Esclavage en Mauritanie

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L'esclavage en Mauritanie concernerait environ 150 000 personnes soit 4% de la population en 2014[1]. Cependant, la Mauritanie tente officiellement d'éradiquer ce phénomène. La Rapporteuse spéciale de l'ONU sur les formes contemporaines de l'esclavage Urmila Bhoola a salué le 21 août 2015 les mesures adoptées par le gouvernement mauritanien pour éradiquer toutes les formes d'esclavage dans le pays. En effet la nouvelle loi rectifie et endurcit les peines de celle de 2007 incriminant l’esclavage mais qui n'avait pu être appliquée en raison du coup d'État de 2008[2]. Néanmoins, la veille, le 20 août 2015, Biram Dah Abeid, figure emblématique de la lutte contre l'esclavage, était condamné en appel à 2 ans d'emprisonnement[3].

Histoire, abolitions et résiliences[modifier | modifier le code]

L'esclavage dans la région remonte à l'antiquité, il a été aboli au XXe siècle. La première fois en 1905 par un décret des autorités coloniales françaises. La constitution de la Mauritanie de 1961 proclame l'égalité entre les citoyens[4] mais ne mentionne pas l'esclavage[5]. En 1980, le Comité militaire de salut national présidé par Mohamed Khouna Ould Haidalla fait adopter la charia, les textes juridiques fondamentaux sont révisés par les jurisconsultes pour être mis en conformité et il en résulte entre autres l’ordonnance no 081-234 du 9 novembre 1981 abolissant officiellement l'esclavage, après une enquête, « le gouvernement estime que l’esclavage en tant qu’institution n’existait plus en Mauritanie et que seules subsistaient certaines de ses séquelles au niveau des mentalités »[6]. Malgré ces abolitions et les estimations officielles, sociologues, historiens et associations des droits de l'homme considèrent que l'esclavage héréditaire persiste au sein de la société mauritanienne : privation de libertés dès la naissance, maltraitances, trafics d'êtres humains et viols[7],[8].

Le 25 mars 2007, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est élu président de la république lors des premières élections libres depuis l'indépendance. Il fait adopter par le parlement la loi no 2007–048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l'esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes, son article 4 prévoit que « Quiconque réduit autrui en esclavage ou incite à aliéner sa liberté ou sa dignité ou celle d'une personne à sa charge ou sous sa tutelle, pour être réduite en esclave, est puni d'une peine d'emprisonnement de cinq à dix ans et d'une amende de cinq cent mille Ouguiyas à un million d'Ouguiyas », la loi punit aussi les fonctionnaires et juges ne portant pas assistance aux esclaves, l'apologie de l'esclavage, les complicités et les récidives[9]. Le coup d'État d'août 2008 met fin à l'expérience démocratique[10]. Les dispositions de la loi de 2007 ne sont plus appliquées[11] et en 2014, plusieurs militants antiesclavagistes sont arrêtés[12].

Un rapport de l'ONG Walk Free sorti en 2014 sur toutes les formes de l'exploitation humaine a classé la Mauritanie à la tête des pays où il y a un taux des plus élevés avec environ 4 % de la population[13].

Le parlement mauritanien a adopté le 13 août 2015 une nouvelle loi contre l'esclavage qui le considère comme un crime contre l'humanité et incriminant ses pratiques avec des peines de 10 à 20 ans[14]. Cette nouvelle loi est saluée par la Rapporteuse spéciale de l'ONU sur les formes contemporaines de l'esclavage Urmila Bhoola.

Composition et structures[modifier | modifier le code]

Il concerne en premier lieu les Haratines qui travailleraient encore en partie comme esclaves pour les « Maures blancs » ou Bidhans [réf. nécessaire]. À côté des Haratines et des Bidhans, d'autres ethnies dites « noires », Peuls, Soninkés et Wolofs, peuplant la Mauritanie ont, selon la sociologue mauritanienne Amel Daddah, « traditionnellement entretenu en leur sein des systèmes de production de type esclavagiste »[15]. Cependant, si la dimension raciale fait partie du phénomène, il est aussi lié au système de castes et à l'économie.

Des organisations en Mauritanie comme El Hor, SOS Esclaves et IRA Mauritanie luttent contre l'esclavage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « 2014 Global Slavery Index : Mauritania »,‎ 2014 (consulté le 8 février 2015)
  2. « Mauritanie : une experte de l'ONU salue l'adoption d'une nouvelle loi contre l'esclavage », sur www.un.org,‎ (consulté le 21 août 2015)
  3. Le Nouvel Obs - 22/08/2015 - En Mauritanie, c'est les anti-esclavagistes qu'on emprisonne
  4. Constitution de 1961, Digithèque de matériaux juridiques et politiques, consulté le 8 février 2015
  5. Mohammed Yahya Ould Cire, L'Esclavage en Mauritanie, Association internationale de recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides, 2007
  6. « Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes » [PDF], sur http://www.un.org/,‎ 2007
  7. Roger Botte, Esclavages et abolitions en terres d’islam, André Versaille éditeur,‎ (ISBN 9782874950841), p. 189-191 ; 219.
  8. Tribus, ethnies et pouvoir en Mauritanie. Nouvelle édition, Karthala,‎ (ISBN 9782811102869).
  9. Loi portant incrimination et répression de toutes les pratiques esclavagistes en Mauritanie
  10. Rémi Carayol, « Négro-mauritaniens : retour sur vingt-cinq ans de solitude », Jeune Afrique, 16 mai 2014
  11. « Lutte contre l'esclavage en Mauritanie: les ONG doutent », RFI, 10 mars 2014
  12. Stéfanie Otto, « Mauritanie: arrestations de militants anti-esclavagistes », 14 novembre 2014
  13. « Près de 36 millions d'esclaves dans le monde », sur Libération,‎
  14. « Mauritanie: le Parlement adopte une nouvelle loi contre l'esclavage », sur rfi.fr,‎
  15. Amel Daddah, « Mauritanie, les héritiers de l’esclavage », Le Monde Diplomatique, novembre 1998

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Anthony G. Pazzanita, « Slavery », in Historical dictionary of Mauritania, Scarecrow Press, Lanham (Maryland) ; Toronto, Plymouth (Royaume-Uni), 2008 (3e éd.), p. 477-486 (ISBN 9780810855960) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes[modifier | modifier le code]