Nordpresse

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Nordpresse
Logo de Nordpresse
Logo de Nordpresse.

Adresse www.nordpresse.be
Commercial non
Publicité oui
Type de site information parodique parfois qualifiée de « trompeuse »
Langue Français
Inscription non (abonnement payant facultatif)
Siège social Bruxelles (Région de Bruxelles-Capitale)
Drapeau de la Belgique Belgique
Créé par Vincent Herregat, dit Vincent Flibustier[a]
Lancement 2014
Classement Alexa 73 728 (Global, 10/2017)
État actuel En ligne

Nordpresse (par opposition à Sudpresse) est un site d'information parodique belge. Commençant par parodier Sudpresse, le site utilise également des noms de domaines ressemblant à ceux de médias français pour crédibiliser ses informations. Sa ligne éditoriale reprend les grandes lignes de l'actualité polémique qui fait réagir sur internet.

Plusieurs médias français pointent des ambiguïtés de la part du site web, certaines de ses publications s'éloignant selon eux de la parodie pour se rapprocher de la tromperie volontaire ou du canular dénué d'aspects humoristiques. Selon le fondateur de Nordpresse, c'est un moyen d'éduquer l'internaute, un moyen de lui apprendre à ne pas se faire piéger.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le site est fondé en avec la volonté de parodier les journaux publiant uniquement des faits divers et « une certaine presse qui ne se gêne pas pour faire des articles vraiment bas de plafond »[1].

En , Nordpresse, alors peu connu sur la scène médiatique française, acquiert de la notoriété grâce à Christine Boutin qui décide, en réaction à un article parodique dans lequel était écrit qu'elle avait déclaré « que les enfants victimes d'attouchements par des prêtres devaient eux aussi être punis » de porter plainte pour diffamation et juge opportun de démentir l'information de manière véhémente. Cette information est relayée par plusieurs médias belges et français, contribuant à l'augmentation de la popularité de Nordpresse[2].

Relations avec les autres médias[modifier | modifier le code]

NordPresse utilise à plusieurs reprises des noms de domaine ressemblant à des médias français (FranceInfoTele.com, LeCanardEnchaine.net, etc.) afin de crédibiliser ses articles[3].

Selon Jean-Jacques Jespers, professeur de déontologie de l'information à l'ULB, Nordpresse est « un contre-exemple » de site d'information parodique car il mélange vraies et fausses informations, conduisant à l'absence de contrat de lecture clair : selon lui, « le lecteur doit savoir à quel type d’information, satirique ou non, il a affaire »[1].

À Libération qui remarque que le fondateur n'hésite pas à partager ses articles sur les pages Facebook de militants d'extrême droite afin qu'ils soient relayés, celui-ci répond : « un imbécile apprend plus en comprenant qu’il s’est fait piéger qu’avec des articles de « fact-checking » qu’il ne lit pas, « parce que les grands médias mentent[4]. »

Procès contre SudPresse[modifier | modifier le code]

En 2016, Sudpresse engage un procès contre Nordpresse après que ce dernier a révélé où habitait l'un de ses journalistes, en réaction à un article de Sudpresse annonçant que le père d'un des kamikazes du Bataclan tenait un magasin à Liège, puis que Nordpresse a révélé la ville de résidence d'un autre journaliste après que Sudpresse a publié une carte des musulmans de Belgique[5],[6]. Afin de supporter les frais de justice, Vincent Flibustier lance une campagne de dons où il récolta 2 879 euros[7]. Ce conflit judiciaire se termine mi- quand le tribunal de première instance de Bruxelles déclare la plainte de Sudpresse comme irrecevable[8].

Le , Nordpresse fait à nouveau face à Sudpresse qui engage une action en cessation contre le journal satirique[9], suite à de nombreuses publications critiquant l'utilisation des faits divers par les différents journaux du groupe Sudpresse. Ces publications viennent elles-mêmes en réponse à un article titré «Laura a crié après sa maman»: les détails sordides du viol collectif d'une jeune fille de 13 ans à Hensies, publié par SudInfo. Une première audience a eu lieu le et la suivante se tiendra le [10]. Comme lors du procès précédent, Vincent Flibustier a fait un appel aux dons en vue de financer tout ou partie de ses frais judiciaires. Le jugement en première instance est rendu le . Vincent Flibustier est lui relaxé à titre personnel. Sudpresse doit alors lui verser 1.440 euros d’indemnité de procédure. Cependant, le tribunal ayant retenu le caractère lucratif de la société Vincestonian qui gère le site satirique, Nordpresse a été condamné pour dénigrement et pour pratiques commerciales malhonnêtes[11]. Elle doit donc en conséquence verser 2051 euros à Sudpresse. Le tribunal a également retenu que le placement de cette société située en Estonie pouvait être considéré comme une forme d'optimisation fiscale, ce que conteste Vincent Flibustier dans un droit de réponse. Ce dernier précise n'avoir voulu que séparer ses activités Nordpresse du reste de ses activités professionnelles[12],[13].

