Louis-Gabriel Suchet

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Louis-Gabriel Suchet
duc d'Albufera
Le maréchal Louis-Gabriel Suchet, duc d'Albuféra, par Jean-Baptiste Paulin Guérin.
Le maréchal Louis-Gabriel Suchet, duc d'Albuféra, par Jean-Baptiste Paulin Guérin.

Surnom « Le maréchal de la guerre d'Espagne »
« El Hombre justo »
Naissance
Lyon
Décès (à 55 ans)
Marseille
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Empire français pendant les Cent-Jours Empire français (Cent-Jours)
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Grade Maréchal d'Empire
Années de service 1791 – 1815
Conflits Guerres de la Révolution française
Guerres napoléoniennes
Faits d'armes Pozzolo
Austerlitz
Maria-Belchite
Lérida
Tarragone
Valence
Distinctions Grand-croix de la Légion d'honneur
Ordre du Saint-Esprit
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile
(33e colonne)
Autres fonctions Membre de la Chambre des pairs
Famille Père de Napoléon Suchet

Louis-Gabriel Suchet, duc d'Albufera, est un officier général et maréchal d'Empire français, né à Lyon le et mort à Marseille le . Fils d'un soyeux lyonnais, il commence sa carrière en 1791 en s'engageant dans la Garde nationale. Il gravit rapidement les échelons jusqu'au grade de lieutenant-colonel et participe à ce titre à la première campagne d'Italie qu'il termine comme commandant de la 18e demi-brigade ; il occupe ensuite les fonctions de chef d'état-major en Helvétie et en Italie. Nommé général de division en 1799, il sert encore en Italie pendant deux ans. Sous le Premier Empire, il fait avec brio les premières campagnes napoléoniennes à la tête d'une division.

En 1808, Suchet est envoyé prendre part à la guerre de la péninsule espagnole. Il obtient rapidement le commandement de l'armée d'Aragon avec laquelle le général remporte une série de victoires contre les Espagnols. Excellent administrateur, et contrairement à la quasi-totalité de ses collègues, il consolide ses positions en créant une administration civile efficace et en pacifiant la région, s'attachant ainsi la population aragonaise. Il s'empare successivement des villes de Lérida, Tortosa et Tarragone — à la suite de quoi Napoléon l'élève à la dignité de maréchal d'Empire le 8 juillet 1811 — puis du royaume de Valence. Les défaites françaises dans le reste de la péninsule l'obligent cependant à se replier sur les Pyrénées. Rallié aux Bourbons, il reprend du service sous les Cent-Jours avec le commandement de l'armée des Alpes ; il est cette fois disgracié par Louis XVIII à la Seconde Restauration mais est finalement rappelé à la chambre des pairs. Malade, Suchet meurt le 3 janvier 1826 à l'âge de 55 ans. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 39).

Seul maréchal à avoir gagné son bâton pour ses victoires en Espagne, ses talents militaires sont reconnus par Napoléon à Sainte-Hélène : « Si j'avais eu deux maréchaux comme Suchet, je n'aurais pas seulement conquis l'Espagne, mais je l'aurais aussi gardée. »[1]

Biographie[modifier | modifier le code]

Louis-Gabriel Suchet est le fils aîné de Jean-Pierre Suchet (Lyon, 4 avril 1736 - 14 janvier 1789), négociant soyeux et juge conservateur à la Charité de Lyon, et de Marie-Anne Jacquier (1742 - v. 1789)[2] La famille Suchet, originaire du sud de l'Ardèche, pratique le commerce de la soie depuis plusieurs générations. Doté d’une solide instruction, Suchet entre dans la Garde Nationale de Largentière en 1791, lors de l'appel des volontaires et y monte dans la hiérarchie jusqu’au grade de capitaine. Plein d'ardeur et de zèle, le jeune Suchet conquiert rapidement, en 1792, les grades de sous-lieutenant, lieutenant et capitaine.

