Roger Casement

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Roger David Casement
Ruairí Mac Easmainn

Description de l'image  Casement Roger.jpg.
Naissance 1er septembre 1864
Sandycove, Dublin, Irlande
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Décès 3 août 1916 (à 51 ans)
Prison de Pentonville, Londres, Angleterre
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Nationalité Irlandaise
Profession Diplomate, poète
Activité principale Nationaliste, révolutionnaire
Autres activités
Membre des Irish Volunteers

Roger Casement (né le 1er septembre 1864 et mort le 3 août 1916) était un diplomate britannique de profession et un poète, un nationaliste et révolutionnaire irlandais.
Il est connu pour son engagement contre les abus du système colonial au Congo et dans le Putumayo (région de production du caoutchouc, contestée entre le Pérou et la Colombie) ainsi que pour son activisme révolutionnaire en Irlande. Sa trajectoire inspire l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa pour son livre El sueño del celta (es)[1].

Joseph Conrad disait de lui : "Casement est un Irlandais protestant, pieux. Mais Pizzaro aussi l'était. Néanmoins je peux vous assurer qu'il est une personnalité limpide. Il y a en lui un trait de conquistador, parce que je l'ai vu partir pour la jungle indescriptible, manipulant comme seule arme une canne, pourvue d'un manche courbé, suivi de deux bulldogs, Paddy et Biddy, et avec pour seul compagnon un garçon de Luanda portant un paquet… J'ai toujours cru qu'une petite partie de l'âme de Las Casas avait trouvé refuge dans son corps infatigable"[2].

Jeunesse et séjours en Afrique[modifier | modifier le code]

Roger Casement est né en Irlande à Sandycove, dans la grande banlieue sud de Dublin, dans une famille protestante. Orphelin dès l'âge de dix ans, il est élevé par des amis en Ulster.

Roger Casement vient en Afrique pour la première fois en 1883, à l’âge de 19 ans, en tant que diplomate. Il y rencontre Henry Morton Stanley et Joseph Conrad.[réf. nécessaire]

En 1892 Roger Casement quitte le Congo pour rejoindre l’administration coloniale britannique au Nigeria. En 1895 il est nommé consul à Lourenço Marques (l’actuel Maputo). Il est ensuite nommé successivement consul britannique au Mozambique et en Angola en 1898, avant d'être désigné consul en août 1900 dans l'État indépendant du Congo, après érection de celui-ci en juridiction autonome séparée de Luanda. L'E.I.C est alors propriété de Léopold II.

Le Rapport Casement[modifier | modifier le code]

Histoire du Rapport[modifier | modifier le code]

Cela fait plusieurs années que le Foreign Office, à Londres — suite aux témoignages du vice-consul Edward Bannister[3] à Boma en 1894, puis aux rapports de William Pickersgill et d'Arthur Nightingale en 1895 et 1897[4] — souhaite avoir des preuves des exactions commises sur les territoires de l'EIC contre des "travailleurs" venus des colonies britanniques de l'Afrique occidentale[5].

Le 30 avril 1900, Roger Casement écrit déjà au Foreign Office : "La racine du mal se trouve dans le fait que le gouvernement du Congo est avant tout un trust commercial, que tout le reste y est subordonné à la volupté du gain…"[6].

Le 28 juin 1901, Roger Casement envoie au Foreign Office une lettre rapportant les circonstances de l'affaire Cyrus Smith[7], souligné de ce commentaire : "Le Souverain tenait la Société anversoise dans le creux de sa main… et c'est impossible qu'il soit ignorant des méthodes employées par elle. Léopold II me dit lui-même à Bruxelles qu'il était "le maître du Congo"[8].

