Fatima Bedar

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Fatima Bedar
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 15 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Stains (-), Tichy (depuis )Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Domicile
Activité
Militante indépendantiste

Fatima Bedar est une militante indépendantiste algérienne, née le à Tichy et morte lors du massacre du 17 octobre 1961 à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

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Photographie de Fatima Bedar.

Fatima Bedar naît le à Tichy, ville de Kabylie ou elle grandit avec sa mère[1] Dijda[2]. Son père, Hocine Bedar, travaille en France, à Saint-Denis dans le département de Seine-Saint-Denis, où il est sur les gazomètres[1]. Durant la Seconde Guerre mondiale, il combat aux côtés du 3e régiment de tirailleurs algériens, d'abord à la bataille de France, où il fait prisonnier avant de s'évader et d'être rapatrié en Algérie, puis aux campagnes de Tunisie, d'Italie et de France avec l'Armée française de la Libération[1],[3].

Fatima Bedar émigre en France à l'âge de cinq ans, et rejoint avec sa mère son père, chauffe-four au Gaz de France. Ils vivent dans un bidonville du quartier Pleyel à Saint-Denis puis dans un immeuble situé rue du Port à Aubervilliers[1]. Ils y achètent une maison en 1954, avant de déménager à Sarcelles en 1959[3]. En , la famille emménage dans un pavillon à Stains. Fatima a trois frères et sœurs, Louisa, de cinq ans plus jeune, Djoudid, né en 1956, et Zohra, née après le [1].

Fatima Bédar souhaite devenir institutrice, mais elle étudie au collège d'enseignement commercial féminin, situé rue des Boucheries à Saint-Denis ; la faute aux « préjugés de l’époque » selon Didier Daeninckx[1].

Après la mort de sa fille Fatima, Djida Bedar tombe à de multiples reprises malade et part se faire soigner dans différentes maisons de repos, avant de décéder le [2],[3]. Hocine Bedar meurt le , à l'âge de quatre-vingt ans[4],[5].

Manifestation du [modifier | modifier le code]

Engagement politique précoce[modifier | modifier le code]

Fatima Bedar grandit au sein d'une famille nationaliste ; son père milite à la fédération de France du FLN[6]. Elle a huit ans lorsqu'éclate la guerre d'Algérie, en 1954[7]. Avec sa petite sœur Louisa, son père l'emmène aux réunions clandestines des indépendantistes[8]. C'est probablement là qu'elle y développe ses idées anticolonialistes[1],[3].

Déroulé de la manifestation[modifier | modifier le code]

Le , la fédération de France du FLN appelle à une manifestation pacifique à Paris, afin de protester contre un couvre-feu proclamé quelques jours plus tôt par le préfet de Police Maurice Papon et visant uniquement les Algériens. Les parents de Fatima Bedar souhaitant y prendre part, ils demandent à ce que leur fille aînée garde ses frères et sœurs[9]. Cependant, elle aussi veut manifester, ce que ses parents lui interdisent. Ils se disputent, puis Fatima Bedar part au collège[1].

Elle ne rentre le soir et ses parents, après l'avoir cherchée en vain, décident de rester chez eux pour l'attendre. Elle rejoint seule la manifestation, son cartable sur le dos. La police massacre par dizaines les protestataires[3],[9]. Fatima Bedar est tabassée puis jetée à l'eau, où elle se noie. Elle est alors âgée de quinze ans[10].

Disparition[modifier | modifier le code]

Hocine Bedar signale la disparition de Fatima Bedar le lendemain[9] au commissariat de Stains et Saint-Denis. Djoudi Bedar témoigne que « [s]on père a été très mal reçu par la police avec des insultes, des bousculades ainsi que des coups »[3]. Sa mère, enceinte de leur troisième enfant, parcourt pendant deux semaines les villes environnantes avec Djoudi, cherchant sa fille, en vain[1]. Ensemble, ses parents se rendent dans plusieurs commissariats de la région parisienne, cherchant à faire déposer un avis de recherche national[3]. La recherche se poursuit jusqu'au , jour où le corps de Fatima Bedar[1], coincé dans la septième écluse du canal Saint-Denis[2] avec une quinzaine d'autres[11], est repéré par un ouvrier puis remonté de la Seine. Son père l'identifie le jour même[1], grâce à ses longues nattes noires[3]. Son cartable leur est restitué le lendemain[2]. Alors qu'il ne sait ni lire ni écrire le français, il est obligé de signé un procès-verbal affirmant que Fatima s'est suicidée[1] par noyade[9].

