Guillaume Tell

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Guillaume Tell (homonymie).
Statue de Guillaume Tell et son fils à Altdorf (Richard Kissling, 1895).
Portraits et Vies des Hommes illustres, 1584.
Illustration de 1880 représentant Gessler et Guillaume Tell.

Guillaume Tell (en allemand Wilhelm Tell) est un héros de l'indépendance de la Suisse. Figure probablement légendaire, il aurait vécu dans le canton d'Uri au début du XIVe siècle.

Le bailli impérial de Schwyz et d'Uri — au service des Habsbourg, qui tentent de réaffirmer leur autorité sur la région —, Hermann Gessler, fait ériger un mât surmonté de son chapeau, exigeant que les habitants le saluent comme s'il était effectivement présent. Guillaume Tell passe devant le chapeau en l'ignorant. Gessler le condamne alors à tirer un carreau d'arbalète dans une pomme posée sur la tête de son fils. Par la suite, Tell tue Gessler d'un carreau d'arbalète en plein cœur alors qu'il passait dans le chemin creux (Hohle Gasse) situé entre Küssnacht am Rigi et Immensee.

Le récit a donné lieu à de nombreuses controverses historiques portant sur son authenticité. Aujourd'hui, l'histoire est plutôt tenue comme une légende dont on retrouve des éléments dans la Gesta Danorum de Saxo Grammaticus.

Le récit traditionnel[modifier | modifier le code]

Selon le Livre blanc de Sarnen, Guillaume Tell[1] est un ancien mercenaire, retiré dans ses montagnes et un expert dans le maniement de l'arbalète. À l'époque, l'empereur romain germanique Albert Ier (un Habsbourg) cherche à dominer la région d'Uri. Le 25 juillet 1307[2], le bailli Hermann Gessler fait ériger un poteau sur la place des Tilleuls dans le village d'Altdorf et y accroche son chapeau, obligeant ainsi tous les habitants - sous peine de mort - à se courber devant le couvre-chef... Or, le dimanche 18 novembre 1307[3],[4], Guillaume Tell passa plusieurs fois devant le poteau coiffé sans faire le geste exigé. Dénoncé, il comparaît dès le lendemain devant Gessler. Mis en cause, Tell invoque alors sa simplicité, sa distraction et le fait qu'il ignorait l'importance qu'avait le geste pour le bailli.

Gessler lui ordonne alors de percer d'un carreau d'arbalète une pomme posée sur la tête de l'un de ses propres fils[5]. En cas d'échec, l'arbalétrier sera mis à mort. Malgré ses supplications, le bailli reste intraitable. Guillaume Tell s'exécute et coupe le fruit en deux sans toucher l'enfant.

Or, Gessler, ayant vu Tell dissimuler un second carreau sous sa chemise, lui en demande la raison. Tell prétend d'abord qu'il s'agit d'une simple habitude. Mais le bailli encourage Tell à parler sincèrement en lui garantissant la vie sauve. Tell répond alors que si le premier trait avait manqué sa cible, le second aurait été droit au cœur du bailli. Gessler fait arrêter Guillaume Tell sur le champ. On l'enchaîne et confisque son arme. On l'emmène d'abord à Flüelen, où l'on embarque pour Brunnen avant de mener le prisonnier au château du bailli à Küssnacht, où Tell doit finir ses jours dans une tour. Mais, au cours de la traversée du lac des Quatre Cantons, une tempête menace la frêle embarcation.

Guillaume Tell, qui connaît le mieux la manœuvre, est chargé d'assurer la conduite de la barque jusqu'au rivage. Arrivé à proximité, il bondit à terre au lieu-dit Tellsplatte, près de Sisikon, et repousse la barque d'un coup de pied. Ce fait est commémoré dans la chapelle de Tell, dont la première fut déjà érigée sur le site en 1388. Par la suite, Tell tue le bailli dans le chemin creux entre Immensee et Küssnacht[6].

Selon Aegidius Tschudi, cet épisode se produit deux mois avant « l'incendie des châteaux » (1er janvier 1308), un autre épisode légendaire qui marque la rébellion des Suisses contre les ducs d'Autriche. Selon Tschudi, l'appréciation du tyrannicide de Tell est diversement apprécié par les chefs du soulèvement[7].

