Affaire Michel Zecler

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Affaire Michel Zecler
Type Accusations de violences policières
Pays Drapeau de la France France
Localisation 17e arrondissement de Paris
Date
Bilan
Blessés 1
Répression
Arrestations Quatre policiers sont inculpés. Deux sont écroués puis libérés, les deux autres sont placés sous contrôle judiciaire ().

L'affaire Michel Zecler est une affaire judiciaire française née à la suite de violences policières à l'encontre du producteur de rap Michel Zecler. La diffusion de la vidéo de son interpellation par une équipe de policiers du quartier et des nombreux coups qu'il a reçus alors qu'il rentrait dans son studio d'enregistrement dans le 17e arrondissement de Paris le a connu un fort retentissement médiatique et politique, dans le contexte en France de dénonciation de violences policières et de la discussion à l'Assemblée nationale de la contestée proposition de loi relative à la sécurité globale. Quatre policiers ont été suspendus le temps de l'enquête puis mis en examen le . Deux d'entre eux sont immédiatement écroués, puis libérés le , sous contrôle judiciaire strict, les deux autres sont placés sous contrôle judiciaire.

Biographie de Michel Zecler[modifier | modifier le code]

Le Casino de Paris, dans le 9e arrondissement de Paris.

Michel Zecler passe ses premières années en Martinique[1], puis son enfance dans la commune de Bagneux, située au sud de Paris, en France. Il raconte avoir vécu une « jeunesse chaotique » qui l'a conduit en prison de 17 à 24 ans, pour vols à main armée[1]. Il affirme que depuis il a « tout fait pour être irréprochable »[2],[3],[4].

À la fin des années 1990, il tente de percer comme rappeur[5]. Selon Fred Musa, animateur de l'émission Planète Rap : « Il m'avait dit qu'il s'était vite rendu compte que rappeur, ça n'allait pas le faire, qu'il n'était pas fait pour être devant, mais plutôt derrière, au service d'autres artistes[6]. »

En 2006, par l'intermédiaire de la chanteuse Diam's, il rencontre Valérie Atlan, organisatrice de concerts de rap, avec qui il crée Mazava Prod[5], une entreprise de production d'événements musicaux[2],[4]. En 2008, les deux entrepreneurs deviennent producteurs de musique, en fondant un label discographique indépendant : Black Gold Corp, spécialisé dans le rap et le hip-hop[5],[7],[3]. Ils collaborent avec plusieurs artistes de la scène rap française tels que La Fouine[2],[5]. En 2016, ils produisent la tournée nationale L'âge d'or du rap français[5] qui réunit plusieurs vedettes du hip-hop français des années 1990-2000, comme Akhenaton, Assassin, Ménélik, Ministère A.M.E.R., Nèg' Marrons, Oxmo Puccino, Passi, Sages Poètes de la rue, Stomy Bugsy[4],[3],[6]. Selon le journaliste Olivier Cachin, Michel Zecler « est très respecté dans le milieu du business rap »[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

L'affaire Michel Zecler a lieu en plein déroulement de la discussion relative à l'Assemblée nationale de la proposition de loi relative à la sécurité globale qui porte sur le renforcement des pouvoirs de la police municipale, l'accès aux images des caméras-piéton, la captation d'images par les drones et la diffusion de l'image des policiers. Celle-ci entraîne des polémiques au niveau politique et des contestations avec plusieurs manifestations qui se déroulent le dans une vingtaine de villes, dont Paris[8],[9].

Résumé des faits[modifier | modifier le code]

Le soir du vers 19 h 40, durant le deuxième confinement sanitaire survenu en France, Michel Zecler regagne à pied son studio d'enregistrement situé dans le 17e arrondissement de Paris. À ce moment-là, deux agents de la police nationale l'interpellent pour défaut de port de masque dans la rue[10].

Un brigadier et deux gardiens de la paix pénètrent dans son studio d'enregistrement, en considérant qu'ils font face à une attitude de rébellion de la part du producteur — selon le compte-rendu qu'ils rédigent après cette intervention. Ce rapport est pourtant fortement mis en cause par les images vidéo diffusées sur le web puis sur les différentes chaînes de télévision françaises[11],[12]. Michel Zecler avait dans un premier temps été placé en garde à vue pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique » et « rébellion », pendant deux jours, mais l’enquête a été classée sans suite, après la consultation par les autorités judiciaires de la vidéo qui contredit la version des policiers[13],[1]. D'autres vidéos démontrent que les policiers et leurs renforts font un usage disproportionné de la force en distribuant de nombreux coups au producteur, qui ne résiste pas[14]. Michel Zecler est convaincu qu’il serait en prison sans la caméra de vidéosurveillance[1],[15].

