Herschel (télescope spatial)

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Herschel

Description de cette image, également commentée ci-après

Vue d’artiste de Herschel

Caractéristiques
Organisation ESA
Domaine Télescope spatial dans l’infrarouge moyen et lointain
Masse 3 300 kg
Lancement le 14 mai 2009 à 13 h 38 min 17 s UTC-GMT
Lanceur Ariane 5
Fin de mission le 29 avril 2013
Orbite Orbite héliocentrique
Localisation Point de Lagrange L2
Télescope
Type Cassegrain
Diamètre 3,5 m
Superficie 9,6 m2
Focale 27 m
Index NSSDC 2009-026A
Site http://herschel.esac.esa.int/
Principaux instruments
HIFI Instrument hétérodyne pour l’infrarouge lointain
PACS Spectromètre et caméra à réseau de photodétecteurs
SPIRE Imageur photométrique et spectral

Herschel est le nom d'un télescope spatial issu d'un programme de l'Agence spatiale européenne (ESA). Son objectif scientifique est de faire des observations astronomiques dans les domaines de l’infrarouge lointain et du submillimétrique, à partir de 80 µm, afin d'en savoir plus sur la naissance des étoiles et l'évolution des galaxies.

Ce télescope spatial, le plus grand réalisé lors de son lancement[1], est un satellite d’observations infrarouges pointées, successeur d’ISO (1995 — 1998), de Spitzer (2003 —) et d'ASTRO-F (2006 —2011). C'est une des composantes du programme Horizon (programme élaboré en 1980 définissant les missions de l'ESA pour la période 1985 — 2005) qui fédère de nombreux laboratoires européens (CEA-Irfu, CEA-Léti pour la conception et la réalisation des composants)[1].

Cette mission est nommée d’après l'astronome William Herschel, qui a notamment mis en évidence le rayonnement infrarouge. Le chef de mission est Göran Pibratt, de l'ESA[2].

Sommaire

Un télescope de l'infrarouge lointain[modifier]

Herschel est un télescope de l’infrarouge lointain et sera le premier à observer l’univers jusque dans les rayonnements submillimétriques[3]. Il est doté d’un miroir primaire de 3,5 m de diamètre (contre seulement 2,4 m pour le télescope spatial Hubble), ce qui en fera le plus grand télescope en orbite jusqu’à l’arrivée du James Webb Space Telescope en 2018 (sauf imprévu) [2].

Successeur de l’observatoire ISO, déjà réalisé par Thales Alenia Space et qui a révolutionné l’astronomie infrarouge de 1995 à 1998, Herschel sera capable d’observer des régions de l’univers, froides et chargées de poussières, inaccessibles aux autres télescopes. Il étudiera en priorité la genèse des galaxies et l’évolution des étoiles en formation, ainsi que les nuages de gaz et de poussières où naissent les étoiles, les disques protoplanétaires et les molécules organiques complexes dans la chevelure des comètes.

Le satellite[modifier]

Maquette de Herschel, au Musée de l'Air et de l'Espace.

Il est développé sous maitrise d'œuvre de Thales Alenia Space-France[4], dans l'établissement de Cannes, directeur de programme Jean-Michel Reix, avec une équipe industrielle comprenant une centaine d'entreprises réparties dans 15 pays européens[5].

La plateforme : un développement commun pour Herschel et Planck[modifier]

Un module de service (SVM) a été conçu et fabriqué par Thales Alenia Space dans son usine de Turin, pour les deux satellites Herschel et Planck combinés dans un programme unique[6].

Les structures des deux modules de service sont très semblables, de forme octogonale. Chaque panneau est dédié à des équipements thermiques, des réchauffeurs, prenant en compte les dissipations thermiques des expériences et des équipements du satellite voisin.

De plus, une conception commune a été retenue pour l'avionique des deux satellites, le système de mesure et de contrôle d'attitude, le système de contrôle et de gestion des données, le sous-système de télémesure et télécommande.

Tous les équipements de la plateforme sont redondants.

Puissance électrique[modifier]

Sur chaque satellite, la puissance est fournie par des générateurs solaires équipés de cellules photovoltaïques à triple jonction, d'une batterie, et d'un système de contrôle gérant la charge de la batterie et distribuant une tension régulée de 28 volts aux divers équipements.

Sur Herschel, le panneau de cellules solaires est fixé en bas du pare-soleil dont la fonction principale est de mettre le cryostat à l'ombre du soleil. Sa partie supérieure est couverte de miroirs en silice pure (OSR, Optical Solar Relector) réfléchissant 98 % de l'énergie solaire, évitant donc une entrée d'énergie dans cette zone contenant le cryostat.

Ce générateur solaire est constamment dirigé vers le Soleil, grâce au système de contrôle d'attitude à trois axes.

Système de mesure et de contrôle d'attitude[modifier]

Le contrôle d'attitude est effectué par un calculateur prenant en compte les mesures des senseurs d'attitude et commandant les couples de contrôle pour répondre aux spécifications de pointage et de basculement des charges utiles du Herschel et du Planck.

