Théorie de la valeur (marxisme)

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La théorie de la valeur est un concept marxiste d'analyse économique. Karl Marx reprend l'idée de la valeur-travail développée par Ricardo: la valeur d'un bien dépend de la quantité de travail direct et indirect nécessaire à sa fabrication. Mais alors que Ricardo considère le travail comme une commodité ordinaire[1], Marx juge l'expression 'valeur du travail' incorrecte partant du principe que le travail est à l'origine de toute valeur. Pour Marx les salaires ne représentent pas la valeur du travail mais la location de la force de travail du salarié (Arbeitskraft). Il propose l'explication suivante à l'origine du profit : de la valeur nouvellement créée, le salaire du travailleur ne représente que la part nécessaire à sa propre survie, le reste constituant la plus-value.

Profit[modifier | modifier le code]

Pour rendre la valeur travail compatible avec un taux de plus-value uniforme parmi les industries, Marx radicalise la division du capital introduite par Adam Smith. Il distingue la part nécessaire au paiement des salaires capital variable (de), du reste, le capital fixe : immobilier (terre, locaux), outils de production (machines), matières premières ou produits intermédiaires… Selon Marx, seul le travail permet une augmentation du capital, d'où le terme variable. Cette décomposition permet de poser les bases d'un concept de valeur-travail compatible un taux uniforme des profits. (voir Le problème de transformation chez Marx (en))

industrie capital total capital fixe capital variable taux de plus-value plus-value taux de profit valeur totale
C + V C V r S = r V p = S/(C+V) C+V+S
X 1000 500 500 0.6 300 300 = 30 % 1300
y 1000 750 250 0.6 150 150 = 15 % 1150

Analyse marxiste de la valeur[modifier | modifier le code]

Marx reprend la théorie classique de David Ricardo et Adam Smith. Il critique l'association de valeur avec la rareté. Sa théorie s'intéresse surtout à la notion de plus-value (marxisme).

Marx reprend la théorie classique[2] de la valeur travail afin de montrer les contradictions dans les raisonnements de ces auteurs libéraux. En ce sens il est parfois considéré comme le dernier des classiques bien qu'il contredise la plupart des conclusions des auteurs de cette école[3].

La valeur[modifier | modifier le code]

L'utilité d'un bien (sa « valeur d'usage ») n'est pas déterminante pour expliquer la valeur d'un bien. Pour Marx, la comparaison de deux biens en vue d'en échanger certaines quantités (une certaine quantité de farine contre une certaine quantité de fer par exemple) ne peut se faire que par l'intermédiaire d'une troisième variable, la valeur, faisant office d'étalon (cette variable permettra d'établir combien d'unités de fer il faut pour valoir une unité de farine et inversement)[4].

Aussi, Marx définit la valeur d'échange comme étant la valeur d'un bien. Et que sa valeur d'usage n'en est que le support. La valeur n’a pas besoin du marché pour exister réellement, aussi c'est le travail nécessaire à la production des biens qui est retenu par Marx pour expliquer leur valeur d'échange[5].

Pour qu'il y ait un échange entre les biens, il faut que les utilités des objets soit différentes, et qu'il y ait un moyen de comparer les deux. Ce qu'il y a de commun entre deux objets, c'est le travail qu'il a fallu fournir pour leur production[6].

En tant que valeurs toutes les marchandises ne sont que du travail humain cristallisé.

Le travail abstrait[modifier | modifier le code]

La grandeur de valeur d’une marchandise est donc définie par le temps de travail moyen socialement nécessaire à sa production. Ce travail va être défini comme étant le "travail abstrait".

Cela ne s'applique selon Marx qu'au travail fourni pour produire des marchandises susceptibles d'être échangées. Ainsi, le travail domestique (cuisiner, nettoyer, peindre un tableau pour décorer son intérieur) a une utilité, mais ne produit pas de marchandises susceptibles d'être échangées et est donc sans valeur. De même, des marchandises produites impossibles à échanger n'ont pas non plus de valeur (par exemple les biens collectifs).

Ce qui fonde donc la valeur selon Marx, c'est la quantité de travail incorporé à la marchandise. Afin de supprimer les individualités, il attribue la valeur aux heures de travail socialement nécessaires dans la société (c'est-à-dire le temps moyen). La valeur de la marchandise est proportionnelle au temps de travail humain.

Le travail concret est le travail produisant de la valeur d'usage. Le travail abstrait est le travail produisant de la valeur d'échange.

Le capital[modifier | modifier le code]

Un équipement, que Marx appelle le capital, transmet indirectement de la valeur aux marchandises. Quand une machine est utilisée pour fabriquer un objet, la valeur transmise doit prendre en considération le temps de travail humain qui fut nécessaire pour fabriquer la machine, qu'on répartira ensuite sur le nombre total d'objets qu'est capable de fabriquer la machine avant d'être détruite. Lorsque les machines sont performantes, ou lorsqu'elles sont faciles à construire, la valeur des objets baisse car elles transmettent moins de travail humain à chaque objet. C'est effectivement le cas pour les métiers fortement automatisés aujourd'hui.

Le prix de l'objet est la mesure de la valeur. Ce prix peut varier (à la différence de la valeur intrinsèque définie précédemment), selon la monnaie et le marché, c’est-à-dire l'offre et la demande totale en marchandises. Le prix oscille autour de la valeur moyenne de l'objet.

Les échanges (les ventes de marchandises) permettent de faire circuler le capital. Le produit de la vente permet de racheter les matières premières, qui permettent de refabriquer les marchandises. Comme l'échange se fait à une valeur plus élevée que son coût réel, chaque cycle permet d'augmenter le capital total. Plus il y a d'échanges, plus le capital augmente.

La Valeur d'échange est la somme du Capital constant, du capital variable et de la plus-value.

Le Capital constant est le travail mort (travail indirect chez Ricardo) c'est-à-dire le capital ne s'animant que par l'intermédiaire de la force de travail, le capital variable est le travail vivant (travail direct chez Ricardo) c'est-à-dire les salaires. Chez Marx, la plus-value est obtenue uniquement par l'exploitation du travail de l'homme (et non du capital puisque seul l'homme est exploitable).

Vision des auteurs[modifier | modifier le code]

Karl Marx, dans le Capital, reprend et critique en profondeur la théorie ricardienne de la valeur et en déduit les caractères propres du capitalisme :

  • Partant d'Aristote, et du fait que la production marchande repose sur la division du travail, Marx montre dans Le Capital, qu'une marchandise est d'abord objet d'utilité, non pour celui qui la produit, mais pour celui qui la désire. Ceci posée la valeur du travail ou, plus exactement, la quantité de travail socialement nécessaire à la production d'une marchandise devient l'étalon de comparaison des valeurs des marchandises entre elles, aucun producteur n'acceptant de se séparer de sa production s'il n'est pas convaincu qu'il verra son travail rétribué à sa "juste valeur", autrement dit, s'il n'a pas le sentiment que son effort est rétribué en fonction du temps et de la peine qu'il lui aura coûté. Un travail qui ne permet pas de subvenir à ses besoins réels, un travail pour lequel on dépense plus d'énergie et de richesse qu'on en (re)constitue n'est ainsi qu'un travail socialement inutile.
  • Les travailleurs cèdent leur force de travail pour un temps déterminé, leur salaire correspond alors au "minimum vital" permettant de reconstituer leur force de travail (nourriture, vêtements, logement, mais aussi repos, éducation, culture, ce minimum étant un produit des conditions historiques, sociales et culturelles, plus que le minimum nécessaire pour survivre). Ainsi dans le modèle capitaliste, la force de travail est masquée par une fiction qui en fait une marchandise. Le résultat de cet usage de la force de travail est le « surtravail ». En effet la quantité de travail nécessaire à la reproduction de la force de travail (c’est-à-dire le labeur nécessaire à la création des biens de subsistance, de formation etc...) est inférieure au labeur imposé par les capitalistes aux travailleurs. La différence entre le travail effectivement accompli et le travail effectivement rémunéré constitue la « plus-value » (origine du profit), résultante de l’exploitation du travailleur par le détenteur du capital, du prolétaire par le bourgeois.
  • Si seul le travail est source de la valeur, alors le système capitaliste est condamné. En effet, plus l’histoire économique avance, plus s’accroît le volume du capital au détriment du volume de travail (substitution capital/travail). Cette augmentation de l'intensité capitalistique de la composition organique du capital conduit à la « baisse tendancielle du taux de profit », étant donné que le capitaliste n'est capable d'exploiter que le travailleur (avec la plus-value), et nullement la machine.

Les Marxistes apportent les nuances suivantes :

  • L'utilisation de machines dans la production ne change en rien cette analyse objective de la valeur puisqu'une machine ne produit pas de valeur mais transmet simplement la sienne au bien qu’elle produit, la valeur dégagée par une machine est égale à l'usure de celle-ci, car une machine n’est que du travail accumulé (Marx).
  • La valeur d'un bien est affectée par l'expression d'un certain type de rapport social de production, déterminé par l'état des forces productives[7].
  • La valeur est aussi une propriété émergente du fétichisme de la marchandise qui vient du fait que les hommes s'en remettent à la circulation des choses dans le cadre concurrentiel de l'équivalence généralisée pour établir des liens productifs entre eux. Elle n'aurait donc de sens que dans le cadre d'une économie de marché.

La valeur est l'expression d'un rapport social de production qui se décompose en trois aspects :

  • Sa forme (l'échangeabilité qui induit la coordination des producteurs de marchandises sans organisation préalable),
  • Sa substance (le travail abstrait qui représente le travail socialement nécessaire pour produire la marchandise)
  • Et sa grandeur (la quantité de travail abstrait déterminé par l'état des forces productives)[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Labour, like all other things which are purchased and sold, and which may be increased or diminished in quantity, has its natural and its market price. The natural price of labour is that price which is necessary to enable the labourers, one with another, to subsist and to perpetuate their race, without either increase or diminution.
  2. David Ricardo et Adam Smith
  3. Par la suite, les néoclassiques abandonneront la théorie de la valeur travail et adopteront celle de l'utilité marginale. L'utilité marginale est définie comme l'utilité de la dernière unité d'un bien consommé. A titre d'exemple le premier verre d'eau a beaucoup de valeur pour un assoiffé, mais le quarantième en a aucune. Cette définition de la valeur domine l'économie actuelle.
  4. La différence d'utilité entre fer et la farine n'ayant « rien de vague et d'indécis » tandis que leurs valeurs d'échange sont un « rapport qui change constamment avec le temps et le lieu ». Si la valeur d'échange est changeante tandis que l'utilité est constante, c'est que la première n'est pas fonction de la seconde.
  5. On pourra notamment se référer à ce passage du Capital, Livre I : L'utilité d'une chose fait de cette chose une valeur d'usage. Déterminée par les propriétés du corps de la marchandise, elle n'existe point sans lui. Ce corps lui-même, tel que fer, froment, diamant, etc., est conséquemment une valeur d'usage, et ce n'est pas le plus ou moins de travail qu'il faut à l'homme pour s'approprier les qualités utiles qui lui donne ce caractère. Quand il est question de valeurs d'usage, on sous-entend toujours une quantité déterminée, comme une douzaine de montres, un mètre de toile, une tonne de fer, etc. Les valeurs d'usage des marchandises fournissent le fonds d'un savoir particulier, de la science et de la routine commerciales.
  6. Karl Marx, Le Capital, Livre 1 — « La marchandise et la monnaie ».
  7. a et b Isaac Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx

Articles connexes[modifier | modifier le code]