Memento (film)

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Memento

Titre original Memento
Réalisation Christopher Nolan
Scénario Christopher Nolan
Jonathan Nolan
Acteurs principaux
Sociétés de production Newmarket Films (en)
Team Todd
Summit Entertainment
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Thriller
Sortie 2000
Durée 116 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Memento est un thriller américain sorti en 2000, réalisé par Christopher Nolan et mettant en vedette Guy Pearce, Carrie-Anne Moss et Joe Pantoliano.

L'une des particularités du film Memento (« souviens-toi » en latin) est qu'il alterne des scènes en noir et blanc et des scènes en couleur, les premières suivant un ordre chronologique et les secondes, montées dans un ordre chronologique inversé. Ce traitement est particulièrement adapté au thème principal du film : la mémoire.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Leonard Shelby, un homme ayant des troubles de mémoire suite à un traumatisme crânien, part à la recherche du meurtrier de sa femme un certain John. G . À l'aide de Teddy et de Natalie, il retrouve sa trace…

Chronologie[modifier | modifier le code]

Structure du film.

Le montage est réalisé comme suit : le film s'ouvre avec la fin de l'histoire, la dernière scène, puis le film progresse, de la scène Y à la scène Z, puis de la scène X à Y et ainsi de suite, la fin d'une scène recouvrant à chaque fois le début de la scène précédente (précédente dans l'ordre du film, mais en réalité suivante par ordre chronologique). Une narration parallèle est introduite sous forme de courtes scènes tournées en noir et blanc (suivant cette fois un déroulement chronologique normal, de A à B etc.) intercalées au montage antichronologique. Ainsi, les scènes couleurs antichronologiques s'emboîtent aux scènes noir et blanc chronologiques. Les deux narrations se raccordent à la fin du film, qui correspond au milieu de l'histoire. Le passage du noir et blanc à la couleur se fait lors du développement d'une photo polaroid.

Toutes les scènes en couleur correspondent à la durée maximale de rétention mémorielle de Leonard. Ainsi, à chaque nouvelle scène couleur, Leonard ne se rappelle plus les événements qui ont précédé. Puisque les scènes couleurs sont en ordre antichronologique, le spectateur, tout comme Leonard, ne connaît pas non plus les événements qui ont précédé.

Résumé[modifier | modifier le code]

En tentant de sauver sa femme, violée et asphyxiée dans leur propre salle de bain en plein milieu de la nuit, Leonard reçoit un coup à la tête et perd sa capacité à utiliser sa mémoire à court terme. Désormais, toute nouvelle information s'efface de sa mémoire au bout de quelques instants ; il n'a donc aucun nouveau souvenir durable depuis l'agression. Pour se rappeler les faits et informations élémentaires, il se les tatoue (ou les fait tatouer) sur le corps, ou bien les photographie à l'aide d'un appareil photographique instantané et en écrit une brève description sur les clichés : le nom du motel où il loge, la plaque d'immatriculation d'une voiture, le nom et prénom des personnes qu'il rencontre et leurs caractéristiques, etc.

Le dernier souvenir de Leonard est celui de sa femme au moment de l'agression. Son seul objectif est de trouver l'assassin de celle-ci – un certain John G. – et de le tuer.

Sammy Jankis[modifier | modifier le code]

En parallèle de l'histoire principale, Leonard Shelby relate une histoire qu'il a vécue avant son incident. Il était inspecteur pour débusquer les arnaques à l'assurance. Son premier cas délicat concernait Sammy Jankis, un homme qui, après un accident de voiture, a également perdu sa mémoire à court terme. Il ne se souvient donc pas de ce qu'il a fait deux minutes avant, tout comme le héros[N 1]. Sammy touche de l'argent de l'assurance qui le couvrait contre un handicap physique, mais Leonard, qui rend régulièrement visite au malade, a des doutes, car il a l'impression que ce dernier le reconnaît. Il soupçonne alors une simulation, dont le but serait de toucher l'argent de l'assurance. Il demande donc une expertise, dont la conclusion est que les troubles de la mémoire de Sammy sont d'ordre psychologique, ce qui n'est pas pris en charge par l'assurance.

