Georg Lukács

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Georg Lukacs)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lukács.
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec George Lucas ni Georges Lucas.
Georg Lukács
Lukács György.jpg
Naissance
Décès
(à 86 ans)
Budapest[1]
Nationalité
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
théorie de la réification
Œuvres principales
Histoire et conscience de classe (1923) - Le Roman historique (1937) - Ontologie de l'être social
Influencé par
A influencé

Georg Lukács ou György Lukács, né György Löwinger le 13 avril 1885 et mort le 4 juin 1971, est un philosophe marxiste et sociologue de la littérature hongroise, hongrois d'expression allemande.

Biographie[modifier | modifier le code]

György Lukács naît dans une famille de la bourgeoisie juive de Budapest. Il fait des études de philosophie à l'université Humboldt de Berlin et obtient son doctorat ès lettres en 1906. Il devient l'assistant de Max Weber.

En 1917, il adhère au marxisme et entre par la suite au Parti communiste de Hongrie. Il participe à la République des conseils de Hongrie de 1919 (dirigée par Béla Kun, dont il est commissaire à l'Instruction). Avec Tibor Szamuely, Lukács devint l'idéologue et l'exécuteur de la terreur rouge.

Après l'échec de ce soulèvement, il s'exile en Autriche, puis à Berlin, et enfin à Moscou à partir de 1933. Il revient en Hongrie en 1945, et devient député et professeur de philosophie.

Il est ministre de la Culture dans le gouvernement d'Imre Nagy en 1956. Après la répression de l'Insurrection de Budapest, il est exilé en Roumanie, mais peut revenir en Hongrie en 1957. Il se consacre alors aux questions d'esthétique et de théorie littéraire.

Travaux[modifier | modifier le code]

Lukács est le précurseur des études sociologiques sur la littérature romanesque. Il a su adopter une perspective qui replace l'œuvre d'art dans son contexte social et historique qu'il s'efforce de reconstituer et d'analyser. Il fut également un farouche défenseur du réalisme en littérature, répudiant notamment le modernisme incarné par des auteurs tels que Kafka, Joyce ou Beckett. Cette partie de son œuvre trouve des prolongements dans celle du sociologue Wolf Lepenies.

Il a été lauréat du Goethe-Preis décerné par la ville de Francfort-sur-le-Main en 1970.

Histoire et Conscience de classe (1923)[modifier | modifier le code]

Histoire et conscience de classe est sans doute l’œuvre la plus célèbre de Lukács. Elle est considérée comme l’œuvre fondatrice du marxisme occidental (Maurice Merleau-Ponty, Perry Anderson).

Dans cet ouvrage, Lukács fait un concept historique de la théorie de la réification (appelée « fétichisme de la marchandise » dans Le Capital de Marx). Pour Lukács, l'« idéologie » est en réalité une projection de la conscience de classe de la bourgeoisie, qui fonctionne pour empêcher le prolétariat d'atteindre une conscience réelle de sa position sur le plan politique, et révolutionnaire. L'idéologie détermine la forme d'« objectivité », ainsi que la structure de la connaissance elle-même. La vraie science doit atteindre, selon Lukács, la « totalité concrète » à travers laquelle seulement il est possible de penser à la forme actuelle de l'objectivité comme une période historique. Ainsi, les lois dites « éternelles » de l'économie sont rejetées comme l'illusion idéologique projetée par la forme actuelle de l'objectivité (Quel est le marxisme orthodoxe ?, § 3). Il écrit aussi : « C'est seulement lorsque le noyau de l'être s'est montré lui-même comme devenir social que l'être lui-même peut apparaître comme un produit, à ce jour inconscient, de l'activité humaine et cette activité, à son tour, comme l'élément décisif de la transformation de l'être. » (Quel est le marxisme orthodoxe ?, § 5) Enfin, le « marxisme orthodoxe » n'est pas défini comme l'interprétation capitale comme si c'était la Bible ou l'embrassement de certaines « thèses marxistes », mais comme une fidélité à la « méthode marxiste », la dialectique.

Cet ouvrage a inspiré un certain nombre d'intellectuels marxistes du XXe siècle tels que Guy Debord ou Lucien Goldmann. Ce dernier a même avancé que le célèbre essai de Martin Heidegger, Être et Temps, est à comprendre en partie comme une réponse à l'ouvrage de Lukács.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Édition de référence[modifier | modifier le code]

[GW] (de) G. Lukács, Gesammelte Werke, Darmstadt, Luchterhand,‎ 1968–1981.

