Esclavage en Roumanie

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L'Esclavage (roumain : sclavie) existait sur le territoire de la Roumanie actuelle avant la fondation des principautés Valachie et de Moldavie aux XIIIe – XIVe siècles, jusqu'à ce qu'il soit graduellement aboli les années 1840 et 1850. En Transylvanie et en Bucovine (faisant alors partie de la monarchie des Habsbourg), l'abolition fut plus précoce, en 1783. La plupart des esclaves étaient des Roms . Il existait aussi des esclaves d'origine tatare, notamment en Moldavie, probablement des prisonniers capturés lors des guerres contre les Nogaï et les Tatars de Crimée.

Les esclaves appartenaient aux boyards (aristocrates), aux monastères orthodoxes ou à l'État. Ils étaient utilisés comme forgerons, orpailleurs et comme ouvriers agricoles, mais lorsque les principautés se sont urbanisées, ils tinrent aussi le rôle de domestiques .

L'abolition de l'esclavage a été otenue au terme d'une campagne menée par de jeunes révolutionnaires influencés par les idées des Lumières. Mihail Kogălniceanu, qui a rédigé la législation relative à l'abolition de l'esclavage en Moldavie, reste le nom associé à l'abolition. En 1843, l'Etat valaque libéra les esclaves qu'il possédait et en 1856, dans les deux principautés, les esclaves de toute catégorie étaient affranchis.

Après l'abolition, il y a eu des tentatives (à la fois de l'État et de personnes privées) pour sédentariser les nomades et pour intégrer les Roms dans la société roumaine, mais leur succès fut limité.

Origines[modifier | modifier le code]

Les circonstances de l'apparition de l'esclavage dans les principautés danubiennes ne sont pas connues. L'historien Nicolae Iorga a lié l'arrivée des Roms à l' invasion mongole de l'Europe en 1241 et a considéré leur esclavage comme un vestige de cette époque, les Roumains achetant des Roms esclaves des Mongols et perpétuant leur statut[1]. D'autres historiens considèrent qu'ils ont été réduits en esclavage à la suite de leur capture lors des batailles avec les Tatars. La pratique de l'esclavage des prisonniers peut également avoir été empruntée aux Mongols. L'origine ethnique des «esclaves tatars» est inconnue, ils auraient pu avoir été capturés parmi les Tatars de la Horde d'Or[2] parmi les Cumans, ou être des esclaves acheté ou pris aux Tatars et aux Cumans.

S'il est possible que certains Roms aient été esclaves ou soldats auxiliaires des Mongols ou des Tatars, la plupart d'entre eux sont venus du sud du Danube à la fin du 14ème siècle, peu après la fondation de la Valachie . À ce moment-là, l'institution de l'esclavage était déjà établie en Moldavie et peut-être dans les deux principautés[3] mais l'arrivée des Roms a fait de l'esclavage une pratique répandue. Les esclaves tatars, plus petits en nombre, se sont en partie mélangés avec la population rom[4].

L'esclavage était une pratique courante en Europe de l'Est à l'époque (voir Esclavage dans l'Europe médiévale ). Les païens en particulier ont été pris comme esclaves dans l'Europe chrétienne: dans le Royaume de Hongrie, les Sarrasins ( musulmans ) et les Khazars juifs ont été retenus comme esclaves jusqu'à ce qu'ils soient forcés de se convertir au christianisme au XIIIe siècle; les Russes ont asservi les prisonniers Tatars (voir Kholop), dont le statut a finalement été assimilé à celui des serfs[5].

Il y a une incertitude sur la question de savoir si les Roms sont venus en Valachie et en Moldavie en tant qu'hommes libres ou en tant qu'esclaves. Dans l' Empire byzantin, ils étaient esclaves de l'État et il semble qu'il en était de même en Bulgarie et en Serbie jusqu'à ce que l'organisation sociale de ces pays soit détruite par la conquête ottomane, ce qui suggérerait qu'ils sont venus en tant qu'esclaves et aient changé de «propriétaires»[6]. L'explication alternative, proposée par l'historien roumain PP Panaitescu, était qu'à la suite des croisades, une importante route commerciale Est-Ouest passait par les États roumains et les seigneurs féodaux locaux asservissaient les Roms à des fins économiques par manque de main-d'oeuvre. Cependant, cette théorie est discréditée par le fait que l'esclavage était établi avant que la route commerciale ne prenne de l'importance.

