Le Gorafi

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Le Gorafi
Logo de Le Gorafi

Adresse www.legorafi.fr
Description Site d'information parodique
Slogan « Toute l'information selon des sources contradictoires »
Commercial  Oui
Publicité  Oui
Type de site Pure player
Langue Français
Propriétaire DC Company (depuis 2021)
Créé par Pablo Mira et Sébastien Liebus[1]
Lancement 2012
État actuel En activité

Le Gorafi (anagramme de « Le Figaro ») est un site d'information parodique français, créé en durant la campagne présidentielle française sur le modèle de The Onion, un journal satirique américain de fausses informations[2]. Il a aussi été comparé à Infos du Monde[3] et à L'Examineur[4]. Jusqu'en 2018, le site présentait une dimension interactive permettant aux lecteurs de réagir en commentant les articles, comme dans certains sites d'information. Les internautes eux-mêmes agissaient de façon parodique : langage SMS, utilisation inappropriée des majuscules, faux trolls ou militants politiques.

L'identité des rédacteurs était inconnue[5] jusqu'en , date à laquelle les deux créateurs — Pablo Mira et Sébastien Liebus — se font connaître dans les médias[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Premiers pas[modifier | modifier le code]

Le Gorafi a d'abord été un simple fil Twitter débuté en , pendant la campagne présidentielle française, avant d'être transposé sous la forme d'un blog en mai 2012, puis de subir une refonte en en devenant un site web[6],[7]. Depuis, plusieurs de ses articles ont été relayés dans la presse, notamment celui portant sur un supposé nouveau défi relevé par Felix Baumgartner, qui aurait décidé d'effectuer la traversée en solitaire de l'Île-de-France en RER B[2], ou encore celui concernant la démission de l'écharpe de Christophe Barbier, article démenti ensuite de manière humoristique par l'intéressé[8].

Une institution du web[modifier | modifier le code]

Le site présente le journal comme datant de 1826, issu d'une scission après un conflit d'intérêt au sein de la rédaction du Figaro et nommé Gorafi du fait de la dyslexie de son fondateur Jean-René Buissière. Les contenus sont comparés à la « Page Pute » de Brain Magazine, au site humoristique Bilboquet magazine[9],[10], ou à un autre collectif satirique présent sur Twitter et Facebook, l'Humour de droite. Le Gorafi revendiquait plus de 400 000 visiteurs uniques en [7] et dépasse régulièrement les 900 000 visiteurs uniques par mois en d'après Les Inrocks[3].

En , L'Année du Gorafi 2013 est publiée aux éditions Denoël[11].

En , paraît L'Année du Gorafi 2. Les auteurs sont invités dans l'émission radio de critique des médias L'Instant M de France Inter, où, durant un quart d'heure, ils se dévoilent[12].

Le , vers 9 heures, Le Gorafi a créé un « faux bad buzz » en affichant une redirection temporaire avec un message « Le Gorafi, c'est fini, merci de votre fidélité[13]. » Il s'agissait d'un « coup de pub pour sa nouvelle plateforme »[14],[15].

Jusqu'en 2018, le site du Gorafi permettait aux lecteurs de commenter les articles dans une section nommée « avis éclairés ». Les contributions étaient essentiellement humoristiques (jeux de mots, reprise ou continuation de l'article) de façon parfois involontaire lorsque des utilisateurs commentaient sans connaître le caractère satirique du site. Toutefois, ce service n'est plus proposé par le site du Gorafi.

En 2021, face à l'accumulation de scandales et d'erreurs de communication du gouvernement Macron selon le sociologue Frédéric Lordon, ce dernier publie un essai titré Critique de la raison gorafique, dans lequel il déplore que la réalité politique française dépasse petit à petit la satire que tente d'en faire le site[16]. La même semaine, le site Arrêt sur images titre « Le blues du Gorafi », affirmant que « Le Gorafi est dépassé par la réalité », et que l'actualité politique est définitivement devenue « gorafique »[17].

Évolution commerciale[modifier | modifier le code]

Le Gorafi devient une vraie société commerciale en 2013 et dispose d'une équipe d'une dizaine de rédacteurs. En 2017, Sébastien Liébus et Pablo Mira sont respectivement actionnaires du Gorafi à hauteur de 51 et 49 % de parts[18]. Pablo Mira rapporte en 2019 avoir cessé de contribuer à la rédaction du Gorafi « faute de temps » après avoir rédigé plus de 600 articles pour le site, mais il affirme avoir gardé « la casquette de directeur général »[19].

En , le site est racheté par DC Company, une société d'investisseurs spécialisés dans le numérique, afin de pérenniser le média satirique en développant notamment de nouveaux formats vidéo[20]. Ce rachat suscite quelques réactions, certains estimant que ce rachat nuit à l'indépendance éditoriale du site. Vincent Flibustier de Nordpresse estime par exemple que « Le Gorafi a été revendu à des pigeons qui pensent pouvoir faire des fortunes avec des articles sponsorisés sur lesquels personne ne cliquera ». De leur côté, les fondateurs du Gorafi répondent que le rachat ne nuira pas à leur ligne éditoriale[21].

