Incident du Nimitz

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Le porte-avions Nimitz dont le nom qualifie l'incident du 14 novembre 2004.
Les chasseurs étaient à environ 150 km des côtes de San Diego quand ils reçurent l'ordre d'intercepter un ovni.
Les chasseurs étaient à environ 150 km des côtes de San Diego quand ils reçurent l'ordre d'intercepter un ovni[1].
  • 150 km de la côte du comté de San Diego
  • 150 km de la côte de la ville de San Diego

L'incident du Nimitz concerne une rencontre radar et visuelle avec un objet volant non identifié par des pilotes de chasse américains du groupe aéronaval 11 en 2004. La rencontre comporte notamment un engagement de l'ovni par le commandant du 41e escadron de chasseurs d'assaut et son officier de systèmes d'armes.

La première rencontre a eu lieu au cours d'un exercice d'entraînement au combat qui se déroulait dans l'océan Pacifique, au large des côtes du sud de la Californie, le 14 novembre 2004, et des observations apparemment apparentées ont eu lieu dans les jours précédant et suivant cette rencontre. Un récit de l'incident est publié en 2015 sur le site FighterSweep.com, des interviews avec l'un des pilotes et des reportages ultérieurs décrivent l'observation d'un « objet volant non identifié » par six avions de chasse Super Hornet de la Navy[2].

Treize ans après l'incident, en décembre 2017, des images infrarouges de la rencontre sont rendues publiques[3],[4],[5]. Selon le Washington Post, la vidéo a été diffusée par l'ancien agent de renseignement Luis Elizondo pour faire la lumière sur une opération secrète du ministère de la Défense visant à analyser les observations d'ovnis, le « Programme avancé de détection des menaces aérospatiales »[6],[7],[4].

De nombreuses demandes en vertu de la Freedom of Information Act ont été présentées au sujet de l'incident. Une des réponses obtenues faisait état de quatre lieutenants-colonels de la Marine et d'un major de la Marine au courant de l'événement et témoins de la vidéo infrarouge de l'objet inconnu. Un certain nombre de documents ont fait l'objet de fuites sur Internet, avec différents niveaux de crédibilité. Les valeurs d'accélération pour les caractéristiques de performance de l'objet étaient basées sur les déclarations des opérateurs du radar du Princeton, des pilotes de F/A-18 qui ont vu l'objet disparaître en une seconde et sur la vidéo IR[8]. La Marine a depuis mis à jour ses protocoles pour que les pilotes signalent les observations d'ovnis afin de réduire la stigmatisation professionnelle associée à ces rapports[9].

Les sceptiques ont remis en question la véracité des récits des pilotes, soulignant que l'observation peut s'expliquer par un mauvais fonctionnement du matériel ou une erreur humaine. Le 17 septembre 2019, la marine américaine a reconnu que les trois vidéos de l'ovni sont d'authentiques phénomènes non identifiés[10].

La rencontre présumée[modifier | modifier le code]

Détection radar[modifier | modifier le code]

Le croiseur Princeton dont le radar passif a été le seul à pouvoir suivre l'ovni.

Avant l'incident proprement dit, début novembre 2004, le croiseur lance-missiles de classe Ticonderoga Princeton (en), membre du groupe aéronaval Carrier Strike Group 11 rattaché à la troisième flotte des États-Unis, déployé pour une saison d'entraînement dans l'océan Pacifique à une centaine de kilomètres de la base navale de San Diego en Californie, aurait détecte de mystérieux objets à l'aide d'un radar passif avancé de type AN/SPY-1[11],[1].

« Les objets apparaissent soudainement à une altitude de 28.000 pieds, tombent vers la mer pour finir par stopper à 20.000 pieds en vol stationnaire. Ils disparaissent ensuite au-delà de la couverture radar ou remontent à grande vitesse tout droit vers le ciel. »

— Opérateur radio du Princeton[1].

Confirmation visuelle[modifier | modifier le code]

Boeing F/A-18F Super Hornet, le type de chasseur biplace impliqué dans l'incident.
Grumman E-2 Hawkeye, le type d'avion de surveillance AWACS qui a échoué à acquérir l'ovni sur le radar.