Une légende rapporte que les Roms sont venus dans les principautés roumaines à l'invitation du souverain moldave Alexandre le Bon, qui leur aurait accordé dans une charte de 1417 "la terre et l'air pour vivre, et le feu et le fer pour travailler". Cependant, la plus ancienne référence connue à cet évènement se trouve dans les écrits de Mihail Kogălniceanu. Aucune trace de cette charte n'existe, elle est généralement considérée comme une mystication[7].

L'historien Neagu Djuvara émet lui aussi l'hypothèse également que des groupes roms sont venus dans les deux pays en tant qu'individus libres et ont été réduits en esclavage par l'aristocratie (les hospodars les boyards)[8].

Le tout premier document attestant la présence de Roms en Valachie remonte à 1385 et utilise à leur encontre le mot aţigani (de athiganoi, mot grec pour "hérétiques", et l'origine du terme roumain ţigani, qui est synonyme de gitan)[9]. Le document, signé par le prince Dan I, attribue 40 sălaşe (hameaux ou habitations) d'aţigani au monastère de Tismana, il s'agit de la première trace d'une telle donation[10]. En Moldavie, l'institution de l'esclavage est attestée pour la première fois dans un document de 1470, par lequel le prince moldave Stephan le Grand affranchit Oană, un esclave tatar qui avait fui vers la Pologne[11].

L'anthropologue Sam Beck soutient l'idée que la mise en en esclavage des Roms s'expliquent le plus probablement par la pratique consistant à garder des prisonniers de guerre comme esclaves, laquelle qui a une longue histoire dans la région, et que, au départ, les Roms libres et asservis ont coexisté sur ce qui est devenu le territoire roumain[12].

Certaines sources primaires appuient cette thèse. Par exemple, en 1445, Vlad Dracul ramène en Valachie depuis la Bulgarie 11 000 à 12 000 personnes «qui ressemblaient à des Égyptiens », vraisemblablement des Roms[12]. Une chronique moldave en langue allemande rapporte qu'en 1471, après la victoire d'Etienne III contre une force valaque dirigée par le prince Radu le Beau à Soci, «il a emmené avec lui en esclavage 17 000 Tsiganes»[10]. Les chiffres étaient probablement exagérés[13].

Famille rom nomade en Moldavie, Auguste Raffet, 1837

Condition des esclaves[modifier | modifier le code]

Catégories d'esclaves[modifier | modifier le code]

Les principautés danubiennes sont pendant la majeure partie de leur histoire le seul territoire d'Europe orientale et centrale où l'esclavage des Roms est légiféré, et le lieu où il est le plus répandu[14].

Traditionnellement, les esclaves roms sont divisés en trois catégories. Le groupe le moins nombreux est celui des esclaves appartenant aux hospodars (Prince), désignés sous le nom ţigani domneşti («Tsiganes appartenant au seigneur»)[8]. Les ţigani mănăstireşti ("Tsiganes appartenant aux monastères") sont la propriété des monastères orthodoxes roumains et grecs orthodoxes. Les ţigani boiereşti ("Tsiganes appartenant aux boyards") appartiennent aux propriétaires terriens[15]. Le statut du ţigani domneşti étant meilleur que celui des esclaves tenus par les boyards ou les monastères, nombre d'esclaves donnés par le prince à des propriétaires privés ou à des monastères se sont enfuis et ont rejoint les esclaves du prince[16].

Un forgeron rom et sa forge en Valachie, Dieudonné Lancelot, 1860
Orpailleurs roms au travail

Dans chaque catégories d'esclaves, on distingue deux groupes: vătraşi (sédentaires) et lăieşi (nomades)[17]. Parmi les lăieşi, ont trouve différents métiers : Kalderash ( «ouvriers du cuivre»), Lăutari («joueurs d'instruments à cordes»), Boyash ( «fabricants de cuillères»), fierari («forgerons»), Ursari («montreurs d'ours»)[18]. Avec le temps ces groupes professionnels sont devenus des entités ethniques[19]. Pendant longtemps, les Roms ont été les seuls forgerons et ferronniers de Valachie et de Moldavie[20]. Parmi les fierari, ceux qui étaient le plus recherchés étaient les potcovari (« maréchaux-ferrants »)[10]. Les femmes rom appartenant aux boyards sont souvent employées comme femmes de ménage au service des boyaresses[21], elles peuvent aussi (comme certains hommes) être employées dans les tâches administratives du manoir. Dès le début de l'histoire de l'esclavage en Roumanie, de nombreux esclaves sont utilisés dans les mines de sel .

