Islam au Maroc

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L'islam est la religion d'État et la plus pratiquée au Maroc.

Histoire[modifier | modifier le code]

Histoire des religions au Maroc[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Religion au Maroc.

Histoire de l'Islam au Maroc[modifier | modifier le code]

Introduction de l'Islam[modifier | modifier le code]

L'Islam a été introduit au Maroc pour la première fois en 670 par le général Arabe Oqba Ibn Nafaa, envoyé par les Omeyyades. Certaines tribus berbères adoptent très vite l'Islam et participent à la conquête de l’Andalousie à l'image de Tariq ibn Ziyad

Toutefois, la région du Maroc n’était qu'une province soumise au pouvoir de Kairouan et de Cordoue. Le traitement généralement inférieur de la majorité des populations berbères (par des systèmes de taxes notamment) par la classe dirigeante arabe a mené a de nombreuses révoltes dont la principale est la Grande révolte berbère qui ébranle tout le Maghreb ainsi que l'Andalousie.

À cette époque les tribus berbères se tournent vers le kharijisme ou leurs traditions païennes afin d’asseoir leur indépendance.


En 788, les Idrissides furent la première dynastie musulmane à proprement parler marocaine. Idriss Ier, arrière petit-fils de Ali ibn Abi Talib, était contestataire du droit des Abbassides à exercer le pouvoir. Il était de confession zaïdite, une branche du chiisme reconnaissant Zayd Ibn Ali as-Sajjad comme cinquième et dernier imam. L’historiographie marocaine traditionnelle, apparue à l’époque mérinide, présente la suite de la dynastie idrisside naturellement comme des défenseurs de l’orthodoxie sunnite. S’appuyant sur des sources pré-mérinides, les thèses qui voient dans les Idrissides des Zaïdites ou encore des Mutazilites, restent hypothétiques. Bien que ces courants aient existé au Maroc sans pour autant être dominants[1].

D’après la relation entre le frère d’Idriss Ier, Muhammad al-Nafs al-Zakiya, et Mâlik ibn Anas, « le courant des chérifs hassaniens de l’époque se situait bien dans une tradition moyenne », qui permettra des ponts futures avec le malékisme[1]

Quoi qu'il en soit, pendant de nombreux siècles, de nombreuses influences viendront forger l'Islam marocain, aussi bien sunnite ou mutazilite avec les savants omeyyades de Cordoue que chiite avec les traditions de sainteté chérifienne des idrissides mais aussi par les incursions fatimides venu de l'Est et qui sont les premiers à soutenir la tradition de la fête du Mawlid al-Nabawi (la Nativité du Prophète), célébrée conventionnellement le 12 rabi‘ Ier de chaque année depuis. Cette fête ne sera introduite que plus tard au Maroc, sous le sultan mérinide sunnite malékite Abu Yusuf Yaqub ben Abd al-Haqq sous l’influence de l’émir de Sebta [2]

Unification du Maroc derrièr l'école sunnite malékite[modifier | modifier le code]

Au fil des siècles et des métissages, les plupart des Berbères se convertirent à l'islam mais c'est sous les almoravides que le malékisme s'impose sur l'ensemble du territoire (le terme Al-Mourabit désignant en premier lieu un mouvement de ralliement religieux musulman malékite). La dynastie almoravides (1040-1147) donnera de nombreux érudits et juges malékite qui assoiront le courant comme Cadi Ayyad, al-Arabi, Ibn Ruchd al-Gadd.

Toutefois, à peine un siecle plus tard, le mouvement almohade, fondé au début du XIIe siècle, par Mohammad ibn Toumert, un réformateur de l’Anti-Atlas, s’opposera au rite malékite pratiqué par les Almoravides, prêchant un retour aux sources religieuses de l’islam. Formé en Orient et influencé par le chiisme, il reproche à ceux-ci d’avoir délaissé l’étude du Coran pour un juridisme excessif; d'avoir une conception anthropomorphe de Dieu, contraire au principe fondamental de l’unité divine (ou tawhid, « unité divine »)

Toutefois, la dynastie (1120/1147-1269) restera attaché à l'école malékite. Le plus grand savant malékite du règne almohade est Al-Qurtubi (aussi savant le plus connu de l'histoire de Cordoue). Et au-delà de la rigueur religieuse apparente de son fondateur, certains de ses successeurs seront dans leur intimité de grand intellectuels ouvert aux débats religieux et philosophiques comme Abu Yaqub Yusuf.

