Conférence de paix de Paris (1919)

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Une caricature de Woodrow Wilson, Georges Clemenceau et David Lloyd George à la conférence de paix de Paris (Noël Dorville, 1919).

La conférence de paix de Paris de 1919 est une conférence internationale, organisée par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale afin de négocier les traités de paix entre les Alliés et les vaincus. La conférence débute le [1] et se termine en , après 6 mois de discussions et 1 646 séances tenues par 52 Commissions techniques avec entre-temps quelques interruptions.

Elle consacre la disparition de trois empires, l'Empire allemand, l'Empire austro-hongrois et l'Empire ottoman, et la création de nouveaux États en Europe : renaissance de la Pologne, création de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie.

Les colonies allemandes sont partagées entre le Royaume-Uni, la France, la Belgique, l’Afrique du Sud, les États-Unis et le Japon, tandis que le Proche-Orient, anciennement possession turque, est divisé en mandats attribués par la Société des Nations à la France et à l'Angleterre.

Des réparations de guerre sont exigées de l'Allemagne, qui voit son territoire à l'est amputé, entre autres, du couloir de Dantzig, administré par la Pologne, comme d'une partie de la Haute-Silésie tandis que le Reichsland Elsass-Lothringen redevient Français, que le nord du Schleswig redevient Danois et que la région d'Eupen et de Malmédy est donnée à la Belgique.

Les différents conseils[modifier | modifier le code]

Le conseil supérieur des Alliés est créé dès le début de la conférence et se déroule à huis clos. Ce conseil est composé des États-Unis, de la France, de l'Angleterre, de l'Italie et du Japon[2].

Pour chacun de ces pays, le Premier ministre ainsi que celui des Affaires étrangères participent au Conseil des Dix. Ce dernier siégera du au [3]. Après une quinzaine de jours, le conseil reconnut qu'il était débordé et décida de créer des commissions spéciales, 52 au total. Peu après, le Conseil des Dix s'est vu supplanté à partir du par le Conseil des Quatre, où siégeaient Woodrow Wilson, David Lloyd George, Georges Clemenceau et Vittorio Emanuele Orlando[4].

L'Alsace-Lorraine[modifier | modifier le code]

Les Anglais et les Américains étaient d'accord pour laisser l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne, territoire cédé par la France à l'Empire allemand en application du traité de Francfort, signé le après la défaite française, prétendant que ces territoires était des terres allemandes, à mentalité allemande et de langue allemande.
Georges Clemenceau s'opposant énergiquement à cet accord les alliés indiquèrent que l'affaire était close. Arthur Hugenschmidt, communiqua au « Tigre » une lettre du roi de Prusse Guillaume Ier, datée du , dans laquelle le futur empereur d'Allemagne affirmait à l'impératrice déchue qu'il revendiquait l'Alsace et la Lorraine « non par désir d’agrandir leur patrie, mais uniquement par besoin stratégique pour reculer le point de départ des armées françaises qui à l'avenir viendraient nous attaquer »[5].
À la lecture de cette lettre, Lloyd George et Woodrow Wilson s'inclinent et l'Alsace et la Lorraine redeviennent françaises[6].

Réparations[modifier | modifier le code]

La France et la Belgique sont persuadées que l'Allemagne va payer les dégâts résultants de la guerre[7]. On légitime cette réparation par la culpabilité allemande, comme c'est inscrit dans le traité de Versailles[8].

De plus, les États-Unis avaient décidé de rompre les relations économiques avec les Alliés dès la fin de la guerre. Pour parer à ce trou financier, l'Angleterre et la France demandent des réparations énormes. Les Américains demandent alors d'exclure le remboursement des frais de guerre, excepté pour la Belgique dont la neutralité a été violée. L'Angleterre a riposté en soulignant que c'est cette neutralité qui l'avait fait entrer en guerre[9]. Le Conseil des Quatre publia deux rapports le et le obligeant l'Allemagne à verser 20 milliards de marks-or dans les deux ans suivant la signature du traité de paix. L'Allemagne ne possède pas cette somme[10].

