Transcaucasie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Carte du Caucase.

La Transcaucasie ou Caucase du Sud est un espace géographique du sud du Caucase composé de la Géorgie, de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan. Délimitée au nord par la Ciscaucasie, elle a pour voisins méridionaux la Turquie et l'Iran et est bordée à l'ouest par la mer Noire et à l'est par la mer Caspienne. Depuis la fin des années 1980, la région est le théâtre de conflits interethniques dans la république azerbaïdjanaise du Haut-Karabagh ou encore dans les républiques géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Les États de Transcaucasie se sont rapprochés de l'Union européenne en adhérant au Conseil de l'Europe au début des années 2000. En 2005 le Conseil de l'Union européenne a conclu qu'il était nécessaire de les inclure dans la politique européenne de voisinage.

De l'Antiquité au XVe siècle[modifier | modifier le code]

Élément de la route de la soie reliant la Méditerranée aux grandes plaines de l'Asie centrale, cet isthme ponto-caspien a servi dès l'Antiquité à la circulation des marchandises, mais aussi des armées. Il a toujours été un territoire stratégique convoité par les puissances qui se trouvaient à la périphérie de cet ensemble. Ces puissances sont la Perse, l'empire romain, l'empire byzantin, l'empire ottoman, et l'empire russe. La région a aussi subi nombre d'invasions : Scythes, Cimmériens, Arabes, Tatars, Mongols et autres s'y sont succédé de l'Antiquité au Moyen Âge. Enfin, elle a vu passer de nombreux peuples marchands, tels les Vénitiens et les Génois ; on y a retrouvé des traces de très anciens caravansérails dans des endroits maintenant inaccessibles faute d'entretien (coûteux) des routes.

Les effets de cette histoire ont donné à la région son caractère actuel, mêlant aspects orientaux et européens, même s'ils seront relativement atténués sous l'ère soviétique.

La Transcausasie ottomane, puis russe[modifier | modifier le code]

Un espace mal soumis[modifier | modifier le code]

Conquête russe[modifier | modifier le code]

Lieu de passage, les routes de la région ont été mises à profit par l'empire russe. À cette époque, la Russie est en pleine expansion territoriale vers ses périphéries, que ce soit en Extrême-Orient, en Asie centrale ou dans le Caucase. La difficulté pour ce dernier était de franchir le massif lui-même. La pénétration russe a donc tout d'abord débuté par les bordures septentrionales avant de s'étendre aux côtes et d'ainsi contourner les Portes caspiennes (Derbent, aujourd'hui au Daghestan), une passe montagneuse difficile à franchir à pied. Ce territoire montagneux offrait ainsi un Sud à la Russie, avec notamment son climat. L'intérêt stratégique était clair : les Perses et les Ottomans étaient relativement hostiles aux Russes, et le massif donnait à celui qui le contrôlait un avantage sur les deux autres.

La construction de la Route militaire géorgienne fut un facteur-clé de la conquête russe du Caucase

Entre 1800 et 1870, lors des différents épisodes de la guerre du Caucase, l'avancée des Russes se fait progressivement, avec difficulté, et se concrétise par l'installation de garnisons. Des avant-postes sont placés dans la région, notamment Gyumri où se trouvait la garnison d'Alexandropol tenue par les Cosaques, des soldats-paysans de l'armée du Tsar. Ils avaient pour mission de mettre en valeur ces terres. Une route militaire est construite à travers les cols, de Vladikavkaz jusqu'à Tbilissi. Afin de renforcer le contrôle de l'espace, la Russie y envoie des populations russes sectaires, principalement des dissidents orthodoxes dont le tsar voulait se débarrasser, comme les Molokanes, autoritairement installés dans le Caucase.

Tentatives de reconquête[modifier | modifier le code]

L'empire ottoman ne renonce pas à ses territoires et tentent à de nombreuses reprises de reconquérir ces territoires caucasiens perdus au cours du XIXe siècle, se fixant comme objetif la frontière de 1828.

En 1918, à la faveur du traité de paix entre la Russie et les puissances centrales, les Ottomans obtiennent l'évacuation du Caucase par les troupes russes[1].

La Transcausie au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Un but de guerre[modifier | modifier le code]

Dans les années qui suivent l'avènement du gouvernement Jeunes-Turcs dans l'Empire ottoman (1909), le Caucase du sud est un lieu de tension entre Russes et Ottomans, lesquels se retrouvent opposés durant la Première Guerre mondiale.

Dès l'entrée en guerre de l'Empire ottoman, les territoires de la Transcaucasie russe redeviennent objets de convoitise de la Porte ottomane. Ainsi, dès 1916, au moment où les puissances centrales rendent officiellement publics leurs buts de guerre, l'empire ottoman précise ses ambitions sur le Caucase russe[2].

