Esclavage en Mauritanie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'esclavage en Mauritanie concernerait environ 43 000 personnes soit 1,06 % de la population en 2016[1]. Cependant, les autorités tentent officiellement d'éradiquer ce phénomène. La Rapporteuse spéciale de l'ONU sur les formes contemporaines de l'esclavage Urmila Bhoola a salué le les mesures adoptées par le gouvernement mauritanien pour éradiquer toutes les formes d'esclavage dans le pays. En effet la nouvelle loi rectifie et endurcit les peines de celle de 2007 incriminant l’esclavage mais qui n'avait pu être appliquée en raison du coup d'État de 2008[2]. Néanmoins, la veille, le , Biram Dah Abeid, figure emblématique de la lutte contre l'esclavage, était condamné en appel à 2 ans d'emprisonnement[3].

Histoire, abolitions et résiliences[modifier | modifier le code]

En 2009, le militant anti-esclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid a été condamné à six mois de prison pour avoir participé à un rassemblement non autorisé.

L'esclavage dans la région remonte à l'antiquité. Il a été aboli au XXe siècle, la première fois en 1905 par un décret des autorités coloniales françaises. La constitution de la Mauritanie de 1961 proclame l'égalité entre les citoyens[4] mais ne mentionne pas l'esclavage[5]. En 1980, le Comité militaire de salut national présidé par Mohamed Khouna Ould Haidalla fait adopter la charia, les textes juridiques fondamentaux sont révisés par les jurisconsultes pour être mis en conformité et il en résulte entre autres l’ordonnance no 081-234 du abolissant officiellement l'esclavage, après une enquête, « le gouvernement estime que l’esclavage en tant qu’institution n’existait plus en Mauritanie et que seules subsistaient certaines de ses séquelles au niveau des mentalités »[6]. Malgré ces abolitions et les estimations officielles, sociologues, historiens et associations des droits de l'homme considèrent que l'esclavage héréditaire persiste au sein de la société mauritanienne : privation de libertés dès la naissance, maltraitances, trafics d'êtres humains et viols[7],[8].

Le , Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi est élu président de la république lors des premières élections libres depuis l'indépendance. Il fait adopter par le parlement la loi no 2007–048 du portant incrimination de l'esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes, son article 4 prévoit que « Quiconque réduit autrui en esclavage ou incite à aliéner sa liberté ou sa dignité ou celle d'une personne à sa charge ou sous sa tutelle, pour être réduite en esclave, est puni d'une peine d'emprisonnement de cinq à dix ans et d'une amende de cinq cent mille Ouguiyas à un million d'Ouguiyas », la loi punit aussi les fonctionnaires et juges ne portant pas assistance aux esclaves, l'apologie de l'esclavage, les complicités et les récidives[9].

Le coup d'État d'août 2008 met fin à l'expérience démocratique[10]. Malgré l'inscription dans la révision de 2012 de la Constitution[11], les dispositions de la loi de 2007 ne sont plus appliquées[12] et en 2014, plusieurs militants antiesclavagistes sont arrêtés[13].

Un rapport de l'ONG Walk Free sorti en 2014 sur toutes les formes de l'exploitation humaine a classé la Mauritanie à la tête des pays où il y a un taux des plus élevés avec environ 4 % de la population en 2014[14].

Le parlement mauritanien a adopté le une nouvelle loi contre l'esclavage qui le considère comme un crime contre l'humanité et incriminant ses pratiques avec des peines de 10 à 20 ans[15]. Cette nouvelle loi est saluée par la Rapporteuse spéciale de l'ONU sur les formes contemporaines de l'esclavage Urmila Bhoola.

Composition et structures[modifier | modifier le code]

Il concerne en premier lieu les Haratines qui travailleraient encore en partie comme esclaves pour les « Maures blancs » ou Bidhans (des Berbères ou Berbères-Arabes)[16]. À côté des Haratines et des Bidhans, d'autres ethnies dites « noires », Peuls, Soninkés et Wolofs, peuplant la Mauritanie ont, selon la sociologue mauritanienne Amel Daddah, « traditionnellement entretenu en leur sein des systèmes de production de type esclavagiste[17] ». Cependant, si la dimension raciale fait partie du phénomène, il est aussi lié au système de castes et à l'économie.

Des organisations en Mauritanie comme El Hor, SOS Esclaves et IRA Mauritanie luttent contre l'esclavage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Mauritania », sur Global Slavery Index, (consulté le 20 novembre 2017)
  2. « Mauritanie : une experte de l'ONU salue l'adoption d'une nouvelle loi contre l'esclavage », sur ONU Info, .
  3. Jean-Baptiste Naudet, « En Mauritanie, c'est les anti-esclavagistes qu'on emprisonne », sur L'Obs,
  4. « Constitution de 1961 », sur Digithèque de matériaux juridiques et politiques (consulté le 8 février 2015)
  5. Mohammed Yahya Ould Cire, « L'Esclavage en Mauritanie », sur Association internationale de recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides, .
  6. « Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes » [PDF], sur ONU Info, .
  7. Roger Botte, Esclavages et abolitions en terres d’islam, André Versaille éditeur, (ISBN 978-2-87495-084-1), p. 189-191 ; 219.
  8. Philippe Marchesin, Tribus, ethnies et pouvoir en Mauritanie, Karthala, , 2e éd. (1re éd. 1992) (ISBN 978-2-8111-0286-9).
  9. « Loi portant incrimination et répression de toutes les pratiques esclavagistes en Mauritanie », sur OIT,
  10. Rémi Carayol, « Négro-mauritaniens : retour sur vingt-cinq ans de solitude », sur Jeune Afrique,
  11. Ahmed Salem Ould Bouboutt, « La révision constitutionnelle du en Mauritanie », L’Année du Maghreb, no 10,‎ (DOI 10.4000/anneemaghreb.1982, lire en ligne)
  12. « Lutte contre l'esclavage en Mauritanie: les ONG doutent », sur RFI,
  13. « Mauritanie : arrestations de militants anti-esclavagistes », sur RFI,
  14. « Près de 36 millions d'esclaves dans le monde », sur Libération, .
  15. « Mauritanie : le Parlement adopte une nouvelle loi contre l'esclavage », sur RFI,
  16. (en) Omar Ghanem, « Slavery in Mauritania. Emancipating the Free », sur OnIslam,
  17. Daddah 1998.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]