Grand Théâtre (Bordeaux)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Grand Théâtre.

Le Grand Théâtre de Bordeaux, commandé par le maréchal de Richelieu, gouverneur de Guyenne, et édifié par l'architecte Victor Louis, a été inauguré le 7 avril 1780 avec la représentation de l'Athalie de Jean Racine.

Classé monument historique en 1899[1], réminiscence de l'Antiquité par son péristyle, l'ouvrage de 88 mètres sur 47 de style néo-classique, s'inscrit dans l'opulent urbanisme bordelais hérité du siècle des Lumières.

Il abrite une salle de spectacle d'un millier de places, exemple parfait de théâtre à l'italienne.

Après plus de deux cent ans d'usages divers ou de transformations successives de ses salles comme de son environnement, il a retrouvé, à la fois sa décoration intérieure bleue, or et marbre blanc d'origine à l'occasion de sa dernière restauration en 1991 et sa perspective de temple des muses avec l'aménagement de la place de la Comédie et du cours du Chapeau-Rouge en 2006.

Le Grand Théâtre est aujourd'hui le siège de l'Opéra national de Bordeaux qui y programme sa saison lyrique et les représentations du Ballet de l'Opéra. Il accueillait également les concerts symphoniques de l'Orchestre national Bordeaux Aquitaine avant l'ouverture de l'Auditorium de Bordeaux en 2013.

Bordeaux au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Grand Théâtre - voûtes

À l'arrivée de Ange-Jacques Gabriel à Bordeaux en 1729, la cité est encore emprise entre les murailles du XIVe siècle. L'implantation de la place Royale au droit des quais va représenter une ouverture sur le fleuve et donc sur le monde, traduisant l'expansion économique et l'explosion démographique que connaîtra la ville durant ce siècle.

La politique d'embellissement urbain mise en œuvre par les intendants Boucher et Tourny a déjà transformé la cité médiévale lorsque Victor Louis découvre Bordeaux en 1773 : la création des places Royale, Dauphine, d'Aquitaine, des Allées de Tourny et du Jardin public s'inscrit dans cette philosophie des Lumières, donnant une nouvelle respiration à la ville à laquelle il ne manque plus que son théâtre.

Les théâtres avant le Grand Théâtre[modifier | modifier le code]

Les premiers théâtres fixes, abritant des salles dites "à l'Italienne", apparaissent dans la plupart des villes au milieu du XVIIIe siècle, souvent à l'initiative de l'intendant de la province.

À Bordeaux les jurats avaient fait construire en 1738 une salle en pierre dans les jardins de l'ancien l'hôtel de ville, alors situé à proximité de la Grosse-Cloche, sur les plans de l'architecte de la ville, Montégut, théâtre d'une capacité de 1 500 places qui fut détruit par un incendie dans la nuit du 28 au 29 décembre 1755[2].

Dans l'attente de la reconstruction nécessaire bien qu'hypothétique de l'hôtel de ville qui devait intégrer une nouvelle salle de spectacle, un théâtre fut aménagé en 1760 à l'entrée de la rue de la Corderie proche de la place Dauphine.

Donnés par la troupe permanente créée en 1761 par le maréchal de Richelieu, duc de Fronsac et gouverneur de la Guyenne, ou par les troupes de passage, comédie, tragédie et opéra voisinent alors avec le couvent des Récollets.

Le célèbre comédien Le Kain qui vint jouer à plusieurs reprises dans la salle de la Corderie y rencontra un franc succès mais sera accueilli, lors de sa dernière représentation, par des bourdonnements affectés au point d'être plusieurs minutes sans pouvoir commencer.

Cependant, les Bordelais, épris de théâtre, souhaitent voir ériger, à l'instar de Lyon ou Montpellier, une salle de spectacle digne de la grandeur nouvelle de leur ville.

Réalisation du projet[modifier | modifier le code]

Conception du projet[modifier | modifier le code]

Influence maçonnique ?[modifier | modifier le code]

Article connexe : Franc-maçonnerie à Bordeaux.