Une autre catégorie était les Aurari ou Rudari (orpailleurs), esclaves du Prince qui cherchaient de l'or pendant la saison chaude dans les rivières du massif des Carpates, mais restaient dans les plaines pendant l'hiver, sculptant des ustensiles en bois. Les mineurs d'or apportaient beaucoup plus de revenus au Trésor que les autres types d'esclaves. Néanmoins, leur nombre diminua au fur et à mesure de l'épuisement des ressources aurifères. En 1810, il ne restait que 400 Aurari recherchant de l'or en Valachie[22].

Au cours des 14e et 15e siècles, très peu d'esclaves résidaient dans les villes. Ce n'est qu'à partir du début du XVIe siècle que des monastères ont commencé à s'ouvrir dans les villes, amenant avec eux les esclaves roms. Ensuite, des boyards et même des bourgeois ont commencé à les utiliser pour diverses tâches[23]. Les sălaşe des esclaves roms furent installés à la périphérie des villes, dans la zone connue sous le nom de țigănie et bientôt, pesque chaque ville avaient un tel quartier, en particulier les villes les plus importantes comme Târgoviște, Râmnic ou Bucarest .

La société médiévale a permis une certaine mobilité sociale, comme en témoigne la biographie ftefan Răzvan, un esclave rom valaque qui est devenu boyard, a été envoyé comme représentant dans l'Empire ottoman, et, après s'être allié avec les groupes Polonais et Cosaques, devint prince moldave (avril-)[24].

Outre l'esclavage pratiqué sur leur territoire, les deux pays furent, pendant un bref intervalle au début du XVIIIe siècle, une voie de transit par laquelle les marchands d'esclaves ottomans acheminaient des esclaves africains vers les marchés de l'empire Russe . C'est probablement par cette route qu'Abram Petrovich Gannibal, l'arrière-grand-père africain du poète Alexandre Pouchkine, a été transporté en Russie.

Statut et obligations[modifier | modifier le code]

Les esclaves étaient considérés comme la propriété personnelle du maître[25] qui avait autorité pour les faire travailler, les vendre ou les échanger contre d'autres biens et les possessions des esclaves (généralement du bétail) étaient également à la discrétion du maître[26]. Le maître était autorisé à punir physiquement ses esclaves, par des coups ou des emprisonnements, mais n'avait pas le droit de vie ou de mort sur eux, la seule obligation du maître étant de vêtir et de nourrir les esclaves qui travaillaient dans son manoir[27]. Le traitement habituel des esclaves, note Djuvara, était humiliant, et il était courant pour les roumains de croire que l'«on ne pouvait rien obtenir [des Tsiganes] sans utiliser un fouet»[28]. En 1821, à une époque où les boyards de Moldavie fuyaient leur pays pour échapper à l'insurection du Filikí Etería, les autorités de Bucovine (Autriche-Hongrie) s'inquiétaient de l'habitude de ces réfugiés de battre leurs esclaves en public, dans les rues de villes comme Czernowitz, et ont émis une ordonnance interdisant cette pratique. Une dispute s'ensuivit, au terme de laquelle les boyards reçurent la permission de continuer à battre les esclaves, mais uniquement sur des terrains privés.

Un acte par lequel Étienne III de Moldavie fait don d'un certain nombre de d'esclaves roms sălașe à l'évêché de Rădăuţi

Le prestige social d'un maître d'esclaves était souvent fonction du nombre d'esclaves en sa possession et de leur qualification. Les meilleurs cuisiniers, musiciens et brodeurs étant représentaient pour les familles boyards des richesses ostentatoires[29]. Les esclaves possédants ces qualifications s'échangeaient à un prix plus élevé. Par exemple, dans la première moitié du 18ème siècle, un esclave ordinaire vallait 20 – 30 lei, un cuisinier environ 40 lei[30].

Cependant, Djuvara, sur la base des sources contemporaines, note également que les esclaves étaient de façon générale très bon marché. En 1832, un contrat portant sur la dot d'une boyaresse mentionne l'échange de trente esclaves roms contre une dilligence, tandis que le diplomate britannique William Wilkinson nota que la traite des esclaves était une affaire semi-clandestine et que la vente d'esclaves vătraşi pouvaient rapporter la modique somme de cinq ou six cents piastres [31]. Djuvara estime que le prix pouvait être moitié moindre.

Dans les Principautés, les esclaves étaient régis par droit coutumier[11]. Au 17ème siècle, les premières lois écrites mentionnant l'esclavage sont apparues. La Pravila de la Govora (ro) (1640) et Îndreptarea legii (ro) (1652) et la carte moldave românească de Învăţătură (1646), qui, entre autres, réglementaient l'esclavage, étaient basées sur la loi byzantine sur l'esclavage et sur le droit commun alors en vigueur. Cependant, le droit coutumier (obiceiul pământului) était presque toujours utilisé dans la pratique.