Information du Parisien[modifier | modifier le code]

En , Nordpresse prétend avoir communiqué des informations erronées au Parisien, dont il critique le professionnalisme, pour alimenter un article sur le prochain soutien de Manuel Valls à Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle. Si les proches de Valls démentent aussi l'information, Le Parisien, quant à lui, nie avoir utilisé Nordpresse comme source : dans son article, le quotidien cite en effet uniquement l'entourage de Manuel Valls[14],[15].

Polémiques[modifier | modifier le code]

Décès de Johnny Hallyday et fermeture de la page Facebook[modifier | modifier le code]

La page Facebook du site est désactivée après une blague sur la mort de Johnny Hallyday postée le , « Tout Johnny bientôt réuni dans un seul coffret », avec la photo d'un cercueil, plusieurs jours avant son décès qui a lieu le . L'article a été signalé par de nombreux utilisateurs qui l'ont jugé offensante ; elle est réactivée par la suite mais son fondateur Vincent Flibustier dénonce le fait que les pages Facebook de sites d'extrême droites n'aient pas autant de problèmes qu'un site humoristique[16]. Le , le site annonce sur sa page Facebook secondaire que sa page principale qui comptait 204 000 fans est définitivement supprimée pour violation des conditions d'utilisation[17]. La page fait partie de 147 pages bloquées définitivement ou temporairement par Facebook selon Le Monde[18].

Coupe du monde de football de 2018[modifier | modifier le code]

Le , pendant la soirée de célébration de la victoire de la coupe du monde de football de 2018 en France, NordPresse diffuse « Bilan meurtrier à Paris : 89 morts, 13 000 voitures brûlées, 123 tués légers ». Plusieurs médias publient des démentis sur les chiffres fantaisistes et les images détournées, Le Monde, qui compare le site parodique au Gorafi français, précise que « si de nombreux utilisateurs prennent cette publication au second degré, une partie prend « l’information » au sérieux »[19]. Le site d'actualité belge DH.be dit qu'« avec son titre cocasse » la « fake news » a fait 15 000 partages sur les réseaux sociaux [20].

Affaire Benalla[modifier | modifier le code]

Concomitamment à l'affaire Benalla et sans lien avec celle-ci, le domaine est sur liste noire par Facebook rendant le partage des publications sur site impossible[21],[22],[23]. Nordpresse prend la parole dès le lendemain pour dénoncer une « censure de Facebook » et une « censure politique » de la part du sommet de l'État français[24],[25]. Certains internautes et responsables politiques dénoncent une censure de la part de Facebook[26],[27]. Facebook dément rapidement[28], indiquant par ailleurs que le site internet ne supprime pas les fausses informations et que ce ne peut pas être la raison du blocage. L'équipe du Gorafi, réfutant tout lien de parenté avec leur site internet[29],[30], indique la possibilité que les pratiques du site Nordpresse, masquant son nom de domaine afin de piéger le lecteur, soient à l'origine de son blocage sur Facebook[31].

Peu après, le président Emmanuel Macron qui sort de son silence sur l'affaire commence sa déclaration par « Alexandre Benalla n'a jamais détenu les codes nucléaires », une allusion ironique sur un article parodique de Nordpresse où le général Pierre de Villiers affirmait « qu'il avait dû donner les codes nucléaires à Alexandre Benalla lors de sa première rencontre avec le proche du président » qui a piégé le député Les Républicains Éric Pauget, qui avait relayé l'information sur Twitter[32],[33].

L'affaire relance surtout le débat sur le contenu de Nordpresse, accusé notamment par Le Monde, Libération et Numerama d'introduire, via ses méthodes, une ambiguïté entre parodie et tromperie volontaire, avec des contenus confinant aux « fake news » d'après Arrêt sur images, ce qui le différencie de sites comme Le Gorafi[34],[4],[35],[36].

