

La sonde Mariner 10

Mariner 10 est la première sonde spatiale à avoir approché Mercure et l'a survolée à trois reprises en 1974 et 1975. Cette sonde, lancée le 3 novembre 1973 en direction de Vénus, a utilisé pour la première fois l'assistance gravitationnelle d'une planète (Vénus) pour atteindre Mercure dont le survol n'était pas prévu à l'origine. Equipée d'une caméra, d'un magnétomètre et de plusieurs spectromètres Mariner 10 a permis notamment la découverte d'un champ magnétique significatif et de la forte densité de la planète révélatrice d'un noyau ferreux de grande taille. Les télescopes terrestres les plus puissants n'avaient pas permis d'obtenir des images de qualité de la surface du fait de la proximité de l'alignement avec le Soleil. Les photos prises par Mariner 10 ont permis de cartographier près de 45 % de la surface de la planète avec une résolution d'environ 1 km et révélé une surface ancienne couverte de cratères à l'apparence très proche de celle de la Lune[1]. Le survol suivant de Mercure n'a lieu qu'en 2008 grâce à la sonde spatiale MESSENGER développée par la NASA. En effet, la mise en orbite autour de la planète nécessite de faire face à deux difficultés : pour se placer en orbite autour de Mercure en suivant une trajectoire directe, une sonde lancée depuis la Terre doit disposer d'une capacité d'accélération de 13 km⋅s-1. Par ailleurs, une sonde placée en orbite autour de Mercure est soumise à des températures très élevées qui nécessitent des dispositifs adaptés et une parfaite maîtrise de l'orientation[2].

Objectifs de la mission[modifier | modifier le code]

Les principaux objectifs scientifiques de BepiColumbo sont :

  • analyse de la composition de Mercure afin de recueillir des données sur la nébuleuse solaire primitive ayant conduit à la formation du système solaire ;
  • expliquer la densité anormalement élevée de Mercure comparée aux autres corps du système solaire ;
  • déterminer si le noyau de Mercure se trouve à l'état solide ou liquide ;
  • recherche et étude d'une activité tectonique éventuelle ;
  • expliquer la présence d'un fort champ magnétique intrinsèque autour de Mercure alors que Vénus ou Mars en sont dépourvues ;
  • expliquer l'absence de traces de fer lors de toutes les analyses spectroscopiques alors qu'il est supposé être le constituant principal de la planète ;
  • détecter la présence éventuelle de glace d'eau ou de sulfure à l'ombre des cratères des régions polaires ;
  • réaliser une cartographie complète de la planète, en particulier de l'hémisphère non encore exploré par Mariner 10 ;
  • étude des mécanismes à l'origine de l'exosphère ;
  • étude de l'interaction du champ magnétique avec le vent solaire en l'absence d'ionosphère ;
  • décrire la structure de la magnétosphère et des phénomènes associés (ceintures de radiations, orages magnétiques...) ;
  • utiliser l'avance du périhélie de Mercure, due à la courbure de l'espace-temps près du Soleil, pour tester la théorie de la relativité générale.

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

Le transit entre la Terre et Mercure[modifier | modifier le code]

BepiColombo doit être lancée en 2017 par une fusée Ariane 5 qui la place sur une orbite héliocentrique. La sonde combine l'action de ses moteurs ioniques et le recours à l'assistance gravitationnelle pour parvenir jusqu'à Mercure. Elle survole au cours de son transit à faible altitude la Terre à une reprise, Vénus à deux reprises et Mercure à quatre reprises.