Quelques jours plus tard, la femme de Sammy, désespérée, rend visite à Leonard pour lui demander son avis personnel sur l'état de son mari. Leonard lui répond que son handicap n'est pas d'origine physique. Il omet cependant de lui dire clairement qu'il ne croit pas que Sammy simule pour autant (Leonard comprendra après son accident que Jankis faisait semblant de reconnaître les gens simplement pour ne pas les décevoir). La femme de Sammy étant diabétique, ce dernier doit lui faire quotidiennement des piqûres d'insuline. Afin de tester si son mari simule, et étant convaincue que son mari l'aime sincèrement et ne lui ferait jamais de mal, elle décide de le mettre à l'épreuve. Elle lui demande alors sa piqûre toutes les vingt minutes (en reculant sa montre et l'horloge d'autant à chaque fois). Sammy lui fait sa piqûre chaque fois qu'elle le lui demande, entraînant un coma dont elle ne sortira jamais. Il vit donc désormais dans une clinique, sans savoir que sa femme est morte.

Histoire principale[modifier | modifier le code]

L'inconnu au téléphone des scènes en noir et blanc glisse un polaroid sous la porte de chambre de Leonard. Ce polaroid montre Shelby torse nu et souriant, pointant sa poitrine[N 2]. Shelby accepte un rendez-vous avec l'inconnu, qui est Teddy.

Leonard se rend à une maison isolée où Teddy a organisé une transaction avec un dealer de drogue, copain de Natalie. Persuadé qu'il a affaire à John G., Leonard tue le dealer. Il prend un polaroid du corps du dealer[N 3].

Teddy arrive à ce moment. Leonard se cache dans la maison et s'en prend à Teddy qu'il ne reconnait pas. Sous la menace, Teddy affirme à Leonard qu'il est l'un des policiers qui ont travaillé sur son affaire et qu'il a cru à son histoire du deuxième cambrioleur. Il lui révèle qu'il l'a déjà aidé à retrouver et tuer le vrai John G. un an auparavant. Il prétend qu'il a pris lui-même, après la mort de John G., le polaroid montrant Shelby torse nu. Tout comme Leonard, le policier dit qu'il était persuadé que Shelby se souviendrait ensuite de ce moment, ce qui n'est pas le cas. Le policier avoue qu'il le manipule depuis ce temps en s'organisant pour le faire assassiner des criminels et des dealers, des John ou James G., pour son propre profit.

Teddy prétend également que la femme de Shelby a survécu au cambriolage, que c'était elle qui était diabétique et non la femme de Sammy Jankins, que ce dernier n'était pas marié et qu'il était vraiment un simulateur démasqué par Leonard[N 4]. Finalement, Teddy affirme que depuis la mort du vrai John G., Leonard Shelby brouille lui-même les pistes afin de créer un puzzle insoluble, de façon à garder sa seule raison de rester en vie : trouver et tuer John G.

Par vengeance, refus d'accepter la réalité ou les mensonges de Teddy, Leonard s'arrange, avec ses polaroids et des notes personnelles, pour se convaincre que l'assassin de sa femme est Teddy, de son vrai nom John Edward Gammell. Sur un papier, il note le numéro d'immatriculation de la voiture de Teddy et écrit qu'il doit se le faire tatouer comme un « fait » (fact) concernant John G. Il brûle le polaroid qui daterait de la mort du vrai John G. et il écrit comme commentaire sous le polaroid de Teddy : « Ne crois pas ses mensonges ».

Il emprunte la voiture (dont le coffre est rempli d'argent) et les vêtements du dealer en sachant pertinemment qu'il oubliera ne pas être le vrai propriétaire. Il découvre un papier dans la voiture lui donnant un rendez-vous avec une certaine Natalie. Cette dernière est surprise de le voir avec les affaires de son petit ami Jimmy, et elle teste sa mémoire. Elle l'invite chez elle et lui parle de Dodd, un associé de Jimmy qui avait un marché à faire avec Teddy. L'argent n'ayant pas réapparu, Dodd pense que Natalie détient l'argent. Natalie continue à interroger Leonard au sujet de Teddy mais il ne sait rien. Elle lui demande de tuer Dodd tout d'abord, puis, lorsqu'il refuse, elle le manipule.