Les publications de Nordpresse durant l'affaire Benalla relancent également une polémique entre Vincent Flibustier, créateur du site, et le blogueur belge Marcel Sel. Cette polémique rejaillit à son tour sur le parti Ecolo belge, Vincent Flibustier se présentant aux élections communales de la Ville de Bruxelles sur leur liste. Le , il annonce son retrait de la liste électorale en se disant « victime de harcèlement en ligne depuis des semaines[37] ».

Accusations d'antisémitisme[modifier | modifier le code]

Le , Nordpresse publie une fake news expliquant sans aucun fondement réel que Bernard Henri-Lévy aurait porté plainte pour un motif futile contre un SDF et aurait obtenu 1 900  de dommages et intérêts. Selon Rudy Reichstadt l'article en question contient plusieurs poncifs antisémites et les commentaires des lecteurs montrent que non seulement ils prennent l'information au premier degré mais font montre de « haine antijuive[38] ».

Le , Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, signale au procureur de Paris le site campdeconcentration.com créé en partie par Nordpresse. Il reproche à celui-ci de « banaliser de manière outrancière » la Shoah. Meyer Habib, député du 8e arrondissement de Paris dénonce un « nouvel antisemitisme pernicieux et décomplexé ». Nordpresse réagit en disant qu'il souhaite au contraire vouloir lutter contre l'antisémitisme à travers « une parodie créée sans la moindre intention de haine » par « quelqu'un qui la combat tous les jours »[39]. En , il précise à ce sujet que son intention à travers ce site restait « de piéger les gens pour les amener à l'information[40] ».

Accusations de harcèlement et de plagiat[modifier | modifier le code]

