International Gamma-Ray Astrophysics Laboratory

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International Gamma-Ray Astrophysics Laboratory

Caractéristiques
Organisation ESA, NASA, RKA
Domaine Étude des rayons gamma et X
Masse 3 500 kg
Lancement 17 octobre 2002 à 04:41 UTC
Lanceur Proton K
Autres noms INTEGRAL
Orbite Orbite terrestre fortement elliptique
Périapside 639 km
Apoapside 153 000 km
Période 66 h
Inclinaison 51,7°
Télescope
Type Masque codé
Diamètre 3,7 m
Superficie 500 cm² (SPI et JEM-X), 3 100 cm² (IBIS)
Focale ~ 4 m
Longueur d'onde Rayons gamma et X
Index NSSDC 2002-048A
Site ESA
Principaux instruments
SPI Spectromètre
IBIS Imageur
JEM-X Moniteur de rayons X
OMC Moniteur optique

INTErnational Gamma-Ray Astrophysics Laboratory (INTEGRAL) est un observatoire spatial d'astrophysique européen qui étudie les rayons gamma de moyenne énergie (de 20 keV à 100 MeV) émis par des sources telles que les trous noirs, étoiles à neutrons, supernovae, le milieu interstellaire, etc . Ce satellite de 4 tonnes utilise la combinaison de deux instruments pour ses observations : IBIS qui se caractérise par sa résolution angulaire et est utilisé pour localiser avec précision la source du rayonnement gamma et SPI qui dispose par contre d'une meilleure résolution spectrale. La mission d'Integral, qui a été placé en orbite en 2002, a été prolongée par l'Agence spatiale européenne, pilote du projet, jusqu'en 2014.

Contexte[modifier | modifier le code]

En juin 1993, l'Agence spatiale européenne sélectionne INTEGRAL comme la deuxième mission de taille moyenne (M2) du programme scientifique Horizon 2000. Le satellite doit utiliser une instrumentation de 10 à 50 fois plus sensible que ses prédécesseurs. Le détecteur doit utiliser la technique du masque codé qui a été utilisé pour la première fois dans le domaine spatial en 1989 par le télescope français SIGMA (Système d'Imagerie Gamma Masque Aleatoire) embarqué sur le satellite soviétique Granat[1].

Objectifs[modifier | modifier le code]

Les rayons gamma et les rayons X ne peuvent pas pénétrer dans l'atmosphère terrestre. Les observations directes de tels rayons ne peuvent donc se faire que depuis l'espace. Le rayonnement gamma est difficile à observer car l'énergie des photons est telle qu'on ne peut les faire converger vers le détecteur. Mais son observation permet de détecter des processus fondamentaux. Il est émis au sein des phénomènes les plus violents de l'univers tels que les explosions d’étoiles (novae, supernovae) et leurs résidus compacts : les étoiles à neutrons et les trous noirs. Il est également produit lors de la désexcitation des noyaux d'atomes ce qui permet en l'observant de pratiquer une spectroscopie nucléaire des sites cosmiques. Enfin l'interaction matière antimatière produit également ce type de rayonnement.

Les objectifs d'INTEGRAL sont les suivants :

  • Fournir des données permettant d'enrichir la théorie de la nucléosynthèse en détectant les noyaux atomiques générés durant la fin de vie des étoiles[2].
  • Détecter les restes des anciennes supernovae en identifiant les noyaux d'atomes radioactifs synthétisés de manière typique par celles-ci[3].
  • Identifier les phénomènes de nucléosynthèse froide, c'est-à-dire les scissions d'atomes ayant pour origine la collisions d'atomes ou de protons accélérés avec des atomes du milieu interstellaire. Lors de la collision, les atomes du milieu interstellaire (carbone, oxygène, azote) sont brisés (processus de spallation) et donnent naissance à des atomes plus légers : lithium, béryllium et bore. INTEGRAL doit étudier plus particulièrement ces atomes à travers les rayons gammas émis par ceux-ci lorsqu'ils retournent de l'état excité à l'état fondamental[4].
  • Observation des novae et supernovae thermonucléaires[5].
  • Observation des supernovae gravitationnelles c'est-à-dire résultant de la désintégration d'une étoile d'une masse supérieure à 8-10 masses solaires[6].
  • Observation des objets compacts telles que les naines blanche, les étoiles à neutrons, les trous noirs[7]
  • Observation des galaxies, clusters, AGN, blazars, du fond diffus cosmologique[7]
  • Observation des processus et phénomènes d'accélération au centre de notre galaxie
  • Identification des sources de rayons gammas dont l'origine est aujourd'hui inconnue[7]

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

INTEGRAL a été lancé depuis le centre spatial de Baïkonour, au Kazakhstan, le 17 octobre 2002, par une fusée russe Proton sur une orbite très elliptique, avec une période de 3 jours sidéraux. L'orbite d'INTEGRAL a été choisie pour que le satellite passe le maximum de temps en dehors de la ceinture de radiations autour de la Terre. Le satellite est contrôlé depuis l'ESOC, à Darmstadt, en Allemagne, grâce à deux antennes situées en Belgique et en Californie (États-Unis d'Amérique). La consommation du carburant d'INTEGRAL suit les prédictions. Sa mission a été prolongée, ainsi que celle d'une dizaine d'autres satellites scientifiques de l'agence spatiale européenne, jusqu'en 2014[8].

