Rencontre de Valensole

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Le village de Valensole

La rencontre de Valensole est, dans la terminologie des ufologues, un célèbre cas français de rencontre du 3e type, où, en 1965, un cultivateur provençal affirma avoir observé un engin du type soucoupe volante posé au sol et deux passagers humanoïdes.

Déclarations du témoin à la gendarmerie[modifier | modifier le code]

Procès-verbal du 2 juillet 1965[modifier | modifier le code]

Selon le résumé établi par la gendarmerie : « le 1/7/65, au lieu-dit « Olivol » à 2 km au nord-ouest de Valensole (Basses-Alpes), Mr [Maurice Masse], 41 ans, cultivateur, déclare avoir vu un engin de type « Soucoupe volante » de la grosseur d'une Dauphine avec deux passagers. Un individu, taille 1 m environ, de forte corpulence, vêtu d'une combinaison, tête nue, serait descendu de l'engin quelques instants. Puis l'engin aurait disparu subitement à la vitesse d'un éclair. Déclaration faite à la gendarmerie le 2/7/65 à 20 heures - Sur place, le Capitaine [Valnet] a constaté des traces pouvant éventuellement correspondre à la pose effective d'un engin. » Cet engin avait la forme d'un ballon de rugby et la taille d'une Dauphine avec une porte à glissière sur le côté et un dessus en matière transparente[1].

Le témoin sera de nouveau entendu de 23 h 15 à 23 h 30 pour compléter certaines informations[2].

Procès-verbal du 5 juillet 1965[modifier | modifier le code]

Un procès-verbal des constations faites les 2 et 3 juillet sur le lieu d'observation et sur les traces au sol sera établi le 5 juillet par une autre brigade avec prise de mesures et de photographies. Une « trace insolite » a été relevée : un trou cylindrique de 18 centimètres de diamètre et 40 centimètres de profondeur, au centre de quatre sillons peu profonds formant « une sorte de croix »[1].

Procès-verbal du 23 août 1965[modifier | modifier le code]

Le 18 août 1965, le témoin apportera de nouveaux détails de l'observation[2]. Selon ses dires, il s'est approché à sept mètres de l'appareil et a vu les deux passagers accroupis devant un plant de lavande. Maurice Masse aurait été immobilisé plusieurs minutes après que l'un des deux passagers eut pointé sur lui un objet[1].

Traces[modifier | modifier le code]

Maurice Masse a été atteint d'hypersomnie pendant plusieurs mois. Sur la trajectoire de départ alléguée de l'engin, les plants de lavande ont subi une dégénérescence sur une centaine de mètres, et sur le site même, la lavande n'a pas repoussé avant 1975[3].

Aucune trace de radioactivité n'a été relevée sur le site. Le taux de calcium, négligeable aux environs, s'élève à 18,3 % pour la terre prélevée sur le lieu de l'atterrissage allégué. Selon l'astronome et ufologue Pierre Guérin, ce taux joint à l'infertilité du sol après le 1er juillet 1965 aurait été produit par les courants de Foucault induits par un rayonnement électromagnétique de l'engin, plutôt que par un dépôt d'engrais effectué par Maurice Masse[4].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Visiteurs extraterrestres[modifier | modifier le code]

Ayant réuni un dossier important sur l'affaire, Phénomènes spatiaux, le bulletin trimestriel édité par le Groupe d'étude des phénomènes aériens (GEPA), écrit : « Nous sommes enclins à penser que le champ de lavande de M. Masse a été l'objet d'une visite insolite et, semble-t-il, extraterrestre »[5].

Hélicoptère Alouette[modifier | modifier le code]

La thèse d'un hélicoptère a été avancée dès le 4 juillet 1965, dans un article du Monde[6]. Dès la veille, selon Le Dauphiné Libéré du 4 juillet, les milieux militaires estimaient que la « soucoupe volante » était un hélicoptère appartenant à l'aviation légère de l'armée de terre, très probablement du type Alouette II ou Alouette III. La région connaissait depuis le 29 juin des manœuvres baptisées « Provence 65 », auxquelles participaient cette aviation légère. Comme Valensole n'est qu'à 19 km de Manosque, la limite Est de la zone de manœuvre, il est presque certain que des appareils de l'A.L.A.T. ont survolé Valensole, et un hélicoptère a très bien pu se poser dans le champ de Maurice Masse[7].

Dominique Caudron abonde dans ce sens dans un article de 1990 : les éléments de l'observation évoquent un hélicoptère Alouette II avec le sifflement caractéristique de la turbine lorsque le rotor s'arrête. Cette semaine là, l'armée organisait des manœuvres auxquelles participaient justement des hélicoptères Alouette[8].

Pour Claude Maugé, il n'est pas impossible que le témoin ait vu un hélicoptère de la 6e flotte américaine en mission d'espionnage ; plutôt que de reconnaître un cas d'incursion étrangère sur le territoire français, les autorités auraient préféré laisser se développer le récit d'une rencontre avec les occupants d'un ovni[9].