En effet, le monde musulman est à cette époque à son apogée politique et sociale. Le Maroc et l'Andalousie forment une zone d'échange importante, ce qui permet aussi l'essor de l'art et la littérature (musique arabo-andalouse, poésie arabe), mais aussi de penseurs mutaziles comme Ibn Tufayl ou rationalistes et libéraux comme Ibn Baja (Avempace) ou Ibn Rochd (Averroès) (petit fils du premier). Mais les idées réformatrices d'Ibn Baja et Ibn Rochd ne plairont pas toujours au pouvoir. Ils seront suspectés d'hérésie par certains de leur coreligionnaires et leur idées n’auront pas de postérité au Maroc dans les siècles suivants

Développement des confréries soufis[modifier | modifier le code]

Le soufisme qui prend ses racines initiales dans l'orthodoxie sunnite, est une démarche de quête de la vérité divine (haqîqah) et l’amour de Dieu par la voie intérieure via la contemplation et la sagesse. Il cherche toutefois à se distinguer de l'orthodoxie officielle pour apporter sa propre vision. Le terme « tassawuf » se traduit par « initiation ». Le Tassawuf comprend non seulement la haqîqah mais aussi l'ensemble des moyens destinés à y parvenir, appelé tariqa - "voie" ou "sentier". Au Maroc, le soufisme a quasiment toujours existé notamment à travers l'école de l'Egyptien al Junayd et à travers l’influence de grands penseurs comme l’andalou Ibn Arabi. Mais ce n’est que vers Les XIe et XIIe siècles que des turuq se sont véritablement structurés au Maroc notamment via l’Algérie. C’est notamment grâce a Abou Madyane que les pensées de Abd al Qadir al-Jilani et Al-Ghazâlî arrivent au Maghreb. Ce dernier inspirera plusieurs mouvements soufis comme Abdeslam Ben Mchich Alami ou Abou Hassan al-Chadhili. L’essor de ces turuqs est également intimement lié à l’image très positive des chorfas aux yeux des marocains à l'époque et notamment des chorfas idrissides.

À partir du XIIIe siècle, sous les Mérinides, la redécouverte du tombeau d’Idriss II, lance également le mouvement de reconnaissances des saints chérifs. Ces mouvements préfigureront le retour des dynasties chérifs au pouvoir au Maroc.

Les mouvements soufis vont également se développer à tavers des mouvements mystico-religieux à l’ancrage social complexe comme les Aïssawa à Meknès ou les Hamadcha à Fès ou les Gnaouas à Essaouira. Les mouvements soufis restent très vivants au Maroc au fil des siècles avec l’apparition de nouvelles tariqas au XVIe et jusqu’XIXe siècle comme la Qadiriyya Boutchichiyya venue du Nord-Est ou la Tijaniyya venue d’Algérie

Influences extérieurs[modifier | modifier le code]

Islam moderne au Maroc[modifier | modifier le code]

Islam et politique au Maroc[modifier | modifier le code]

Religion et politique sont intimement liés au Maroc. Le roi du Maroc possède la dénomination de Commandeur des croyants, ce qui lui confère un pouvoir religieux. Il existe par ailleurs un courant officiel et par conséquent politique de l'Islam.

Les partis politiques marocains se différencient par leur réponses aux questions économiques et sociales toujours dans un ancrage dans le courant officiel. Il n'existe pas réellement de parti politique actif avec un message religieux différent. Tous les partis politiques se revendiquent du même courant musulman sunnite malékite dont le Roi est le Commandeur.

Il existe des partis dits "islamistes" comme le PJD ou le Parti de la renaissance et de la vertu mais leurs messages restent ancrés dans le courant officiel et ils ne se différencient que par plus de populisme et bien sûr une approche très conservatrice sur l'ensemble des sujets.

Il existe des partis dits "libéraux" ou "progressistes" comme le PAM ou le Parti des forces citoyennes mais les revendications "libérales" sont plus à lire comme démocratique (pour les forces citoyennes) ou libérale d'un point de vue économique. Il n'existe pas de parti politique laïc ou d'une autre confession.

Les mouvements politiques extrémistes sont, quant à eux, interdits ou à la limite tolérés mais pas reconnus. Par exemple : Al Adl Wal Ihsane.

Islam et justice[modifier | modifier le code]

Historiquement, la justice était rendu au Maroc par les Cadi, certains notables locaux Chérif ou directement par le Makhzen. Les juges s'appuyaient sur le fiqh en vigueur pour rendre leur jugements.

La première version officielle du Code pénal marocain est entrée en vigueur sous le protectorat français tout en étant adaptée aux traditions musulmanes reconnues au Maroc pour les sujets musulmans et toute affaires impliquant un sujet musulman. Les marocains juifs, quant à eux, sont historiquement directement jugés par les tribunaux hébraïques gérés par le grand rabbin du Maroc[3] notamment pour les affaires d’héritages ou matrimoniales.

Islam et droit[modifier | modifier le code]

Contrairement à certains pays du Golfe, le Maroc a une constitution écrite et se définit comme un pays musulman attaché à l'ouverture et la tolérance comme l’atteste le préambule de sa constitution de 2011 :

« État musulman souverain, attaché à son unité nationale […]. Le prééminence accordée a la religion musulmane dans ce référentiel national va de pair avec l’attachement du peuple marocain aux valeurs d’ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde. »[4]

Par ailleurs, bien que reposant essentiellement sur le droit musulman le droit marocain n'est pas issue d'une charia mais est l’émanation de législations parlementaires et de dahir royaux. La politique religieuse du pays s'appuie également sur le Conseil supérieur des Oulémas qui n'a aujourd'hui plus qu'un avis consultatif.

