Islam en Algérie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Islam en Algérie
Description de cette image, également commentée ci-après
La Grande Mosquée d'Alger, troisième plus grande au monde.
Religion Islam
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie

Voir aussi

Islam par pays

L'Islam est la religion d'État en Algérie et est pratiquée par environ 99 % de la population.

L'Algérie est le neuvième pays au monde en nombre de musulmans et est le troisième sur le continent africain (après le Nigeria et l'Égypte), rassemblant 2,2 % de la population musulmane mondiale.

Aperçu[modifier | modifier le code]

Mosquée de Sidi Okba, wilaya de Biskra, construite en 686 et faisant partie des plus anciennes mosquées du Maghreb.

Statistiques[modifier | modifier le code]

L'ensemble des estimations montrent qu'entre 98% et 99% des Algériens sont musulmans[1],[2],[3].

Selon le Pew Research Center, 2,2% des musulmans au monde vivent en Algérie[4].

En 2019, une étude de la BBC suggère une augmentation du nombre de personnes de moins de 30 ans se disant « non religieuses », en Algérie comme dans le reste du Maghreb[5].

Branches et courants[modifier | modifier le code]

L'immense majorité des Algériens sont musulmans sunnites, appartenant à l'école de jurisprudence malékite[3]. Tous se réclament d'une identité religieuse nationale comprise dans les clauses de la référence religieuse algérienne.

Le soufisme est bien implanté en Algérie, qui compte de nombreuses confréries et de zaouïas.

Il existe une petite communauté appartenant à la secte ibadite dans le Mzab, au Sud du pays[6].

Salafisme[modifier | modifier le code]

Le salafisme a émergé en Algérie pendant les années 1980. Le salafisme fondé sur la prédication et rejetant le salafisme djihadiste s'y implante notamment, jusqu'à faire du pays, selon certains analystes, « la seconde nation du salafisme prédicatif après l'Arabie saoudite »[7]. Ce mouvement se réclame à la fois de Ben Badis mais surtout du wahhabisme saoudien[8]. Le cheikh Mohammed Ali Ferkous est l'une des figures du salafisme en Algérie, souvent rapproché du madkhalisme. Il fut par exemple symboliquement nommé par Rabi al-Madkhali comme la voix du salafisme dans le pays[8]. D'autres noms importants de ce courant, particulièrement implanté à Kouba, sont Abdelmadjid Djemaâ ou Lazhar Snigra.

Histoire[modifier | modifier le code]

Conquête musulmane de l'Algérie[modifier | modifier le code]

L'islam a été introduit en Algérie pour la première fois en 670 par les armées du général Arabe Oqba Ibn Nafaa, dans le contexte de la conquête musulmane de l'Afrique du Nord sous les ordres des Omeyyades. La première mosquée fondée en Algérie est la mosquée Sidi Ghanem de la ville de Mila en 678. En 776, les Rostémides furent la première dynastie locale musulmane d'Algérie. De nombreux Berbères se convertirent à l'islam puis formèrent leurs propres dynasties musulmanes, telles les Zirides ou les Hammadides.

Islam jusqu'au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

L'islam sous l'occupation française[modifier | modifier le code]

L'islam a été un aspect important de la conscruction de l'identité algérienne à la suite de la conquête de l'Algérie par la France, qui fit périr entre un quart et un tiers de la population algérienne[9]. Cette conquête se heurte dans un premier temps à la résistance menée notamment par l'émir Abdelkader, érudit musulman soufi, qui prend les armes pour défendre l'islam et la nation algérienne au nom du djihad défensif[10]. Abdelkader créa un État musulman, jusqu'à sa défaite en 1847[11].

Bien que la France ait promis dès son arrivée en 1830 de respecter la religion des Algériens, l'occupation française perturbe et restreint la pratique de l'islam dans le pays. La mosquée Ketchaoua de la Casbah d'Alger est par exemple convertie en cathédrale dès l'arrivée des Français. De même, les biens religions (habous) sont confisqués par la colonisateur, la langue arabe et l'enseignement musulman restreints[9]. Plus généralement, c'est l'ensemble des manifestations religieuses musulmanes (prières, pélerinage à La Mecque, fêtes religieuses) qui sont encadrées par l'administration coloniale[12]. Cette véritable dépossession religieuse mène en 1931 à la création de l'association des oulémas musulmans algériens, impulsée par Abdelhamid Ben Badis. Cette association a pour but de permettre aux Algériens de s'émanciper des restrictions religieuses imposées par la France[12]. D'un point de vue religieux, elle vise également à retrouver le « message authentique » de l'islam, en luttant contre les superstitions maraboutiques et les fausses interprétations[13].

Le traitement réservé à l'islam par la France est l'un des facteurs à l'origine de la conquête par les Algériens de leur indépendance. Ainsi, pendant la guerre d'indépendance, l'islam fut peut-être l'idéologie mobilisatrice la plus importante du parti. Dès 1954, le FLN, Front de libération nationale, dans son premier appel, indique son but : l'indépendance d'un « État algérien souverain démocratique et social dans le cadre des principes islamiques »[14].

Décennies suivant l'indépendance[modifier | modifier le code]

Les années Ben Bella et Boumediene[modifier | modifier le code]

Abdelhamid Ben Badis (1889 - 1940), ouléma et figure importante de l'Association des oulémas musulmans algériens.

Si l'idéologie du FLN est principalement nationaliste et fait référence au socialisme, vaguement interprété comme un credo anti-exploitation populaire, l'islam, défini comme le fondement principal de la conscience nationale, est le facteur déterminant dans la consolidation de l'identité algérienne comme distincte de celle des Algériens français.

L'islam algérien, en particulier la variété réformiste nationaliste défendue par Abdelhamid Ben Badis et son groupe des oulémas musulmans algériens, a été une influence idéologique importante pour le FLN[15]. Le mouvement rejetait absolument l'athéisme et n'était pas ouvertement laïque. Pourtant, après l'indépendance, le parti, dans la pratique, a admis une interprétation moderniste de l'islam, soutenant la transformation sociale de la société algérienne et a fonctionné par le biais d'institutions laïques. La religion est reléguée au rôle de facteur de légitimation pour le parti-régime[réf. nécessaire]. Cela a été particulièrement le cas sous la présidence du colonel Houari Boumédiène (1965-1978), mais même alors, l'islam était considéré comme la religion d'État et comme une partie cruciale de l'identité algérienne, et Boumedienne était lui-même fier de sa formation coranique. Son prédécesseur Ahmed Ben Bella (1962-1965) était plus attaché à la composante islamique du régime, bien que toujours considérée davantage comme un nationalisme arabe que comme un activisme islamique[réf. nécessaire].

Dans la pratique, la position du régime de Boumediene semble se caractériser par certaines contradictions à l'égard de l'identité musulmane. Ce régime, comme ceux qui l’ont précédé, se distingue par « une instrumentalisation permanente [mais plus intense [de l’islam dans le but de créer une grande unanimité nationale et populaire autour des choix socialistes de Boumediene »[réf. nécessaire]. Sont ainsi mobilisés des symboles, des institutions et des personnalités religieuses pour réaliser le rassemblement nécessaire autour du projet de développement du pays sous l’égide du modèle socialiste[16]. L’association El Qiyam, qui met en avant les valeurs islamiques, obtient néanmoins du président Ben Bella l’interdiction de la consommation d’alcool sur l’ensemble du territoire national, puis, sous Boumediene, l’introduction d’un enseignement religieux dans les programmes scolaires et la fixation du repos hebdomadaire au vendredi en place du dimanche. Interdite en 1970, El Qiyam continuera d’agir et de travailler clandestinement[13].

L'influence politique limitée de revendications islamistes[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970-1980, les islamistes mèneront ainsi un important combat idéologique contre le pouvoir en place. Ils imposeront aux gouvernements « la construction d’un grand nombre de mosquées qui deviendront des centres d’éducation religieuse et des tribunes de contestation politique, notamment dans les quartiers populaires, très sensibles au discours islamiste empreint d’égalité et de justice »[13]. Considéré comme subversif, le mouvement islamiste sera durement réprimé par les services de sécurité de l’armée. Des centaines de partisans d’un État islamique seront emprisonnés, torturés, placés en résidence surveillée. Selon Brahim Younessi, à la fin des années 1980, l’idée d’une insurrection armée commence à gagner des esprits[13].

L’université est le champ des antagonismes entre « progressistes » et « islamistes ». De nombreux intellectuels issus du courant idéologique initié par Malek Bennabi soutiennent le projet d’une société islamiste. Le prosélytisme islamiste gagne également les rues. Il devient courant de voir des gens hommes barbus vêtus en kamis (long vêtement en forme de robe) blanc faire la tournée des bars et boîtes de nuit pour exhorter les propriétaires à fermer ces lieux de « débauche »[pertinence contestée]. Le nom de Mustapha Bouyali, leader du premier mouvement islamiste armé, devient le symbole de la guérilla naissante[13][pertinence contestée].

Le successeur de Boumédiènne, le colonel Chadli Bendjedid (1979-1992), voulut atténuer l'aspect socialiste du FLN, et au cours de la seconde moitié des années 1980, réintroduit une législation religieuse conservatrice dans une tentative d'apaiser l'opposition croissante des islamistes. Ainsi, le principal cadre légal qui ordonne le régime matrimonial des Algériennes, le Code de la famille promulgué en 1984, s’inspire essentiellement de la charia[17].

Décennie noire[modifier | modifier le code]

Surnommées la « décennie noire », les années 1990 sont marquées par une guerre civile sanglante, opposant des groupes islamistes tels que le Groupe islamique armé (GIA) et l'Armée islamique du salut (AIS) au gouvernement algérien. Cette guerre civile coûte la vie à 150 000 personnes et marque profondément le pays.

Pendant et après la guerre civile algérienne, la position du FLN reste identique : proclamer l'islam algérien comme une influence principale, tout en faisant valoir simultanément que cette influence doit être exprimée comme une foi progressiste et moderne, même si le parti reste globalement en ligne avec les moeurs sociales conservatrices de la population algérienne. Il a fermement condamné les enseignements religieux radicaux fondamentalistes du Front islamique du salut (FIS) et d'autres groupes islamistes, tout en soutenant l'inclusion de partis islamistes non violents dans le système politique et en collaborant avec eux.

Présidences d'Abdelaziz Bouteflika[modifier | modifier le code]

Les deux premiers mandats du président Abdelaziz Bouteflika sont marqués par la promesse de mettre fin à la discorde après une longue et terrible guerre civile. En , la loi de la « concorde civile » est votée et approuvée par référendum. Elle prévoit une amnistie partielle des islamistes armés. Les maquis se vident et plus de 6 000 hommes déposent les armes[18].

Bouteflika parvient également à affaiblir considérablement l'islam politique en convainquant les Frères musulmans du Mouvement de la société pour la paix (MSP) à s’associer avec lui pour diriger l’Algérie[19].

Organisation politique[modifier | modifier le code]

Ministère des Affaires religieuses et des Wakfs[modifier | modifier le code]

Le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs est chargé de s'occuper des affaires religieuses telles que le calendrier musulman, les horaires de prières, les jours de fête religieuse, l'annonce du ramadan, le pèlerinage à La Mecque ou encore l'entretien des mosquées[20].

Haut conseil islamique[modifier | modifier le code]

Le Haut conseil islamique est formé de quinze membres, dont un président, nommés par le président de la République. Son rôle, défini par l'article 206 de la Constitution algérienne, consiste à « encourager et promouvoir l'Ijtihad » et à « émettre son avis au regard des prescriptions religieuses sur ce qui lui est soumis »[21].

Rôle de l'État[modifier | modifier le code]

La Constitution algérienne garantit à tous les citoyens une liberté du culte, et l'État en assure la protection. Les imams, les prêtres et les rabbins dépendent du ministère des Cultes et sont rémunérés par l’État. Le gouvernement contribue au financement des mosquées, des imams et de l'étude de l'islam dans les établissements scolaires. L’enseignement de la charia (les lois de la religion islamique) est devenu depuis obligatoire dans toutes les filières du secondaire. En outre, le gouvernement a intensifié le contrôle de l'enseignement religieux scolaire, des prêches dans les établissements religieux et l'interdiction de la distribution d'ouvrages religieux faisant la promotion de la violence. La guerre civile des années 1990 conduit l'État à créer la fonction de mourchidate (femme imam mais qui ne prêche pas), relevant du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs, afin de lutter contre la radicalisation religieuse[22],[23].

