Document élohiste

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Le document Élohiste, abrégé (E) est, selon les tenants de l'hypothèse documentaire, l'une des quatre sources du Pentateuque. L'appellation provient du nom de Dieu, Elohim, dont se sert ce document. Il est caractérisé, entre autres, par une conception abstraite de Dieu, par l'utilisation de "Horeb" au lieu de "Sinaï" pour nommer la montagne sur laquelle Moïse a reçu la Loi d'Israël et par l'expression « crainte de Dieu »[1]. Ce document localise les antiques histoires dans le Nord spécialement à Éphraïm là où l'hypothèse documentaire pose qu'elles devraient avoir été composées, probablement dans la seconde moitié du IXe siècle av. J.-C.[1] Quelques reconstructions récentes abandonnent complètement la source Élohiste et proposent une séquence Deutéronome (D) - Document jahviste (J) - Document sacerdotal (P) écrite à partir du règne de Josué jusqu'au temps post-exiliques[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Les chercheurs modernes s'accordent à séparer des sources et à multiplier les auteurs sous-jacents au Pentateuque mais ils débattent toujours pour déterminer comment ces sources ont été utilisées pour écrire les cinq premiers livres de la Bible[3]. L'explication, dite de l'hypothèse documentaire a dominé le XXe siècle mais le consensus autour de cette théorie s'est aujourd'hui effondré. Ceux qui la défendent aujourd'hui tendent à le faire dans une forme profondément modifiée en donnant un rôle beaucoup plus important aux rédacteurs (éditeurs) qui sont maintenant perçus comme ajoutant de leur propre fond plutôt que comme des assembleurs passifs[4]. Parmi ceux qui rejettent l'approche documentaire dans son ensemble, la révision la plus significative a été de recombiner E avec J en une source unique et de voir la source P comme une série d'éditions s'ajoutant à ce texte[5].

Les alternatives à l'approche documentaire peuvent être généralement divisées entre l'hypothèse des fragments et celle dite des compléments. L'hypothèse des fragments, visible dans les travaux de Rolf Rendtorff et d'Erhard Blum, considère le Pentateuque comme résultant de l'accroissement progressif de blocs de textes très larges avant finalement d'être joints ensemble d'abord par le Deutéronomiste (le "Deutéronomiste" s'entend comme celui qui a composé le Deutéronome vers la fin du VIIe siècle av. J.-C.) puis par l'auteur P (6ième/Ve siècle avant J.-C.) lequel a aussi ajouté son propre matériel[6].

L'hypothèse des compléments est développée dans les travaux de John Van Seters lequel date la composition de J (qui est ici un livre complet contrairement à l'hypothèse des fragments) au VIe siècle av. J.-C. et en fait une introduction à l'histoire deutéronomiste (qui raconte l'histoire d'Israël et de Juda dans la série des livres allant du livre de Josué au deuxième livre des Rois). Plus tard, les auteurs sacerdotaux (P) auraient ajouté des suppléments à ce premier ensemble, cette croissance ayant continuée jusqu'à la fin du IVe siècle av. J.-C.[7]

Caractéristiques, dates et champs d'application[modifier | modifier le code]

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Dans cette source le nom de Dieu, avant sa révélation à Moïse, est toujours écrit Elohim ou El. Ensuite Dieu est appelé "YHWH". L'Élohiste montre Dieu comme une figure capable de regret et montre sa présence personnelle dans les événements.

E est particulièrement attentif aux traditions concernant le Royaume du Nord et à des héros comme Josué et Joseph. E préfère Israël à Juda (par exemple il déclare que Sichem a été rasée plutôt que massacrée ou parle négativement d'Aaron dans l'histoire du Veau d'or)

Contrastes avec le Jahviste[modifier | modifier le code]

Abraham et Isaac[modifier | modifier le code]

Le document Élohiste commence, apparemment, après qu'Abraham eût commencé sa migration avec sa femme tandis que sa sœur est aussi présente dans l'histoire yahviste. Dans le travail de l'Élohiste Isaac n'apparait jamais plus après la conclusion et cette version implique fortement qu'Isaac a été réellement sacrifié. Le yahviste, de son côté, ne mentionne pas du tout cette histoire du sacrifice d'Isaac bien qu'il mentionne abondamment Isaac. Après que les présumés rédacteurs eurent fusionné leurs textes, la présence d'Isaac a du être expliquée. Ainsi, le texte attribué aux rédacteurs, présente une échappatoire : Dieu substitue un bélier à Isaac lui permettant de vivre. Cependant une tradition primitive a été sauvegardée dans un midrash qui préserve encore la version de cette histoire dans laquelle Isaac est sacrifié[8]. Naturellement, en donnant cette conclusion à l'épisode, l'Élohiste permet dans la suite de son histoire à Isaac d'avoir une descendance.

Rôle des Anges[modifier | modifier le code]

Alors que le yahviste présente un dieu capable de marcher dans le Jardin de l'Eden cherchant Adam et Ève, l'Élohiste évoque souvent des anges. Par exemple, dans la version élohiste, l'échelle de Jacob est parcourue par des anges et mène à son extrémité à Dieu Cette vision conduit Jacob à dédicacer l'endroit comme Beth-el (littéralement la "Maison de Dieu") alors que dans la version yahviste il s'agit d'un simple rêve où Dieu est au-dessus de l'endroit sans mention d'échelle ni d'anges. De même, l'Élohiste décrit Jacob comme luttant contre l'ange de Dieu. Plus tard il met en scène l'histoire de Balaam et de son âne parlant. Cette histoire est souvent considérée comme ayant été accidentellement ajoutée au manuscrit tant elle apparait déconnectée du reste du livre[réf. souhaitée].