Le site Arrêts sur Images affirme dans un article de [40] que Vincent Flibustier envoie « des messages d’une grande violence » à ses détracteurs jusqu'à contacter des entreprises ou associations collaborant avec eux. Ces derniers, pour la plupart journalistes ou professionnels de l'éducation au média, condamnent la participation de Vincent Flibustier en tant qu'éducateur au média et affirment être victimes « de harcèlement après chaque critique ». Le journaliste rappelle que certains internautes dénoncent également "ses plagiats de tweets humoristiques" qui serviraient ensuite à l'écriture d'articles satiriques. Par ailleurs Vincent Flibustier, s'estimant lui-même harcelé[41] par Marcel Sel, créa un site internet à son nom dans le but de dénoncer le chroniqueur belge qui lui reprochait une forme de « confusionnisme » et une « séduction des masses »[42].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. Il s'agit d'un nom de plume utilisé par le créateur du site.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Internet: l'info satirique, remède au ronron médiatique ? », sur rtbf.be, (consulté le 1er décembre 2016).
  2. Le Point.fr, « Christine Boutin porte plainte contre le site parodique Nordpresse », Le Point,‎ (lire en ligne, consulté le 2 décembre 2016)
  3. Adrien Sénécat, « Les mille et une ruses de l’industrie de la désinformation », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 23 juillet 2018)
  4. a et b « Le site satirique Nordpresse accuse Facebook de le censurer sur l'affaire Benalla », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 juillet 2018)
  5. Mike Pops, « La guerre Nordpresse versus Sudpresse », sur http://www.levif.be, (consulté le 1er décembre 2016).
  6. « Sudpresse contre Nordpresse », sur http://www.lavenir.net, (consulté le 1er décembre 2016).
  7. « Payer les frais d'avocat de Nordpresse », sur Indiegogo (consulté le 12 juin 2017)
  8. « Sudpresse perd son procès contre Nordpresse », sur http://www.7sur7.be, (consulté le 14 décembre 2017)
  9. Vincent Flibustier, « Communiqué de presse concernant l'affaire Sudpresse Nordpresse Episode 2 », sur Nordpresse - Toute l'actualité, (consulté le 11 novembre 2019)
  10. R. T. L. Newmedia, « Audience le 6/12 dans l'affaire opposant le groupe Sudpresse au site satirique Nordpresse », sur RTL Info (consulté le 11 novembre 2019)
  11. « Affaire Sudpresse-Nordpresse: la société exploitant le site Nordpresse condamnée », Le Soir,‎ (lire en ligne, consulté le 15 janvier 2020)
  12. Vincent Flibustier, « Droit de réponse à l’article de Sudpresse: "Nordpresse condamné pour avoir dénigré Sudpresse et pour pratiques commerciales malhonnêtes" », sur Nordpresse - Toute l'actualité, (consulté le 15 janvier 2020)
  13. « Nordpresse condamné pour avoir dénigré Sudpresse et pour pratiques commerciales malhonnêtes », sur www.sudinfo.be (consulté le 15 janvier 2020)
  14. Fabien Randanne, « Soutien de Valls à Macron: «Le Parisien» dément avoir été piégé par «Nordpresse» », sur 20minutes.fr, (consulté le 14 mars 2017)
  15. Adrien Sénécat, « « Soutien de Valls à Macron » : « Nordpresse » fait croire qu’il a piégé « Le Parisien » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 23 juillet 2018)
  16. Jeanne Blanquart, « Le site belge satirique “NordPresse” suspendu par Facebook après son post sur Johnny Hallyday », sur https://france3-regions.francetvinfo.fr, (consulté le 14 décembre 2017)
  17. Jeanne Blanquart, « Facebook ferme définitivement la page du site parodique belge NordPresse », sur france3-regions.francetvinfo.fr,
  18. Adrien Sénécat, « Face aux fausses informations, le discret ménage de Facebook », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  19. « « 89 morts », « 13 000 voitures brûlées » : intox en série après la victoire de la France en Coupe du monde », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 23 juillet 2018)
  20. « "89 morts", "13.000 voitures incendiées", "123 tués légers"... Ces fake news qui ont pullulé sur les réseaux sociaux après le Mondial russe », sur DH.be, (consulté le 23 juillet 2018)
  21. « Affaire Benalla : le site satirique NordPresse censuré sur Facebook », La Dernière Heure/Les Sports.
  22. Affaire Benalla: le site satirique NordPresse censuré sur Facebook.
  23. « Nordpresse bloqué par Facebook : conséquence de l’affaire Benalla ? », Ouest France.
  24. « Affaire Benalla : Facebook a-t-il vraiment censuré le site satirique Nordpresse ? », Marianne,‎ (lire en ligne, consulté le 23 juillet 2018)
  25. « Le site satirique Nordpresse se dit "censuré" par Facebook, le réseau social parle d'un problème technique », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne, consulté le 16 août 2018)
  26. Actu17, « Censure des publications du site parodique Nordpresse : Facebook s'excuse et évoque «des problèmes techniques». », sur Actu17 - L'info Police Sécurité Terrorisme, maintenant., (consulté le 22 juillet 2018)
  27. « Bilan de cette drôle de journée de "Censure Facebook" », sur Nordpresse - Toute l'actualité, (consulté le 22 juillet 2018)
  28. « Facebook dément avoir censuré le site parodique belge Nordpresse », sur RTBF Info, (consulté le 23 juillet 2018)
  29. « Fake News » Facebook suspend la page du site parodique belge « Nord Presse », sur NLTO (consulté le 6 juillet 2020).
  30. « Nordpresse.be bloqué sur Facebook : le site parodique crie à la censure », sur PhonAndroid, (consulté le 4 août 2018)
  31. « Benalla, Facebook, NordPresse et fake news  :  la vérité est ailleurs », sur Usbek & Rica (consulté le 6 juillet 2020).
  32. "Benalla n'a jamais détenu les codes nucléaires": Macron ironise sur l'article de Nordpresse qui a piégé un député, Huffpost, 25 juillet 2018
  33. "Alexandre Benalla avait les codes nucléaires": ce député LR s'est fait piéger en beauté par Nordpresse, Huffpost, 23 juillet 2018
  34. « Nordpresse : la fausse censure par Facebook d'un site ambigu », Arrêt sur images, (consulté le 24 juillet 2018)
  35. « Bloqué sur Facebook, le site parodique Nordpresse.be crie à la « censure » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 22 juillet 2018)
  36. Marie Turcan, « Le site « parodique » Nordpresse mis face à ses contradictions avec l’affaire Alexandre Benalla », Numerama,
  37. « Exténué, Vincent Flibustier se retire de la liste Écolo et porte plainte pour harcèlement », sur Sudpresse, (consulté le 28 juillet 2018).
  38. Rudy Reichstadt, « La dieudonnisation de NordPresse », sur Conspiracy Watch, (consulté le 17 novembre 2018).
  39. « Un site parodique signalé au procureur de Paris », sur www.20minutes.fr (consulté le 30 janvier 2019)
  40. a et b Loris Guémart, « Nordpresse contre Sudpresse, des articles et des procès », sur www.arretsurimages.net (consulté le 12 février 2020)
  41. « «Harcelé», le fondateur de Nordpresse renonce à se présenter aux élections », Le Soir,‎ (lire en ligne, consulté le 12 février 2020)
  42. « Nordpresse : un complotiste chez Ecolo et dans l’école de vos enfants (MàJ). », sur Un Blog de Sel, (consulté le 12 février 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]