La trajectoire héliocentrique de BepiColombo utilisera l'assistance gravitationnelle de la Terre, de Vénus et de Mercure et durera 6 ans
Déroulement de la mission[3]
Date Evénement
27/01/2017 Lancement en orbite de transfert géostationnaire
01/2017 Augmentation de l'altitude avec un moteur de propulsion chimique à 436 000 km
01/2017 Survol de la Lune pour échapper à l'attraction terrestre et se placer sur une orbite héliocentrique

Modification continue de la trajectoire par la propulsion ionique - le Solar Electric Propulsion module (SEPM), poussée jusqu'à 0,29 Newton

16/07/2018 Assistance gravitationnelle de la Terre
22/09/2019 Première assistance gravitationnelle de Vénus
4/05/2020 Deuxième assistance gravitationnelle de Vénus
23/07/2020 Première assistance gravitationnelle de Mercure
14/04/2021 Deuxième assistance gravitationnelle de Mercure
6/07/2022 Troisième assistance gravitationnelle de Mercure
29/12/2022 Quatrième assistance gravitationnelle de Mercure
4/02/2023 Cinquième assistance gravitationnelle de Mercure
1/01/2024 Largage du module de propulsion ionique sur Mercure à l'arrivée

Insertion en orbite à l'aide des moteurs à propulsion chimique du MPO

1/04/2025 Fin de la mission nominale
1/04/2026 Fin de la mission étendue

La phase d'exploration (2022-2023)[modifier | modifier le code]

Caractéristiques techniques des sondes spatiales[modifier | modifier le code]

La mission BepiColombo comprend 4 modules dont deux modules techniques et deux sondes spatiales qui prennent leur autonomie une fois la mise en orbite autour de Mercure effectuée.

L'orbiteur MPO[modifier | modifier le code]

Orbites mmo mpo.png

L'orbiteur MPO (Mercury Planetary Orbiter) est une sonde spatiale stabilisée 3 axes, qui est placée en orbite polaire elliptique (480 × 1 500 km). MPO, qui est développée par l'Agence spatiale européenne, a pour objectif l'étude de la planète. Sa masse est de 400 kg et elle emporte une charge utile de 50 kg. L'énergie solaire est fournie par 3 panneaux solaires formant une aile unique orientable. Les panneaux, qui produisent environ 1 000 W durant la mission scientifique, sont partiellement recouverts de parties réfléchissantes (les Optical Solar Reflectors ou OSR) pour limiter leur montée en température. Pour atteindre cet objectif, les panneaux solaires sont également orientés de manière à ce que l'incidence des rayons solaires qui les atteignent ne soit pas perpendiculaire. Le contrôle d'attitude est réalisé à l'aide de quatre roues de réaction et deux ensembles redondants de 10 moteurs-fusées de 10 Newtons de poussée consommant de l'hydrazine. L'orientation du module est déterminée à l'aide de 3 senseurs stellaires, deux centrales à inertie comportant chacune 4 accéléromètres et 4 gyroscopes et deux ensembles de deux senseurs solaires fins redondants. Les corrections de trajectoire sont confiées à deux ensembles redondants de quatre moteurs-fusées de 22 Newtons de poussée biergols, consommant un mélange d'hydrazine et deMON-3. Les télécommunications sont assurées en bande X par une antenne grand gain orientable de 1 mètre de diamètre, une antenne moyen gain orientable et deux antennes faible gain fixes [4],[5].

Les instruments scientifiques de MPO[6].
Instruments Caractéristiques
BELA Altimètre laser utilisé pour la cartographie (BepiColombo Laser Altimeter)
ISA Accéléromètre (Italian Spring Accelerometer)
MERMAG Magnétomètre (Mercury Magnetometer)
MERTIS-TIS Spectromètre et radiomètre infrarouge thermique (Mercury Radiometer and Thermal Imaging Spectrometer)
MGNS spectromètre à neutrons et rayons gamma (Mercury Gamma-Ray and Neutron Spectrometer)
MIXS Spectromètre imageur rayons X (Mercury Imaging X-ray Spectrometer)
MORE Transpondeur utilisé pour une expérience d'occultation radio (Mercury Orbiter Radio-science Experiment)
Phébus Spectromètre ultraviolet lointain et extrême (Probing Hermean Exosphere by Ultraviolet Spectroscopy)
SERENA Spectromètre de masse et analyseur de particule (Search for Exospheric Refilling and Emitted Natural Abundances)
SIMBIO-SYS spectromètre infrarouge et caméras haute définition (Spectrometers and Imagers for MPO BepiColombo Integrated Observatory System)
SIXS Spectromètre rayons X (Solar Intensity X-ray and particle Spectrometer)