Teddy essaye d'influencer Leonard pour qu'il quitte la ville, pour toutes les questions embarrassantes qui pourraient naître du fait que Leonard porte les affaires de Jimmy ; il tente aussi, de multiple fois, de récupérer l'argent se trouvant dans le coffre. En conduisant, Leonard se fait arrêter par Dodd qui a reconnu la voiture. Après une course-poursuite, Leonard réussit à le distancer et se rend chez lui grâce aux indications données précédemment par Natalie. Il oublie un moment être dans la chambre de Dodd jusqu'à ce que celui-ci arrive et il finit par le maîtriser et le ligoter dans un placard. Il appelle alors Teddy mais oublie de noter ce qui s'est passé. Ils évacuent Dodd de la ville puis Leonard demande des explications à Natalie, elle le manipule encore une fois. Il passe la nuit chez elle et note au dos de sa photo « elle t'aidera par compassion », Natalie le renseigne sur la plaque d'immatriculation de Teddy notée au début, et grâce à ses tatouages il en conclut que Teddy est le meurtrier de sa femme.

À la fin de l'histoire, qui correspond à la première scène du film, Leonard retourne avec Teddy à la maison où se trouve le corps du dealer de drogue. Il abat Teddy d'une balle dans la tête et prend un polaroid du corps.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Source et légende : Version française (V. F.) sur RS Doublage[2]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Sauf mention contraire, cette liste provient d'informations de l'Internet Movie Database[3].

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Box-office[modifier | modifier le code]

Le film rapporte 39 723 096 $ au box-office mondial (dont 25 544 867 aux États-Unis et au Canada)[1]. Il a réalisé 217 204 entrées en France, 63 789 en Belgique, 29 422 au Québec et 10 379 en Suisse[4].

Production[modifier | modifier le code]

Développement[modifier | modifier le code]

En , les frères Christopher et Jonathan Nolan ont effectué un voyage de Chicago à Los Angeles (Christopher déménageait sur la côte Ouest). Durant le trajet, Jonathan se montre intéressé par l'histoire du film de son frère[5]. Après leur arrivée à Los Angeles, Jonathan part pour Washington afin de terminer ses études universitaires. Christopher demande à Jonathan à maintes reprises de lui envoyer un premier projet, et après quelques mois, Jonathan le lui envoie[6]. Deux mois plus tard, Christopher a l'idée de raconter le film à l’envers et commence à travailler sur le scénario. Au même moment, Jonathan écrit une nouvelle de son côté. Les deux frères continuent à correspondre et échangent leurs versions[7].

La nouvelle de Jonathan, intitulée « Memento Mori »[8], est radicalement différente du film de Christopher, même si elle en conserve les éléments essentiels. Dans la version de Jonathan, Leonard est nommé Earl et est un patient dans un établissement psychiatrique[9]. Comme dans le film, Earl a perdu sa femme et sa mémoire à court terme lors d'une agression par un tueur anonyme. Comme Leonard, Earl utilise des pense-bête ainsi que des tatouages pour retrouver le tueur. Toutefois, dans la nouvelle, Earl réussit à se convaincre par ses propres notes de s’échapper de l’hôpital psychiatrique et d’assassiner le tueur de son épouse, pour se venger. Contrairement au film, il n'y a aucune ambiguïté qu'Earl réussi à tuer l’agresseur et à obtenir sa vengeance[9].

En , la petite amie de Christopher, Emma Thomas, montre son scénario à Aaron Ryder, un des dirigeants de Newmarket Films (en). Ryder déclare que c’est « peut-être le script le plus innovant que j’ai jamais vu »[10] et, peu après, Newmarket dote le réalisateur d'un budget de 4,5 millions de dollars[11]. La pré-production dure sept semaines pendant lesquelles le lieu de tournage principal a changé de Montréal à Los Angeles afin de créer une atmosphère plus réaliste et noire pour le film[12].

Casting[modifier | modifier le code]

Brad Pitt a été initialement prévu pour jouer le rôle principal de Léonard. Il s'était intéressé au script, mais n’a pas pu accepter en raison d'un emploi du temps chargé[13]. D'autres acteurs ont été pris en compte tel que Aaron Eckhart et Thomas Jane, mais c'est Guy Pearce qui a le plus impressionné Nolan et c’est à lui que le rôle a été attribué. Pearce a été choisi en partie pour son « manque de célébrité » et son enthousiasme pour le rôle, enthousiasme attesté par un appel téléphonique personnel de Pearce à Nolan pour discuter du film[14].