Si un esclave possédait une propriété, il lui fallait payer les mêmes impôts que les hommes libres. Mais les esclaves eux-mêmes, comme propriétés, n'étaient pax taxés, sauf pendant une courte période en Moldavie: entre 1711 et 1714, le prince phanariote Nicholas Mavrocordatos a introduit le ţigănit ("taxe tsigane"), une taxe de deux galbeni (pièces d'or standard) que devaient payer les propriétaires pour chaque esclave[32]. Il n'était pas rare que les boyards et les monastères enregistrent leurs serfs comme « Tsiganes » afin qu'ils ne paient pas les impôts qui étaient imposés aux serfs[16].

Les esclaves domneşti (dont certains étaient des artisans itinérants), devaient payer un impôt annuel nommé dajdie [32]. De même, les lăieşi appartenant à des boyards devaient se réunir chez leur maître une fois par an, généralement le jour de la fête d'automne de Saint Demetrius[21] (coïncidant actuellement avec les célébrations du dans le calendrier orthodoxe ). A cette occasion, chaque esclave âgé de plus de 15 ans devait payer une somme comprise entre trente et quarante piastres.

Un propriétaire d'esclaves avait le pouvoir d'affranchir ses esclaves pour bon service, que ce soit de son vivant ou par testament, mais ces cas étaient plutôt rares. L'inverse s'est également produit : des Roms libres se sont vendus à des monastères ou à des boyards pour gagner leur vie[33].

Litiges juridiques et remise en cause des modes de vie traditionnels[modifier | modifier le code]

Un șatră (village) fondé par des esclaves roms, sur une gravure de 1860 par Dieudonné Lancelot

Initialement, et jusqu'au XVe siècle, les esclaves roms et tatars étaient regroupés en sălaşe auto-administrés (vieux-slave : челѣдь, čelyad ') qui ont été décrits par les historiens comme constituant une famille élargie, un ménage ou même une communauté[34]. Leurs chefs, eux-mêmes esclaves, étaient appelés cneji, juzi ou vătămani et, en plus de régler les différends juridiques, ils collectaient des impôts et organisaient le travail demandé par propriétaires[10]. Avec le temps, les différends entre deux esclaves roms étaient généralement traités par les chefs de la communauté, connus sous le nom de bulibaşi [35]. Parfois, les plus grandes communautés d'esclaves élisaient elles-mêmes un başbulibaşa, qui était supérieur aux bulibaşi et chargé de résoudre les conflits les plus compliqués au sein du groupe respectif[36]. Le système n'a pas été réglementé, conduisant souvent à de violents conflits entre esclaves, ce qui, dans un cas attesté pour le 19e siècle, a conduit à l'intervention des boyards et au fouet des pieds des personnes jugées coupables d'insubordination.

Les différends avec des non-esclaves et les cas d'homocides étaient traités par le système judiciaire de l'État[32]. Les esclaves n'étaient pas autorisés à se défendre ou à témoigner devant un tribunal[37], mais ils n'étaient pas non plus responsables des dommages causés aux hommes libres, le propriétaire étant responsable de tels dommages, l'indemnisation étant parfois la renonciation à la propriété de l'esclave à l'autre partie. Un esclave qui a tué un autre esclave a été condamné à mort, mais ils pouvaient également être donnés au propriétaire de l'esclave mort. Un homme libre tuant un esclave était également passible de la peine de mort et un boyard n'était pas autorisé à tuer ses propres esclaves, mais aucune condamnation de ce type n'est attestée. On pense cependant que de tels meurtres se sont produits en grand nombre[38].

L'Église orthodoxe, elle-même proprétaire d'un grand nombre d'esclaves, n'a pas contesté l'institution de l'esclavage[39], bien que parmi les premiers partisans de l'abolition on compta le prêtre Eufrosin Poteca[40]. Cependant des membres de la hiérarchie ecclésiastique sont parfois intervenus pour limiter les abus contre des esclaves ou d'anciens esclaves[41].

Lois concernant le mariage[modifier | modifier le code]

Le mariage entre deux esclaves n'était autorisé qu'avec l'approbation de leurs propriétaires, généralement par le biais d'un accord financier, l'un des esclaves étant vendu à l'autre propriétaire (ou échangé)[42]. En l'absence d'accord, le couple furent séparé et les enfants issus du mariage répartis entre les deux esclavagistes. Les propriétaires d'esclaves gardaient des registres stricts de leurs esclaves lăieşi et, selon Djuvara, veillaient spécialement à ce que les parents d'enfants esclaves ne vendent pas leur progéniture à d'autres maîtres[21].