En ce qui concerne le montant exact des réparations, aucune évaluation rapide ne voit le jour. Les Alliés n'arrivent d'ailleurs pas à tomber d'accord sur la somme à demander à l'Allemagne. À la suite de ces soucis, on crée une commission spéciale, la Commission des Réparations[11]. Cette commission débute le avec trois sous-commissions. La première s'occupait des catégories, la seconde de la capacité financière de l'Allemagne à payer ainsi que des modalités de paiement, et la dernière des sanctions et garanties envers l'Allemagne. Les Américains[12] proposèrent alors de fixer une somme mais à la suite des pressions françaises et anglaises, cette proposition avorta[13]. Le montant exact que l'Allemagne était capable de payer fut difficile à évaluer. On avança le chiffre de 30 milliards, puis de 40 milliards. C'est finalement la somme de 132 milliards de marks-or payable en dollar sur une quarantaine d'années, qui est choisie au mois de . Par la suite, germe l'idée d'une Commission permanente des réparations. Cette dernière fixe le montant des dommages matériels de la guerre, causés par l'Allemagne. Elle est composée de cinq membres, représentant le Conseil des Quatre, ainsi que la Belgique. Cependant, le Sénat américain, ayant refusé de ratifier le traité, annula par la même occasion la participation de son pays.

La Société des Nations[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Société des Nations.

Le , l'Assemblée plénière de la conférence de la paix ratifia la Société des Nations. Le Sénat américain s'oppose clairement à la SDN dès le . Cette dernière débute alors sans un de ses membres fondateurs. Le siège sera à Genève[14].

Négociations et frustrations[modifier | modifier le code]

Territoire que la délégation ukrainienne à la conférence aurait souhaité se voir reconnaître.

Belgique mise à part, aucun des participants ne parvient à faire valoir la totalité de ses revendications, pas même la France qui souhaitait occuper de manière permanente la rive gauche du Rhin afin d'assurer sa sécurité. Des ressentiments se manifestent pendant les négociations, par exemple en raison de la contradiction entre d'une part la proclamation solennelle du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », et d'autre part le refus signifié aux Autrichiens germanophones de se rattacher à la république de Weimar, ou le refus d'admettre à la table des négociations des délégations de nations comme l'Ukraine. Ces ressentiments perdureront assez longtemps pour favoriser le bon accueil fait en Autriche à l'Anschluss en 1938, et en Ukraine à la Wehrmacht en 1941.

Liste des traités à l'issue de la conférence de Paris[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dimitri Kitsikis, Le rôle des experts à la conférence de la paix de 1919, Ottawa, éditions de l'université d'Ottawa, 1972.
  • Dimitri Kitsikis, Propagande et pressions en politique internationale. La Grèce et ses revendications à la conférence de la paix, 1919-1920, Paris, Presses universitaires de France, 1963.
  • Paul Mantoux, Les délibérations du Conseil des Quatre, Paris, Éditions du CNRS, 1955.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Hymans, Mémoires, t. 1, Bruxelles, Institut de sociologie Solvay, 1958, p. 310.
  2. Fernand Baudhuin (dir.), Histoire de la Belgique contemporaine 1914-1970, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1975, p. 189.
  3. Colonel Edward Mandell House & Charles Seymour, Ce qui se passa réellement à Paris en 1918-1919 : histoire de la conférence de la paix par les délégués américains, Paris, Payot, 1923, p. 26.
  4. Ibidem, p. 32-35.
  5. Claude Mercier : Clemenceau… tout simplement !
  6. Journal de l'Union nationale des combattants No 5 page 2.
  7. Paul Hymans, Mémoires, t. 1, Bruxelles, Institut de sociologie Solvay, 1958, p. 312.
  8. Laurence Van Ypersele, « Héros, martyrs et traîtres : les fractures de la Belgique libérée », dans Stéphane Audoin-Rouzeau & Christophe Prochasson (dir.), Sortir de la grande guerre : le monde et l'après-1918, Paris, Tallandier, 2008, p. 227.
  9. Fernand Baudhuin (dir.), Histoire de la Belgique contemporaine 1914-1970, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1975, p. 191.
  10. Rolande Depoortere, La question des réparations allemandes dans la politique étrangère de la Belgique après la Première Guerre mondiale 1919-1925, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1999, p. 32.
  11. Laurence Van Ypersele, « Héros, martyrs et traîtres : les fractures de la Belgique libérée », dans Stéphane Audoin-Rouzeau & Christophe Prochasson (dir.), Sortir de la grande guerre : le monde et l'après-1918, Paris, Tallandier, 2008, p. 228.
  12. Dimitri Kitsikis, Le rôle des experts à la conférence de la paix de 1919. Gestation d’une technocratie en politique internationale, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1972, p. 161-191.
  13. House, Edward Mandell (Colonel) & Seymour, Charles, Ce qui se passa réellement à Paris en 1918-1919 : histoire de la conférence de la paix par les délégués américains, Paris, Payot, 1923, p. 203-206.
  14. Michel Dumoulin (dir.), Nouvelle histoire de Belgique, t. 2, Bruxelles, Complexe, 2005, p. 40.