Après avoir été impressionné par la performance de Carrie-Anne Moss dans le film de science-fiction Matrix en 1999, Jennifer Todd (en) l'a proposé pour interpréter Natalie. Tandis que Mary McCormack faisait pression pour le rôle, Nolan décida d'engager Moss en disant : « Elle a ajouté un enrichissement énorme au rôle de Natalie qui n'était pas sur la page »[15]. Pour l'agent de police corrompu Teddy, Moss a suggéré son partenaire dans Matrix, Joe Pantoliano. Pantoliano semblait trop crapuleux pour son rôle, mais en parlant avec Nolan, ce dernier s'est dit surpris par la subtilité de l'acteur dans son travail[16].

Le reste des personnages du film ont été rapidement trouvés après que les trois rôles principaux furent établis. Stephen Tobolowsky et Harriet Sansom Harris furent désignés pour jouer le rôle Sammy Jankis et sa femme. Mark Boone Junior a pris le rôle de Burt, le secrétaire du motel, car Jennifer Todd aimait son « apparence et son attitude » pour le film (d’ailleurs il est également réapparu dans des rôles mineurs dans d'autres productions de Nolan tel que Batman Begins)[17]. Larry Holden joue Jimmy Grantz, un trafiquant de drogue et le petit ami de Natalie, tandis que Callum Keith Rennie remplit le rôle de Dodd, un gangster avide de récupérer l'argent de Jimmy. Pour compléter le casting, Jorja Fox prend le rôle de la femme de Leonard et Kimberly Campbell, celui d'une prostituée.

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage s'est déroulé du 7 septembre au 8 octobre 1999[18]. Guy Pearce est le seul acteur à avoir été présent durant tout le tournage, alors que toutes les scènes de Carrie-Anne Moss ont été tournées dès la première semaine[19]. Une auberge de voyage à Tujunga a été repeinte et utilisée pour les chambres des motels de Léonard et Todd. Les scènes dans la maison de Sammy Jankis ont été tournées dans une étroite maison de banlieue à Pasadena, tandis que la maison de Natalie est située à Burbank[20]. L'équipe de tournage avait prévu de tourner l'ensemble des scènes des bâtiment à l'abandon (où Leonard tue Teddy et Jimmy) dans un bâtiment en briques de style espagnol appartenant à une compagnie ferroviaire. Toutefois, une semaine avant le tournage, la société a placé une rame de plusieurs douzaines de voitures devant le bâtiment, rendant impossible le tournage des scènes d'extérieur. Puisque l'intérieur du bâtiment avait été déjà établi, un nouveau lieu a dû être trouvé. Une raffinerie de pétrole près de Long Beach a été utilisée à la place, et la scène où Leonard brûle les biens de son épouse a été filmée de l'autre côté de la raffinerie[21]. À la fin du tournage, Guy Pearce a enregistré sa narration en voix off et le réalisateur lui a laissé carte blanche pour improviser sur les scènes en noir et blanc, afin de donner un ton documentaire[22].

Accueil[modifier | modifier le code]

Réception critique[modifier | modifier le code]

Il est accueilli très favorablement par la critique, recueillant 93 % de critiques positives, avec une note moyenne de 8,1/10 et sur la base de 140 critiques collectées, sur le site internet Rotten Tomatoes[23]. Il obtient un score de 80/100, sur la base de 34 critiques, sur Metacritic[24]. En 2008, le magazine Empire l'a classé à la 173e place dans sa liste des 500 meilleurs films de tous les temps[25]. Il figure à la 29e place du Top 250 du classement des films de l'Internet Movie Database, basé sur les votes du public, avec une note moyenne de 8,7/10[26].

En France, les critiques ont également été dans l'ensemble plutôt positives. Le Journal du dimanche évoque « un film déboussolant, difficile, dont on sort anéanti et assommé. Et qu'on voit devenir culte » ; Le Nouvel Observateur parle d'un scénario « impeccable et implacable » qui « ménage des zones d'ombre à donner le vertige » ; Le Monde estime que ce « film noir intéressant » « devient passionnant » en tant qu'« étude sur la folie » ; Le Parisien situe le film « quelque part entre Usual Suspects et Sixième Sens » et lui « prédit un grand avenir ». Positif et Première délivrent des critiques plus mitigées, tous les deux se révélant respectivement agacés, malgré l'inventivité du film, par le « bavardage incessant et présomptueux sur le handicap du héros » et par « le système de narration » répétitif. Les Cahiers du cinéma délivrent une critique négative, évoquant un « souci forcené de faire original » et une « fausse bonne idée »[27].