Des couples roms furent séparés lors de la vente de l'un des époux par leur propriétaire. Cette pratique fut interdite par Constantin Mavrocordatos en 1763. Elle était aussi découragée par l'Église orthodoxe qui a jugé en 1766 que «bien qu'ils soient appelés gitans [c'est-à-dire esclaves], le Seigneur les a créés et il ne convient pas de les séparer comme du bétail»[43]. Néanmoins, la séparation forcée des couples mariés était encore courante au XIXe siècle[44].

Le mariage entre une personne libre et un esclave impliquait pendant longtemps que la personne libre soit réduite en esclavage[45]. Plus tard il devint possible pour une personne libre de conserver son statut social et que les enfants issus du mariage soient libres gens[46].

En Moldavie, en 1774, le prince Alexandre Mourousis interdit les mariages entre personnes libres et esclaves. Une bulle d'or similaire a été décrété par Alexandru Mavrocordat Firaris en 1785, qui non seulement interdit de tels mariages, mais invalide tout mariage existant[47].

En Valachie, Alexander Ypsilantis (1774–1782) a interdit les mariages mixtes dans son code de loi, mais les enfants issus de ces mariages antérieurs devaient naître libres[43]. En 1804, Constantine Ypsilantis ordonna le divorce forcé d'un de ces couples et ordonna que les prêtres prononçant ce type d'union soient sanctionnés par leurs supérieurs[48].

Les relations maritales entre les Roms et la population roumaine majoritaire étaient rares, en raison de la différence de statut et, comme le note Djuvara, de l'émergence d'une forme de racisme[41]. Néanmoins, les relations extra-conjugales entre les hommes propriétaires d'esclaves et les femmes esclaves, ainsi que le viol de femmes roms par leurs propriétaires, étaient répandus et les enfants illégitimes étaient eux-mêmes gardés comme esclaves sur le domaine[49].

Transylvanie, Bucovine et Bessarabie[modifier | modifier le code]

Une famille rom à Sibiu, Transylvanie, vers 1862, photo de Theodor Glatz (de)

L'esclavage des Roms dans la Transylvanie voisine était concentré dans les fiefs et les régions sous l'influence de la Valachie et de la Moldavie, ces régions conservant leur pratique de l'esclavage même après qu'elles n'étaient plus sous souverainté valaque ou moldave[50]. La première mention écrite des Roms en Transylvanie remonte à 1400 environ, signalant qu'un boyard possédait 17 foyers de Roms à Făgăraş, une région appartenant à l'époque à la Valachie. L'organisation sociale de Făgăraş était la même qu'en Valachie, les esclaves roms étant les esclaves des boyards, l'institution de l'esclavage étant maintenue dans le voïvodat de Transylvanie au sein du Royaume de Hongrie et de la Principauté autonome de Transylvanie, n'étant abolie qu'avec le début de la domination des Habsbourg au XVIIIe siècle. Par exemple, en 1556, la reine hongroise Isabella Jagiełło confirme les possessions de certains boyards de Recea, parmi lesquels des esclaves roms. Ce décret a également été confirmé en 1689 par le prince Michael I Apafi.

Les domaines dépendant du château de Bran comportaient un grand nombre d'esclaves, autour de 1500 au début du XVIe siècle, le droit à l'esclavagisme étant probablement hérité de l'époque où le château appartenait à la Valachie[51]. Les régions sous l'influence Moldaie détenaient également des esclaves : par exemple, on sait que le prince moldave Petru Rareş a acheté une famille de Roms au maire de Bistriţa et que d'autres boyards ont également acheté des esclaves de Transylvanie. Cependant, seule une minorité de Roms de Transylvanie étaient des esclaves, la plupart d’entre eux étant des «serfs royaux», sous l’autorité directe du roi, étant uniquement tenus de payer certains impôts et d’effectuer certains services pour l’État, certains groupes de Roms ayant reçu l'autorisation de voyager librement dans tout le pays[52].

Estimations de la population d'esclaves[modifier | modifier le code]

Les esclaves roms n'étaient pas inclus dans les recensements il n'existe pas de statistiques fiables à leur sujet, à l'exception des esclaves appartenant à l'État. Néanmoins plusieurs estimations ont été établies au 19e siècle. Selon Djuvara, les esclaves représentaient de 150 000 à 200 000 personnes soit 10% de la population des deux pays[31]. Au moment de l'abolition de l'esclavage, les deux principautés comptaient entre 200 000 et 250 000 Roms, soit 7% de la population totale[53].