Du siège de Toulon aux plaines d'Italie[modifier | modifier le code]

Vincent-Nicolas Raverat, Louis-Gabriel Suchet, Lieutenant-colonel au 4e bataillon de volontaires de l'Ardèche en 1792, 1834.
Signature de Suchet, chef du 4éme bataillon de l'Ardèche, futur Maréchal de France

Engagé en tant que volontaire en août, il est élu lieutenant-colonel en chef du 4e bataillon de volontaires de l'Ardèche, il est présent au siège de Toulon. Lors de celui-ci, une colonne britannique de 2 000 hommes réalisa une sortie afin de s’emparer des batteries françaises que Bonaparte avait installées afin d’entamer les structures d’un fort. Les Britanniques furent contre-attaqués et repoussés à la baïonnette par les soldats français, lors du corps à corps, Suchet fit prisonnier le général britannique Charles O'Hara.

Article détaillé : Campagne d'Italie (1794).

Passé chef de bataillon à la 211e demi-brigade de Première formation affecté à l'armée d'Italie, il assista, en 1794, aux combats de Vado, de Saint-Jacques et à tous ceux qui furent livrés par la division Laharpe. En 1795, à la bataille de Loano, à la tête de son bataillon, il enleva trois drapeaux aux Autrichiens. Commandant, en 1796, un bataillon de la 18e demi-brigade de deuxième formation dans la division Masséna, il prit une part glorieuse aux combats de Dego, Lodi, Borghetto, Rivoli, Castiglione, Peschiera, Trente, Bassano, Arcole et Cerea, où il fut dangereusement blessé. À peine rétabli, il fit la campagne qui décida le traité de Campo-Formio. À cette époque, le général Masséna l'envoya porter au général en chef les drapeaux conquis dans la bataille de Tarvis.

Chef d'état-major[modifier | modifier le code]

Joseph Albrier, Louis-Gabriel Suchet, duc d'Albuféra, chef de bataillon à la 18e demi-brigade de deuxième formation en 1795.

Blessé de nouveau à Neumarck en Styrie, il fut nommé chef de brigade sur le champ de bataille, en octobre 1797. En 1798, son régiment passa en Suisse. En 1798, Suchet est chef d'état-major de Brune, commandant de l'armée d'Helvétie, lors de la brève campagne d’Helvétie. La conduite du colonel Suchet lui valut de nouveau l'honneur de porter à Paris 23 drapeaux pris à l'ennemi. Nommé général de brigade à cette époque, il fut employé peu de temps après, en qualité de chef d'état-major, sous les ordres du général Joubert, dont il était l'ami.

Le Piémont donnant alors des inquiétudes pour la retraite de l'armée, et Joubert ayant reçu ordre d'occuper ce pays à la fin de 1798, Suchet prépara cette expédition et par ses soins, elle se termina sans combats. Occupé à réorganiser l'armée, il se trouva en opposition avec le commissaire du Directoire, et cette lutte fit rendre contre lui, par un gouvernement soupçonneux et faible, un décret par lequel il était menacé d'être porté sur la liste des émigrés, s'il ne rentrait pas en France sous trois jours. Il fallait obéir, mais Joubert, mécontent du rappel injuste de son ami, quitta brusquement le commandement et retourna dans sa famille. Dès son arrivée à Paris, le général Suchet se justifia pleinement, et fut presque aussitôt envoyé à l'armée du Danube (5 avril 1799).

Détaché dans les Grisons, et séparé de l'armée pendant dix jours, il défendit les positions de Davos, Bergün, et Splügen ; trompa l'ennemi qui l'entourait, et rejoignit l'armée, par les sources du Rhin, vers le massif du Saint-Gothard, sans être entamé ; mais il fut blessé. C’est lui qui porte ensuite les drapeaux ennemis pris au Directoire. Désigné comme major général de l’armée d’Égypte, il dut se rendre à Paris pour se disculper des fausses accusations portées contre sa gestion sous Brune en Suisse et ne put donc participer à la campagne.

Deuxième campagne d'Italie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Campagne d'Italie (1799-1800).

Absous, il rejoint l'armée d'Helvétie comme chef d’état-major, sous Masséna, passe en Italie avec le même emploi sous Joubert, le successeur de Brune. Après la campagne désastreuse de Schérer, Joubert, ayant repris le commandement de l'armée d'Italie, fait nommer en 1799, général de division et son chef d'état-major, Suchet qui quitte alors l'armée du Danube. Après la bataille de Novi, où la France perd Joubert, Suchet continue ses fonctions sous Moreau et Championnet.