En 1918, la Transcausie, but de guerre ottoman, semble à portée des puissances centrales[3]. Cependant, les rivalités germano-turques s'affirment tandis que le contrôle de ces régions devient un avenir possible; ainsi, les Allemands se sont appuyés sur les Géorgiens et certains émigrés chrétiens, tandis que les Ottomans appuient leurs revendications sur un sentiment panislamique et panturque[4] et sur une politique active dans la région, menée par le frère d'Enver Pacha[5]. De plus, en septembre 1918, peu de temps avant la défaite bulgare, les diplomates bulgares à Constantinople font pression pour lier la question de la dévolution de la Transcaucasie au choix du tracé définitif des frontières en Thrace, la Thrace turque constituant un but de guerre bulgare[6].

La Porte n'est pas le seul belligérant à mener une politique active dans la région nouvellement indépendante; en effet, les diplomates allemands observent avec inquiétude la politique menée par les Turcs dans la région, les responsables politiques et économiques du Reich analysant la région comme un pont vers l'Inde et l'Asie centrale[5]. Cette politique entre en contradiction avec les intérêts allemands sur place[N 1],[1]. Au cours des négociations du printemps et de l'été 1918, les bolcheviques, en échange d'un accord sur le pétrole de la Caspienne, se voient reconnaître le contrôle effectif de Bakou, alors le principal port du nouvel État[7].

Pour partager le secteur en zones d'influence, le Reich se dit prêt à concéder à la Porte une forte influence politique dans la région, à la condition d'un partage du contrôle économique de la région au profit du Reich[4]. Au cours du printemps 1918, diplomates allemands et turcs exposent leurs divergences et tentent de parvenir à un accord, lors de négociations à Batoum[8].

Un lieu de combat[modifier | modifier le code]

En 1918, la Transcaucasie, qui a proclamé son autonomie, puis son indépendance, est encore théoriquement en guerre avec les puissances centrales[8]. Cependant, le gouvernement de la Transcaucasie déclare la guerre à la Turquie le [1].

En 1918, à la faveur de la paix de Brest-Litovsk, entre la Russie bolchevique et les puissances centrales, les Ottomans multiplient, au printemps et à l'été 1918, les opérations dans le Caucase, sans conséquences sur l'issue générale du conflit[3]. Ainsi, entre le 25 mars et le , les troupes ottomanes s'assurent le contrôle des points stratégiques du Sud du Caucase[9]. Cependant, ces actions agressives sont à peine ralenties par les négociations entre les représentants du Reich et le gouvernement transcausien[10].

Ces opérations, à la périphérie nord des régions ottomanes, entraînent des heurts avec les unités allemandes qui ont atteint la région durant le printemps 1918[3].

Indépendance puis reconquête soviétique[modifier | modifier le code]

À la suite de la révolution d'octobre 1917 en Russie, les troupes russes qui avaient progressé en territoire ottoman se retirent du Caucase et laissent les trois pays transcaucasiens désorganisés et sans gouvernement; le 28 novembre 1917, les représentants des Arméniens, des Tatars et des Géorgiens s'unissent pour former une Assemblée de Transcaucasie à Tiflis (Tbilissi), appelée le Seïm, qui donne naissance à un gouvernement unique. Peu de temps après, l'armistice d'Erzincan est signé entre la Russie et l'Empire ottoman, le . Hostile aux bolcheviks et menacée par la progression des Turcs, la République démocratique fédérative de Transcaucasie se retrouve isolée et faible. En signant le Traité de Brest-Litovsk, la Russie rétrocède à la Turquie des territoires de Transcaucasie, mettant à mal la possibilité d'un véritable État transcaucasien. Forcés d'entrer en pourparlers, les Transcaucasiens rencontrent les Turcs à Trébizonde. Le 24 février 1918, la Transcaucasie s'autoproclame indépendante, et conteste de ce fait certains territoires acquis par la Turquie dans le Caucase, puis le 22 avril, une république fédérative transcaucasienne est instituée[5]. Ce nouvel État n'est pas reconnu, ni par les Russes ni par l'Empire ottoman. Ce dernier prend possession la même année des territoires négociés à Brest-Litovsk, qui lui permettent de concentrer ses efforts de guerre sur le front perse, contre les Britanniques. De plus, le traité de Berlin, entre le Reich et le régime bolchevique rend au pouvoir russe la capacité d'intervenir dans les territoires ayant dépendu de l'empire russe et non officiellement détachés de la Russie[11].

