Karl Freund

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Karl Freund

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Karl Freund

Surnom The Giotto of the Screen[1]
Naissance 16 août 1890
Königinhof (aujourd'hui Dvur Kralove)
Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Nationalité Allemagne
Décès 3 mai 1969 (à 78 ans)
Santa Monica, Californie
Drapeau des États-Unis États-Unis
Profession Directeur de la photographie
Réalisateur

Karl Freund est un opérateur et un réalisateur allemand né le 16 janvier 1890 à Königinhof (aujourd'hui Dvur Kralove, République tchèque) et décédé le 3 mai 1969 à Santa Monica (Californie).

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts et succès[modifier | modifier le code]

Karl Freund naît le 16 janvier 1890 à Köninghof (aujourd'hui Dvur Kralov ; République tchèque)[2]. En 1901, il s'installe à Berlin avec ses parents Julius Freund et Marie (née Hermann). Après avoir obtenu son certificat d'études, il entre en apprentissage dans une usine de tampons[3]. En 1906, il devient projectionniste pour l'Alfred Duskes Kinematographen[4], le fabricant allemand numéro un de matériel pour le cinématographe. C'est à cette époque qu'il travaille à ses premiers courts métrages considérés aujourd'hui comme perdus. En 1908, il intègre l'équipe de cameramen d'actualités des frères Pathé tout en travaillant comme assistant technique pour Oskar Messter, l'un des premiers producteurs allemands.

Jusqu'en 1915, Freund s'établit une solide réputation de technicien qui l'amène à travailler pour de nombreux studios indépendants qui fleurissent alors, aussi bien en Allemagne, en Yougoslavie qu'en Autriche. Cette année-là, il s'engage dans l'armée autrichienne mais se trouve reformé au bout de trois mois pour cause de surpoids. Dès l'année suivante, il travaille sur une série de films interprétés par la star de l'époque, Henny Porten. En 1919, il fonde sa propre société, la Karl-Freund-Film GmbH et deux ans plus tard il réalise son premier film, Der Tote Gast.

Freund s'impose comme le chef opérateur vedette de la Decla-Bioscop, Gloria et Oswald-Film, et collabore étroitement avec Ernst Lubitsch, Fritz Lang, Ludwig Berger, Paul Wegener (il est le chef opérateur de Le Golem en 1920[5]), ou Carl Theodor Dreyer à l'UFA. Karl Freund, le réalisateur Friedrich Wilhelm Murnau, et Walter Röhrig, et le scénariste Carl Mayer constituent alors l'équipe artistique la plus importante du cinéma muet allemand, représentante d'un niveau d'invention et d'une liberté technique seulement égalé en France, par Abel Gance dans son Napoléon[5]. En 1924, Freund développe sa Entfesselte Kamera (« Camera déchaînée ») révolutionnaire, une sorte de caméra légère embarquée (sur harnais ou support mobile) permettant les mouvements les plus variés[5] : il inaugure cette technique sur Le Dernier des hommes (Murnau, 1924)[4],[6], modèle de mise en scène pour toute une génération de cinéastes à venir (Jean Renoir, Max Ophüls...). En 1928 il participe à un projet, la création du Volksverband für Filmkunst, sorte de cinéma progressiste, avec Heinrich Mann, Georg Wilhelm Pabst et Erwin Piscator, dont les expériences berlinoises sont à l'origine de cette défense du film allemand d'art et d'essai[5].

Arrivée à Hollywood[modifier | modifier le code]

Objet d'une reconnaissance internationale[5], Freund se penche sur d'autres innovations telles l'enregistrement sonore sur support magnétique, le son optique, les effets spéciaux avec miniatures... Après avoir bouclé le tournage dantesque de Metropolis, il expérimente des méthodes de tournage en couleurs qui attirent l'attention de la Technicolor Corporation aux États-Unis[4]. Il poursuit quelque temps ses recherches à New York avant de rejoindre Hollywood en 1929[6], où l'attend avec impatience Carl Laemmle, grand patron des studios Universal[6].

On lui confie aussitôt la direction de la mémorable scène finale d'À l'Ouest, rien de nouveau. On le retrouve, toujours en tant que directeur de la photographie, sur des classiques des années 1930-40, dont Dracula, cependant John Brosnan dans The Horror People pense que le film Dracula ne laissa pas assez de liberté à Freund pour qu'il puisse ajouter sa touche personnelle au film, tandis que le film qu'il tourna l'année suivante, Double assassinat dans la rue Morgue inspiré de la nouvelle d'Edgar Poe, lui convenait bien mieux, de par son aspect lugubre lié aux ruelles parisiennes[6],[3].