L'orbiteur magnétosphérique (MMO)[modifier | modifier le code]

Orbites mmo mpo.png

L'orbiteur MMO (Mercury Magnetospheric Orbiter) est un satellite scientifique développé par l'agence spatiale japonaise JAXA dont l'objectif principal est l'étude de la l'atmosphère et de la magnétosphère de la planète Mercure. D'une masse totale d'environ 275 kg dont 45 kg d'instrumentation, il se présente sous la forme d'un prisme octogonal haut de 0,9 mètres avec des faces opposées distantes de 1,8 mètres. Le satellite est spinné (en rotation) à 15 tours par minute autour de son axe qui est maintenu perpendiculaire au plan orbital de Mercure autour du Soleil. Ce choix d'orientation garantit que les extrémités du satellite (le bas et le haut du prisme) ne sont jamais pointées vers le Soleil et permet de pointer l'antenne grand gain vers la Terre en la rendant orientable avec un seul degré de liberté. MMO circule sur une orbite polaire fortement elliptique de 11 640 km sur 590 km. Les parois de l'octogone sont recouvertes de cellules solaires qui génèrent 350 Watts et de miroirs. Ces derniers permettent de maintenir la température dans une fourchette acceptable[7].

Les instruments scientifiques de MMO[8].
Instruments Caractéristiques
MERMAG-M/MGF Magnétomètre (Mercury Magnetometer / Magnetometer Fluxgate)
MPPE Ensemble instrumental destiné à l'étude des particules de haute et basse énergie (Mercury Plasma Particle Experiment)
PWI Analyse de la structure et de la dynamique de la magnétosphère (Plasma Waves Instrument)
MSASI Spectromètre en lumière visible travaillant dans le domaine spectral de la raie D2 d'émission du sodium (Mercury's Sodium Atmosphere Interferometer)
MDM Mesure de la poussière interplanétaire (Mercury Dust Monitor)

Le module pare-soleil et interface (MOSIF)[modifier | modifier le code]

Le module pare-soleil et interface MOSIF (Magnetospheric Orbiter Sunshield and Interface Structure) protège le MMO du soleil et joue le rôle d'interface entre le MMO et le MPO.

Le module de transfert vers Mercure (MTM)[modifier | modifier le code]

Le module de transfert vers Mercure (Mercury Transfer Module MTM) est un module de propulsion qui est chargé de la propulsion de l'ensemble constitué par le MMO, le MOSIF et le MPO jusqu'à Mercure.

Les défis technologiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « APL's Messenger kit press - first flyby », sur Université Johns Hopkins - site MESSENGER,‎ 2008[PDF]
  2. (en) « BepiColombo - System and Technology Study Report : chap V mission design », sur ESA (consulté en 2000)[PDF]
  3. (en) « BepiColombo : Fact Sheet », sur ESA,‎
  4. « Les satellites BEPICOLOMBO », sur CNES Missions scientifiques,‎
  5. (en) « Mercury Planetary Orbiter - spacecraft », sur ESA,‎
  6. (en) « BepiColombo - MPO instruments », sur ESA (consulté le 21 juillet 2012)
  7. (en) « Mercury Magnetospheric Orbiter - spacecraft », sur ESA,‎
  8. (en) « BepiColombo - MMO instruments », sur ESA (consulté le 21 juillet 2012)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Paolo Ulivi et David M. Harland, Robotic exploration of the solar system : Part 4 : the Modern Era 2004-2013, Springer Praxis,‎ , 567 p. (ISBN 978-1-4614-4811-2)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • MESSENGER Mission de la NASA vers Mercure en orbite depuis mars 2011
  • Mercure
  • Mariner 10 La seule mission spatiale ayant étudié Mercure jusqu'en 2008

Liens externes[modifier | modifier le code]