Le satellite Herschel est stabilisé selon trois axes, respectant une spécification de pointage de 3,7 secondes d'arc.

Le senseur d'attitude principal pour les deux satellites et un star tracker. Sur Herschel, l'attitude est estimée à partir des mesures du star tracker et d'un gyroscope très précis. Les couples de contrôle sont fournis par des roues à réaction.

Charge utile[modifier]

La charge utile réalisée par EADS Astrium Satellites-Allemagne repose sur un télescope avec un miroir primaire de 3,5 m de diamètre réalisé en SIC par Boostec à Bazet, France, près de Tarbes. C'est le plus grand miroir construit pour l'astronomie spatiale[1].

Elle comprend trois instruments scientifiques :

Pacs (Photodetector Array Camera & Spectrometer)

C'est une caméra à bolomètre et un spectromètre de moyenne résolution à photoconducteurs fonctionnant sur les longueurs d'onde de 55 à 210 microns. Le spectromètre permet l'analyse de la signature spectrale du carbone et de l'oxygène. Il a été fourni par l'institut Max-Planck pour la physique extraterrestre de Garching et Kayser-Threde, grâce à un financement du DLR (Allemagne). Les bolomètres ont été conçus et réalisés par le CEA-Léti puis testés et intégrés au CEA-Irfu ; les cryogénérateurs, développés par le CEA-Inac, abaisseront leur température de 2 K à 0,3 K[1].

Spire (Spectral & Photometric Imaging Receiver)

C'est une caméra et un spectromètre de moyenne résolution fonctionnant sur les longueurs d'onde de 200 à 670 microns. Il possède cinq bolomètres pour mesurer trois couleurs et la plus grande longueur d'onde d'une source. Il a été fourni par l'Université de Cardiff au Pays de Galles, avec la France en co-investisseur. Spire est refroidi par les cryogénérateurs.

Hifi (Heterodyne Instrument for the Far-Infrared)

C'est un spectromètre hétérodyne à très haute résolution, fonctionnant sur les longueurs d'ondes de 157 à 625 microns, destiné à l'étude de la composition chimique, la cinématique et l'environnement physique des sources. Il a été fourni par le Netherlands Institute for Space Research (SRON), avec des participations de la France, de l'Allemagne et des États-Unis.

Le très grand froid

Le satellite embarque un imposant cryostat à hélium liquide (2 400 litres) qui enserre le plan focal du télescope et les parties sensibles des trois instruments à l’intérieur d’un espace froid à 4 kelvins. La lente ébullition contrôlée de l’hélium liquide embarqué permettra de soutenir cette température cryogénique pendant les 3 ans et demi que durera la mission.

Lancement, orbite et durée[modifier]

Les 5 points de Lagrange du système Terre-Soleil.

Le télescope spatial Herschel est arrivé le 12 février 2009 en Guyane, à bord d'un Antonov[1], puis a rejoint la base spatiale de Kourou pour ses derniers préparatifs en vue d'un lancement prévu pour le 16 avril[1].

Il a finalement été lancé (conjointement avec le satellite Planck) le 14 mai 2009 à 13 h 38 min 17 s UTC, depuis Kourou, par un lanceur Ariane 5-ECA, le vol 188, sur une orbite très elliptique de 270 km de périgée et 1 193 622 km d'apogée le menant aux alentours du second point de Lagrange du système Terre/Soleil (dénommé L2)[7],[8],[9],[10].

Le 15 mai, une première correction importante de trajectoire a accéléré Herschel de 8,7 m/s par allumage de ses propulseurs à hydrazine pendant 22 min[5].

Le 14 juin, le couvercle du cryostat est ouvert. Le télescope prend sa première image de la galaxie M51 apparaissant avec une netteté inégalée ce qui laisse présager des futures images que Herschel doit prendre[11].

Vers le 15 juillet, au voisinage du point L2, il est placé suivant une trajectoire appelée orbite de Lissajous. Le satellite devrait y fonctionner pendant au moins 21 mois, la durée définitive étant essentiellement soumise aux fuites du système de refroidissement (2 300 litres d'hélium liquide superfluide)[10].

Phase opérationnelle[modifier]

Le 21 juillet 2009, la phase de test en orbite se termine avec succès. Le satellite entre en phase opérationnelle. La responsabilité est transférée de Thomas Passvogel, responsable du programme, à Johannes Riedinger, responsable de mission[10].

Le 3 août 2009, quelque chose fonctionne mal, et les ingénieurs de l'ESA prennent la décision d'arrêter l'instrument Hifi pour trouver une solution ; au bout de 160 jours de travail, la panne est identifiée (un composant d'alimentation de la voie principale peut-être frappé par un rayon cosmique, évènement appelé Single event upset (en)) et, utilisant la voie de secours, l'instrument est à nouveau opérationnel le 19 janvier 2010, juste à temps pour observer l'un de ses objectifs principaux, la nébuleuse d'Orion, fin janvier 2010[12].