Michel Zecler a été roué de coups de pieds, de poings, et de matraque, pendant six minutes et a souffert d'une « déchirure d’un tendon au bras, une blessure à la tête et des hématomes sur son visage et son corps »[13]. Il accuse les policiers de l'avoir insulté en le traitant de « sale nègre » lorsqu'ils l'ont frappé ; eux nient toute injure raciste[16]. Quatre autres personnes présentes dans le studio au moment de l'intervention policière déposent également des plaintes contre les forces de l'ordre pour violences[17].

Neuf autres artistes présents dans le studio sont aussi témoins et victimes de l'attaque[18]. Certains déposent plainte sans constitution de partie civile (et donc sans avocat), pour ne pas prendre le risque de représailles. Ils sont amenés au commissariat du XVIIe, puis relâchés. Au moins trois s'entre eux reçoivent à leur domicile une amende pour non-port du masque horodatée à un moment où ils étaient encore au commissariat mais localisée dans une rue voisine[19].

Réaction[modifier | modifier le code]

Une personne manifeste son soutien à Michel Zecler durant la « marche des libertés » du à Paris.

Des proches du président de la République Emmanuel Macron confient à plusieurs médias que celui-ci est très choqué par les images et qu'il réclame à Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, des « sanctions très claires » lors d'un entretien téléphonique. Gérald Darmanin réagit également à cette affaire en déclarant notamment à la télévision[20] : « Ces images sont inqualifiables, elles sont extrêmement choquantes ». Il annonce dès lors avoir saisi l'Inspection générale de la Police nationale en ajoutant ces termes : « Dès que les faits seront établis par la justice […] je demanderai la révocation de ces policiers, ils ont sali l'uniforme de la République. » Le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, dénonce « des comportements de délinquants »[21].

Le terme de « passage à tabac » est, à de nombreuses reprises, évoqué par la presse française[21],[22],[23].

La presse étrangère s'indigne ; plusieurs quotidiens estiment que l'affaire fragilise le gouvernement[24]. Selon le New York Times, « M. Zecler [...] a été propulsé au cœur d’un tollé national qui a forcé le gouvernement d’Emmanuel Macron et sa majorité à retirer et réécrire [l'article 24] de la proposition de loi “relative à la sécurité globale” qui aurait restreint la possibilité de diffuser des vidéos de policiers »[1].

Michel Zecler est un homme habituellement discret et craint de faire l’objet d’une récupération politique[1], ou d'amalgames[6]. Il déclare par ailleurs : « Je fais du sport de combat et je m'entraîne souvent avec des policiers, j'ai des amis qui le sont aussi. J'ai reçu des messages de policiers qui m'ont remercié de ne pas tout mélanger[6]. »

Enquêtes judiciaires[modifier | modifier le code]

Le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, souhaite que l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN), saisie du dossier, enquête le plus rapidement possible et déclare notamment : « c'est une affaire extrêmement importante à mes yeux et que je suis personnellement depuis samedi »[25].

Michel Zecler reçoit six jours d'incapacité temporaire de travail suite à ses blessures. Le dans l'après-midi, il porte plainte auprès de l'IGPN, accompagné de son avocate Hafida El Ali[26],[27]. Son incapacité temporaire de travail est par la suite réévaluée fortement à la hausse[15],[28].

Quatre policiers font l’objet d’une enquête pour « violences » et « faux en écriture publique » à partir du . Ils sont suspendus de leurs fonctions le et placés en garde à vue le dans les locaux de l’IGPN[13]. À l'issue des 48 heures de garde à vue, le procureur de Paris réclame leur mise en examen, la détention provisoire pour trois d'entre eux, la mise sous contrôle judiciaire du quatrième (qui avait lancé la grenade lacrymogène dans le studio d'enregistrement) et il confie l'affaire à un juge d'instruction[29].