Variantes[modifier | modifier le code]

Le récit de Tschudi connaît de nombreuses variations. Selon l'une d'entre elles, Guillaume Tell meurt noyé sur ordre de Gessler, selon une autre, c'est sur la Tellsplatte, juste après avoir débarqué qu'il tue le bailli[8], etc.

Le mythe[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Mythes fondateurs de la Suisse.

Le mythe emprunte des éléments à l'histoire et à l'imaginaire. On retrouve une légende semblable, l'histoire de Palnatoki chez Saxo Grammaticus. Mais selon l'historien suisse Jean-François Bergier, qui lui a consacré un livre : « [Guillaume Tell est] un héros dont ni moi, ni personne ne peut affirmer en toute conscience ni qu'il a véritablement existé, ni qu'il n'est qu'une figure de légende[9]. »

Sa naissance[modifier | modifier le code]

La naissance littéraire du mythe est mal connue. Le Livre blanc de Sarnen, La Ballade de Tell ou La Chronique d’Etterlin datent de la fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle et semblent être originaires des environs du lac des Quatre-Cantons. Tout semble donc situer le retour de Guillaume Tell d’abord dans son propre pays, où son souvenir avait été déformé, idéalisé, mais pas perdu. Mais ce retour aux sources n’est pas le fruit du hasard.[réf. nécessaire] Il vient rappeler à un monde alpin en plein déclin le temps des succès.[réf. nécessaire] Le mythe devient générateur de courage dans un moment de crise et de désillusion.[réf. nécessaire]

Ce mythe est bientôt annexé par les villes du bas-pays[précision nécessaire] qui sont elles-mêmes partiellement responsables du déclin des régions alpines[réf. nécessaire]. Il est amené à assumer deux fonctions. Une fonction de rassemblement tout d’abord dans une alliance où l’esprit confédéral est menacé par les particularismes politiques, les intérêts économiques et bientôt les divergences confessionnelles. La deuxième fonction du mythe est la légitimation morale et politique de la Confédération par rapport à l’Empire dont elle fait encore formellement partie. Le mythe se porte ici au secours d’un idéal d’indépendance.

En 1565 paraît à Bâle Les Héros de la nation allemande de Heinrich Pantaleon (1522–1595). Il y fait apparaître côte à côte Guillaume Tell et le tireur danois Toko qu’il a découvert chez Saxo Grammaticus. C'est à partir de ce rapprochement que naît au XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle le doute sur l’authenticité historique du héros national suisse. Au XVIe siècle néanmoins, le mythe triomphe que ce soit en Suisse centrale ou dans les autres cantons de la Confédération.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Deux conceptions de Guillaume Tell dominent. Le peuple voit en lui un homme du peuple qui a libéré jadis le pays de l'oppresseur. Les classes dirigeantes ont une vision plus politique et voient en lui un rassembleur qui met en évidence la légitimité politique de la Confédération.

Guillaume Tell a, en outre, gardé une neutralité religieuse totale durant cette longue période de querelles confessionnelles. Son image est omniprésente sur les peintures, les gravures et les autres supports. Au XVIIIe siècle, le mythe évolue, Tell devient le rassembleur des esprits, le catalyseur de l’identité nationale et l’éducateur civique. Une mission qu’il exerce durant tout le XIXe siècle et le XXe siècle.

À la fin du XVIIIe siècle, Guillaume Tell devait prendre, bien sûr, la tête du mouvement révolutionnaire en Suisse. Il est en effet l’homme du peuple, le symbole de la liberté contre l’oppression aristocratique. Les révolutionnaires français confisquent le héros : les jacobins par exemple glorifient à travers Tell le tyrannicide et justifient la Terreur. Il rentre donc en Suisse en 1798 dans les bagages des armées françaises. La carrière de Tell s’internationalise avec la publication notamment du drame de Friedrich Schiller qui enrichit l’intrigue par de nombreux ajouts et lui donne une valeur universelle.