Date Source Moldavie Valachie
1819 Dionisie Fotino - 120 000 [54]
1837 Mihail Kogălniceanu 200 000 [55]
1838 Félix Colson 139 255 [53] 119 910
1844 Ferdinand Neigebaur - 180 000
1849 Paul Bataillard 250 000
1857 Jean Alexandre Vaillant 137 000 125 000
1857 Jean Henri Abdolonyme Ubicini 100 000 150 000
1859 recensement (esclaves émancipés) 250 000 [56]

Naissance du mouvement abolitionniste[modifier | modifier le code]

Pedeapsa robilor ("Le châtiment des esclaves"), une image de l'esclavage africain aux Amériques imprimée par le magazine transylvanien (en langue roumaine) Foaia Duminecii (vers 1830). Dérivé d'une gravure anglaise de George Cruikshank (1831).

Les problèmes moraux et sociaux posés par l'esclavage des Roms sont reconnus pour la première fois au siècle des Lumières, d'abord par des voyageurs d'Europe occidentale dans les deux pays. Selon Djuvara : "Il n'y a pas de visiteur étranger qui n'ait été horrifié par la vue des Tsiganes dans les Principautés."[8]

L'évolution de la société roumaine et l'abolition du servage[Quand ?] n'a aucun effet pour les Roms qui, au début du XIXe siècle, restent soumis aux mêmes conditions qu'au cours des siècles précédents. Ce n'est que lorsque le régime phanariote change, à partir de 1821, que la société roumaine commence à se moderniser et que diverses réformes ont été mises en œuvre (voir Regulamentul Organic ). Cependant, les réformateurs ne voient pas l'esclavage des Roms comme une priorité[57].

Néanmoins, l'administration des principautés danubiennes a essayé de changer le statut des Roms appartenant à l’État, en sédentarisant les nomades. Deux annexes au Regulamentul Organic ont été rédigées, Règlement pour l'amélioration de la condition des Tsiganes de l’État en Valachie en et Règlement pour l'installation des Tsiganes en Moldavie. Les règlements ont tenté de sédentariser les Roms et de les former à cultiver la terre, les encourageant à s'installer sur des propriétés privées[58].

À la fin des années 1830, des boyards libéraux et radicaux, dont beaucoup ont suivi des études en Europe occidentale, en particulier à Paris[58] ont pris les premières mesures anti-esclavagistes. Pendant cette période, Ion Câmpineanu, comme les frères propriétaires fonciers Nicolae et Ştefan Golescu, a émancipé tous ses esclaves[59], tandis que le boyard Emanoil Bălăceanu a libéré ses esclaves et a organisé pour eux le Scăieni Phalanstery, qui se voulait une expérience de société socialiste utopique[60]. En 1836, le prince valaque Alexandru II Ghica libère 4000 esclaves domneşti et obtient des propriétaires foncier leur embauche comme main-d’œuvre rémunérée, tout en instaurant une politique par laquelle l'État achète des esclaves privés et les libère.

L'émancipation des esclaves appartenant à l'État et aux monastères orthodoxes roumains et grecs orthodoxes était mentionnée dans le programme de de Leonte Radu en Moldavie, leur donnant des droits égaux avec les Roumains. En Valachie, un mémorandum rédigé par Mitică Filipescu proposait de mettre fin à l'esclavage en permettant aux esclaves d'acheter leur propre liberté[61]. les intellectuels de la génération impliquée dans les évènements de 1848, qui avaient étudié en Europe occidentale, notamment à Paris, est revenue dans ses pays avec des idées progressistes et une volonté de les moderniser en suivant l'exemple occidental. L'esclavage avait été aboli dans la majeure partie du «monde civilisé» et, en tant que tel, l'intelligentsia libérale roumaine considérait son esclavage comme une pratique barbare et anachronique qui lui inspirait un sentiment de honte[62].

En 1837, Mihail Kogălniceanu publie un livre sur le peuple rom, dans lequel il exprime l'espoir qu'il servira les abolitionnistes . Au cours des années 1840, les intellectuels ont lancé une campagne visant à convaincre les esclavagistes de libérer leurs esclaves. Le valaque Cezar Bolliac a publié dans sa Foaie pentru Minte, Inimă ăi Literatură un appel aux intellectuels pour soutenir la cause du mouvement abolitionniste[61]. Si le mouvement en faveur de l'abolition de l'esclave était marginal dans les années 1830, il parvint dans la décennie suivante à faire du sujet un débat majeur de la société roumaine. Le pouvoir politique était entre les mains des boyards conservateurs, qui étaient également propriétaires d'un grand nombre d'esclaves et faisaient barrage à toute réforme sur le sujet.