Mise au point de Maurice Masse[modifier | modifier le code]

Dans un entretien accordé au Provençal du 5 juillet 1965, le témoin déclare : « L'engin avait la forme d'une araignée géante. J'ai nettement compté six "pattes" et un pivot central. [...] l'appareil a décollé dans un bruit sourd qui n'a rien à voir avec celui d'un avion ou d'un hélicoptère. L'engin ne possédait ni rotor ni pales. J'ai tout de même la prétention de savoir reconnaître un hélicoptère. Ce n'en était pas un. Je suis formel. [...] je n'ai jamais dit qu'il s'agissait d'une soucoupe volante »[10].

Tonne à engrais liquide[modifier | modifier le code]

Pour Dominique Caudron, les traces au sol évoquent une tonne (citerne) à engrais liquide chaulé installée par l'agriculteur propriétaire du champ voisin[11].

Canular[modifier | modifier le code]

L'ufologue et collectionneur de bandes dessinées Raoul Robé a émis l'hypothèse que le récit de Maurice Masse avait été inspiré par une histoire, « Passagers de soucoupes volantes », publiée en 1950 dans l'illustré À travers le monde. Republiée en 1960, cette histoire présente des points communs avec le récit de Masse : Provence comme cadre, atterrissage d'une soucoupe volante, petits extraterrestres, rayon paralysant. Pour le psychologue Gilles Fernandez, ce scénario est improbable (mais non pas impossible) car il y a peu de similitudes et trop de différences entre « Passagers de soucoupes volantes » et le récit de Maurice Masse[source insuffisante][12].

Classement du GEIPAN[modifier | modifier le code]

En 2015, le GEIPAN, « classe ce cas en catégorie "D" par défaut, pour faciliter les recherches des internautes » en donnant au public l’accès aux documents les plus fiables de cette affaire, c’est-à-dire les trois procès-verbaux de gendarmerie.

Après révision des cas classés « D » par le GEIPAN à partir de 2005, le taux de non-explication est tombé de 15 à 3%. Vu son « étrangeté », l'affaire de Valensole fait partie de cette catégorie des « phénomènes non identifiés »[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Témoignage officiel de Maurice Masse auprès de la Gendarmerie.
  2. a et b Dossier complet du GEIPAN.
  3. Julien Gonzalez, RR3. Le dossier des Rencontres du Troisième Type en France, Éditions Le Temps Présent, (ISBN 978-2-35185-174-6), p. 208.
  4. Pierre Guérin, Lumières dans la nuit, n° 200, p. 3-15.
  5. Pierre Lagrange, « Mystère à Valensole », Science et Vie,‎ , p. 54-59.
  6. « La soucoupe volante était sans doute un hélicoptère », Le Monde,‎ , p. 18.
  7. Une soucoupe volante dans les Basses-Alpes ?, Le Dauphiné Libéré, 4 juillet 1965 (passage « La soucoupe volante : Vraisemblablement un hélicoptère de l'A.L.A.T. estimesnt les militaires »).
  8. Dominique Caudron, « Le Baron noir et ses ancêtres », in Communications, 52, 1990, Rumeurs et légendes contemporaines, sous la direction de Véronique Campion-Vincent et Jean-Bruno Renard, p. 219-248, p. 241.
  9. Claude Maugé, Une approche de la théorie réductionniste des ovnis, sur le site Zététique, 2004 : « Et en France, il n'est pas impossible que le témoin de la fameuse RR3 de Valensole le 01.07.1965 ait vu un hélicoptère de la 6ème Flotte américaine en mission d'espionnage (je tiens cette hypothèse du physicien renommé qu'était Yves Rocard) ; les autorités auraient alors préféré laisser parler d'ovni plutôt que de devoir reconnaître une telle incursion sur notre territoire. Cela paraît d'autant plus plausible qu'un avion espion U.S. était intercepté deux semaines plus tard au-dessus de l'usine atomique de Pierrelatte. »
  10. « "Soucoupe" ? Engin inconnu ? ... Mais pas un hélicoptère ! », Le Provençal,‎
  11. Dominique Caudron, Le Baron noir et ses ancêtres, op. cit..
  12. Gilles Fernandez, « Rencontre Maurice Masse (Valensole, 01/07/1965) : canular inspiré d'une bande dessinée française ? », blog Sceptiques vs. les Soucoupes Volantes, novembre 2017.
  13. Valensole, sur le site du GEIPAN.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Bourret, La Nouvelle Vague des soucoupes volantes, Presses Pocket, 1976
  • Hervé Laronde, OVNI : Extra-terrestres ou voyageurs du temps ?, Éd. Alain Lefeuvre, 1979, p. 109-131
  • Michel Figuet et Jean-Louis Ruchon, OVNI : Le premier dossier complet des rencontres rapprochées en France, Éd. Alain Lefeuvre, 1979, p. 253-256
  • Pierre Guérin (maître de recherche au CNRS), « Retour sur l'affaire de Valensole, le point de vue de l'enquêteur », Inforespace, no 53, , p. 2-17
  • Dr Beaudouard (médecin psychiatre), « Retour sur l'affaire de Valensole, le point de vue du psychiatre », Inforespace : no 54, , p. 4-11 (texte du)
  • Rapport COMETA, VSD, 1999, p. 20 et p. 46.