Initialement composé de personnalités proches du monarque[6],[7], le but du PAM était de dynamiser la vie politique marocaine et d’être une alternative à la montée en puissance des islamistes du PJD[6].
Le PAM était considéré comme le «parti du roi» face aux islamistes du PJD, plus réformistes. Fondé par Fouad Ali El-Himma, le conseiller le plus proche de Mohammed VI, le parti regroupe essentiellement des notables aisés capables de financer une campagne électorale, dont notamment le milliardaire Faouzi Chaabi (deuxième plus grosse fortune du Maroc après le roi)[11].
La création de ce parti intervient aussi dans le cadre d'une initiative politique baptisée «Mouvement pour tous les démocrates» lancée par plusieurs personnalités politiques, parmi lesquels Khadija Rouissi, Ilyas Elomari et Fouad Ali El Himma, qui était notamment ancien ministre marocain délégué à l'Intérieur.
Le PAM réunit également quelques anciens prisonniers politiques et opposants du roi Hassan II[6].
En , le PAM élit un nouveau secrétaire général, Abdellatif Ouahbi, figure de proue d'un courant réformiste au sein du parti, dénommé le «courant de l’avenir», qui défend une prise de distance avec l’État, l'ouverture à toutes les alliances possibles (notamment avec le PJD) et davantage de démocratie en interne[12].
Lors des élections communales du , le parti a remporté 6 015 sièges sur 27 795 circonscriptions électorales (21,7% des voix[6]), le plaçant ainsi en première place devant le Parti de l'Istiqlal (droite conservatrice, 19,1% des voix) et le Rassemblement national des indépendants (14,8% des voix), qui font tous deux partie de la majorité gouvernementale[13].
Les élections législatives de 2011 au Maroc ont lieu le , à la suite d'un référendum constitutionnel le 1er juillet de la même année qui a débouché sur une réforme de la Constitution.
Le Parti de la justice et du développement les a remportées avec 27,08% des suffrages exprimés, ce qui lui permet d'avoir 107 sièges sur 395 au parlement.
Le Parti Authenticité et Modernité arrive quatrième; il obtient 11,90% des suffrages exprimés, ce qui lui permet d'avoir 47 sièges au parlement.
Le PAM arrive premier en nombre de sièges aux élections communales de 2015 avec 21% des sièges, suivi de l'Istiqlal (16,2%) puis du PJD (15,9%). Cependant, le PAM obtient de faibles scores en ville et obtient la plupart de ses voix dans les campagnes grâce aux notables ruraux. Le PJD remporte ainsi les grandes métropoles du pays comme Rabat, Salé, Tanger, Kénitra, Meknès, Marrakech, Agadir et Fès. La plupart des commentateurs marocains et internationaux estiment que le vrai grand gagnant de ces élections est le PJD[14],[15],[16],[17], surtout si l'on se réfère au nombre de voix obtenues[18] et à sa progression urbaine[15],[17].
En janvier 2023, des membres du Conseil national du PAM annoncent la création d’«Agraw pour l’amazighité», présenté comme un cadre interne consacré au suivi des questions liées à l’officialisation de l’amazigh. Selon la presse, Rachid Bouhaddouz, membre du Conseil national, en est alors élu coordinateur national[20].
En amont du 5e congrès du parti, «Agraw pour l’amazighité» présente une contribution politique appelant le PAM à renforcer sa prise en charge de la question amazighe dans l’action gouvernementale et parlementaire[21].
En septembre 2024, le PAM met en place une commission amazighe issue de son Conseil national et en confie la présidence à Rachid Bouhaddouz[22],[23].
Le PAM se définit comme une formation politique réformiste et moderniste, inscrite dans un référentiel idéologique hybride combinant des éléments de progressisme, de libéralisme et, plus récemment, de social-démocratie[28]. Son positionnement sur l’échiquier politique marocain a fait l’objet de nombreuses analyses, en raison à la fois de son origine, de son évolution idéologique et de la diversité des courants internes qui le traversent[29].
Sociétalement, le PAM se positionne comme une force progressiste. Il promeut l’égalité entre les sexes, la participation politique des femmes et des jeunes, ainsi que l’élargissement des libertés individuelles[30]. Le parti revendique une lecture pluraliste de l’identité nationale marocaine, fondée sur la reconnaissance de ses différentes composantes historiques, culturelles et linguistiques. À ce titre, la valorisation de l’amazighité constitue l’un de ses marqueurs idéologiques distinctifs[31]. Le parti adopte par ailleurs une posture critique à l’égard de l’usage du référentiel religieux dans le champ partisan. Il défend une conception laïque de l’action politique, qu’il présente comme une condition du pluralisme démocratique[32].
Sur le plan économique, l’idéologie du PAM a connu une évolution notable. Initialement perçu comme un parti de centre aux orientations pragmatiques, il s’est progressivement rapproché d’un discours social-démocrate, mettant en avant la justice sociale, la réduction des inégalités sociales et territoriales, ainsi que le rôle régulateur de l’État dans l’économie[33]. Le parti affirme son attachement à une économie de marché encadrée, combinant l’initiative privée avec des politiques publiques de redistribution, de protection sociale et de renforcement des services publics, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et du développement rural[34].
Le positionnement idéologique du PAM fait l’objet de critiques récurrentes dans le débat politique marocain, notamment en ce qui concerne son identification à un positionnement de «centre-gauche», régulièrement remise en question[35]. Ces critiques portent en particulier sur la distinction entre modernité et progressisme politique, que le parti est accusé de confondre. Bien que le PAM se présente comme moderniste sur le plan sociétal, cette orientation est généralement considérée comme insuffisante pour le qualifier de progressiste[36]. En effet, la modernité culturelle peut s’inscrire aussi bien dans des projets politiques de droite que de gauche.
Le progressisme politique, en particulier dans sa tradition de gauche, implique une prise en compte centrale de la lutte des classes sociales, de la redistribution des richesses, de la défense des classes populaires et du soutien à des organisations syndicales. Or, le PAM n’a jamais fait de ces enjeux des axes structurants de son action politique[37]. Malgré l’intégration progressive de thématiques sociales dans son discours, le parti n’est généralement pas identifié comme un acteur majeur des luttes sociales ou syndicales au Maroc[38].
Ces réserves relatives à son positionnement idéologique sont par ailleurs indissociables de l’histoire de sa création. Fondé en 2008 à l’initiative de Fouad Ali El Himma, alors conseiller du roi, le PAM a, dès son origine, été perçu comme proche du pouvoir[39]. Cette perception a contribué à alimenter le débat sur son autonomie politique[40].
En 2019, le parti traverse une crise[41]. Le secrétaire général Hakim Benchamach expulse plusieurs cadres. Il a ainsi expulsé neuf des douze coordinateurs et secrétaires généraux régionaux, dont Aziz Benazzouz, et prend plusieurs décisions contestées au sein du parti.
En mai 2019, Abdellatif Ouahbi, membre du Bureau politique, crée le groupe «l’appel pour l’avenir» qui veut réunir les «jeunes» de la formation politique[42],[43]. En juin 2019, ce groupe saisit la justice pour faire appel aux décisions prises par le secrétaire général du parti, et, le 3 juin, dépose une plainte auprès du tribunal de première instance de Rabat[44]. Le groupe souhaite également soumettre une demande d’organisation d’une session extraordinaire du conseil à Fatima Zahra Mansouri, présidente du Conseil national du PAM. Une session voulue alors par 33 des 64 membres du Bureau fédéral[45].
En décembre 2023, deux membres du parti sont impliqués dans une affaire de trafic international de drogue. Il s'agit du président du Wydad de Casablanca, Saïd Naciri, et du président du Conseil de la région de l’Oriental, Abdenbi Bioui. Ils sont inculpés et placés en détention sur ordre du juge d’instruction auprès de la cour d’appel de Casablanca[46].
↑«Arrêté du ministre de l'Intérieur no2914-11 du 30 kaada 1432 (28 octobre 2011) fixant les symboles attribués aux listes de candidatures ou aux candidats appartenant aux partis politiques», Bulletin officiel du royaume du Maroc, no5992,3 novembre 2011, p.2386-2387 (lire en ligne[PDF]).
↑«Au Maroc, quand les élus prospères du PAM font campagne dans les bidonvilles», Le Monde,5 octobre 2016 (lire en ligne, consulté le 5 février 2026)
↑Thierry Desrues, «Le PJD en ville, le PAM à la campagne. Le multipartisme marocain à l’épreuve de la bipolarisation», L’Année du Maghreb, no15, 2016/déc./15, p.229–254 (ISSN1952-8108, DOI10.4000/anneemaghreb.2901, lire en ligne, consulté le 5 février 2026)