Abolition par catégorie d’esclaves [63]
Pays Esclaves

de l’État

Esclaves

de l’Église

Esclaves

privés

Valachie 1843 1847 1856
Moldavie 1844 1844 1855

Lois sur l'abolition[modifier | modifier le code]

Certificat de libération des esclaves délivré lors de la révolution valaque de 1848 .
Allégorie de l'abolition de l'esclavage pendant la révolution valaque de 1848, dessin de Theodor Aman.

En Valachie, seulement deux mois plus tard, en , une loi similaire fut adoptée par l' Assemblée nationale [64] versant une compensation de 10 galbeni pour chaque esclave, échellonnée sur plusieurs années[65]. Les esclaves affranchis devaient s'installer dans une ville ou un village et y rester pendant au moins deux recensements et ils paieraient leurs impôts au fonds de compensation.

Pendant la révolution valaque de 1848, le projet du gouvernement provisoire éphémère incluait l'émancipation (dezrobire) des Roms en haut de la liste des revendications sociales[66]. Le gouvernement a décrété l'émancipation complète des Roms en indemnisant les propriétaires et a créé une commission (composée de trois membres: Bolliac, Ioasaf Znagoveanu et Petrache Poenaru ), qui devait mettre en œuvre le décret. Certains boyards ont libéré leurs esclaves sans demander de compensation, tandis que d'autres se sont fermement opposés à l'idée de l'abolition. Néanmoins, après la répression de la révolution par les troupes ottomanes et russes, les esclaves ont retrouvé leur statut antérieur[67].

Dans les années 1850, le mouvement a obtenu le soutien de presque toute la société roumaine, les points de discorde étant la date exacte de la liberté des Roms, et si leurs propriétaires recevraient une quelconque compensation, mesure que les abolitionnistes jugaient éthiquement inacceptable[68].

En Moldavie, en , à la suite d'une proposition du prince Grigore Alexandru Ghica, un projet de loi rédigé par Mihail Kogalniceanu et Petre Mavrogheni fut adopté par le Divan; celle loi a émancipé tous les esclaves et leur accordé le statut de contribuables (c'est-à-dire de citoyens). La mesure a été provoquée par une tragédie personnelle: Ghica et l'opinion publique dans son ensemble ont été scandalisés lorsque Dincă, l'esclave et enfant illégitime d'un boyard de Cantacuzino, n'a pas été autorisé à épouser sa maîtresse française et à être affranchi, ce qui l'avait conduit à tuer sa maîtresse et se suicider[69]. Les propriétaires recevraient une compensation de 8 galbeni pour chaque esclave lingurari et vătraşi et 4 galbeni pour chaque lăieşi, l'argent étant fourni par les impôts payés par les esclaves précédemment libérés[70].

En Valachies une loi similaire est adoptée deux mois plus tard, en [64], prévoyant une compensation de 10 galbeni pour chaque esclave, échelonnée sur plusieurs années[65]. Les esclaves affranchis devaient s'établir danx une ville ou un village, et y rester pour la durée de deux recensements au moins, les impots qu'ils payaient devant financer l'indemnité[65].

La condition des Roms après l'abolition[modifier | modifier le code]

Un village rom en Roumanie après l'abolition de l'esclavage, 1884

Les abolitionnistes roumains ont débattu du devenir des anciens esclaves avant et après l'adoption des lois. Cette question a été reliée avec la «question de la paysannerie», c'est-à-dire le sujet de l'élimination de la corvée et de la conversion des esclaves en petits propriétaires terriens[71]. Les Ursari (éleveurs d'ours nomades) étaient les plus réticents à l'idée de la sédentarisation car ils considéraient s'installer comme redevenir esclaves du propriétaire de la terre où ils s'étaient installés. Les abolitionnistes eux-mêmes considéraient que transformer les anciens esclaves en esclaves n'était pas quelque chose de désirable, car ils étaient tenus de redevenir dépendants. Néanmoins, le différend a pris fin après que les Principautés roumaines ont adopté une législation de propriété capitaliste libérale, la corvée étant éliminée et les terres partagées entre les anciens boyards et les paysans[72].