Au début du XIXe siècle, Tell est également revendiqué par divers partis politiques et mouvements sociaux, sauf sans doute les conservateurs catholiques revenus au pouvoir lors de la Restauration. En 1835, Joseph Kopp, un savant lucernois, met son érudition au service de son gouvernement « restauré ». Il tente dans un ouvrage très détaillé de mettre en cause la véracité de toutes les légendes. Guillaume Tell retrouve un rôle à sa mesure en 1848 avec l’avènement de la Constitution et de l’État fédéral, quand se fait sentir le besoin de raffermir l’identité nationale.

Authenticité du héros mise en doute[modifier | modifier le code]

Longue fut la dispute des historiens autour de Tell, de l’authenticité des gestes que la tradition lui attribue et des sources, mais ces polémiques n’ont cependant que peu touché la conscience populaire. Malgré leur érudition, les historiens n’ont pas non plus échappé aux préjugés idéologiques, politiques et culturels de leur époque.

Le doute était né au XVIIIe siècle, d’abord dans les cercles du rationalisme critique inspirés par Voltaire. Lui-même avait du reste jugé suspecte l’histoire de Guillaume Tell. En Suisse, le pasteur Freidenberg dénonce publiquement la « fable danoise » (1760), alors que le Lucernois Franz Urs Balthasar publie une Défense de Guillaume Tell qui assure le succès de sa carrière et les remerciements du gouvernement uranais.

Guillaume Tell reste cependant un héros symbole de la lutte pour la liberté : ainsi, la commune française de Château-Guillaume dans l'Indre (aujourd'hui Lignac) change de nom pour Guillaume-Tell en 1793[10].

La dispute renaît au XIXe siècle à partir des mêmes arguments. Ce sont les conservateurs catholiques qui attaquent le héros ; les historiens libéraux et radicaux prennent sa défense. Entre temps, la science historique a beaucoup progressé. Influencée par le positivisme, elle rejette tout ce que les documents ne peuvent vérifier matériellement et appelle au verdict des archives. C’est avec une grande rigueur critique que Kopp par exemple tente de démontrer que rien ne permet de confirmer l’authenticité historique de Guillaume Tell. Pour nombre d’historiens de cette période, il ne s’agit que de fables et de légendes.

En tout cas, Guillaume Tell n’a cessé d’exciter les esprits. Il constitue une sorte de référence implicite, toujours présente et à laquelle les Suisses peuvent constamment se référer, encouragés en ceci par la popularité du personnage à l’étranger. Tant que l’authenticité du héros n’était pas mise en doute, le mythe gardait un caractère construit, entretenu et fonctionnel. Tell était le garant de l’indépendance, le défenseur des libertés, le rassembleur du peuple et le porte-parole de valeurs dont les Suisses étaient fiers.

Personnage de légende[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, le mythe change. Le personnage historique se trouve réduit à un personnage de légende. Guillaume Tell est désacralisé, mais la ferveur populaire reste. En 1848, la nouvelle Confédération éprouve un besoin de légitimité et d’identité. Tell devient alors le symbole d’une identité nationale ancestrale. Le mythe reste encore aujourd’hui indéracinable et les Suisses continuent de démontrer une sensibilité attentive et passionnelle envers leur héros, malgré les hésitations des historiens et l’ironie de certains intellectuels. Cela semble confirmer les propos de l’historien suisse Louis Vuillemin : « Telle légende, accueillie par la nation et devenue partie de son existence, possède plus de valeur morale, et a acquis plus d’importance que bien des faits matériellement constatés. »

Il n’y a pas de société qui ne procède pas de temps à autre à une autocritique, même lorsqu’elle est désabusée et négative, pour proposer d’autres ambitions et un autre idéal. Comme les mythes sont l’expression privilégiée de l’ancien idéal, ils deviennent inévitablement des cibles. Guillaume Tell n’y échappe bien sûr pas et surtout depuis la fin des années 1960. Le mythe paraissant néanmoins indestructible, ce n’est pas par sa négation, mais par son inversion que l’autocritique s’est faite dans la conscience nationale. La version la plus achevée peut-être du mythe inversé et aussi la plus subversive est le Guillaume Tell pour les écoles de Max Frisch.

Postérité artistique de Guillaume Tell[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Le récit de Guillaume Tell a inspiré plusieurs compositeurs d'opéra.