Au 18 brumaire, Napoléon Bonaparte charge Masséna du commandement de l'armée d'Italie et lui donne Suchet pour lieutenant. Coupé de l'armée de Masséna, il se replie sur le Var, puis reprend Gênes, le 22 juin 1800, quelques jours après Marengo[3]. La campagne s'étant rouverte, en 1801, après six mois d'armistice, le général Suchet commande le centre de l'armée, composé de trois divisions fortes de 18 000 hommes. Au passage du Mincio, il secourt et dégage le général Dupont, et fait avec lui 4 000 prisonniers sur le général Bellegarde à la bataille de Pozzolo. Après la paix de Lunéville, il est nommé inspecteur général d'infanterie. Il est bien connu du Premier Consul, car il a épousé en 1799 Honorine Anthoine de Saint-Joseph, fille de l'ainée des Clary et de Antoine-Ignace Anthoine, maire de Marseille.

Les premières campagnes de l'Empire[modifier | modifier le code]

Au mois d'octobre 1803, Suchet est nommé commandant de la 4e division du corps du maréchal Soult, stationné au camp de Boulogne. En froid avec son supérieur, il demande à Joseph Bonaparte d'intervenir en sa faveur auprès de Napoléon pour obtenir une mutation, mais rejoint finalement son poste en novembre. Les troupes sous sa responsabilité comprennent cinq régiments d'infanterie articulés en deux brigades, auxquels s'ajoutent un régiment de cavalerie et l'artillerie divisionnaire. La 4e division cantonne aux abords du port de Wimereux, que Suchet s'attelle à agrandir pour y accueillir le nombre d'embarcations nécessaires au transport des troupes. Il améliore le confort de ses hommes en faisant construire des baraquements en pierre, et s'occupe également de faire paver certaines routes. Le général adhère à la proclamation de l'Empire le 18 mai 1804 et se rend plusieurs fois en congé à Paris au cours de l'année, sans assister cependant à la cérémonie du Sacre le 2 décembre[4].

La division Suchet à Austerlitz, le 2 décembre 1805.

En février 1805, toujours en étroite relation avec l'impératrice Joséphine, Suchet obtient grâce à elle le poste de gouverneur du palais de Laeken, près de Bruxelles ; la charge bien qu'honorifique s'accompagne d'un traitement annuel de 15 000 francs, que Suchet perçoit avec régularité jusqu'en 1813. Au mois d'août, sa division est inspectée par l'Empereur qui le félicite et accepte de le transférer au 5e corps du maréchal Lannes. La 4e division, devenu la 3e depuis son changement d'affectation, quitte Boulogne le 2 septembre : elle forme l'avant-garde de la Grande Armée qui se dirige vers l'est pour affronter les Austro-Russes en Allemagne. Suchet participe à la manœuvre d'Ulm et, le 15 octobre, enlève les hauteurs de Michelsberg avec l'appui de la division Gazan et des grenadiers d'Oudinot. Lors de la bataille d'Austerlitz, le 2 décembre, la division Suchet forme l'extrême-gauche de l'armée française face au corps russe du prince Bagration[5]. Elle se compose du 17e léger (brigade Claparède), des 34e et 40e de ligne (brigade Beker) et des 68e et 88e de ligne (brigade Valhubert), à deux bataillons chacun[6].

La progression française démarre en milieu de matinée. La cavalerie russe tente de s'interposer mais est décimée par les tirs de l'infanterie de Suchet, tandis que les cavaliers de Walther et de Kellermann arrivent à la rescousse et repoussent les assaillants[7]. Suchet, s'avançant en première ligne « en échelons, par régiments comme à l'exercice, sous le feu de l'artillerie russe »[8], subit des pertes sévères face à trois régiments de mousquetaires soutenus par quelques pièces d'artillerie. Au sud, Caffarelli parvient à occuper les villages de Krug et d'Holubitz et oblique au nord afin de couper la retraite aux Russes. Face à la pression conjuguée des troupes de Suchet et Caffarelli appuyées par la cavalerie, Bagration doit de se replier sur la route de Brünn jusqu'à Welleschowitz, couvert par le feu opportun de l'artillerie autrichienne déployée sur les hauteurs[9]. Au soir de la bataille, Napoléon invite Suchet à dîner[8].