Instruments scientifiques[modifier | modifier le code]

INTEGRAL dispose de 4 instruments scientifiques : deux instruments principaux, l'imageur IBIS et le spectromètre SPI et deux instruments de surveillance, le moniteur de rayons X JEM-X (basse énergie) et la caméra de surveillance optique OMC. Tous sont alignés sur un même axe pour qu'ils observent simultanément la même portion de ciel. Les 3 instruments de haute énergie utilisent la technique du masque codé, puisqu'il n'existe pas de miroirs qui permettent de faire converger des rayons X et des rayons gamma. Les masques codés utilisés ont été principalement développés par l'Université de Valence, en Espagne.

L'imageur IBIS[modifier | modifier le code]

L'imageur d'INTEGRAL, baptisé IBIS (Imager on Board the INTEGRAL Satellite), peut observer entre 15 keV et 10 MeV. Sa résolution spatiale est de 12 minutes d'arc, mais la déconvolution peut la réduire à une bien meilleure valeur, atteignant une minute d'arc. Un masque de 95 par 95 tuiles rectangulaires de tungstène est situé à 3,2 mètres au-dessus des détecteurs. Le système de détecteurs d'IBIS contient un premier plan de 128 par 128 tuiles de tellurure de cadmium (appelé ISGRI pour INTEGRAL Soft Gamma-Ray Imager), puis un second plan de 64 par 64 tuiles de iodure de césium (PICsIT, pour Pixellated Cesium-Iodid Telescope). ISGRI est sensible jusqu'à environ 500 keV, tandis que PICSIT s'étend jusqu'à 10 MeV. Les deux instruments sont entourés d'écrans de protection en tungstène et en plomb.

Le spectromètre IBIS[modifier | modifier le code]

Le spectromètre primaire à bord d'INTEGRAL, baptisé SPI (SPectrometer for INTEGRAL), observe entre 20 keV et 8 MeV. SPI consiste également en un masque codé de tuiles hexagonales de tungstène, au-dessus d'un détecteur fait de 19 cristaux de germanium. Ces cristaux sont refroidis activement par un système mécanique, et donnent une résolution en énergie entre 2 keV et 1 MeV.

Le moniteur de rayons JEM-X[modifier | modifier le code]

INTEGRAL possède de plus deux instruments pour observer les rayons X dits «mous», dont l'énergie est comprise entre 3 et 35 keV. Ces deux instruments, appelés JEM-X sont identiques, et accroissent le domaine de longueur d'onde couvert par le satellite. Leur résolution spatiale est meilleure que celle d' IBIS car les longueurs d'ondes sont plus courtes. Les détecteurs utilisés sont des scintillateurs gazeux au xénon et méthane.

La caméra optique OMC[modifier | modifier le code]

INTEGRAL dispose également d'une caméra optique: OMC (Optical Monitor Camera), sensible aux longueurs d'onde du domaine visible et ultraviolet. C'est principalement un instrument de soutien. Le dernier instrument est le moniteur de radiation IREM (INTEGRAL Radiation Environment Monitor), qui est chargé de surveiller le niveau de fond orbital, et sert aussi pour la calibration des données. IREM est sensible aux électrons et aux protons présents dans la ceinture de radiation terrestre, ainsi qu'aux rayons cosmiques. Si le niveau de fond est trop élevé, IREM peut éteindre les instruments scientifiques, afin de les protéger.

Les autres équipements[modifier | modifier le code]

IBIS et SPI ont besoin d'une méthode pour arrêter la radiation ambiante (comme les rayons cosmiques. Cette méthode consiste à utiliser un masque scintillant de plastique situé derrière les tuiles de tungstène. Ce masque absorbe la radiation secondaire produite par les impacts sur le tungstène. Ce masque est complété par un écran scintillant de germanate de bismuth, situé autour et sur l'arrière de SPI. Ce système, fourni par Astrium, est appelé ACS (AntiCoincidence Shield). L'énorme surface de l'ACS en fait presque un instrument à lui tout seul. Puisqu'il est sensible aux rayons venant de toutes les directions dans le ciel, il est un détecteur de rayons gamma naturel. Récemment, de nouveaux algorithmes ont permis d'utiliser l'ACS comme un télescope, grâce au phénomène de diffusion Compton double. Ainsi, l'ACS peut être utilisé pour «observer» des objets en dehors du champ de vue du satellite.

