Livre des Jubilés

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Le Livre des Jubilés (en guèze Mets'hafe Kufale) aussi appelé en grec « leptogenèse », c'est-à-dire Genèse mineure, présente la chronologie, ou histoire de la division des jours de la Loi et des jubilés, transmise à Moïse sur le mont Sinaï à la sortie des enfants d’Israël d'Égypte. Bien que produit par des milieux juifs pendant la période du Second Temple, le livre n'a pas obtenu de statut canonique dans le judaïsme. Certains milieux chrétiens l'ont cependant utilisé. Il a été intégré au canon de l'Église éthiopienne orthodoxe mais pas dans la Septante. Il a été diffusé en Europe à partir du XIXe siècle lorsque des manuscrits ont été rapportés d’Éthiopie. La bibliothèque de la Pléiade l'a inclus dans son édition des Écrits intertestamentaires. Le texte le plus complet ayant survécu est en langue guèze.

Manuscrits[modifier | modifier le code]

Le livre des Jubilées a été publié pour la première fois en 1859 par August Dillmann sur la base de deux manuscrits éthiopiens disponibles alors[1]. En 1895, Robert Henri Charles publie une nouvelle édition. Des fragments en grec sont connus grâce aux Pères de l'Église. Environ un quart du texte en latin a été découvert dans un palimpseste de la Bibliothèque Ambrosienne de Milan et publié en 1861. Des fragments du texte hébreu ont été retrouvé à Qumrân[2].

Datation[modifier | modifier le code]

L'étude du texte semble indiquer que le livre des Jubilés a été écrit en hébreu autour du IIe siècle av. J.-C., entre l'accession de Jean Hyrcan à la charge de grand-prêtre, en -135 et sa rupture avec les pharisiens, quelques années avant sa mort en -106. Ce serait un produit des discussions autour du midrash, contemporain du Premier livre des Chroniques. L'auteur des Jubilés a procédé d'une manière similaire en relatant les événements entre la création et la réception des lois sur le Mont Sinaï, mais en introduisant des interprétations originales, notamment quant à la datation des fêtes, qui ont été rejetées par la pratique juive.

Il emprunte également aux données des géographes grecs archaïques, ce qui montre « un parfait exemple de la culture hellénistique des Juifs de l'époque »[3].

Le titre du livre se retrouve dans le Document de Damas.

Contenu[modifier | modifier le code]

Le Livre des Jubilés incorpore de nombreuses parties de textes traditionnels midrashiques. Son travail allonge le récit de la Genèse et de l'Exode en résolvant les problèmes du récit original, en ajoutant des détails supplémentaires et en retranchant tout détail dévalorisant l'action des patriarches. À la manière du Deutéronome, il insère dans son texte des éléments moralisateurs, les uns conformes à la Torah, les autres non. Comme son nom l'indique, il consacre de longues pages au calendrier et prend parti pour une année solaire de 364 jours, ce qui a contribué à son discrédit.

Le Livre des Jubilés met l'accent sur la nécessité pour les Juifs pratiquants de se séparer des Gentils, c'est-à-dire de ceux dont le comportement les rend impurs. L'un des buts du livre est sans doute de défendre le judaïsme traditionnel contre la pression exercée par la culture grecque ; en effet, les Juifs les plus hellénisés prétendaient que les ajouts lévitiques à la loi mosaïque n'étaient que des dispositions transitoires et qu'ils n'avaient de toute façon pas été observés de manière stricte et cohérente par les patriarches. Pour eux, le temps était venu de supprimer ces règles et de permettre à Israël de prendre sa place parmi les nations, sous la domination des monarchies grecques qui gouvernaient tout le Proche-Orient.

Cette position est dénoncée comme fatale pour la religion et l'identité culturelle juives. Pour les Jubilés, la loi a une validité éternelle et, bien que révélée, elle transcende le temps. Avant qu'elle ait été révélée aux patriarches, elle a, d'après ce livre, été gardée au paradis par les anges. Il précise quelles règles ont été données aux patriarches avant la révélation faite à Moïse. Cette position dogmatique est contraire à toute la tradition rabbinique. D'après les Jubilés, l'hébreu fut la langue parlée à l'origine par toutes les créatures, humaines et animales, et est la langue du paradis. Après la destruction de la tour de Babel, elle fut oubliée, jusqu'à ce qu'Abraham l'ait apprise par des anges. Énosh fut le premier homme à qui les anges apprirent l'écriture et il consigna les secrets de l'astronomie, de la chronologie et des différentes époques du monde. Quatre classes d'anges sont mentionnées : les anges de la présence, les anges des sanctifications, les anges gardiens des individus et les anges présidant les phénomènes de la nature. Du point de vue de la démonologie, la position des Jubilés est très proche de celle du Nouveau Testament et des écrits apocryphes de l'Ancien Testament.

Enfin, le livre des Jubilés raconte également la création des anges le premier jour de la création, ainsi que l'histoire des grigori, groupe d'anges déchus qui s'unirent avec des femmes donnant naissance à une race de géants,[4] les Nephilim, censés exister encore à l'époque de Noé avant d'être détruits par le Déluge.

Manuscrits du livre[modifier | modifier le code]

À part quelques citations en grec d'un texte d'Épiphane ainsi que des traductions fragmentaires pris du grec, cela représente moins du quart de l'œuvre complète. Quatre manuscrits éthiopiens des XVe et XVIe siècles qui ont survécu forment la base des différentes traductions modernes. L'original hébreu, aujourd'hui perdu, a peut-être utilisé des sources originales sur les événements de la Genèse et de l'Exode, sources qui semblent avoir été indépendantes de celles de la Septante et de la Bible massorétique. Les manuscrits de la Mer Morte ont montré que les textes hébraïques ne formaient pas un canon au Ier siècle avant et après Jésus-Christ. Douze fragments des Jubilés y ont d'ailleurs été trouvés.

Un fragment, en syriaque, se trouvant au British Museum, est intitulé « Noms des épouses des patriarches, d'après les livres hébraïques des Jubilés » et suggère qu'une traduction en syriaque ait pu exister.

La stichomètrie de Nicéphore qui compte 4 300 lignes pour le livre des Jubilés permet d'évaluer la quantité de fragments perdus.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. August Dillmann, Maṣḥafa kufale (sive Liber Jubilaeorum), Sumtibus Editoris 1859, 166 p.
  2. (en) Mathias Delcor, « The apocrypha and pseudepigrapha of the Hellenistic period », dans The Cambridge History of Judaism : The Hellenistic age, vol. 2, Cambridge University Press,‎ , 4e éd. p. 432
  3. Patrice Lajoye, "Histoire d'un pseudo mythe celte: Gog et Magog", Bulletin de la Société de Mythologie Française, n°220, 2005, p. 10-15
  4. 'Et cela arriva lorsque les enfants des hommes commencèrent à se multiplier à la surface de la terre et que des filles leur étaient nées, à une certaine année de ce jubilé les anges de Dieu les virent, car elles étaient belles à regarder, et se prirent des femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent et elles leur portèrent des fils qui étaient géants.' Jubilés chap. 5

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La Bible. Écrits intertestamentaires, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1987.
  • A.-M. Denis, Introduction à la littérature religieuse judéo-hellénistique, Brepols, 2000, Vol.I, ch. 9, p.349-403
  • James C. Vanderkam, The Book of Jubilees, Sheffield Academic Press, 2001
  • Michel Testuz Les idées religieuses des Jubilés, Revue de l'histoire des religions, 1960, analyse bibliographique.