Dans la campagne de Prusse (1806), sa division remporta le premier avantage à Saalfeld. Elle commença l'attaque à Iéna. Elle se signala de nouveau en Pologne, lors de la bataille de Pułtusk. À Ostrolenka, en 1807, la division Suchet (en compagnie des troupes des généraux Oudinot et Reille) affronte avec succès les Russes du général Essen. Après la paix de Tilsitt, en 1807, le général Suchet prit ses cantonnements en Silésie, et commanda le 5e corps qui fut envoyé en Espagne l'année suivante.

Campagne d'Espagne[modifier | modifier le code]

Le général Suchet s'empare de Lérida le 14 mai 1810 par Jean-Charles-Joseph Rémond (1836).
Article détaillé : Guerre d'indépendance espagnole.

Il est envoyé en Espagne. Unique maréchal à gagner son titre dans la péninsule, il réorganise les unités françaises sous son commandement, établit une discipline sévère, administre sagement, ce qui lui donne l’affection des Espagnols. Suchet est par ailleurs le seul des chefs français à réussir complètement la pacification de la zone dont il est chargé. Il se distingue par une série impressionnante de menées à la tête de l'armée d'Aragon.

En décembre 1808, la division de Suchet ouvre le siège de Saragosse, sur la droite de l'Èbre, où elle obtient des succès. Nommé, en avril 1809, général en chef du 3e corps (armée d'Aragon), et gouverneur de cette province, le départ du 5e corps, la guerre de l'Autriche et le délabrement d'une armée très faible, rendent sa position fort critique.

Suchet face à Blake[modifier | modifier le code]

Le jour de son arrivée au commandement, le général espagnol Joaquín Blake y Joyes se présente avec 25 000 hommes devant Saragosse. Les troupes espagnoles chassent la garnison française d'Alcañiz et s'y retranchent. Suchet se porte à leur rencontre le 23 mai. Les premiers affrontements sont indécis ; les Français avancent sous un feu nourri tandis que la cavalerie espagnole est taillée en pièces par son homologue française. Suchet envoie l'infanterie du général Fabre contre la forteresse afin d'emporter la décision, mais elle est décimée par l'artillerie espagnole[10]. Ce dernier échec force pour la première fois Suchet au repli, après avoir perdu environ 1 500 soldats tués ou blessés[10]. Quelques jours plus tard, le 15 juin, il prend sa revanche sur Blake à Maria. Les troupes françaises dispersent rapidement les soldats espagnols et les poursuivent, leur infligeant des pertes de 1 200 tués, 400 prisonniers, 25 canons et 3 drapeaux[11]. Le 18 juin, à Belchite, Suchet complète la défaite de Blake où l'action coordonnée de son infanterie et de sa cavalerie (4e régiment de hussards et lanciers de la Vistule) met les Espagnols en déroute. Ces derniers laissent 800 hommes sur le terrain et abandonnent aux troupes françaises 4 000 prisonniers, 9 pièces d'artillerie et un drapeau[12].

Ces succès renversent le projet des Espagnols de se porter sur les Pyrénées. L'administration juste et modérée de Suchet, son impartiale intégrité envers les habitants auxquels il conserve leurs emplois, sa protection particulière pour le clergé, sa sévérité sur la discipline, lui attachent les Aragonais et lui créent des ressources.

Suchet à l'assaut des villes espagnoles[modifier | modifier le code]

La ville de Tortosa se rend aux troupes du général Suchet le 2 janvier 1811 par Jean-Charles-Joseph Rémond (1837).

Au milieu de la disette générale, son armée devient florissante, et après une marche sur Valence, en janvier 1810, elle commence ses mémorables campagnes. Lérida, écueil des grands capitaines, tombe la première en son pouvoir, le 13 mai, après une victoire complète remportée sur le général O'Donnel, à Margalef, le 13 avril, sous les murs de la place. Les troupes de ce dernier, voulant secourir les assiégés, sont rompues sous les charges des cuirassiers français et se replient en désordre[13]. Mequinenza est forcée de capituler le 8 juin ; Tortose ouvre ses portes le 12 janvier 1811, après 13 jours de tranchée ouverte ; le fort San-Felipe, au col de Balaguer, est pris d'assaut le 9 ; Tarragone, la Forte, succombe le 28 juin après 56 jours de siège, ou plutôt d'une continuelle et terrible bataille, en présence et sous le feu de l'escadre britannique, de ses troupes de débarquement et de l'armée espagnole de Catalogne. Le bâton de maréchal d'Empire est le prix de cette campagne : Napoléon le lui octroie le 8 juillet 1811.