Les quatre policiers sont mis en examen[29]. Deux d'entre eux sont écroués le [30], puis libérés le « sous un contrôle judiciaire qui prévoit une interdiction d’entrer en relation avec la victime et les autres mis en examen, de paraître dans le 17e arrondissement de Paris, d’exercer la profession de fonctionnaire de police et de détenir une arme[31] ». Les deux autres sont placés sous contrôle judiciaire[29]. Le policier qui aurait jeté la grenade lacrymogène dans le studio d'enregistrement est mis en examen pour des « violences volontaires » par personne dépositaire de l'autorité publique sur Michel Zecler et les neuf jeunes qui se trouvaient dans le studio de musique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g Norimitsu Onishi, « Un homme Noir, et la police française, sous les projecteurs après son agression filmée », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 5 décembre 2020)
  2. a b et c Léa Aubrit, « Qui est Michel Zecler, le producteur de musique passé à tabac par des policiers ? », La Nouvelle République du Centre-Ouest, (consulté le 28 novembre 2020).
  3. a b et c Théo Rampazzo, « Qui est Michel Zecler, le producteur de rap passé à tabac par des policiers ? », Le Figaro, (consulté le 27 novembre 2020).
  4. a b et c Rania Hoballah, « Qui est Michel Zecler, le producteur tabassé par des policiers ? », LCI, (consulté le 1er décembre 2020).
  5. a b c d et e « Michel Zecler : portrait d'un producteur de rap influent », sur Les Inrockuptibles, (consulté le 5 décembre 2020)
  6. a b c et d « Violences policières: qui est Michel Zecler, discret artisan du rap? », sur BFMTV, (consulté le 5 décembre 2020)
  7. Nicolas Poincaré, « Qui est Michel Zecler, le producteur violemment frappé par des policiers? », RMC, (consulté le 27 novembre 2020).
  8. AFP, « Les opposants à la loi « sécurité globale » restent mobilisés », La Croix,‎ (lire en ligne).
  9. (en) Aurelien Breeden, « Video of Police Beating Black Man in Paris Fuels Debate on Filming Officers », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  10. Raphaël Vantard, « Producteur tabassé : « Les gens qui doivent me protéger me braquent » », sur RTL, (consulté le 27 novembre 2020).
  11. Nicolas Chapuis et Simon Piel, « Une pluie de coups et des mensonges : retour sur le passage à tabac du producteur de musique Michel Zecler par trois policiers », Le Monde, (consulté le 27 novembre 2020).
  12. « Trois policiers suspendus après des insultes racistes et le tabassage d’un producteur de musique », L'Obs, (consulté le 27 novembre 2020).
  13. a b et c « Agression de Michel Zecler : la garde à vue des quatre policiers prolongée », Le Monde, (consulté le 29 novembre 2020).
  14. M.T., « Michel Zecler tabassé par des policiers : une nouvelle vidéo de l'interpellation filmée par un voisin, "ils auraient pu le tuer" », sur lindependant.fr, L'Indépendant,
  15. a et b « Michel Zecler au « Monde » : « Il fallait que ces trois policiers se sentent en confiance pour aller aussi loin dans leurs actes » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 19 décembre 2020)
  16. Jérémie Pham-Lê, « Producteur tabassé : les policiers nient toute insulte raciste », Le Parisien, (consulté le 29 novembre 2020).
  17. Le Monde avec AFP, « Agression de Michel Zecler : les quatre policiers mis en examen, deux écroués », sur lemonde.fr, Le Monde,
  18. « Loopsider | Cette folle scène de violences policières aurait pu rester cachée » [vidéo], sur loopsider.com (consulté le 14 janvier 2021)
  19. David Perrotin, « A côté de Michel Zecler, de jeunes artistes traumatisés par leur violente interpellation », sur Mediapart, (consulté le 14 janvier 2021)
  20. « Choqué par la vidéo montrant cet homme tabassé par les policiers, Emmanuel Macron demande des sanctions », La Dépêche du Midi, (consulté le 27 novembre 2020).
  21. a et b AFP, « Agression de Michel Zecler : le patron de la police dénonce « des comportements de délinquants » », Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le 1er décembre 2020).
  22. « Michel Zecler, le producteur tabassé par des policiers à Paris, raconte son calvaire », Le Dauphiné libéré, (consulté le 27 novembre 2020).
  23. Émilie Aubry, « Déconfinement, violences policières : une question de confiance ? », France Culture, (consulté le 29 novembre 2020).
  24. « Réactions. Violences policières en France : la presse étrangère sous le choc », Courrier international, (consulté le 28 novembre 2020).
  25. « Producteur de musique tabassé : quatre policiers suspendus », Le Courrier picard, (consulté le 30 novembre 2020).
  26. D. Schlienger, E. Lagarde, Marc de Chalvron, E. Pelletier, Nathalie Perez, N. Auer, P. Caron et N. Sadok, « Violences contre un producteur à Paris : une enquête ouverte contre trois policiers », France 2, (consulté le 27 novembre 2020).
  27. AFP, « Producteur tabassé à Paris : enquête pour « violences », quatre policiers suspendus », Le Journal de Montréal, (consulté le 27 novembre 2020).
  28. AFP, « Michel Zecler, tabassé par des policiers, aura des séquelles physiques à vie », sur Le Figaro, (consulté le 19 décembre 2020)
  29. a b et c AFP, « Agression de Michel Zecler : le parquet requiert la mise en examen de quatre policiers, un juge d’instruction saisi », Le Monde, (consulté le 29 novembre 2020).
  30. AFP, « Affaire Michel Zecler : les quatre policiers mis en examen, deux écroués », L'Obs, (consulté le 30 novembre 2020).
  31. « Affaire Michel Zecler : les juges ordonnent la mise en liberté des deux policiers écroués », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 22 décembre 2020)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]