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

  • (de) Die Seele und die Formen : Essays, Berlin, Egon Fleischel,‎
    • trad. fr. : L'Âme et les Formes : traduction, notes introductives et postface de Guy Haarscher, Paris, Gallimard, coll. « bibliothèque de philosophie »,‎
  • (de) Theorie des Romans,‎
    • trad. fr. : La Théorie du roman,‎ (ré-éd. Denoël, 1968 ; Gallimard, 1989)
  • (de) Geschichte und Klassenbewußtsein,‎
    • trad. fr. : Histoire et conscience de classe (trad. Kostas Axelos et Jacqueline Bois), Paris, Minuit,‎
  • (de) Goethe und seine Zeit,‎
    • trad. fr. : Goethe et son époque, Nagel,‎
  • (de) Der junge Hegel - Über die Beziehungen von Dialektik und Ökonomie,‎
    • trad. fr. : Le Jeune Hegel : sur les rapports de la dialectique et de l'économie, Gallimard,‎
  • (de) Deutsche Literatur im Zeitalter des Imperialismus,‎
  • (de) Existentialismus oder Marxismus,‎
    • trad. fr. Existentialisme ou Marxisme ?, Nagel,‎ (ré-éd. Nagel, 1961)
  • (de) Deutsche Realisten des 19. Jahrhunderts,‎
  • (de) Wider den missvertandenen Realismus, puis (de) Die Gegenwartsbedeutung des kritischen Realismus
    • trad. fr. : La signification présente du réalisme critique, Gallimard,‎
  • (de) Balzac und der französische Realismus,‎
    • trad. fr. : Balzac et le réalisme français, Maspero,‎
  • (de) Der russische Realismus in der Weltliteratur,‎ 1953/1964
  • (de) Die Zerstörung der Vernunft, Berlin,‎
    • trad fr. :
      • édition L'Arche (1959) : La Destruction de la raison, tome 1 : Les Débuts de l’irrationalisme moderne, de Schelling à Nietzsche (trad. René Girard, André Gisselbrecht, Joël Lefebvre, Édouard Pfrimmer), L'Arche,‎ , 362 p. / La Destruction de la raison, tome 2 : L’Irrationalisme moderne de Dilthey à Toynbee (trad. René Girard, André Gisselbrecht, Joël Lefebvre, Édouard Pfrimmer), L'Arche,‎ , 384 p.
      • édition Delba (2006) : La Destruction de la raison : Nietzsche, Delga,‎ , 217 p. (ISBN 2-915854-03-3) assorti d’une préface de l’auteur (1966) inédite en français et augmenté des passages “anti-américains” initialement censurés dans la précédente édition française. / La Destruction de la raison - Schelling, Schopenhauer, Kierkegaard, Delga,‎ , 270 p. (ISBN 978-2-915854-21-3)
  • (de) Der historische Roman, Berlin,‎
  • (de) Ontologie - Marx. Zur Ontologie des gesellschaftlichen Seins. Die Ontologischen Grundprinzipien bei Marx,‎ - repris in Ontologie des gesellschaftlichen Seins (1984)
  • (de) Ästhetik in Vier Teilen,‎ 1972-76
    • trad. fr. : Philosophie de l'art : 1912-1914, premiers écrits sur l'esthétique (trad. Rainer Rochlitz, préf. Rainer Rochlitz),‎
  • (de) Gelebtes Denken. Eine Autobiographie im Dialog,‎ 1980-81
  • (de) Zur Ontologie des gesellschaftlichen Seins,‎

Autres textes disponibles en français[modifier | modifier le code]

  • Journal, 1910-1911, Rivages, coll. « Rivages poche. Petite bibliothèque » (no 526),‎
  • Correspondance de jeunesse, 1908-1917, François Maspero,‎
  • Littérature, philosophie, marxisme, 1922-1923,‎
  • Lénine, EDI,‎
  • Thomas Mann, Maspero,‎
  • Brève histoire de la littérature allemande, Paris, Nagel,‎
  • Soljénitsyne, Gallimard, coll. « idées » (no 225),‎
  • Écrits de Moscou, Ed. Sociales,‎
  • Marx et Engels historiens de la littérature (trad. Gilbert Badia), L'Arche,‎ , 120 p. (ISBN 9782851811660)
  • Problèmes du réalisme (trad. Claude Prévost et Jean Guégan), L'Arche,‎ , 400 p. (ISBN 9782851811615); analyses sur Cervantès, Diderot, Goethe, Balzac, Flaubert, Zola, Tolstoï, Thomas Mann; correspondance entre Anna Seghers et Georg Lukács.
  • Textes,‎
  • Pensée vécue, mémoires parlées (trad. Jean-Marie Argelès), L'Arche,‎ , 272 p. (ISBN 9782851810625) (autobiographie)
  • Socialisme et Démocratisation,‎
  • Dialectique et Spontanéité, Ed. de la Passion,‎
  • Le Jeune Marx, son évolution philosophique de 1840 à 1844, Ed. de la Passion,‎
  • Prolégomènes à l'ontologie de l'être social, Delga,‎

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • H. Arvon, Georges Lukacs, ou le Front populaire en littérature, Paris, Seghers, coll. « Philosophes de tous les temps » (no 41),‎ .
  • Y. Bourdet, Figures de Lukács, Paris, Anthropos,‎ .
  • L. Goldmann, Lukács et Heidegger, Paris, Denoël-Gonthier,‎ .
  • G. Haarscher, « Approche des écrits de jeunesse de Lukács », dans L'Âme et les Formes,‎ , p. 277-353.
  • G. Lichtheim (trad. Sylvie Dreyfus), Lukács, Paris, Seghers, coll. « Les Maîtres modernes » (no 10),‎ .
  • C. Preve, « Vers une nouvelle alliance. Actualité et possibilités de développement de l’effort ontologique de Bloch et de Lukács », dans Ernst Bloch et György Lukács. Un siècle après, Paris, Actes Sud,‎
  • P. Noutsos, Le problème de la « direction intellectuelle » chez Georg Lukács (lire en ligne)
  • R. Rochlitz, Le Jeune Lukács : 1911-1916: théorie de la forme et philosophie de l'histoire, Paris, Payot,‎ (ISBN 2-228-13170-9)
  • (en) T. Stahl, « Georg [György] Lukács », dans The Stanford Encyclopedia of Philosophy, Edward N. Zalta (ed.),‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D'après le site des Éditions de Minuit (consulté le 13 mai 2013).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]