Un groupe de folk metal suisse, Excelsis, a aussi écrit en 2001, un album concept, Tales of Tel.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Les 9 tomes des Aventures de Guillaume Tell sont parus entre 1984 et 1994. Le scénariste est René Wuillemin, mais deux dessinateurs se succèdent : Carlo Trinco pour les deux premiers épisodes, puis Gilbert Macé. Tout en reprenant des personnages légendaires de l'histoire suisse, les albums s'inspirent de faits politiques suisses ou internationaux contemporains.
    • 1) On a volé le pacte (1984)
    • 2) Le Mercenaire conseil du Roy (1985),
    • 3) Polar au Gothard (1986),
    • 4) L'Extraordinaire Mystère "c" (1987),
    • 5) Rocvache (1988),
    • 6) Choc-Ness (1990),
    • 7) Fichus fichiers (1991),
    • 8) Euroka (1993)
    • 9) Dans le mille (1994).
  • Dans Astérix chez les Helvètes, une séquence fait apparaître Guillaume Tell et la pomme posée sur la tête de son fils (page 39).
  • La Rubrique-à-Brac, écrite par Marcel Gotlib, met en scène Guillaume Tell ("Si les pommes étaient des citrouilles...") avec d'autres personnalités historiques ou fictives liées à ce fruit.
  • Les Dingodossiers, de Gotlib et de René Goscinny font réapparaître Tell, mais dans notre monde moderne, dans le cadre d'une fête foraine : il menace son fils qui s'écrie « Papa il a paumé la bouteille de mousseux ! » de lui coller sa « paume » sur la tête.
  • Mickey et Guillaume Tell est une bande dessinée de la série Mickey à travers les siècles.
  • Wolfsmund, de Mitsuhisa Kuji, éditions Ki-oon, est un manga retraçant la vie des indépendantistes suisses du XIVe siècle. Guillaume Tell apparaît aux cotés de ces hommes luttant contre l'envahisseur autrichien.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

À la télévision[modifier | modifier le code]

Autres usages[modifier | modifier le code]

Numismatique[modifier | modifier le code]

Vu la présence de l'image de Tell en Suisse, on aurait pu s'attendre à le voir figurer également sur la monnaie helvétique. Pourtant, contrairement à ce que l'on croit souvent, ce n'est pas Guillaume Tell qui est représenté sur les pièces de 5 francs suisses, mais un berger[13]. Il a cependant figuré sur les billets de 5 francs émis en 1914 et retirés de la circulation le 1er mai 1980, ainsi que sur les billets de 100 francs émis en 1911 et retirés de la circulation le 1er juillet 1945.

Noms de rues[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ou Tall, ou « le Tall » (traduit parfois en « le Simple » ou « le Sans manière »), selon le Livre blanc. Cité par Georges Andrey, Histoire de la Suisse, p. 73, collection « Pour les Nuls », Éditions First, 2007.
  2. Selon le récit d'Aegidius Tschudi, cité par Jean-François Bergier, Guillaume Tell, p. 15
  3. (de) Meyers Konversations-Lexikon, Verlag des Bibliographischen Instituts, Leipzig und Wien, 4e édition, 1885–1892, entrée à "Tell", pp. 576–77 du volume 15.
  4. François Walter, Histoire de la Suisse : 1. L'invention d'une confédération (XIVe-XVe siècles), Édition Alphil, Neuchâtel, 2010, p. 28.
  5. Georges Andrey, Histoire de la Suisse, p. 73.
  6. Légende de Guillaume Tell, comment gagner la liberté
  7. Jean-François Bergier, Guillaume Tell, p. 21
  8. Jean-François Bergier 1988, p. 21
  9. Jean-François Bergier, Guillaume Tell', Avant-propos, p. 9
  10. Charles Bouyssi, Communes et paroisses d’Auvergne, mis en ligne en 2002 [1], consulté le 18 novembre 2008
  11. Jean-François Bergier 1988, p. 420
  12. Jean-François Bergier 1988, p. 427
  13. (de) Descriptif de la pièce de 5 francs suisses par Swissmint

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Autres personnages représentatifs de pays

Liens externes[modifier | modifier le code]