En septembre 1811, le maréchal ouvre la campagne de Valence. Les forts de l'antique Sagonte, qui couvrent cette capitale, relevés à grands frais par les Espagnols, l'arrêtent. Oropesa est assiégée et prise le 25 août. La garnison de Sagonte a repoussé deux assauts[14]. Le 26 décembre, ayant reçu le corps de réserve de la Havane, et, sans attendre les divisions de Portugal, il passe la Guadalavia, investit Valence, presse le siège et le bombardement, et force Blake à capituler le 9 janvier 1812. Le 10, les Espagnols, au nombre de 17 500 hommes d'infanterie et 1 800 de cavalerie, se rendent, et Valence est occupée. Avant un mois, la place de Peñíscola et le fort de Dénia tombent en son pouvoir, et complètent la conquête du royaume de Valence.

Retraite sur les Pyrénées[modifier | modifier le code]

Prise de Tarragone par le général Suchet, le 28 juin 1811 par Jean-Charles-Joseph Rémond (1837).

En janvier 1812, il est duc d’Albufera et gouverneur du pays de Valence[15],[16]. Après divers engagements victorieux, contre le général Enrique José O'Donnell et l'armée espagnole, et après avoir reçu à Valence les armées du Centre et du Midi qui s'y rallient pour marcher contre l'armée britannique, le maréchal fait, en juin 1813, lever le siège de Tarragone, vivement pressé par le général Murray qui perd toute son artillerie.

La retraite de l'armée française au-delà des Pyrénées après la bataille de Vitoria, l'oblige à évacuer Valence le 5 juillet, dix-huit mois après la reddition de cette ville. Il laisse des garnisons à Dénia, Sagonte, Peniscola, Tortose, Lérida et Mequinenza approvisionnées pour plus d'un an. En septembre, au col d'Ordal, son infanterie emporte les redoutes occupées par les troupes anglaises sous le commandement de lord Bentinck tandis que la cavalerie française, poursuivant l'ennemi, s'empare du village de San-Cujat avec l'aide d'un bataillon d'infanterie et repousse les forces ennemies qui s'y étaient rassemblé[17]. Suchet est alors nommé colonel général de la Garde impériale, en remplacement du maréchal Jean-Baptiste Bessières, qui venait de trouver la mort dans un combat près de Weissenfels. Le duc d'Albuféra occupe pendant six mois la Catalogne.

Dépêche confidentielle du ministre de la Police au gouverneur de la 5e division militaire, Louis Gabriel Suchet, duc d’Albufera, transmettant des renseignements sur Charles Schulmeister. 27 décembre 1814. Archives nationales de France.

Vingt mille hommes lui ayant été demandés pour la France, en janvier 1814, il se rapproche alors des Pyrénées, et il est à Gérone où reçut Ferdinand VII, qu'il est chargé de conduire à l'armée espagnole. Malgré la faiblesse de son armée, réduite à neuf mille hommes, le duc d'Albuféra persiste à rester en Espagne pour assurer la rentrée de 18 000 hommes de garnison, et surtout pour empêcher l'ennemi d'envahir la frontière. Il est encore vainqueur à Molino del Rey en janvier 1814. La frontière des Pyrénées-Orientales reste inviolée jusqu'à la chute de l'Empire.

Première Restauration[modifier | modifier le code]

Louis-Gabriel Suchet
Adèle Gault (d'après Jean-Baptiste Paulin Guérin), Le maréchal Suchet, duc d'Albufera (1770-1826), Musée de l'Armée, Paris.
Adèle Gault (d'après Jean-Baptiste Paulin Guérin), Le maréchal Suchet, duc d'Albufera (1770-1826), Musée de l'Armée, Paris.
Fonctions
Royaume de France Royaume de France
Membre de la Chambre des pairs
Monarque Louis XVIII de France
Drapeau de l'Empire français pendant les Cent-Jours Empire français (Cent-Jours)
Membre de la Chambre des pairs
Monarque Napoléon Ier
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Membre de la Chambre des pairs
Monarque Louis XVIII
Charles X
Successeur Napoléon Suchet
(À titre héréditaire)
Biographie
Article détaillé : Première Restauration.