De nombreux abolitionnistes ont soutenu l'assimilation des Roms dans la nation roumaine, Kogălniceanu notant qu'il y avait des esclaves roms sédentaires qui abandonnaient leurs coutumes et leur langue et qu'ils ne pouvaient plus être distingués des Roumains[73]. Parmi les techniques d'ingénierie sociale proposées pour l'assimilation figuraient: la dispersion des Roms dans les villages roumains (au sein du village et non en marge), l'encouragement des mariages interethniques, l'interdiction de l'usage de la langue rom et l'enseignement obligatoire pour leurs enfants[74]. Après l'émancipation, les institutions étatiques ont dans un premier temps évité l'utilisation du mot gigan (gitan), lorsque cela était nécessaire (comme dans le cas des privilèges fiscaux), le terme officiel étant émancipat.

Malgré les intentions du camps abolitionniste, l'intégration sociale des anciens esclaves ne s'est réalisée que pour une partie d'entre eux, nombre de Roms restant en dehors de l'organisation sociale de la société valaque et moldave, puis roumaine. L'implémentation des politiques d'intégration sociale étaient généralement laissées à la charge des autorités locales. Dans certaines régions du pays, les Roms nomades se sont installés dans des villages sous la supervision de la police locale, mais dans tout le pays, le nomadisme des Roms n'a pas été éliminé[75].

Héritage[modifier | modifier le code]

Le soutien aux abolitionnistes marque dans la littérature roumaine du milieu du XIXe siècle. La question de l'esclavage des Roms est devenue un thème dans les œuvres littéraires de divers intellectuels libéraux et romantiques, dont beaucoup étaient actifs dans le camp abolitionniste. Cezar Bolliac a publié des poèmes tels que Fata de boier şi fata de ţigan ("La fille du boyard et la fille tsigane", 1843), Ţiganul vândut ("Tsigane ", 1843), O ţigancă cu pruncul său la Statuia Libertăţii ("A Gypsy femme avec son bébé à la Statue de la Liberté », 1848), Ion Heliade Rădulescu a écrit une nouvelle intitulée Jupân Ion (en gros,« Maître Jean », de la version roumaine de Župan ; 1844), Vasile Alecsandri a également écrit histoire, Istoria unui Galbân ("Histoire d'une pièce d'or", 1844), tandis que Gheorghe Asachi a écrit une pièce intitulée Ţiganii ("Les Gitans", 1856) [76] et VA Urechia le roman Coliba Măriucăi ("La cabane de Măriuca", 1855 ). Une génération plus tard, le sort de Ştefan Răzvan a inspiré Răzvan şi Vidra ("Răzvan et Vidra", 1867), une pièce de Bogdan Petriceicu Hasdeu . Le thème de l'esclavage des Roms a été repris par les arts au début du 21e siècle, étant un sujet exploré par le film de Radu Jude en 2015, Aferim!, situé dans la Valachie du début du XIXe siècle[77].

Le mouvement abolitionniste roumain a également été influencé par le mouvement d'abolition de l'esclavage des Noirs aux États-Unis à travers des articles de presse et une traduction roumaine de La case de l'oncle Tom de Harriet Beecher Stowe. Traduit par Theodor Codrescu et publié pour la première fois à Iaşi en 1853, sous le nom de Coliba lui Moşu Toma sau Viaţa negrilor în sudul Statelor Unite din America (littéralement "La cabane de l'oncle Toma ou la vie des Noirs dans le sud des États-Unis d'Amérique " ), c'était le premier roman américain à être publié en roumain, et il comprenait une préface sur l'esclavage écrite par Mihail Kogălniceanu[62]. Le livre de Beecher Stowe a également été la principale source d'inspiration du roman d'Urechia publié en 1855.

L'impact de l'esclavage sur la société roumaine est devenu un sujet historiographique dans les décennies qui ont suivi la révolution roumaine de 1989. En 2007, le Premier ministre Călin Popescu-Tăriceanu a approuvé la création de la Comisia pentru Studierea Robiei Romilor ("Commission pour l'étude de l'esclavage des Roms"), qui présentera ses conclusions dans un rapport et fera des recommandations pour le système éducatif roumain et sur la promotion l'histoire et la culture des Roms. La commission, présidée par Neagu Djuvara, recommandera également la création d'un musée des Roms, d'un centre de recherche, d'une journée de commémoration de l'esclavage des Roms et de la construction d'un mémorial dédié à l'esclavage des Roms.

Références[modifier | modifier le code]

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  2. Achim (2004), p.27-28; Ştefănescu, p.42
  3. Achim (2004), p.29; Ştefănescu, p.41, 42.
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  77. Kit Gillet, « 'Aferim!' an Oscar Contender, Explores the Enslavement of the Roma », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )