Plus-value (marxisme)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La plus-value (ou parfois survaleur[1]) est un concept forgé par Proudhon, puis repris et développé par Karl Marx dans sa critique de l'économie politique, et détaillé dans Le Capital. Karl Marx reprend et complète la théorie de la valeur des économistes classiques (Adam Smith, David Ricardo, etc.), selon lesquels la source de la valeur d’échange d’une marchandise est le travail qui y est incorporé.

Dans la théorie de la valeur de Marx, la plus-value a une signification précise : c’est la différence entre la quantité de valeur ajoutée par le travailleur à la marchandise initiale et la valeur de la force de travail nécessaire (le travail lui-même étant "incommensurable" au sens de non-marchandisable puisque le travail, c'est l'individu, un être vivant, pensant, et non une marchandise).

Le problème de l'explication de la source de plus-value est exprimée chez Friedrich Engels comme suit (dans l'Anti-Dühring) :

« Quelle est l'origine de cette plus-value ? Elle ne peut ni venir du fait que l'acheteur a acheté les marchandises au-dessous de la valeur, ni du fait que le vendeur les a revendues au-dessus de la valeur. Car, dans les deux cas, les gains et les pertes de chaque individu se compensent, puisque chacun est tour à tour acheteur et vendeur. Elle ne peut provenir non plus du dol, puisque le dol peut sans doute enrichir l'un aux dépens de l'autre, mais il ne peut pas augmenter la somme totale possédée par l'un et l'autre, non plus, par conséquent, que la somme des valeurs circulantes en général. »[2]

Marx lui-même considère le lien entre profit, intérêt, rente et plus-value, et celui entre plus-value et surtravail comme l'une de ses plus grandes conquêtes théoriques.

Travail nécessaire et surtravail[modifier | modifier le code]

Dans le mode de production capitaliste, le temps de travail du prolétaire se divise en temps de travail nécessaire et temps de surtravail. Le travail nécessaire est le travail que le travailleur effectue pour assurer la production et la reproduction de sa propre force de travail, c'est-à-dire le travail qu'il lui faut fournir pour satisfaire ses besoins et se reproduire. Le surtravail est le travail accompli au-delà du temps de travail nécessaire, donc effectué gratuitement pour le compte du détenteur du capital qui achète la force de travail.

Selon la théorie de la valeur travail, le travail humain est la seule source de nouvelle valeur d’échange, mais il est aussi indispensable pour la conservation et le transfert de la valeur.

Le travail vivant, à un certain niveau de productivité, est capable de créer et transférer plus de valeur qu’il ne lui en faut pour vivre ; c’est la raison pour laquelle l’employeur achète la force de travail, afin d’augmenter la valeur du capital. Le propriétaire des moyens de productions achète la force de travail à une certaine valeur, inférieure à la valeur du travail total effectué. Le surtravail est donc du travail non payé accaparé par le détenteur des moyens de production sous forme de temps de travail et de produit. La fonction du travail productif est seulement, pour le capitaliste, de transférer la valeur du capital constant au produit final, et lui ajouter de la valeur.

Capital constant et capital variable[modifier | modifier le code]

Le capital constant est la valeur des moyens de production (bâtiments, machines, matières premières, etc.). Le capital variable est la valeur de la force de travail mise en jeu dans la production.

La somme du capital constant (C) et du capital variable (V) est égale au capital total avancé pour la production (K).

K= C+V

Définition de la plus-value[modifier | modifier le code]

La plus-value est la valeur du surtravail, c’est-à-dire du travail non payé accompli par le travailleur pour le capitaliste, ce qui est la base de l'accumulation du capital. Cette valeur est égale à la quantité de travail moyen incorporé dans le surproduit, le surproduit étant la composante du produit résultant de la période de surtravail.

Si w est la valeur d’un produit, on a :

w = c + l = c + v + s

v est la valeur de la force de travail nécessaire qui revient au travailleur ; s la plus-value ; l la quantité totale de valeur ajoutée à l’objet du travail pendant la production. La valeur c, qui correspond à la consommation de capital constant pendant l’unité de temps considérée, n’est que transférée pendant le processus. Elle contient la dépréciation des moyens de production (machines, bâtiments, etc.) ainsi que la valeur des produits de base consommés (matières premières, combustible, composants, etc.).

Une partie de la plus-value est consommée ou thésaurisée par la bourgeoisie. Une autre est réinvestie dans le processus de valorisation, ce qui constitue l’accumulation du capital.

Partage de la plus-value[modifier | modifier le code]

La plus-value, une fois extraite du surtravail, est ensuite partagée entre les différents acteurs du capital.

« La plus-value, c'est-à-dire la partie de la valeur totale des marchandises dans laquelle est incorporé le surtravail, le travail impayé de l'ouvrier, je l'appelle le profit. Le profit n'est pas empoché tout entier par l'employeur capitaliste. Le monopole de la terre met le propriétaire foncier en mesure de s'approprier une partie de la plus-value sous le nom de rente, que la terre soit employée à l'agriculture, à des bâtiments, à des chemins de fer ou à toute autre fin productive. D'autre part, le fait même que la possession des instruments de travail donne à l'employeur capitaliste la possibilité de produire une plus-value ou, ce qui revient au même, de s'approprier une certaine quantité de travail impayé, permet au possesseur des moyens de travail qui les prête en entier ou en partie à l'employeur capitaliste, en un mot, au capitaliste prêteur d'argent, de réclamer pour lui-même à titre d'intérêt une autre partie de cette plus-value, de sorte qu'il ne reste à l'employeur capitaliste comme tel que ce que l'on appelle le profit industriel ou commercial. »

— Karl Marx , Salaires, prix et profits

De même, les taxes prélevées par l’État (directes ou indirectes, sur les profits ou sur les salaires) sont prélevées sur la plus-value. Ainsi, la plus-value est répartie en :

  • rente pour le propriétaire foncier
  • intérêt pour le banquier
  • impôt pour l'état
  • profit industriel & commercial

Taux de plus-value[modifier | modifier le code]

Le taux de plus-value est défini par Marx comme le volume de plus-value produit par la force de travail divisé par le capital variable (coût du travail) dépensé pour la produire. Donc si v est le capital variable et s la plus-value, le taux de plus-value est :

r = s/v

C’est le rapport entre la valeur du travail non payé divisé par la valeur du travail payé, exprimées en unités monétaires.

Ce taux de plus-value est aussi égal à la valeur du surproduit divisé par la valeur de la partie du produit correspondant au travail nécessaire.

De même on peut définir un taux d’exploitation qui est égal au temps de surtravail divisé par le temps de travail nécessaire.

Les taux de plus-value et d’exploitation sont égaux.

Plus-value absolue et relative[modifier | modifier le code]

  • Maximisation de la plus-value absolue : Il s’agit de toutes les méthodes qui cherchent à étendre la grandeur absolue de la plus-value. La méthode la plus classique dans la première moitié du XIXe siècle est le prolongement de la journée de travail. La durée du travail nécessaire reste la même, seule la durée de surtravail augmente. Une autre voie est l’augmentation de l’intensité du travail (diminution des pauses, etc.). Ou bien encore l’extension de l’exploitation à d’autres catégories d’individus (par exemple les enfants).
  • Maximisation de la plus-value relative : Ce sont toutes les méthodes qui tentent d’augmenter le surtravail relativement au travail nécessaire. Si la durée de travail est fixée, on cherche à diminuer la valeur du travail nécessaire en augmentant la productivité du travail. Cela peut se faire par amélioration de la division du travail ou par la mécanisation.

Antagonisme des classes sociales[modifier | modifier le code]

L'extraction de la plus-value par la bourgeoisie d’une part, et la résistance du prolétariat à cette exploitation d’autre part, sont, selon le marxisme, au cœur de l'antagonisme entre ces classes sociales, parfois latent ou caché, parfois s’exprimant dans un conflit ouvert. Cet antagonisme se manifeste sur le terrain économique (revendications salariales, grèves, etc.) et sur le terrain politique (luttes pour la réduction du temps de travail, lutte pour le pouvoir politique, révolution, etc.) : c’est la lutte des classes.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On trouve page XLV, dans l'introduction à la nouvelle traduction du Livre I du Capital, dirigée par Jean-Pierre Lefebvre (aux Éditions sociales en 1982, rééditée maintenant aux PUF dans la collection Quadrige), une discussion détaillée des termes plus-value et survaleur. Il en ressort que l'emploi de survaleur est à préférer à celui de plus-value (utilisé à l'origine par Joseph Roy dans la 1re traduction française du Livre I), car il fait pendant à la notion de surtravail et traduit mieux les termes employés par Marx, Mehrwert pour survaleur et Mehrarbeit pour surtravail.
  2. F. Engels, Anti-Dühring

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]