Lorsque le même événement survient à nouveau le 14 novembre 2004 aux alentours de 12 h 30 EST, un responsable des opérations du Princeton contacte deux F/A-18F Super Hornet (fleurons de l'US Navy à cette époque) alors en vol. Le premier avion de chasse est piloté par le vétéran Commander David Fravor, commandant de l'escadrille de chasseurs d'attaque VFA-41 Black Aces, assisté de son officier des systèmes d'armes au siège arrière ; le second chasseur est piloté par une recrue, le Lieutenant commander Jim Slaight, également assisté de son copilote. Ils venaient alors tout juste de décoller du porte-avions Nimitz pour un exercice de combat aérien de routine[11].

L'opérateur radio du Princeton demande en premier lieu à l'avion AWACS de l'escadron de surveillance aérienne VAW-117, qui assiste les deux F-18 dans leur entraînement, de les guider pour intercepter l'aéronef de nature inconnue. Mais alors que le radar du Grumman E-2 Hawkeye échoue à acquérir la cible en dehors d'un très faible écho inexploitable, l'opérateur du Princeton donne directement l'ordre aux pilotes des F-18 d'annuler leur entraînement pour investiguer le contact aérien non identifié, en mettant le cap en direction des coordonnées correspondant à l'écho radar stationnaire du Princeton. C'est à cet instant que l'opérateur radio demande aux pilotes si leurs appareils ont été équipés d'armes opérationnelles, ce qui n'est pas le cas[1].

Bien que les conditions climatiques ce jour-là soient idéales, avec une excellente visibilité sous un ciel bleu sans couverture nuageuse et une mer d'huile, aucun des quatre pilotes composant l'équipage n'aperçoit quoi que ce soit dans les airs en arrivant sur site, ni visuellement, ni sur leur radar. Cependant, en regardant vers le bas en direction de l'océan, ils aperçoivent une zone turbulente blanchâtre dans les flots de forme générale ovale, formée par des tourbillons et de l'écume de la taille approximative d'un Boeing 737, avec une zone plus calme et plus claire près du centre, comme si les vagues se brisaient au-dessus d'un objet immergé juste sous la surface[12]. Quelques secondes plus tard, il aperçoivent un objet particulièrement inhabituel flottant une quinzaine de mètres au-dessus des flots bouillonnants, non pas figé en vol stationnaire mais animé de mouvements rapides erratiques, de droite à gauche et d'avant en arrière, comme s'ils observait ou cherchait quelque chose. Fravor et Slaight décriront plus tard l'objet solide comme un grand Tic Tac blanc brillant de 10 à 15 mètres de long, entièrement lisse, sans verrière ni hublots, sans aile ni empennage, sans système de propulsion visible, sans émission de fumée de combustion ou de traînée de condensation[13],[14],[15],[16],[16],[17].

En apercevant l'objet, Fravor tente une première approche calme en amorçant une descente circulaire en sa direction, laissant Slaight observer à plus haute altitude. Mais il indique que l'ovni empêche alors toute possibilité de dogfight en évitant son verrouillage radar par des manœuvres qualifiées par Fravor « d'impossibles » et « défiant la physique ». Alors que Fravor approche davantage de l'objet dans sa descente, celui-ci commence à s'élever dans les airs en prenant une trajectoire également circulaire mais inverse de la sienne, en miroir, conservant une certaine distance avec le F-18[12],[14],[17]. Fravor décide de changer de tactique et engage une manœuvre plus agressive en pointant le nez de son chasseur directement sous l'objectif, dans un plongeon vertical rapide afin d'effectuer une ressource sous l'objet. C'est à cet instant que l'ovni quitte brusquement les lieux dans une accélération fulgurante, disparaissant à l'horizon en moins de deux secondes, laissant les pilotes stupéfiés sur place[12],[18],[16],[17].

Quelques minutes plus tard, l'opérateur radio du Princeton confirme aux pilotes que l'écho radar se situe désormais à une position à nouveau stationnaire à une distance de 100 km des chasseurs. Selon le magazine Popular Mechanics, l'objet a dû voler à une vitesse supérieure à Mach 3.0 afin de pouvoir couvrir une telle distance dans le temps imparti. Après avoir perdu le contact visuel avec l'ovni, les deux F-18 sont pratiquement à court de carburant et doivent retourner se poser sur l'USS Nimitz[1].

« Je n'ai aucune idée de ce que j'ai vu. Cet objet volant n'émettait aucune fumée, n'avait ni aile ni rotor, et larguait complètement nos F-18. Mais je veux en piloter un. »

— Cdt. David Fravor, New York Times[11].