Fatima Bedar est inhumée le dans le cimetière communal de Stains[3],[12]. Grâce au concours de la Fondation du et du ministère des Moudjahidine[13], sa dépouille est exhumée durant l'automne 2006 pour être transportée en Kayblie. Elle est inhumée le dans le carré des martyrs de Tichy, où est aussi enterrée sa mère[1].

Mémoire[modifier | modifier le code]

Balckout familial[modifier | modifier le code]

Pendant longtemps, les parents garderont le silence sur la mort de leur fille aînée[3],[9]. Jusqu'à une enquête réalisée au milieu des années 1980, les frères et sœurs croient qu'elle a été tuée à la manifestation du à Charonne[9],[14],[15]. Leur mère leur explique seulement que « Fatima est morte à l'époque où les policiers français jetaient les Algériens à la Seine[3],[9]. »

Contre-enquête de Didier Daeninckx et Jean-Luc Einaudi[modifier | modifier le code]

En 1986, quinze ans après les faits, Didier Daeninckx, romancier connu pour son livre Meurtres pour mémoire qui relate les évènements du et sorti trois ans plus tôt[9], publie dans la revue Actualités de l'émigration un article contenant la première liste des morts ; y figure Fatima Bedar[16].

Le journal L'Humanité en publie un résumé, qui parvient aux mains de Louisa Bédar, sœur de Fatima[1],[16]. Cette dernière contacte alors Didier Daeninckx, lui écrivant que sa sœur n'a pas été tuée par les policiers le , mais qu'elle s'est suicidée le 31. Pendant quelques années, Daeninckx réalise avec l'historien Jean-Luc Einaudi une contre-enquête, prouvant que Fatima Bédar a bien été noyée le [1],[10]. Simultanément à des recherches dans les cimetières et à l'institut médico-légal de Paris, ce dernier cherche à faire témoigner la famille, les camarades de classes, la directrice de l'école ou encore l'éclusier. Il ne parvient à en contacter que quelques-unes, la plupart étant décédées. Il obtient notamment le témoignage d'une camarades de classe, pour qui l'hypothèse qu'elle se soit rendue à la manifestation est plausible, contredisant un témoignage inscrit dans le rapport de police. Le père de Fatima Bedar refuse de témoigner, déclarant que « rien ne pouvait faire revenir ma sœur », selon son fils Djoudi[3].

Postérité[modifier | modifier le code]

Fatima Bedar est devenue une des martyrs moudjahidines de la guerre d'indépendance de l'Algérie[2],[10],[17] et un symbole des victimes du massacre du massacre oublié du [11],[18],[19]. Elle est l'une des rares femmes citées parmi les victimes[20]. Son cartable, retrouvé avec elle le , est donné au musée du Moudjahid à Béjaïa le par son frère[21].

Jean-Luc Einaudi dédie à Fatima Bedar son ouvrage La Bataille de Paris, , paru en 1991[15],[22]. Didier Daeninckx écrit en 2011 un texte intitulé « Fatima pour mémoire », publié au sein du recueil , 17 écrivains se souviennent codirigé par Samia Messaoudi, Mustapha Harzoune[23].

Djoudi Bedar, petit frère de Fatima, milite pour la mémoire de sa sœur[9],[8],[24]. En 2015, un jardin Fatima-Bedar est inauguré à Saint-Denis[9],[25], quartier Confluence[26], avec la présence de Didier Daeninckx. Son nom est choisi par la population dionysienne, dans un processus de mise en avant des femmes sur les plaques des rues[27]. Un quartier de sa ville natale, Tichy, porte son nom depuis 2017[28].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux évoquant Fatima Bedar.