Analyse[modifier | modifier le code]

Interprétations de la fin du film[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs interprétations de la fin du film. Le réalisateur a laissé au public le choix dans l’interprétation, comme le prouvent les commentaires audio sur les versions éditions spéciales des DVD, - attestant le mensonge de Teddy -, mais aussi la version édition limitée américaine, qui comprend outre le précédent commentaire un autre qui atteste cette fois la sincérité de Teddy[28].

Teddy dit la vérité[modifier | modifier le code]

Quand Teddy raconte que l’agresseur a été trouvé et tué il y a un an, que la femme de Leonard a survécu à l’agression mais a été tuée plus tard par une surdose d’insuline, Leonard ne se le rappelle pas. Mais il est confronté à la possibilité que cela pourrait être vrai, constatant alors la boucle interminable dans laquelle il aurait vécu pendant des années. Il décide d’y mettre fin en laissant intentionnellement des indices qui le mèneront à tuer Teddy, l’homme qui a également profité de son handicap.

Dans sa voiture il s'avoue alors le paradoxe dans lequel il s’est enfermé, et décide de manipuler sa mémoire pour pouvoir enfin vivre en paix. Selon une autre interprétation, il prendrait conscience que sa vie n’a aucun sens à cause de son handicap, qu’il est contraint de chasser un homme imaginaire pour poursuivre sa vengeance, toujours insatisfaite, toujours oubliée, afin d'abolir la vacuité de son existence. Il préfèrerait donc refuser la réalité et recommencer un autre puzzle.

Plusieurs indices corroborent les paroles de Teddy dans le film. Tout d’abord l’image subliminale qui montre Leonard à la place de Sammy dans l’hôpital psychiatrique ; les brefs flashbacks montrant Leonard injectant de l'insuline à sa femme ; enfin les autres flashbacks montrant son épouse qui bouge les yeux après son agression.

Teddy est un menteur[modifier | modifier le code]

Tout au long du film, le public est informé que les gens profitent du handicap de Léonard et que Teddy est un menteur. Ils ont tous les éléments en main pour ne pas croire les propos de Teddy, mais le public est habitué aux retournements de situation de dernière minute.

« À ce stade du récit, le public en est à un tel point, il a une telle soif de vérité, tout comme Leonard, qu'il accepte les explications du menteur. Le public accepte ces réponses parce que c'est ce qu'il veut. C´est ce qu'il attend. On a voulu remettre ça en cause. Les gens s'accrochent à cette grammaire du cinéma, qui veut que l'on nous dévoile la vérité à la fin, alors que ce film la défie clairement  »

— Christopher Nolan, Commentaire audio DVD

D'après le réalisateur, l'histoire de Sammy n'est pas celle de Leonard ; elle a pour but de montrer les différents fonctionnements de la mémoire et, notamment, la réaction de Leonard. En tentant de manipuler les souvenirs de Leonard, Teddy s'attaque à sa mémoire à long terme, de ce qu'il a gardé du souvenir de sa femme avant son accident. Lorsqu'il évoque les piqûres d'insuline à répétition, Leonard a seulement des flashes de son ancienne vie ; sa femme n’ayant jamais été diabétique, Léonard comprend le mensonge. Il dit d’ailleurs « Tu crois que je ne connais pas ma femme ? », puis il se dirige vers sa voiture et note le numéro d’immatriculation de Teddy. Le dialogue qui suit devient alors clair, Leonard se parle à lui-même et décide d'inventer les pistes qui conduiront au meurtre de Teddy « Je ne suis pas un tueur. Je suis simplement un homme qui cherche réparation. Est-ce que je me laisse oublier ce que tu m’as dit ? Est-ce que je me laisse oublier ce que tu m’as fait faire ? Tu crois que je fabrique un nouveau puzzle, un nouveau John G. à retrouver ? Tu es un John G. Tu peux très bien être le mien. Tu crois que je me mens pour être en paix ? Dans ton cas Teddy c'est ce que je vais faire… ». Pourtant dans le film, Léonard explique qu'il a appris quand il était enquêteur que l'on ne pouvait se fier à sa propre mémoire à long terme « les souvenirs sont l'interprétation des faits ». Il se ment donc à lui-même quand il dit « Tu crois que je ne connais pas ma femme ? ».