Film infrarouge[modifier | modifier le code]

Pod Damoclès de Thales à technologies laser et infrarouge FLIR.

Peu après le retour de la première équipe du Cdt. Fravor à bord du Nimitz, d'autres pilotes décollent avec des F-18 vers 15 h 0 EST, cette fois équipés d'une caméra infrarouge de type FLIR sur un pod de désignation. Cette caméra enregistrera une vidéo d'un objet volant évasif, dont une partie sera diffusée publiquement le 16 décembre 2017 en même temps que la reconnaissance par le Pentagone de la réalité de l'incident et de l'existence d'un programme d'étude des ovnis jusqu'alors tenu secret[19],[20],[21].

Cette séquence est connue sous le nom de vidéo 2004 "FLIR1" du Nimitz. Elle vient à l'appui d'un récit vieux de 13 ans, connu seulement depuis 2015 via une source non confirmée à l'époque[22],[12].

Un second film infrarouge, connu sous le nom de vidéo « GIMBAL », a été diffusé en même temps que la vidéo « FLIR1 ». Bien que la plupart des médias montrent l'une ou l'autre vidéo pour illustrer l'incident du Nimitz, la vidéo « GIMBAL » (qui présente un objet de forme différente et des voix de pilotes audibles) n'a aucun lien avec ces événements survenus en 2004, et a été filmée sur la côte est des États-Unis à une date à ce jour inconnue[12].

FLIR1 is a US military video of an unidentified aerial phenomenon (UAP).

Contexte de la révélation de l'incident[modifier | modifier le code]

L'existence d'un bureau secret d'étude des ovnis dénommé Advanced Aerospace Threat Identification Program (AATIP), c'est-à-dire « programme d'identification avancée des menaces aériennes », a été confirmée par le Pentagone et révélée dans la presse américaine le 16 décembre 2017, en parallèle à la confirmation de l'incident du Nimitz et la diffusion de la vidéo infrarouge de l'objet, plus d'une décennie après les faits.

L'AATIP a été créé en 2007 sous l'impulsion du sénateur américain Harry Reid, sous l'égide de la DIA et en étroite collaboration avec la CIA, l'US Navy et le milliardaire américain Robert Bigelow. Le but était d'étudier un certain nombre de cas où des ovnis violent l'espace aérien et interagissent parfois avec le personnel ou les installations militaires des États-Unis, et plus précisément de définir la nature et le niveau de dangerosité du phénomène sur le plan de la sécurité nationale[11],[19],[23],[20],[21],[24].

Ces révélations font directement suite aux dissensions internes provoquées par l'arrêt du financement du programme en 2012, avec comme point d'orgue la démission en octobre 2017 de l'officier du renseignement Luis Elizondo, directeur de l'AATIP durant dix ans, en protestation contre la « culture du secret et le désintérêt de l'administration pour le sujet »[25].

Controverse[modifier | modifier le code]

Le site Metabunk publie, en octobre 2017, une analyse suggérant qu'il s'agit d'un canular[26].