Instruit officiellement de l'abdication de l'Empereur, et croyant voir le vœu de la nation dans ce décret du Sénat, rallié à la Restauration, il fait reconnaître Louis XVIII par l'armée dont le gouvernement royal lui conserve le commandement. De retour à Paris, il est nommé pair de France, gouverneur de la 10e division militaire et commandeur de Saint-Louis, puis, en décembre suivant, gouverneur de la 5e division à Strasbourg. Tant que les Bourbons demeurent sur le territoire français, le duc d'Albuféra reste fidèle au serment qu'il leur a prêté et maintient les troupes dans l'obéissance : resté sans ordres ni instructions du gouvernement royal, et jugeant, par les premiers actes du congrès de Vienne, que les forces étrangères se disposent à envahir la France.

Les Cent-Jours[modifier | modifier le code]

Pendant les Cent-Jours, le maréchal se rend à Paris, le 30 mars 1815, dix jours après l'arrivée de Napoléon Ier, pour recevoir de nouveaux ordres. Il reçoit le 5 avril celui de se rendre à Lyon pour y rassembler une armée. Suchet se voit confier le commandement du 7e corps appelé l’armée des Alpes[18]. Il dispose en tout de deux divisions d'infanterie, six escadrons de cavalerie, un peloton de la gendarmerie et de 42 canons, pour un total d'environ 9 000 hommes[19]. Il est nommé, le 27 juin suivant, membre de la Chambre impériale des pairs.

À la tête de ces nouvelles troupes, il se porte vers les Alpes et, malgré l'inexpérience de ses troupes composées pour la plupart de gardes nationaux et le manque de chevaux, bat les Piémontais, le 15 juin, et quelques jours après les Autrichiens à Conflans. L'arrivée de la principale armée autrichienne à Genève l'oblige à quitter la Savoie et à se replier sur Lyon.

Après Waterloo[modifier | modifier le code]

Instruit, le 11 juillet, que la bataille de Waterloo[20] vient de replacer le sceptre dans la main des Bourbons, le duc d'Albuféra, pour éviter une guerre civile, conclut avec les Autrichiens une capitulation honorable qui, en sauvant sa ville natale, conserve à la France pour dix millions de matériel d'artillerie. Le même jour, 11 juillet, il envoie trois généraux pour annoncer au roi qu'il est reconnu par l'armée, dont le commandement lui est continué.

Exclu de la Chambre des pairs par l'ordonnance du 24 juillet 1815, au moment de l'épuration des personnes les plus compromises avec le régime précédent, le duc d'Albuféra est rappelé dans cette chambre par une ordonnance du 5 mars 1819. En 1823, il participe à l'expédition d'Espagne sous le duc d'Angoulême destinée à rétablir sur le trône le roi Ferdinand VII[21]. Il meurt à Marseille, le , âgé de 55 ans seulement. Sa dépouille est transportée à Paris. Il repose au cimetière du Père-Lachaise (division 39).

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Il publie ses Mémoires sous le titre : Mémoires du maréchal Suchet, duc d'Albufera, sur ses campagnes en Espagne : depuis 1808 jusqu'en 1814, Adolphe Bossange,‎

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Orn ext Maréchal-comte de l'Empire GCLH.svg
Blason Suchet (comte de l'Empire).svg
Armes du 1er comte Suchet et de l'Empire (, lettres patentes du ), général de brigade (3 germinal an VI ()), général de division (22 messidor an VII ()), maréchal de l'Empire (), Légionnaire (19 frimaire an XII : )), puis Grand officier (25 prairial an XII : ), puis Grand aigle de la Légion d'honneur (, confirmé Grand-croix de l'ordre royal de la Légion d'honneur le ), Chevalier de l'Ordre de la Couronne de Fer (), Commandeur de l'Ordre de Saint-Henri de Saxe (),

Coupé, au 1, parti, du quartier des comtes militaires de l'Empire et d'or à un demi-vol d'aigle renversé de sable ; au 2 de gueules au pont d'or, sommé d'un lion passant du même tenant de la patte dextre un rinceau de grenadier d'or.[22],[23],[24],[25],[26]

Orn ext Maréchal-Duc de l'Empire GCLH.svg
Blason Famille Suchet Albufera.svg
Armes du duc d'Albufera et de l'Empire (), Commandeur de Saint-Louis (), Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit, Pair de France (, (Cent-Jours), révoqué le , réintégré par lettres patentes du , duc et pair avec dispense de majorat par autres lettres du ),