Le maréchal-duc de Richelieu, petit-neveu du Cardinal, nommé gouverneur de la Guyenne en 1755 est franc-maçon. Il demanda à l'architecte Victor Louis (1731-1800), affilié en 1775-1779 à la loge la « Française de l'Orient » de Bordeaux, la construction du Grand Théâtre. La première pierre est posée, le 13 avril 1776 (premiere pierre symbolique puisque 3 ans après le début des travaux, le gros œuvre est déjà bien avancé) , par Louis-Philippe d'Orléans alors Grand Maître des maçons français.

La construction du Grand Théâtre est financée par les négociants francs-maçons bordelais de la « loge l'Amitié » fondée en 1746, cette loge accueillait des membres du grand négoce[3]. La construction « n'arbore apparemment pas de symboles spécifiquement maçonniques »[4]. Toutefois l'écrivaine Florence Mothe[N 1] considère que l'on peut y déceler la présence de nombreux symboles maçonniques[5].

Les travaux[modifier | modifier le code]

Construit entre 1773 et 1780 sur les glacis du château Trompette à l'emplacement du forum gallo-romain où se trouvait le "temple des Piliers de Tutelle", du nom de la déesse Tutela protectrice de la ville.

La construction s'interrompt sous la volonté du roi mais Victor Louis réussit à le convaincre de la faire reprendre.

Une esquisse dessinée du plafond de la salle par Jean Baptiste Claude Robin a été exposée au château de Blois en 2007.

« Clou de Louis »[modifier | modifier le code]

La galerie de la façade principale est constituée d'une voûte plate à caissons. Afin de récupérer les efforts aux extrémités de la galerie, les deux caissons extrêmes possèdent des pierres taillées en diagonale et des tirants métalliques. Ainsi l'architecte Victor Louis a mis place une armature en fer dans les deux caissons d'angle, non visible, afin de relier les colonnes et l'architrave au mur de la façade. Ce dispositif constructif novateur permet de reporter les efforts vers les murs latéraux et ainsi évite la construction d'une culée. Ce principe, similaire à celui du futur béton armé, est appelé le clou de Louis [6].

Matériaux[modifier | modifier le code]

C'est l'appareilleur André Durand qui dirige les travaux de pierre pour le Grand Théatre[7].

Les fondations sont construites avec la pierre de Bourg. Les façades et le péristyle sont édifiés avec la pierre de Saint-Macaire, la pierre de Rauzan est utilisée pour l'escalier et la pierre de Barsac pour le dallage[6].

L'extérieur[modifier | modifier le code]

La façade sur la place de la Comédie[modifier | modifier le code]

Initialement , la place de la Comédie est au même niveau que le Grand Théâtre. C'est en 1848 que l'escalier extérieur est créé avec l'abaissement du niveau de la place de la Comédie[8].

Long de 88 mètres, le péristyle de la façade est supporté par douze colonnes corinthiennes. Celles-ci sont maintenues par une armature métallique intérieure[9]. La corniche est surmontée de 12 statues de pierre d'une hauteur de 2,3 mètres. Celles-ci ont été conçues par le sculpteur Pierre-François Berruer (1733-1797) : avec 3 déesses (Junon, Vénus, Minerve) et 9 muses (Euterpe, Uranie, Calliope, Terpsichore, Melpomène, Thalie, Polymnie, Érato, Clio)[10].

Pierre Berruer réalise lui même 4 sculptures et son assistant Van den Drix exécute les 8 autres selon les modèles du maître.


L'intérieur[modifier | modifier le code]

Pour Hugues Gall, ancien directeur de l'opéra Garnier, « Victor Louis est l’architecte à l’origine de toute la conception qu’a développée Garnier. Le Grand Théâtre de Bordeaux l’avait fasciné... avec l’idée de grand salon d’entrée, celle des loges et des corbeilles... »[11].