Les vidéos ont, depuis septembre 2019, été authentifiées par l'US Navy[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e (en) « That Time the U.S. Navy Had a Close Encounter With a UFO » [« Le jour où la marine américaine a eu une rencontre rapprochée avec un ovni »], sur Popular Mechanics, (consulté le 15 mars 2018).
  2. Kyle Mizokami, « That Time the U.S. Navy Had a Close Encounter With a UFO », Popular Mechanics,‎ (lire en ligne).
  3. Joby Warrick, « Head of Pentagon's secret 'UFO' office sought to make evidence public », The Washington Post,‎ (lire en ligne).
  4. a et b Bryan Bender, « The Pentagon's Secret Search for UFOs », sur Politico, (consulté le 17 décembre 2017).
  5. Christopher Mellon, « The military keeps encountering UFOs. Why doesn’t the Pentagon care? », The Washington Post,‎ (lire en ligne).
  6. Helene Cooper, Leslie Kean et Ralph Blumenthal, « 2 Navy Airmen and an Object That 'Accelerated Like Nothing I've Ever Seen' », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  7. Helene Cooper, Ralph Blumenthal et Leslie Kean, « Glowing Auras and 'Black Money': The Pentagon's Mysterious U.F.O. Program », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  8. Robert Powell, Peter Reali, Tim Thompson, Morgan Beall, Doug Kimzey, Larry Cates et Richard Hoffman, « A Forensic Analysis of Navy Carrier Strike Group Eleven's Encounter with an Anomalous Aerial Vehicle », Scientific Coalition for Ufology, (consulté le 6 juin 2019).
  9. J. D. Simkins, « Aliens, ahoy! Navy developing guidelines on reporting UFO sightings », sur Navy Times, (consulté le 6 juin 2019).
  10. Chris Ciaccia, « UFO videos are footage of real 'unidentified' objects, US Navy acknowledges », Fox News,‎ (lire en ligne).
  11. a b c et d (en) Helene Cooper, Leslie Kean et Ralph Blumenthal, « 2 Navy Airmen and an Object That 'Accelerated Like Nothing I've Ever Seen' » [« 2 pilotes de la Navy et un objet à l'accélération jamais vue »], sur The New York Times, (consulté le 15 mars 2018).
  12. a b c d et e (en) Martin Finucane, « This former Navy pilot, who once chased a UFO, says we should take them seriously » [« Cet ancien pilote de la Navy ayant pris en chasse un ovni affirme que nous devrions prendre le phénomène au sérieux »], sur The Boston Globe, (consulté le 15 mars 2018)
  13. (en) [vidéo] ABC : entretien d'ABC avec le pilote David Fravor sur l'incident ovni du Nimitz (18 décembre 2017) sur YouTube
  14. a et b (en) [vidéo] CNN : interview du pilote David Fravor et de Luis Elizondo (18 décembre 2017) sur YouTube
  15. (en) [vidéo] CNN : nouvelle interview du pilote David Fravor (19 décembre 2017) sur YouTube
  16. a b et c (en) [vidéo] Fox News : interview de David Fravor sur son extraordinaire rencontre (20 décembre 2017) sur YouTube
  17. a b et c [vidéo] Un pilote de chasse US décrit sa rencontre incroyable avec un ovni (VOSTFR) sur Vimeo.
  18. (en) « 'Stunning' Tic Tac shaped UFO encounter by US Navy pilot? 'It was not from this world' » [« Rencontre avec entre un pilote de la Navy et un ovni stupéfiant en forme de Tic Tac ? "Ça n'était pas de ce monde" »], sur Fox News, (consulté le 15 mars 2018)
  19. a et b (en) Helene Cooper, Leslie Kean et Ralph Blumenthal, « Glowing Auras and 'Black Money’: The Pentagon’s Mysterious U.F.O. Program » [« Lueur rayonnante et argent noir : les mystérieux ovnis du Pentagone »], sur The New York Times, (consulté le 15 mars 2018)
  20. a et b (en) Joby Warrick, « Head of Pentagon's secret 'UFO' office sought to make evidence public » [« Le directeur du bureau d'étude secret des ovnis du Pentagone cherche à relâcher publiquement les preuves »], sur The Washington Post, (consulté le 15 mars 2018).
  21. a et b (en) Bryan Bender, « The Pentagon's Secret Search for UFOs » [« La recherche secrète du Pentagone sur les ovnis »], sur Politico, (consulté le 15 mars 2018).
  22. (en) Paco Chierici, « There I Was: The X-Files Edition » [« J'y étais : l'édition X-Files »], sur Fighter Sweep, (consulté le 15 mars 2018)
  23. (en) Ralph Blumenthal, « On the Trail of a Secret Pentagon U.F.O. Program » [« Sur la piste du programme secret du Pentagone sur les ovnis »], sur The New York Times, (consulté le 15 mars 2018).
  24. (en) Samuel Osborne, « Pentagon admits it ran secret multimillion-dollar UFO programme between 2007 and 2012 » [« Le Pentagone admet avoir financé un programme secret sur les ovnis de plusieurs millions de dollars entre 2007 et 2012 »], sur The Independant, (consulté le 15 mars 2018).
  25. David Ramasseul, « Révélations sur le programme ovni du Pentagone », sur Paris Match, (consulté le 15 mars 2018).
  26. (en-US) « 2004 USS Nimitz Tic Tac UFO FLIR footage (FLIR1) », sur Metabunk, (consulté le 13 juin 2019)
  27. Remy Decourt, « Ovni : l’U.S. Navy confirme l’observation de « phénomènes aériens non identifiés » », futura-sciences.com,‎ (lire en ligne, consulté le 20 septembre 2019).

Voir aussi[modifier | modifier le code]