Sur Fatima Bedar[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Philip Brooks et Alan Hayling, Une journée portée disparue, 1992, 52 minutes
    Plusieurs sœurs de Fatima Bedar y témoignent[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n et o Daeninckx 2011.
  2. a b c d et e El Korso 2006.
  3. a b c d e f g h i j k et l Ferroudj 2013.
  4. « Fatima Bedar et Einaudi honorés à Paris », sur El Watan, (consulté le 22 octobre 2020).
  5. « M. Bedar Hocine », sur Décès en France (consulté le 22 octobre 2020).
  6. Hassane Zerrouky, « Jetée à la Seine le  », sur L'Humanité, (consulté le 19 octobre 2020).
  7. « Un jardin public de la ville de Saint-Denis portera le nom de Fatima Bedar[[:Modèle:Modèle ou page à inclure]] », sur Siwel, (consulté le 23 octobre 2020).
  8. a et b Dominique Sanchez, « Djoudi n'oublie pas sa sœur Fatima Bedar », sur Le Journal de Saint-Denis, (consulté le 17 octobre 2020).
  9. a b c d e f g h i et j Christophe Lehousse, « Fatima pour mémoire », Seine-Saint-Denis, le magazine,‎ (lire en ligne).
  10. a b et c Dragan Pérovic, « L'écrivain Didier Daeninckx a rencontré, hier, les lycéens et les collégiens tullistes », sur La Montagne, (consulté le 18 octobre 2020).
  11. a et b « 50e anniversaire des massacres du à Paris : Ould Kablia, Cherif Abbas et Benhamadi assistent aux cérémonies à Tizi Ouzou », sur El Moudjahid, (consulté le 19 octobre 2020).
  12. Le Genre humain, numéros 16 à 18, Fayard, (lire en ligne), p. 36.
  13. Hocine Adrar, «  : Hommage à Fatima Bedar dans la ville de Tichy », sur El Watan, (consulté le 19 octobre 2020).
  14. Marc Heurgon, Histoire du P.S.U. : La fondation et la guerre d'Algérie (1958-1962), La Découverte, , 1950 p. (lire en ligne).
  15. a b et c Brigitte Gaïti, « Les ratés de l'histoire : Une manifestation sans suites : le à Paris », Sociétés contemporaines, no 20,‎ , p. 11 à 37 (lire en ligne).
  16. a et b (en) Jennifer Howell, The Algerian War in French-Language Comics : Postcolonial Memory, History, and Subjectivity, Lexington Books, , 256 p. (ISBN 978-1-4985-1607-5).
  17. Samira Bendris-Oulebsir, « Événements du 17 octobre 1961 : La littérature et le cinéma pour rappeler des massacres occultés », sur Liberté, (consulté le 22 octobre 2020).
  18. «  : la martyre Fatima Beddar, 15 ans, était jetée dans la Seine », sur Algérie 360°, (consulté le 19 octobre 2020).
  19. Jean-Paul Piérot, « Pour Fatiha et toutes les victimes du  », sur L'Humanité, (consulté le 20 octobre 2020).
  20. « Mohamed Ghafir présente son livre et rend hommage à Fatima Bedar », sur DZinfos.com, (consulté le 19 octobre 2020).
  21. F. A. B., « Le cartable de Fatima Bedar offert au musée du Moudjahid », sur La Dépêche de Kabylie, (consulté le 19 octobre 2020).
  22. (en) Mike Mason, « Review: Batailles pour la Mémoire », The Journal of African History, vol. 35, no 2,‎ , p. 303-308 (lire en ligne).
  23. Nicolas Treiber, « Samia Messaoudi et Mustapha Harzoune, , 17 écrivains se souviennent », Hommes et migrations, no 1295,‎ , p. 186 (lire en ligne).
  24. « Le souvenir de Fatima Bédar plane sur la place », sur Le Parisien, (consulté le 17 octobre 2020).
  25. « Fatima Bedar : Le devoir de mémoire » (version du 28 novembre 2012 sur l'Internet Archive), sur El Watan, .
  26. Sébastien Banse, « Le jardin Fatima-Bedar essaime contre l'oubli », Le Journal de Saint-Denis, no 1057,‎ , p. 3 (lire en ligne [PDF]).
  27. D. Sz., « Inauguration du jardin Fatima-Bedar », sur Le Journal de Saint-Denis, (consulté le 17 octobre 2020).
  28. Arezki Slimani, « Béjaïa se souvient de Fatima Bedar », sur L'Expression, (consulté le 23 octobre 2020).