Jean-Marie Vincent (philosophe)

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Jean-Marie Vincent ( - ) est un philosophe, universitaire et chercheur en sciences politiques français, il est un théoricien qui réinterprète de manière originale la théorie critique du capitalisme chez Marx.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il a fondé et dirigé jusqu'à sa retraite, en 2002, le département de sciences politiques de l'Université de Vincennes (Paris VIII), créé à l'automne 1968. Ses recherches, concentrées au départ sur l'Italie, puis sur l'Allemagne et la France, portent en particulier sur les rapports du marxisme avec la politique et l'État.

Il a publié dans ce domaine plusieurs ouvrages, souvent en collaboration avec d'autres chercheurs. Il a rédigé aussi le premier ouvrage français qui introduit à la « théorie critique » de l'École de Francfort dans ses relations avec le marxisme (Galilée, 1976). Jean-Marie Vincent développe sa propre conceptualisation dans des ouvrages remarqués, notamment Critique du travail (PUF, 1987). La discussion de grands auteurs laisse transparaître cette position originale, dans Max Weber ou la démocratie inachevée (Le Félin, 1998) et Marx après les marxismes (éd. Page 2, 2001).

Après une expérience au sein d'un groupe trotskiste, il participe à la fondation du PSU et dirige dans les années 1970 son organe Tribune socialiste. Adhérent de la tendance marxiste révolutionnaire internationaliste (TMRI, d'obédience trotskiste) au sein du PSU, il adhère, avec la majorité de cette tendance (comprenant Denis Berger, Christian Leucate, Jacques Kergoat), à la LCR en 1973 où il participe activement, dès sa fondation en 1975, à la revue Marx ou crève devenue ensuite Critique communiste (dirigée par Henri Weber). Après avoir réussi à mettre la direction de la LCR en minorité au congrès de 1979 (au sujet de son soutien à l'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique) sans pour autant se faire entendre sur le fond de sa conception politique, il quitte cette organisation en 1981.

Son marxisme initial, particulièrement attentif à la théorie du fétichisme marchand et déjà marqué par la théorie critique francfortienne, évolue dans les années 1980 et s'ouvre à l'écologie. Son ouvrage, peut-être le plus important, Critique du travail (PUF, 1987), offre une réinterprétation originale du marxisme à la lumière d'une lecture singulière des pensées de Georg Lukacs, Ernst Bloch et Martin Heidegger. Il suscite un débat auquel participe notamment André Gorz, qu'il a initié, dès 1959, à la lecture des Grundrisse de Karl Marx (ce dernier détail est révélé par Gorz lui-même peu avant sa propre mort en 2007[1]). La réélaboration par Jean-Marie Vincent de la théorie critique du capitalisme chez Marx, est proche par de nombreux aspects des théorisations du courant allemand de la " wertkritik " (la critique de la valeur) constituée autour des groupes Krisis et Exit !, de Robert Kurz ou Anselm Jappe, avec qui plusieurs correspondances et échanges ont eu lieu. Anselm Jappe écrit par exemple que le livre de Jean-Marie Vincent " Critique du travail (1987) est probablement le livre français qui se rapproche le plus de la critique de la valeur, même s'il reste par certains aspects dans le cadre du marxisme traditionnel " [2]. On peut aussi rapprocher la pensée de Jean-Marie Vincent de celle de l'américain Moishe Postone[3].

Après la chute du mur de Berlin, il lance en 1990 une nouvelle revue théorique, traitant de politique, de sociologie et de philosophie, avec Antonio Negri et son ami de toujours Denis Berger : Futur antérieur. La revue est dissoute en 1998 après le départ en Italie de Negri. De cette situation de crise naissent deux nouvelles publications en 2001 : Multitudes (dir. Yann Moulier-Boutang) et Variations - revue internationale de théorie critique (dir. Alexander Neumann) qu'il fonde en 2001.

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Jean-Marie Vincent en français (à compléter) :

  • Fétichisme et société, Paris, Anthropos, 1973
  • La théorie critique de l'École de Francfort, Paris, Galilée, 1976
  • Les mensonges de l'État, Paris, Le Sycomore, 1979
  • Critique du travail, Paris, PUF, 1987. Aujourd'hui épuisé, on peut retrouver ici l'intégralité de l'ouvrage
  • Max Weber ou la démocratie inachevée, Paris, Le Félin, 1998 (réédition en 2009)
  • Marx après les marxismes (ouvrage collectif), L'Harmattan, 1997, 2 tomes. Le texte " Marx l'obstiné " de Jean-Marie Vincent se trouve dans le tome 1.
  • Un autre Marx, Page deux, Lausanne, 2001
  • Vers un nouvel anticapitalisme (avec Michel Vakaloulis et Pierre Zarka), Paris, Le Félin, 2003
  • Sciences sociales et engagement (dir. avec Alexander Neumann), Paris, Syllepse, 2003.

Autour de Jean-Marie Vincent :

  • Alexander Neumann, "Von der Arbeitskritik zur Multitutde (Jean-Marie Vincent)" in : "Kritische Arbeitssoziologie, ed. Schmetterling, 2010.
  • Antoine Artous, Le fétichisme chez Marx, Syllepse, 2008.
  • Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur, Denoël, 2003.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Philosophie en situations : André Gorz, un philosophe pour l’avenir » France Culture, Les Vendredis de la philosophie, par François Noudelmann (1re diffusion le 14 octobre 2005).
  2. Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur, Denoël, 2003, p. 130.
  3. Comme le remarque Antoine Artous, L'actualité de la théorie de la valeur de Marx. À propos de Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, dans A Contre temps, 2009