Parallèlement à sa carrière de technicien, Freund réalisera quelques films entre 1932 et 1935, dont les étonnants La Momie (1932) avec Boris Karloff, et Les Mains d'Orlac (1935) pour la MGM[6] avec un Peter Lorre inquiétant à souhait. Le genre fantastique, particulièrement, permet à Freund de développer son art du contraste, des clairs obscurs issus de l'expressionnisme allemand. Il gagne en 1937 avec Visages d'Orient, l'Oscar de la meilleure photographie, et est nommé en 1940 pour Orgueil et Préjugés de Robert Z. Leonard. Il travailla également pour la Columbia, réalisant d'ailleurs un doublé assez spécifique : il fut nommé aux oscars de la meilleure photographie en couleur et en noir et blanc pour les films The Chocolate Soldier (1941) et Les Oubliés (1941) [4]. Il migra finalement pour la Warner Bros. en 1947[4], où il travailla notamment sur Key Largo (1948) de John Huston.

Fin de carrière et travail pour la télévision[modifier | modifier le code]

Toujours à l'affût d'innovations techniques, il met au point, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nouveaux appareils permettant de mesurer la densité des couleurs ainsi que des caméras de télévision plus performantes, et il créa en 1944 la Photo Research Corporation, entreprise de fabrication de caméras, toujours en fonction[1],[3]. La télévision va d'ailleurs devenir son ultime refuge et terrain d'expérimentation, d'abord avec Our Miss Brooks puis en 1950 la star Lucille Ball l'engage pour superviser la photographie de son show populaire I Love Lucy[7] ; il invente pour l'occasion le système multi caméras, impliquant trois caméras tournant simultanément[4]. Selon John Brosnan, cette « chute » fut difficile pour un homme ayant travaillé avec de grands réalisateurs comme Murnau, et le rendit amer, ce qui lui fit tenir des propos aigris à l'égard d'Hollywood, qu'il considérait alors comme « de la pornographie légalisée »[6].

En 1959, il se retire dans sa ferme de la vallée de San Fernando, poursuivant ses recherches, participant à des conférences internationales et autres séminaires hollywoodiens. Il meurt le 3 mai 1969 à Santa Monica[5].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Directeur de la photographie[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Karl Freund », sur Find a Grave (consulté le 6 mars 2011)
  2. « Karl Freund », sur Cinemotions (consulté le 6 mars 2011)
  3. a, b et c (en) Nancy Jane Johnston, « Karl Freund », sur Internet Encyclopedia of Cinematographers (consulté le 6 mars 2011)
  4. a, b, c, d, e et f (en) Karl Freund sur l’Internet Movie Database
  5. a, b, c, d, e et f Jean-Loup Passek, Dictionnaire du cinéma, Paris, Larousse,‎ 2003, 865 p. (ISBN 978-2-03-505031-1)
  6. a, b, c, d, e et f (en) John Brosnan, « Karl Freund », sur Eric B. Olsen (consulté le 6 mars 2011)
  7. (en) « Filming The Lucy Show », sur All about Lucy,‎ décembre 1953 (consulté le 6 mars 2011)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Loup Passek, Dictionnaire du cinéma, Paris, Larousse,‎ octobre 2001, 865 p. (ISBN 978-2-03-505031-1), p. 315 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Lotte H Eisner, Murnau, (A Shadows book), University of California Press,‎ 1er décembre 1973, 287 p. (ISBN 978-0520024250), p. 63, 71-72, 81, 84, 127, 135, 140, 150, 160,
  • (en) Scott Allen Nollen, Boris Karloff: A Critical Account of His Screen, Stage, Radio, Television, and Recording Work, McFarland & Co Inc,‎ 30 septembre 1991, 487 p. (ISBN 978-0899505800)
  • (en) Jack C. Ellis, A New History of Documentary Film, Continuum International Publishing Group Ltd.,‎ 1er octobre 2005, 400 p. (ISBN 978-0826417510), p. 51-52
  • (en) Michael Minden et Holger Bachmann, Fritz Lang's Metropolis: Cinematic Visions of Technology and Fear, Camden House Inc,‎ 11 octobre 2002, 340 p. (ISBN 978-1571131461), p. 17, 19, 72, 76, 83, 106, 289, 299-301

Lien externe[modifier | modifier le code]