Grand escalier[modifier | modifier le code]

L'escalier d'honneur, à trois volées, conduit à un premier palier desservant une porte imposante, encadrée de deux cariatides du sculpteur Pierre-François Berruer  : Thalie et Melpomène. Puis l'escalier se divise en deux nouvelles rampes menant au 2ème étage, vers la salle de spectacle et le foyer. Charles Garnier se serait inspiré du Grand Théâtre de Bordeaux, notamment de l'escalier, dans la conception de son opéra parisien.

Salle de spectacle[modifier | modifier le code]

La salle de spectacle est décorée de bleu, de blanc et d’or. Initialement la salle pouvait accueillir 1 700 spectateurs. Il y a aujourd’hui 1 114 places.

Détails, intérieur du Grand Théâtre

Costumes[modifier | modifier le code]

Costumes exposés au Grand Théâtre

Le Grand Théâtre aux XVIIIe et XIXe siècles[modifier | modifier le code]

Pour le centenaire du Théâtre en 1870, le sculpteur bordelais Amédée Jouandot réalise la sculpture de Victor Louis. Celle-ci est présentée dans le vestibule. Il est à noter que Victor Louis n'avait pas la silhouette svelte de la sculpture, il était plutôt trapu et de visage rond [12].

Bonfin[modifier | modifier le code]

En 1833, l'architecte Richard-François Bonfin intervient dans la salle des concerts[13].

Interventions de Burguet[modifier | modifier le code]

Le Grand Théâtre aux XXe et XXIe siècles[modifier | modifier le code]

Photographie panoramique de la place de la Comédie permettant d'apercevoir le Grand Théâtre, l'hôtel Grand Hôtel de Bordeaux & Spa avant ouverture (la pancarte affichait encore "Radisson SAS Grand Hôtel de Bordeaux"), les Quinconces et la rue Sainte-Catherine.

Certaines scènes du film Beaumarchais, l'insolent y ont été tournées. Le Grand Théâtre est desservi par la ligne B du tramway de Bordeaux : Station Grand Théâtre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'écrivaine Florence Mothe, a reçu le Grand Prix de l'institut maçonnique de France pour son ouvrage Lieux symboliques en Gironde , Trois siècles de franc-maçonnerie à Bordeaux

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Le Grand Théâtre de nuit

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Pâris, Pierre-Adrien, Travaux de construction du Grand-Théâtre de Bordeaux : Rapport de l'architecte Pâris au contrôleur-général Terray, Bordeaux, impr. de Gounouilhou,‎ , 39 p. (lire en ligne)
  • Christian Taillard, Le Grand Théâtre de Bordeaux : Miroir d'une société, Paris, CNRS Éditions, coll. « Patrimoine au présent »,‎ (réimpr. 2001), 127 p. (ISBN 2-85822-115-4)
  • Jean Lacouture, Le Grand Théâtre de Bordeaux ou L'opéra des vendanges, Paris, Caisse nationale des monuments historiques et des sites, coll. « Monuments en paroles »,‎ , 71 p. (ISBN 2-85822-125-1)
    Photographies de Dominique Thillard
  • Laurent Croizier, Le Grand Théâtre, Bordeaux, Confluences,‎ , 40 p. (ISBN 2-910550-89-3)
    Photographies de Vincent Monthiers
  • Louis Desgraves, Évocation du vieux Bordeaux, Paris, Éditions de Minuit,‎ (réimpr. 1989), 446 p.
  • Christian Taillard, Bordeaux à l'âge classique, Bordeaux, Éditions Mollat,‎ (réimpr. 1997), 253 p. (ISBN 2-909351-37-8)
  • Jacques D'Welles, Le Grand Théâtre de Bordeaux. Naissance et vie d'un Chef d’œuvre, Bordeaux, Delmas,‎
  • Bordeaux, Restauration du Grand-Théatre : rapport présenté par M. Antoine Bordes, au nom de la Commission des Beaux-Arts, Bordeaux, Imprimerie de G. Delmas,‎ , 57 p. (lire en ligne)