Traditions[modifier | modifier le code]

Le jour du mawlid est le jour où l'on commémore la naissance du dernier prophète de l'islam depuis des siècles.

Les récitants du Coran et les enfants circoncis reçoivent des cadeaux de la part des différents ministères et associations comme Ihssan lors des fêtes religieuses.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Table: Religious Composition by Country, in Percentages, Pew Forum on Religion & Public Life
  2. (en)« Statistiques de l'Agence centrale de renseignement (CIA) des États-Unis » (consulté le )
  3. a et b (en) « Algeria - Languages », sur Encyclopedia Britannica (consulté le )
  4. (en) « Mapping the Global Muslim Population », sur Pew Research Center's Religion & Public Life Project, (consulté le ).
  5. « La religiosité serait en recul dans le monde arabe, en particulier au Maghreb », sur Middle East Eye édition française,
  6. Encyclopædia Universalis, « MOZABITES », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  7. Samir Amghar. « Le salafisme au Maghreb : menace pour la sécurité ou facteur de stabilité politique ? », Revue internationale et stratégique, vol. 67, no. 3, 2007, pp. 41-52.
  8. a et b (en) Dalia Ghanem, A Restless Revival: Political Islam After the 2011 Uprisings, New York, Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center, , 160 p. (lire en ligne), « The Shifting Foundations of Political Islam in Algeria », p. 152
  9. a et b Gilbert Meynier, « L'Algérie, la nation et l'islam : le FLN, 1954-1962 », Raison présente, vol. 159, no 1,‎ , p. 61–80 (DOI 10.3406/raipr.2006.3978, lire en ligne, consulté le )
  10. Jabeur Fathally, « La vocation défensive du jihād, son histoire et sa réalité juridique contemporaine », Études internationales, vol. 49, no 1,‎ , p. 133–176 (ISSN 0014-2123 et 1703-7891, DOI 10.7202/1050547ar, lire en ligne, consulté le )
  11. (en) « Abdelkader | Algerian leader », sur Encyclopedia Britannica (consulté le )
  12. a et b Raberh Achi, « « L'islam authentique appartient à Dieu, “l'islam algérien” à César »: La mobilisation de l'association des oulémas d'Algérie pour la séparation du culte musulman et de l'État (1931-1956) », Genèses, vol. 69, no 4,‎ , p. 49 (ISSN 1155-3219 et 1776-2944, DOI 10.3917/gen.069.0049, lire en ligne, consulté le )
  13. a b c d et e Brahim Younessi, L'islamisme algérien : nébuleuse ou mouvement social ?, Politique étrangère, Année 1995, 60-2, pp. 365-376
  14. Appel au peuple algérien, texte intégral du premier appel adressé par le Secrétariat général du FLN le 1er novembre 1954.
  15. Mohammed Harbi. Le FLN, mirage et réalité des origines à la prise du pouvoir (1945-1962) (compte rendu), Gérard Chaliand, Politique étrangère, Année 1981, Volume 46, Numéro 1, pp. 231-232
  16. La place de l’islam dans l’Algérie indépendante La période des présidences Ben Bella et Boumediene comme modèle de référence, crasc.dz
  17. Laurent De Saint Perier, Algérie : la loi islamique au cœur de la République démocratique et populaire, jeuneafrique.com, 5 octobre 2017
  18. « Bouteflika, candidat post-mortem? », (consulté le ).
  19. Nicolas Beau, Lorsque Abdelaziz Bouteflika avait enterré l’islam politique algérien, mondafrique.com, 14 juin 2021.
  20. (ar) « وزارة الشؤون الدينية والأوقاف », sur www.marw.dz (consulté le )
  21. Constitution algérienne, site joradp.dz, 30 décembre 2020.
  22. Amal Belalloufi, « En Algérie, des femmes imams luttent contre la radicalisation », sur Le Point, (consulté le ).
  23. Nicolas Basse, « Des femmes imams luttent contre l'extrémisme en Algérie », sur Le Figaro, (consulté le ).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]