Les tribus du Nord favorisée ?[modifier | modifier le code]

Plus loin dans le texte, l'Élohiste montre une notable préférence pour les principales tribus du Nord, celles de Joseph. Contrairement au yahviste, l'élohiste contient des textes politiques concernant les tribus de Joseph : l'anniversaire de Benjamin et sa prééminence sur Éphraïm. Aussi, alors que le yahviste dessine Joseph comme une victime dans l'histoire de la tentative de viol de la femme de Potiphar ce qui aurait été légèrement humiliant pour les tribus de Joseph, l'élohiste, au contraire, montre un Joseph interprète d'exception des rêves, celui qui peut comprendre Dieu. Cette préoccupation des tribus du Nord conduit l'élohiste à mettre en avant des objets du culte nordique tel le Néhushtan.

Exode d'Égypte[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne la sortie d'Égypte, l'élohiste en présente une version plus élaborée que celle du yahviste. Premièrement, la version élohiste développe la cruauté supposée des Égyptiens en les présentant comme demandant des travaux très difficiles (tels des briques sans paille). Deuxièmement, alors que le yahviste, dans l'histoire des dix plaies, présente Moïse comme seul acteur et intercesseur auprès de Dieu pour la demande d'arrêt des plaies, l'élohiste, lui, présente Moïse lui-même menaçant Pharaon et frappant les Égyptiens. Pour l'élohiste, la menace de la pâque est suffisante pour conduire les Égyptiens à chasser les Israélites alors que le yahviste présente les Égyptiens comme donnant l'ordre de départ à contrecœur puis changeant d'avis avant de courir après eux pour les retenir.

Les dix commandements et le Code d'Alliance[modifier | modifier le code]

En particulier, là ou le yahviste présente simplement sa version des dix commandements comme une loi donnée par Dieu sur le mont Sinaï, l'élohiste présente en plus le Code d'Alliance. L'élohiste va ensuite montrer comment l'on doit user de ce code supplémentaire. C'est ainsi que Jethro (Reuel pour le jahviste), le beau père de Moïse, explique les raisons de la nomination des Juges. De plus pour faire respecter ce Code d'Aliiance, l'élohiste décrit la façon dont celui-ci est lu à haute voix devant le peuple.

Datation[modifier | modifier le code]

Le document Élohiste (E) a été théoriquement composé en regroupant en un même texte des histoires éparses et des traditions concernant Israël et ses tribus associées (Dan, Nephthali, Gad, Asher, Issacar, Zabulon, Éphraïm, Manassé, Benjamin et celle de Lévi). En particulier E enregistre l'importance d'Éphraïm qui est la tribu dont est sortie la royauté d'Israël. Quelques textes indépendants y ont été incorporés comme le Code de l'Alliance, un texte de lois situé aux chapitres 21,22 et 23 du Livre de l'Exode. Comme E revendique la prééminence du point de vue des samaritains d'Israël, il a été soutenu que ce document reflétait les vues des réfugiés du Nord venus en Juda après la chute de Samarie en 722 avant J.-C.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Joel S Baden, J, E, and the redaction of the Pentateuch, Mohr Siebeck,‎ 2009 (lire en ligne)
  • (en) Joseph Blenkinsopp, Treasures old and new: essays in the theology of the Pentateuch, Eerdmans,‎ 2004 (lire en ligne)
  • (en) Antony F Campbell et Mark A O'Brien, Sources of the Pentateuch: texts, introductions, annotations, Fortress Press,‎ 1993 (lire en ligne)
  • (en) Michael D Coogan, A Brief Introduction to the Old Testament, Oxford University Press,‎ 2009
  • (en) Thomas B Dozeman et Konrad Schmid, A Farewell to the Yahwist?, SBL,‎ 2006 (lire en ligne)
  • (en) Richard Elliott Friedman, Who Wrote the Bible?, Harper San Francisco,‎ 1987
  • (en) Christopher Gilbert, A Complete Introduction to the Bible, Paulist Press,‎ 2009 (lire en ligne)
  • (en) Paula Gooder, The Pentateuch: a story of beginnings, T&T Clark,‎ 2000 (lire en ligne)
  • (en) Robert Kugler et Patrick Hartin, An Introduction to the Bible, Eerdmans,‎ 2009 (lire en ligne)
  • (en) Todd J Murphy, Pocket dictionary for the study of biblical Hebrew, Intervarsity Press,‎ 2003 (lire en ligne)
  • (en) Thomas Romer, A Farewell to the Yahwist?, SBL,‎ 2006 (lire en ligne), « The Elusive Yahwist: A Short History of Research »
  • (en) John Van Seters, The Hebrew Bible today: an introduction to critical issues, Westminster John Knox Press,‎ 1998 (lire en ligne), « The Pentateuch »

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens extérieurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Kugler&Hartin, p. 48
  2. Gnuse, Robert K. (2000), "Redefining the Elohist" (Journal of Biblical Literature, vol. 119, no 2 (Summer, 2000)), p. 201-220
  3. Van Seters, p. 13–14
  4. Van Seters, p. 13
  5. Kugler & Hartin, p. 49
  6. Kugler&Hartin, p. 49
  7. Kugler&Hartin
  8. (en) Richard Friedman, The Bible With Sources Revealed,‎ 2003, 65 p. (lire en ligne)

Source[modifier | modifier le code]