Le code de la famille est régie, quant à lui, par la Moudawana ou Code du statut personnel marocain.

Débats sociétaux[modifier | modifier le code]

  • L'apostasie

En 2005, l'apostasie d'un musulman, le fait de quitter sa religion n'est explicitement interdit selon le droit écrit marocain mais il l'est de facto et socialement[5]. En plus de s'exposer à une possible « mort civile[5] », parler de ou afficher sa nouvelle croyance peut être interprété comme du prosélytisme. Si ces actions ont lieu en présence d'un musulman, on peut alors être poursuivi en vertu de l'article 220 du code pénal marocain :
« Quiconque, par des violences ou des menaces, a contraint ou empêché une ou plusieurs personnes d'exercer un culte, ou d'assister à l'exercice de ce culte, est puni d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 100 à 500 dirhams.
Est puni de la même peine, quiconque emploie des moyens de séduction dans le but d'ébranler la foi d'un musulman ou de le convertir à une autre religion, soit en exploitant sa faiblesse ou ses besoins, soit en utilisant à ces fins des établissements d'enseignement, de santé, des asiles ou des orphelinats. En cas de condamnation, la fermeture de l'établissement qui a servi à commettre le délit peut être ordonnée, soit définitivement, soit pour une durée qui ne peut excéder trois années[6]. »

Article détaillé : Apostasie_dans_l'islam#Maroc.
  • L'obligation du jeûne

Selon l'article 222 du code pénal marocain, la consommation de nourriture en public pendant le mois de ramadan est interdite par la loi pour toute personne de confession musulmane. Les etabalissement servant a boire ou manger reste généralement tous fermé pendant la journée[7],[8] .

Une enquête intitulée « L’Islam au quotidien » révèle que 60 % des sondés ne considèrent pas comme musulman celui qui ne fait pas le ramadan, et 44,1 % d'entre eux estiment qu’un dé-jeûneur doit être puni jusqu’à ce qu’il reprenne « le droit chemin », tandis que près de 82,7 % des interrogés ne sont pas d’accord pour que les cafés et restaurants restent ouverts la journée pendant le mois sacré musulman[9].

  • Autres particularités sociétales marocaines

1 - Le port du voile

Il n'y aucune obligation de port de voile au Maroc. Toutefois, les modes venues de certains pays du Golfe, les difficultés à se faire respecter et la peur de se faire agresser poussent de plus en plus de femmes à le porter.
À noter toutefois que le port du voile au Maroc ne fait pas l'unanimité et est aussi un sujet politique porteur de message. Il est parfois également mal perçu par la société notamment lorsqu'il porté selon des modes trop moyens-orientales ou qu'il porte atteinte au "vivre ensemble" (notamment dans certains lycées (cas de Ibn Sina à Tanger) ou dans certaines entreprises). Historiquement il n'y a pas homogénéité dans les modes vestimentaires des marocaines avec de grandes différences entre les femmes berbères du Nord, les femmes de l'Atlas, les femmes arabes des villes . Le Maroc a donc de tout temps toujours composé avec ces différences.

2 - La chasse et consommation de sanglier

Certes très minoritaire, la chasse et la consommation de sanglier a toujours existé dans les parties septentrionale du Moyen Atlas ou dans le Rif. Comme l'attestent certains écrits du XIXe siècle, la consommation de sanglier a existé dans la tribu des beni seddath dans le Rif par exemple[10]

Aujourd'hui la chasse au sanglier est autorisée et des battues officielles existent. Mais la consommation du sanglier reste très minoritaire, "officieuse" et interdite [11]

3 - La consommation d'alcool

Le sentiment, apparemment « rigoriste », de la population face au jeûne durant ramadan s'oppose au comportement assez tolérant qu'observe une grande majorité de Marocains vis-à-vis de l'alcool.

Cela s'explique notamment par la production et la consommation millénaire de vin au Maroc, essentiellement par les communautés juives et chrétiennes mais également par les musulmans de manière plus ou moins admise. (cf. Viticulture au Maroc) L'interdiction de la consommation d'alcool pour les citoyens marocains musulmans a été entérinée par l’arrêté viziriel du 17 juillet 1967 (B.O. no 2856 du 26 juillet 1967 : 829) émanant du Directeur du Cabinet Royal. En réalité, cette disposition ne s'applique que très peu dans les faits. Le profil des consommateurs de produits alcoolisés est composé généralement de marocains musulmans et la plus grande société de productions de vin au Maroc, les Celliers de Meknès (groupe Diana Holding) a été fondé et est dirigée par un marocain musulman, Brahim Zniber.La vente d'alcool au marocain musulman est cependant interdite par la loi

4 - La consommation de cannabis

Bien que le cannabis soit une drogue et reste officiellement interdit, il existe une certaine tolérance historique envers la culture et la consommation de cannabis aussi bien au niveau des autorités qu'au niveau sociétale. Traditionnellement, la consommation de cannabis passe par la consommation de kif à l'aide d'un Sebsi.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]