Jean-Henri Lambert
Jean-Henri Lambert
Jean-Henri Lambert, lithographie de Godefroy Engelmann, 1829
| Naissance | 26 août 1728 Mulhouse (République de Mulhouse) |
|---|---|
| Décès | 25 septembre 1777 (à 49 ans) Berlin, Allemagne |
| Profession | Mathématicien Philosophe |
Jean-Henri Lambert[1] (26 août 1728 à Mulhouse – 25 septembre 1777 (à 49 ans) à Berlin) est un mathématicien et philosophe du XVIIIe siècle. Comme mathématicien il s'est illustré en mathématiques pures — il a démontré que π n'est pas un nombre rationnel — et en mathématiques appliquées.
Sommaire |
Biographie[modifier]
D'ascendance française, Lambert peut être considéré comme un Mulhousien, puisque Mulhouse était alors une cité-État[2], un Alsacien, puisque Mulhouse est en Alsace, un Suisse[3], puisque Mulhouse était une exclave de la Confédération des XIII cantons (cela permit à Mulhouse d'éviter les malheurs de la Guerre de Trente-Ans), et comme un Allemand, puisqu'il publia beaucoup de ses écrits dans cette langue (il a aussi écrit en français et en latin) et que l'académie qui le reconnut était allemande.
Son père est tailleur et sa famille, une famille huguenote appauvrie réfugiée à Mulhouse pour des raisons religieuses, compte sept enfants.
Jean-Henri quitte l'école à douze ans pour aider sa famille. Mais le soir, il continue à étudier les sciences. À quinze ans, il est commis dans une fonderie ; il est ensuite secrétaire de Johann Rudolf Iselin, directeur d'un journal bâlois, la Basler Zeitung. Il en profite pour étudier les mathématiques, la philosophie et l'astronomie. En 1748, le Iselin le recommande comme tuteur des fils du deuxième comte de Salis (en) à Coire en Suisse. Il tire profit de la bibliothèque du comte et s'initie à la recherche mathématique.
Un voyage d'études (1756–1758) en compagnie de ses élèves lui fait visiter les principaux centres intellectuels de l'Europe et nouer des contacts avec de nombreux savants. La communauté scientifique le remarque. Il publie ses premiers travaux en 1755. Après quelques voyages, il s'établit à Augsbourg en 1759 comme directeur de publication.
En 1764, il est invité à Berlin par Euler. Ayant finalement trouvé la sécurité financière, protégé de Frédéric II, il multiplie les travaux jusqu'à sa mort hâtive à 49 ans.
Lambert était membre de l'Académie royale des sciences de Berlin.
Contributions[modifier]
Mathématiques appliquées et instruments[modifier]
Cartographie[modifier]
- Lambert a inventé plusieurs systèmes de projection cartographique (sept en tout[4]), dont deux sont de nos jours toujours très utilisés :
- la projection azimutale équivalente de Lambert (utilisée par exemple par l'Atlas national des États-Unis ou l'Agence européenne pour l'environnement)
- la projection conique conforme de Lambert (utilisée dans les cartes françaises, avec les « Lambert zone », le « Lambert 93 », ou les « Coniques conformes 9 zones »).
Photométrie, perspective[modifier]
- Son Traité de perspective précède les travaux de Monge (poursuivis par son élève Poncelet). Il crée un perspectographe qui porte son nom.
- Die freye Perspective, oder Anweisung, jeden perspektivischen Aufriß von freyen Stücken und ohne Grundriß zu verfertigen sur Google Livres, Zurich, Heidegger, 1759
- La perspective affranchie de l'embaras du plan géometral [sic], Zuric [sic], 1759 (numérisation e-rara)
- Réédition, en allemand, de 1774 (numérisation e-rara)
- Préoccupé par la représentation de la profondeur en peinture et la représentation de la transparence de l’air, il énonce en 1760 (trente ans après Pierre Bouguer) la loi dite de Beer-Lambert en photométrie. Il est d'ailleurs considéré comme l'un des créateurs de la photométrie (le lambert est une unité de luminance).