Parti de trois traits, coupé d'un autre, qui fait huit quartiers : au 1, d'or, à quatre vergettes de gueules, à trois fers de pique d'argent, 2 et 1, brochant sur le tout; au 2, d'argent, à une tour sommée de trois tourelles de sable; au 3, contre-écartelé, de gueules à une tour de sable, et d'or à un arbre de sinople; au 4, d'argent, à trois pals ondés d'azur; au 5, d'azur, à une galère d'argent de six rames, surmontée des lettres S A G, et acc. en pointe d'un dauphin et d'une coquille d'argent; au 6, d'or, à quatre vergettes de gueules, et un lis d'argent, brochant sur le tout; au 7, d'azur, à une tour sommée de trois tourelles de sable, sur une terrasse de sinople; au 8, d'or, à cinq étoiles d'azur, 2, 1 et 2. Sur le tout: coupé, au 1, parti, à dextre, d'azur à une épée d'argent, montée d'or; à sénestre, d'or à un demi-vol d'aigle renversé de sable; au 2 de gueules au pont d'or, sommé d'un lion passant du même tenant de la patte dextre un rinceau de grenadier d'or. Au chef des ducs de l'Empire brochant. Supports : deux léopards lionnés[27],[28],[29],[30].

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Les papiers personnels de Louis-Gabriel Suchet sont conservés aux Archives nationales sous la cote 384AP[31].
  • A. Lievyns, Jean Maurice Verdot et Pierre Bégat, Fastes de la Légion d'honneur : biographie de tous les décorés accompagnée de l'histoire législative et réglementaire de l'ordre, vol. 3, Bureau de l'administration,‎ (lire en ligne).
  • « Louis-Gabriel Suchet », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ [détail de l’édition]
  • « Louis-Gabriel Suchet », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ [détail de l’édition]
  • Jean-Baptiste Alphonse Charras et Philippe Vandermaelen, Campagne de 1815 : Waterloo, Meline, Cans et comp.- J. Hetzel et comp.,‎ , 504 p..
  • Charles-Théodore Beauvais, Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français depuis les temps les plus reculés jusques et compris la Bataille de Navarin, vol. 22, C.L.F Panckoucke,‎ , 311 p..
  • Abel Hugo, France militaire. Histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1837, Delloye,‎ , 368 p. (lire en ligne).
  • Frédéric Hulot, « Le Maréchal Suchet », dans Les grands maréchaux de Napoléon, Pygmalion,‎ , 1706 p. (ISBN 978-2-7564-1081-4). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ian Castle (préf. David Chandler, ill. Christa Hook), Austerlitz 1805 : le chef-d'œuvre de Napoléon, Paris, Osprey Publishing & Del Prado Éditeurs, coll. « Osprey / Armées et batailles » (no 2),‎ (1re éd. 2002), 94 p. (ISBN 2-84349-178-9). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Claude Lorblanchès, Les Soldats de Napoléon en Espagne et au Portugal : 1807-1814, L'Harmattan,‎ , 540 p. (ISBN 9782296164642). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Béatrice Capelle et Jean-Claude Demory, Maréchaux d'Empire, E/P/A,‎ , 287 p. (ISBN 978-2-85120-698-5), « Suchet, la valeur trop tard reconnue ». Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Capelle et Demory 2008, p. 96
  2. Son frère puiné, Gabriel-Catherine (Lyon, 6 novembre 1773 - Paris, 28 février 1835) deviendra chevalier de l'Empire et comte Suchet (10 septembre 1808), officier, administrateur des tabacs (1811-1815), maître des requêtes au Conseil d'État, député de l'Ardèche (1815), chevalier de la Légion d'honneur (1804).
  3. À la tête d'un faible corps de 5 000 hommes, à peine vêtus, sans magasins et sans ressources, pour lutter contre 60 000 hommes commandés par le général Melas, Suchet prit une part brillante aux résultats de la campagne de Gênes et du Var, non moins mémorable par les talents et la prodigieuse activité qu'il y déploya, que par l'inébranlable courage de ses troupes, au milieu des plus grands dangers et des privations les plus absolues. Séparé de la droite de l'armée par la prise de Saint-Jacques, il lutta pendant 38 jours avec succès et défendit pied à pied la rivière de Gênes. Les forces de l'ennemi l'ayant obligé à se