Résultats[modifier]

Du 4 au 7 mai 2010, environ 400 astronomes se sont réunis à l'Agence spatiale européenne, à l'ESTEC aux Pays-Bas, pour lever l'embargo et dévoiler les résultats de la mission Herschel après un an d'opérations à 1,5 million de kilomètres[13],[14].

Découverte de nouvelles galaxies[modifier]

En novembre 2010, l'équipe internationale conduite par Mattia Negrello (The Open University, GB) et impliquant 89 autres astronomes, parmi lesquels 7 travaillant dans trois laboratoires français soutenus par le CNES, permet de révéler l'existence de cinq galaxies dont la lumière a mis environ 10 milliards d'années pour parvenir à la Terre.

Pour cela, les chercheurs utilisent un phénomène déjà décrit par Albert Einstein : "la lentille gravitationnelle". Une galaxie se trouvant entre nous et une autre galaxie plus lointaine et parfaitement alignée dévie la lumière de cette dernière et l'amplifie, comme le ferait une loupe. Les deux caméras, SPIRE et PACS, ont pu détecter ces lentilles gravitationnelles en scannant une infime partie de l'Univers, les résultats exploités par de puissants télescopes terrestre laissent découvrir deux galaxies parfaitement alignées dans chaque axe de visée à des distances différentes[15].

Fin de mission[modifier]

Le 29 avril 2013, le télescope spatial Herschel termine sa mission, la réserve d'hélium servant au refroidissement des instruments arrivant à épuisement après près de quatre années de bon fonctionnement. Initialement prévu pour fonctionner trois ans et demi, Herschel aura ainsi ouvert une nouvelle fenêtre sur l’Univers et fourni plus de 25 000 heures de données pour 600 programmes d’observation. Après une série de tests techniques, le satellite doit être placé sur une orbite de rebut autour du Soleil[16].

Distinctions[modifier]

Le 9 juin 2010, les programmes Herschel et Planck sont distingués par l'association aéronautique et astronautique de France, recevant le Grand Prix 2010[17].

Galerie de photographies[modifier]

Notes et références[modifier]

  1. a, b, c, d, e et f Revue Les Défis du CEA no 139
  2. a et b David Fossé, « Planck et Herschel : deux satellites en quête des origines », dans Ciel & Espace, no 467, avril 2009
  3. Jean-Pierre Largillet, « Thales Alenia Space : prêt pour la prodigieuse aventure spatiale de Planck et Herschel ! », dans WebTimeMedia, 19 février 2009, en ligne sur www.webtimemedias.com
  4. Christian Lardier, Anne Musquère, « Herschel et Planck à la conquête de l'Univers froid », dans Air & Cosmos, no 2171, 8 mai 2009
  5. a et b Jean-Pierre Casamayou, « Les satellites Herschel et Planck foncent vers L2 », dans Air & Cosmos, no 2173, 22 mai 2009
  6. Jean-Jacques Dechezelles (AAAF), « Les missions scientifiques Herschel et Planck - conférence de Bernard Collaudin et Thierry Banos (Thales Alenia Space) », dans La Lettre AAAF, no 9, octobre 2006, (ISSN 1767-0675), [lire en ligne]
  7. Bruno Rougier, « Mission réussie pour Ariane-5 et ses précieux passagers », sur France Info, 14 mai 2009, en ligne sur www.france-info.com
  8. Jean Etienne, « En bref et en vidéo : lancement réussi de Herschel et Planck - Le lanceur européen Ariane 5 ECA a parfaitement décollé ce jeudi 14 mai 2009 à 13 h 12 TU depuis la base européenne de Kourou, emmenant sous sa coiffe les deux télescopes spatiaux Herschel et Planck », dans Futura-Sciences, 14 mai 2009, en ligne sur www.futura-sciences.com
  9. [vidéo] Lancement sur www.videocorner.tv
  10. a, b et c (en)« Dernières nouvelles d'Herschel », en ligne sur Herschel Latest News
  11. « Première image de Herschel ! », communiqué de presse Thales Alenia Space, 22 juin 2009, en ligne dans www.thalesgroup.com
  12. ESA, « Herschel readies itself for the Orion Nebula ». Consulté le 19 janvier 2010
  13. Spécial premiers résultats d'Herschel
  14. Présentation des résultats sur Dailymotion
  15. Charlotte Portalis, « Herschel détecte cinq nouvelles galaxies lointaines », dans L'internaute Sciences, no 153, 9 novembre 2010, Herschel détecte cinq nouvelles galaxies lointaines
  16. Herschel n'observera plus l'Univers, ESA, 29 avril 2013
  17. Herschel and Planck win the French Grand Prix

Annexes[modifier]

Bibliographie[modifier]

Articles connexes[modifier]

Liens externes[modifier]

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