Astronomie[modifier]
- Retrouvant les résultats d’Euler sur les trajectoires paraboliques (d’énergie nulle) des comètes, il les prolonge par le théorème de Lambert sur les orbites elliptiques (trois positions datées permettent de déterminer le mouvement keplerien d’un satellite) (1761). On lui doit de nombreux articles de trigonométrie sphérique (1770), mais sans que la notion d’angle solide soit encore clairement définie.
- En 1773, Lambert calcule les coordonnées orbitales de Neith, un satellite de Vénus dont l'observation avait été validée par la communauté astronomique, mais dont on sait depuis la fin du XIXe siècle qu'il n'existe pas.
- En cosmologie, au milieu du XVIIIe siècle, quatre noms sont attachés à des hypothèses semblables de l'évolution de l'univers (en gros, l'hypothèse de la nébuleuse primitive), ceux d'Emanuel Swedenborg (1734), de Thomas Wright (1750), d'Emmanuel Kant (1755) et de Lambert (1761) (on peut ajouter le nom de Pierre-Simon de Laplace (1796)) :
- Cosmologische Briefe über die Einrichtung des Weltbaues, Augsburg, 1761 (numérisation e-rara)
Hygromètre[modifier]
- Lambert, après de nombreuses observations, a inventé un hygromètre :
- Essai d'hygrométrie ou Sur la mesure de l'humidité disponible sur Gallica
Mathématiques fondamentales[modifier]
- Les travaux de Lambert en théorie de la cartographie préparent l’étude des transformations conformes (le plan d'Argand et les nombres complexes de Gauss sont postérieurs de 30 ans).
- Lambert démontre l’irrationalité de π dans un mémoire lu à l'académie de Berlin en 1767[5] :
- J. H. Lambert, « Mémoire sur quelques propriétés remarquables des quantités transcendentes [sic] circulaires et logarithmiques », Histoire de l’Académie royale des sciences et belles-lettres, Berlin, vol. XVII, 1761, p. 265-322 :
- Numérisation BibNum, commentaire d'Alain Juhel
- Numérisation de la bibliothèque de la Berlin-Branderburgische Akademie der Wissenschaften[6]
- J. H. Lambert, « Mémoire sur quelques propriétés remarquables des quantités transcendentes [sic] circulaires et logarithmiques », Histoire de l’Académie royale des sciences et belles-lettres, Berlin, vol. XVII, 1761, p. 265-322 :
- Lambert introduit les fonctions hyperboliques (Vincenzo Riccati fait de même en Italie de façon indépendante).
- Ses travaux sur les tracés à la règle et au compas le conduisent à discuter du célèbre cinquième postulat d’Euclide sur les parallèles (1786).
Lambert et la logique[modifier]
- Johann-Heinrich Lambert a joué un rôle précurseur dans la logique symbolique. En effet, il est l'auteur d'un traité de logique qu'il appela Neues Organon soit en français Nouvel Organon. La plus récente édition de cet ouvrage, évidemment nommé d'après l'Organon d'Aristote, a été publiée par l'Akademie-Verlag de Berlin en 1990. Pour ne rien dire du fait qu'on a dans cet ouvrage la première apparition du terme phénoménologie, on y trouve une présentation très pédagogique des différentes sortes de syllogisme. Dans A System of Logic Ratiocinative and Inductive, John Stuart Mill exprime son admiration pour Johann Heinrich Lambert.
- Neues Organon vol. 1, vol. 2, sur Google livres[7]
Philosophie[modifier]
Lambert était un philosophe des Lumières et a laissé une œuvre philosophique étendue :
- Philosophische Schriften, 10 volumes en 13 tomes. Édités par Werner Arndt et Lothar Kreimendahl, Hildesheim, Georg Olms, 1965-2008
Kant, avec qui Lambert avait commencé à correspondre en 1765, projetait de lui dédier la Critique de la raison pure ; mais la mort de Lambert intervint avant la parution[8].