Supports[modifier | modifier le code]

Les articles du Gorafi sont publiés principalement sur son site, et répartis entre différentes rubriques (politique, société, sciences, éco, etc.) comme pour certains sites d'informations authentiques. On peut également lire des faux horoscopes et visionner de courtes vidéos. Le journal possède également des comptes Facebook, Instagram, Twitter et Youtube. Ce dernier n'est plus en activité mais a publié entre et 40 vidéos qui totalisent 292 000 vues (en )[22]. Tous les ans depuis 2014, une sélection d'articles est publié en livres L'Année du Gorafi, mais l'édition 2017 ne comporte que des articles inédits.

Les revenus de l'entreprise sont assurés par la vente des livres, la présence de nombreuses publicités sur le site ainsi que par des articles publicitaires sponsorisés[source insuffisante].

Télévision[modifier | modifier le code]

Passage dans Le Grand Journal[modifier | modifier le code]

Du printemps 2014 à [23], Le Gorafi anime une chronique du Grand Journal, de deux à trois fois par semaine, le plus souvent le lundi (« le lundi, c'est Gorafi », dixit Antoine de Caunes), le mercredi et le vendredi. Les émissions se basent sur une ou deux chroniques développées autour d'une thématique chacune. La première thématique fait l'objet d'un traitement d'une actualité détournée ou décalée présentée sur un ton satirique par l'un des deux cofondateurs du Gorafi : Pablo Mira, d'une durée allant de deux à quatre minutes. Ce dernier rebondit parfois sur un deuxième sujet qui, celui-ci, est augmenté d'une enquête sous forme de reportage avec des images vidéo, illustrée par des micro-trottoirs ou des avis d'experts.

L'Année du Gorafi[modifier | modifier le code]

Le , Le Gorafi anime une émission parodique rétrospective de l'actualité de l'année écoulée. Présenté par Pablo Mira, le programme est une caricature de journal télévisé de chaîne d'information en continu, alternant faux reportages et lancements en plateau[24].

Faits notables[modifier | modifier le code]

Relais d'articles par des personnalités et dans la presse[modifier | modifier le code]

Plusieurs articles du Gorafi ont été pris au sérieux par des lecteurs crédules, et certains ont même eu un écho dans la presse traditionnelle[7],[10].

Outre l'article très relayé sur Baumgartner, un autre article s'est retrouvé au centre des attentions, celui sur un homme qui aurait été placé en garde à vue à la suite d'une attitude trop polie dans le métro parisien, L'Indépendant relaie ainsi que « quelques sites nationaux parmi les plus réputés ont ainsi été pris dans le piège tendu par Le Gorafi », soulignant que peu de monde semble lire les avertissements du site et indiquant que les articles sont repris comme de véritables informations[5].

En , un faux reportage du Gorafi sur une boulangère toulousaine qui aurait fusillé un client lui demandant un pain au chocolat[25] crée une polémique parmi des lecteurs ayant cru la nouvelle véridique, et suscite alors des commentaires dans la presse régionale sur la montée de la délinquance à Toulouse et des condamnations des supposés agissements de la boulangère[26],[27].

Malgré ces reprises, les rédacteurs du Gorafi interrogés par Télérama ont expliqué « ne pas se sentir responsables de la crédulité des gens »[7]. Le caractère humoristique des articles est indiqué dans la page « À propos » du site[5].

En , l'agence de presse italienne de la ANSA, reprend un faux sondage du Gorafi qui stipule que « 89 % des hommes [français] pensent que le clitoris est un modèle de Toyota »[28]. Cette fausse information est relayée par plusieurs journaux italiens comme le Corriere della Sera[29] ou L'Unione Sarda[30].

Le , Christine Boutin a cité — très sérieusement — à la télévision un tweet publié ce même jour par le Gorafi. Interrogée sur le report de la loi sur la Famille, la présidente d'honneur du Parti chrétien-démocrate a justifié ses propos par un « petit papier » expliquant que le gouvernement parle de « Stratégie provisoire d'avancement à potentialité différée », un élément de langage inventé par le site parodique. Le « président du Directoire du Gorafi News Network » s'en est d'ailleurs amusé en lui offrant un exemplaire de L'Année du Gorafi 2013[31].

Le , le quotidien généraliste algérien El Hayat reprend en une un article du Gorafi titrant : « Le Pen : Je vais construire un mur entre nous et l'Algérie et cette dernière va le financer »[32].

Traitement des attentats terroristes en France[modifier | modifier le code]

Au lendemain des attentats de janvier 2015, plusieurs chroniqueurs du Gorafi utilisent leur temps d'antenne dans Le Grand Journal pour partager un hommage avec leur public. Mais s'appuyant sur une analyse de l'activité du Gorafi et du Petit journal, la rédaction Big Browser du journal Le Monde souligne la présence d'un humour disséminé « par bribes », et dont le « cynisme n'est pas absent », dans les jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre 2015 en France[33],[34].