Face aux conflits, à leur isolement dans la région et à leur infériorité militaire, les peuples transcaucasiens ne peuvent maintenir une grande cohésion entre eux. En effet, les Azéris, musulmans, sont historiquement proches des Turcs; les Géorgiens, entretenant de bonnes relations avec l'Allemagne alliée à l'Empire ottoman, sont priviélgiés par le Reich[5], alors que les Arméniens, victimes du génocide, sont résolument opposés aux Turcs. Aussi le 26 mai 1918, le Seïm reconnaît des « divergences radicales sur la question de la guerre et de la paix entre les peuples qui avaient créé la République indépendante transcaucasienne ». La Géorgie proclame en premier son indépendance ce jour-là, imitée par l'Azerbeïdjan (27 mai) puis par l'Arménie (28 mai). Cette dernière signe la paix avec l'Empire ottoman, au prix d'une perte considérable de son territoire. Cette perte de territoire est amoindrie par les négociations germano-turques initiées à la suite de la défection bulgare : les Ottomans, pressés par le Reich, évacuent le Caucase russe à partir du 5 octobre 1918[12].

Rapidement menacée par les offensives de l'Armée Rouge, la Transcaucasie se rapproche du Reich, tandis qu'Allemands et ottomans négocient le partage des dépouilles, les négociateurs allemands souhaitant conserver la main-mise sur le nouvel État. Cependant, les dirigeants de la nouvelle république souhaite se rapprocher du Reich, allant jusqu'à demander l'union de la république, transformée pour l'occasion en royaume, avec le Reich, un Anschluss[13]. De plus, dès le mois d’août 1918, les accords entre le Reich et le pouvoir bolchevique stipulent un partage des territoires entre une Géorgie placée sous dépendance allemande et les autres territoires de la république placés sous la tutelle du pouvoir en place à Moscou[12].

Période soviétique[modifier | modifier le code]

Après la fin de la guerre et la défaite de l'empire ottoman, une partie du Caucase dont l'Arménie passe sous contrôle britannique puis français. En 1920, le traité de Sèvres est signé et établit les frontières de l'Arménie. Cependant une insurrection turque ne tarde pas à naître, dirigée par Mustafa Kemal, qui rejette les termes de ce traité. Ce mouvement indépendantiste reconquiert rapidement l'Anatolie et attaque l'Arménie en septembre 1920, avec le soutien de son nouvel allié soviétique. Le 29 décembre 1922, les pays du Caucase rejoignent l'URSS sous le nom de République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie, tandis qu'une grande partie de l'Arménie telle que définie par le traité de Sèvres se retrouve sous la toute jeune bannière de la République de Turquie. La République transcaucasienne soviétique laisse place en 1936 à trois Républiques socialistes soviétiques : les RSS de Géorgie, d'Azerbaïdjan et d'Arménie.

La Transcaucasie aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Région historiquement productrice de coton, la Transcaucasie se retrouve aujourd'hui coupée de ses débouchés historiques, russes puis soviétiques[14].

Indépendance dans le morcellement[modifier | modifier le code]

Un axe de circulation aujourd'hui inadapté[modifier | modifier le code]

Le Caucase est aujourd'hui un axe de circulation peu pourvu en moyens de transport, ayant été bloqué pendant 70 ans par l'ancien rideau de fer. On ne passait plus jusqu'aux années 1990 environ. Sa fonction d'échange est en cours de restauration petit à petit, mais les axes routiers et ferroviaires de l'ex-URSS ne sont plus opérationnels, ils sont inadaptés puisqu'ils étaient conçus pour faire le tour de l'Union soviétique et sont donc inopérants pour des échanges hors de l'ancien bloc soviétique. La plaine de l'Araxe, qui était un ancien axe de communication (Alexandre le Grand l'a notamment emprunté), faisait partie du rideau de fer et a été complètement désertée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En dépit des divergences entre militaires et diplomates allemands, les Allemands s'accordent sur le nécessaire contrôle du Caucase par le Reich.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Soutou, 1989, p. 690
  2. Fischer, 1970, p. 327
  3. a, b et c Renouvin, 1934, p. 595
  4. a et b Fischer, 1970, p. 551
  5. a, b, c et d Fischer, 1970, p. 553
  6. Fischer, 1970, p. 560
  7. Soutou, 1989, p. 691
  8. a et b Fischer, 1970, p. 554
  9. Fischer, 1970, p. 552
  10. Fischer, 1970, p. 555
  11. Soutou, 1989, p. 700
  12. a et b Soutou, 1989, p. 702
  13. Fischer, 1970, p. 556
  14. Renouvin, 1934, p. 286

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise, , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19), (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges-Henri Soutou, L'or et le sang : Les Buts de guerre économiques de la Première Guerre mondiale, Paris, Fayard, , 963 p. (ISBN 2213022151). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]