retirer derrière le Var, il s'y retrancha et conserva une tête de pont. Les efforts de Mêlas, renouvelés pendant 16 jours et soutenus par une escadre britannique, échouèrent contre ses dispositions et la valeur de ses troupes. Par cette défense, il sauva d'une invasion le midi de la France et prépara le succès de l'armée de réserve qui se portait à Marengo. Dès ce moment le général Suchet prit l'offensive. Il avait mis à profit la découverte du télégraphe employé pour la première fois à la guerre. Deux sections, laissées par lui aux forts de Villefranche et de Mont-Alban, au milieu des Autrichiens, le prévinrent de leur marche rétrograde. Suchet précipita la sienne par la crête des montagnes, coupa la retraite aux Autrichiens qui avaient suivi les bords de la mer, et leur fit 15 000 prisonniers. Masséna, renfermé dans Gênes, venait de capituler après une grande résistance ; Suchet, qui l'ignorait et conservait l'espoir de dégager cette ville, traversa en peu de jours la rivière de Gênes, rejoignit la droite de l'armée, sortit de Savone par capitulation, et se porta rapidement vers les plaines d'Alexandrie. Sa présence à Acqui contribua à la victoire de Marengo, suivant le rapport de Michael von Melas, qui fut obligé de lui opposer un fort détachement. Après cette bataille, il fut chargé de réoccuper Gênes et son territoire. Il maintint partout une discipline sévère et s'acquit l'estime et la confiance des habitants de cette malheureuse république
  4. Hulot 2013, p. 1547 à 1549.
  5. Hulot 2013, p. 1550 à 1553.
  6. Castle 2004, p. 43.
  7. Castle 2004, p. 62 et 65.
  8. a et b Hulot 2013, p. 1553.
  9. Castle 2004, p. 65 à 67.
  10. a et b Lorblanchès 2007, p. 242
  11. Hugo 1838, p. 136
  12. Hugo 1838, p. 136 et 137
  13. Lorblanchès 2007, p. 323
  14. La ville continuait d'être battue en brèche : Blake sortit de Valence avec 30 000 hommes pour la secourir, et fut défait totalement, à la vue même de Sagonte qui capitula et donna son nom à cette bataille, où le maréchal fut blessé à l'épaule
  15. Heureuse par les soins du vainqueur, comme l'était l'Aragon, cette contrée imita sa soumission, et le maréchal fut récompensé de sa brillante campagne par le titre de duc d'Albuféra, et par la mise en possession de ce riche domaine, qui touche Valence, et sur lequel il avait combattu
  16. Il était très apprécié de Joseph Bonaparte qui disait de lui : "Chef militaire très distingué et administrateur très habile, il trouva dans les riches provinces d'Espagne les moyens de pourvoir abondamment à tous les services de son armée, sans trop fouler les peuples. Il lui fut possible de faire observer une exacte discipline à ses troupes et d'inspirer de la confiance aux habitants."
  17. Beauvais 1820, p. 307-308-309
  18. Un nombre immense de soldats volontaires ou déserteurs de l'armée royale, pendant l'année qui venait de s'écouler, était accouru de toutes parts sous les drapeaux ; mais les arsenaux étaient vides, et il n'avait pas été possible d'armer plus de 10 000 hommes.
  19. Charras et Vandermaelen 1857, p. 40
  20. À Sainte-Hélène, dans le Mémorial, Napoléon dira de lui : « Suchet était quelqu'un chez qui le caractère et l'esprit s'étaient accrus à surprendre… Si j'avais eu Suchet à la place de Grouchy, je n'aurais pas perdu Waterloo. »
  21. Capelle et Demory 2008, p. 99
  22. Source : www.heraldique-europeenne.org
  23. Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments
  24. Source: Armorial du Premier Empire, Vicomte Albert Révérend, Comte E. Villeroy
  25. La noblesse d'Empire sur http://thierry.pouliquen.free.fr
  26. Source : Armory of the French Hereditary Peerage (1814-30) sur www.heraldica.org
  27. www.heraldique-europeenne.org
  28. Armorial de J.-B. Rietstap et ses compléments
  29. Vicomte Albert Révérend, Comte E. Villeroy, Armorial du Premier Empire
  30. « Armory of the French Hereditary Peerage (1814-30) » sur www.heraldica.org
  31. Archives nationales


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