Livres[modifier | modifier le code]

  • Pablo Mira et Sébastien Liebus (préf. Jean-François Buissière), L'Année du Gorafi 2013, vol. 1, Paris, éditions Denoël, coll. « Impacts », , 240 p., 11,5 × 19 cm (ISBN 978-2-207-11716-3, OCLC 881042032, BNF 44345202, présentation en ligne).
  • L'Année du Gorafi N° 2, 2014.
  • L'Année du Gorafi, N°3, 2015, Denoël.
  • Le Gorafi de l'année 2017
  • Encyclopédie du Gorafi, 2017
  • Le Meilleur du Gorafi, N°1 à 4 (2015-2018)
  • Almanach 2019 du Gorafi

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Benoît Daragon, « "Le Grand Journal" piège des députés pour sa spéciale "Le Gorafi" » sur PureMédias, 21 janvier 2014
  2. a et b Agence France-Presse, « Un défi à Felix Baumgartner de prendre le RER fait un tabac sur internet », sur Le Point.fr,
  3. a et b David Doucet, « Le Gorafi, le faux site d'info qui cartonne », sur Les Inrocks,
  4. http://www.hoaxbuster.com/hoaxliste/legorafi-plonge-dans-fort-boyard sur Hoaxbuster le 11 juin 2013
  5. a b et c « Trop souriant dans le métro, il finit en garde à vue : Gare au Gorafi », sur L'Indépendant.fr,
  6. « Les sites parodiques comme le Gorafi sont-ils si inoffensifs ? », sur 20 minutes.fr,
  7. a b c et d Caroline Besse, « Le Gorafi, site d'info potache parfois pris au sérieux », sur telerama.fr,
  8. Christophe Barbier, « Mon écharpe rouge de honte », sur L'Express.fr - blog de Christophe Barbier,
  9. Alain Gerlache, « MédiaTIC : The Onion, Le Gorafi, satire de partout sur le web », sur rtbf.be,
  10. a et b Christophe Greuet, « Le Gorafi, Veux Jidéo, AFPresque… : les sites d'"infaux" parodiques font un carton sur le net », sur midilibre.fr,
  11. Le site satirique Le Gorafi sort son premier livre-bilan sur Le Midi libre, 16 janvier 2014
  12. Le Gorafi : l'esprit peut-il rester fidèle à la lettre ?. L'instant M, France Inter, 21 novembre 2014
  13. « La fermeture du Gorafi était bien un canular », sur 20 minutes.
  14. « Le Gorafi, c'est pas fini ! Buzz autour du soi-disant arrêt du site satirique », sur rts.ch, (consulté le ).
  15. Nicolas Vanderbiest, « « Le Gorafi, c’est fini » ? : quand la presse se gave sur du vent », sur Rue 89, (consulté le ).
  16. Frédéric Lordon, « Critique de la raison gorafique », sur Le Monde Diplomatique, .
  17. Daniel Schneidermann, « Le blues du Gorafi », sur Arrêt sur images, .
  18. Benjamin Cuq, « Le Gorafi, plus de buzz que de bizz » Accès libre, sur Capital, (consulté le )
  19. Chloé Belleret, « Humour : le cofondateur du Gorafi, Pablo Mira, est un serial vanneur » Accès libre, sur Le Parisien, (consulté le )
  20. « Le site satirique Le Gorafi racheté », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès libre, consulté le )
  21. « Le Gorafi a été racheté, et ce n'est pas une blague », sur www.lesnumeriques.com (consulté le )
  22. « Le Gorafi », sur YouTube (consulté le ).
  23. Laurence Leveneur, « Tweets et humour : le cas du Gorafi », Mise au point. Cahiers de l’association française des enseignants et chercheurs en cinéma et audiovisuel, no 9,‎ (ISSN 2261-9623, DOI 10.4000/map.2293, lire en ligne, consulté le )
  24. « La vidéo de l'émission », sur canalplus.fr, (consulté le ).
  25. « Il se fait abattre de 46 balles dans le corps pour avoir demandé un pain au chocolat », sur Le Gorafi.fr, (consulté le )
  26. « Abattu par une boulangère à Toulouse pour un pain au chocolat : le canular qui affole le net », sur La Dépêche du Midi.fr, (consulté le )
  27. « Mort pour une « chocolatine » à Toulouse : le faux article crée un vrai trouble », sur France 3 Midi Pyrénées, (consulté le )
  28. Faux nez – Clitoris et Toyota : quand Le Gorafi piège la presse italienne sur Le Monde, 28 septembre 2013
  29. (it) Francia: 89% uomini, clitoride è Toyota sur Corriere della Sera, 24 septembre 2013
  30. (it)Il clitoride? Per nove francesi su dieci è un'automobile prodotta in Giappone sur L'Unione Sarda, 24 septembre 2013
  31. Delphine Legouté, « Loi Famille : quand Christine Boutin cite (très sérieusement) une « information » du Gorafi sur BFMTV », sur Lelab, Europe 1, (consulté le )
  32. Big Browser, « Le Gorafi repris par un journal algérien, ou le bon vieux canular à l’ère des « fake news » », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
  33. « Face aux attentats : l’humour, arme massive contre la morosité », sur Big Browser (consulté le )
  34. « Sophia Aram, Louis C.K., Jon Stewart... Les hommages d'humoristes aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo », Slate.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]