Le satellite[modifier | modifier le code]

Le satellite, d'une masse totale de 4 tonnes, comporte la charge utile d'une masse de 2 tonnes décrite plus haut et une plateforme identique, pour limiter les couts, à celle du télescope européen à rayons X XMM-Newton lancé quelques années auparavant.

Résultats[modifier | modifier le code]

Les principaux résultats obtenus grâce aux données recueillies par l'observatoire sur les dix premières années de la mission sont les suivants :

  • L'identification de la source du rayonnement X dur diffus de la Voie Lactée. Grâce aux observations effectuées sur 6 ans avec l'instrument SPI, les scientifiques ont pu attribué ce rayonnement à l'interaction entre le rayonnement cosmique et le champ de radiation interstellaire[9].
  • L'observatoire spatial a permis de découvrir une nouvelle catégorie d'étoiles binaires X massives qui ont été identifiées grâce aux observatoires basés sur Terre comme des objets compacts en orbite autour d'étoiles super-géantes[10].
  • INTEGRAL a identifié (en juillet 2010) 700 nouvelles sources gamma, dont une catégorie de pulsars capables de produire des champs magnétiques un milliard de fois plus puissants que ceux produits en laboratoire sur Terre. Un catalogue des trous noirs détectés a été dressé et doit permettre d'estimer le nombre de trous noirs dans l'univers. INTEGRAL a permis d'établir que le super trou noir au centre de notre galaxie avait une activité très faible[11].
  • L'observatoire spatial a servi de système d'alerte lors de la survenue de sursaut gamma grâce à une utilisation indirecte de son instrumentation. Ce faisant il a permis de pointer rapidement d'autres instruments plus performants vers la source de ce phénomène évanescent. Grâce à INTEGRAL les scientifiques ont pu ainsi détecter une source de sursaut gamma située à faible distance (donc dans un passé proche alors que l'on pensait que ce phénomène appartenait à une époque lointaine de l'histoire de l'univers) et dans une gamme de puissance beaucoup plus faible que ce qui était considéré comme la norme, remettant en question l'utilisation des sursauts gamma pour la mesure des distances[12].
  • INTEGRAL a dressé une carte de distribution de l'aluminium (isotope 26) permettant d'affiner notre connaissance du processus de nucléosynthèse source de cet atome. Il poursuit une cartographie de la distribution du titane (isotope 44)[13].
  • L'instrument SPI a permis de réaliser une carte de la distribution des émissions de rayons gamma à 511 keV qui sont produits lors de l'annihilation positron/électron. Les scientifiques ont ainsi pu déterminer qu'environ la moitié de l'antimatière produite dans la galaxie l'était par des trous noirs ou étoiles à neutrons arrachant de la matière à un compagnon de masse inférieure ou égale à celle du Soleil[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)« INTEGRAL confirmed as next scientific mission », ESA,‎ 4 juin 1993
  2. (fr)« Les objectifs scientifiques : Astrophysique nucléaire », CEA (consulté le 23 octobre 2012)
  3. (fr)« Les objectifs scientifiques : sur la piste des supernovae manquantes », CEA (consulté le 23 octobre 2012)
  4. (fr)« Les objectifs scientifiques : à la recherche des sites de nucléosynthèse froide », CEA (consulté le 23 octobre 2012)
  5. (fr)« Les objectifs scientifiques : novae et supernovae », CEA (consulté le 23 octobre 2012)
  6. (fr)« Les objectifs scientifiques : supernovae gravitationnelles », CEA (consulté le 23 octobre 2012)
  7. a, b et c (en)« INTERGRAL : Objectives », ESA (consulté le 23 octobre 2012)
  8. (en)« Europe maintains its presence on the final frontier », ESA,‎ 22 novembre 2010
  9. (fr)« Principaux Résultats sur près de 10 ans d'Observations : Structure et émission grande échelle de la Galaxie - interaction du rayonnement cosmique et du champ de radiation interstellaire », CNES Missions scientifiques (consulté le 23 octobre 2012)
  10. (fr)« Principaux Résultats sur près de 10 ans d'Observations : Identification des sources de haute énergie - La nature d'un couple d'astres exotiques révélée par des observations ESO et Spitzer », CNES Missions scientifiques (consulté le 23 octobre 2012)
  11. (fr)« Principaux Résultats sur près de 10 ans d'Observations : Cartes des sources gamma individuelles et mesure du fond cosmique X », CNES Missions scientifiques (consulté le 23 octobre 2012)
  12. (fr)« Principaux Résultats sur près de 10 ans d'Observations : Sursauts gamma », CNES Missions scientifiques (consulté le 23 octobre 2012)
  13. (fr)« Principaux Résultats sur près de 10 ans d'Observations : La Nucléosynthèse », CNES Missions scientifiques (consulté le 23 octobre 2012)
  14. (fr)« Principaux Résultats sur près de 10 ans d'Observations : Raie d'annihilation positron/électron à 511 keV », CNES Missions scientifiques (consulté le 23 octobre 2012)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]