Voir aussi, plus haut, sa contribution à la logique.
Annexes[modifier]
Listes de publications de Lambert[modifier]
- Liste de Maarten Bullynck (environ 150 titres), ordre chronologique ou ordre thématique
- Liste de l'Académie de Berlin (51 titres)
- Liste de la bibliothèque de la Berlin-Brandenburgischen Akademie der Wissenschaften (14 p.)
En ligne[modifier]
- Publications disponibles par e-rara
- Publications disponibles par Gallica
- Publications disponibles par l'université de Strasbourg
- Publications disponibles par Google livres
Bibliographie[modifier]
- J. J. Gray et Laura Tilling. « Johann Heinrich Lambert, mathematician and scientist, 1728–1777 », dans Historia Mathematica, 5 (1978), p. 13–41
- Roger Jaquel, Le savant et philosophe mulhousien Jean-Henri Lambert (1728-1777). Études critiques et documentaires, Paris, Ophrys, 1977, 170 p.
- (en) John J. O’Connor et Edmund F. Robertson, « Jean-Henri Lambert », dans MacTutor History of Mathematics archive, université de St Andrews [lire en ligne].
Postérité[modifier]
- Sa ville natale de Mulhouse perpétue sa mémoire de plusieurs façons, dont une colonne érigée à côté du temple Saint-Étienne, le lycée Jean-Henri Lambert de Mulhouse[9], une école doctorale de l'université de Haute-Alsace.
- Il y a une allée Jean-Henri Lambert au Mée-sur-Seine.
- L'astéroïde (187) Lamberta a été nommé en son honneur.
Notes[modifier]
- « Johann Heinrich Lambert » en allemand ou en anglais
- Comme on dit que Christophe Colomb était un explorateur génois, Jean Cabot un explorateur vénitien ou Ruđer Bošković un savant ragusan.
- On trouve des écrits de Lambert sur le site e-rara, consacré aux savants suisses.
- Liste complète (les noms ne sont pas de Lambert lui-même) : Projection conique conforme de Lambert, Transverse universelle de Mercator, Projection azimutale équivalente de Lambert, Projection de Lagrange, Lambert cylindrical equal-area projection, Transverse cylindrical equal area, Lambert conical equal area
- On pense qu'Aryabhata avait eu l'intuition de cette propriété, en 500 de l'ère commune ((en) S. Balachandra Rao, Indian mathematics and astronomy : Some landmarks, Bangalore, Jnana Deep Publications, 1994/1998 (ISBN 81-7371-205-0))
- Voir Fraction continue et approximation diophantienne#Résultat de Lambert
- Rééditions modernes, en allemand, Berlin, Akademie-Verlag (ISBN 3050006927 et 9783050006925) ; en français, Nouvel organon : phénoménologie, trad. Gilbert Fanfalone, Paris, Vrin, 2002, 209 p. (http://d-nb.info/97271216X)
- M. O'Leary, Revolutions of Geometry, Londres, Wiley, 2010, p. 385
- http://www.lyc-lambert-mulhouse.ac-strasbourg.fr/spip/index.php
Articles connexes[modifier]
- Loi de Beer-Lambert
- Loi du cosinus de Lambert (en)
- Projection de Lambert
- Équation trinomiale de Lambert
- Fonction W de Lambert
- Quadrilatère de Lambert (en)
- Série de Lambert
Liens externes[modifier]
- Projet Lambert-Edition, université de Mannheim, sous la direction de Lothar Kreimendahl
- « Jean-Henri Lambert » (Biographies alsaciennes avec portraits en photographie, série 1, Colmar, A. Meyer, 1884-1890, 4 p.)