«  Il surmonte ici son désespoir et, au contraire du public, fait un choix. Il s'accroche au but de sa quête. C'est là qu'il écrit ne crois pas ses mensonges sur la photo de Teddy et décide de relever son numéro de plaque. Teddy a voulu manipuler les sentiments enfouis de Leonard, sa mémoire à long terme. Il est allé trop loin. C'est maintenant la fin d'une série de cycles. C'est le dernier. La fin d'une longue histoire entre ces deux-là. Il va mettre la machine en route qui va l'amener à tuer Teddy. Cela va le libérer, car Teddy lui a menti et ses mensonges se sont accumulés jusqu'à créer un déclic dans l'inconscient de Leonard, qui révèle la manipulation. Teddy a attaqué les plus précieux souvenirs de Leonard. Il a menti une fois de trop.  »

— Christopher Nolan, Commentaire audio DVD

Ouverture du film[modifier | modifier le code]

Le film s'ouvre sur une photographie polaroid qui s'efface petit à petit quand la main (du protagoniste) la secoue. Cette première scène a une double signification :

  • Elle indique au spectateur l'ordre chronologique choisi (pour les scènes en couleur) : en partant de la fin, et revenant vers le début.
  • Elle suggère que plus on essaie d'y voir clair sur le passé (ce qui se trouve sur la photographie), plus ce dernier s'échappe, s'efface, à l'instar d'une mémoire défaillante.

Remakes[modifier | modifier le code]

Le réalisateur indien A.R. Murugadoss s'est librement inspiré de Memento pour son film Ghajini, film de langue tamoule sorti en 2005. Le film a été un grand succès en Inde et A.R. Murugadoss a réalisé un remake bollywoodien de son propre film, en langue hindie, également sous le titre Ghajini. Sortie en 2008, cette autre version a aussi obtenu un grand succès en Inde.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D'ailleurs, le tatouage le plus visible de Leonard, situé sur sa main gauche à la jonction du pouce et de l'index, est Remember Sammy Jankis (« Souviens-toi de Sammy Jankis »). Ce tatouage aide Shelby à comprendre son état après chaque oubli.
  2. C'est le seul polaroid montré dans le film qui n'est pas produit durant le film et qui est pris par quelqu'un d'autre que Leonard Shelby.
  3. Ceci coïncide avec la fusion des scènes en noir et blanc et des scènes couleurs du film.
  4. Les flashback de Leonard à ce moment font soupçonner que c'est sa femme qui est morte d'une surdose d'insuline.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Memento », Box Office Mojo (consulté le 4 avril 2011)
  2. « Fiche du doublage français du film » sur RS Doublage
  3. (en) « Awards for Memento », Internet Movie Database
  4. « Memento », Base de données Lumière (consulté le 4 avril 2011)
  5. Anthony Kaufman, « Mindgames; Christopher Nolan Remembers "Memento" », sur IndieWire.com,‎ 16 mars 2001
  6. Mottram 2002, p. 162
  7. Mottram 2002, p. 166
  8. Souviens-toi que tu es mortel
  9. a et b Jonathan Nolan. Memento Mori (Mottram 2002, p. 183 à 195).
  10. Mottram 2002, p. 176
  11. Mottram 2002, p. 177
  12. Mottram 2002, p. 151-152
  13. Mottram 2002, p. 106
  14. Mottram 2002, p. 107-108
  15. Mottram 2002, p. 111
  16. Mottram 2002, p. 112
  17. Mottram 2002, p. 114
  18. Mottram 2002, p. 125
  19. Mottram 2002, p. 127
  20. Mottram 2002, p. 154-155
  21. Mottram 2002, p. 156-157
  22. Mottram 2002, p. 133
  23. (en) « Memento », Rotten Tomatoes (consulté le 4 avril 2011)
  24. (en) « Memento », Metacritic (consulté le 4 avril 2011)
  25. (en) « The 500 Greatest Movies of All Time », Empire (consulté le 4 avril 2011)
  26. « Memento », Internet Movie Database
  27. « Memento - Critiques Presse », AlloCiné (consulté le 4 avril 2011)
  28. (en) Note on the commentary http://www.christophernolan.net/memento_dvd.php

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article(en) James Mottram, The Making of Memento, New York, Faber,‎ 2002 (ISBN 0571214886).

Liens externes[modifier | modifier le code]