Le 22 mai 1903, le consul Roger Casement demande l'autorisation au Foreign Office de quitter son poste à Boma et de gagner le Haut-Congo. Son enquête commence[9]. Il rejoint Matadi, puis Léopoldville par le train (5 juin), où il se documente notamment auprès du missionnaire Thomas Morgan de la Congo Balolo Mission. Puis le 2 juillet il quitte le Stanley Pool en bateau à destination de Tshumbiri, où il rencontre le missionnaire Arthur Billington et sa femme. Des 5000 habitants qu'il avait lui-même vu en 1887, dit-il, il n'en compte plus que 500[10]. Le 10 juillet il gagne Bolobo pour un séjour de douze jours, où des 40 000 habitants qu'il affirme avoir recensés (sans dire comment), il n'en reste plus que 7 à 8000[11]. Il remonte par le fleuve jusqu'à Mpoko où vivent les Basengele. Il note deux faits nouveaux : "l'abattage au fusil d'Africains par un fonctionnaire blanc en personne, et l'apport de parties sexuelles masculines en tant que preuves de l'usage exclusif de cartouches contre des hommes"[12]. Il poursuit sa route sur le fleuve jusqu'à Lukolela (25 juillet), où le missionnaire John Whitehead lui remet copie des lettres envoyées au gouverneur-général, puis navigue jusqu'au lac Tumba, où il gagne la mission de Joseph Clark à Ikoko. Il y reste 17 jours, visite Bikoro, Montaka, d'autres villages jusqu'à la mission américaine de Bolenge, situé plus haut sur le fleuve, et consigne toutes les informations qu'il peut récolter sur les exactions et les meurtres commis au nom de l'EIC, notamment ceux perpétrés dans la région par Léon Fiévez au cours de la période 1893-1898.

Le 14 novembre 1903, alors que Léopold II tente de rallier l'Italie à sa cause afin de désavouer moralement l'Angleterre qui a pris la tête de la contestation internationale contre l'EIC, le docteur italien Hector Villa, qui séjourne au Congo depuis plus de 10 ans, écrit dans un rapport à Rome "que les idées de son collègue Casement sur l'EIC étaient exactes et irréfutables et qu'il ne fallait plus envoyer des militaires italiens au Congo"[13].

Le 28 décembre 1903, Roger Casement remet au ministère du Foreign Office son rapport dans lequel il dénonce les atrocités systématiques commises par les agents du roi non seulement sur les sujets britanniques, comme il le lui était demandé, mais également sur l'ensemble de la population congolaise, hommes, femmes, enfants, vieillards. Le rapport est imprimé et diffusé dans la série des Confidential Prints (usage interne)[14]. Ce rapport donne lieu ensuite à une note[15] qui est envoyée officiellement le 11 et 12 février 1904 à l'administration de l'État du Congo et aux puissances signataires de l'Acte de Berlin. Suite à ce rapport et aux preuves qu'il apporte, Léopold II est contraint d'accepter la nomination d'une Commission d'Enquête.

Les conclusions de la Commission d'Enquête étant sans équivoque, le gouvernement de la colonie doit être transféré d'urgence à l'État Belge afin que celui-ci puisse réformer la situation au Congo en y installant son autorité à la place du pouvoir léopoldien. En même temps, en Angleterre, le rapport Casement contribue à la formation, en mars 1904, de la Congo Reform Association.

"Le rapport du consul Roger Casement est un document remarquable et exceptionnel dans le monde diplomatique, et par sa qualité et par son retentissement. (…) À long terme, ce document a mené au traité de cession de l'Etat Indépendant du Congo"[16].

Contenu du Rapport Casement[modifier | modifier le code]

Le texte, très dense, comporte 56 pages-folio[17]. Il est établi à partir de circulaires non publiées du gouverneur général, de quelques pièces de justice, de témoignages de missionnaires protestants, de leurs journaux, de copies de certaines de leurs lettres, et de témoignages "d'indigènes", d'agents de l'État et d'employés de la société ABIR. Dans son édition originale, le Foreign Office a non seulement supprimé tous les noms propres, mais également tous les noms de lieux et de dates, décision contre laquelle Casement tenta vainement de s'opposer. Le Centre d'Histoire de l'Afrique de l'Université Catholique de Louvain a cependant publié l'intégralité du document original, sans ses suppressions, dans le n°6 de ses Enquêtes et documents d'Histoire africaine, en 1985. On le trouve brièvement résumé dans le livre à charge de Conan Doyle, Le Crime du congo belge, édité chez "Les nuits rouges" (2005).

Le récit de Casement donne un "exposé systématique et sans passion du système léopoldien"[18].

Le titre exact de ce texte diplomatique est : "Rapport de M. Casement, consul de sa Majesté britannique à Boma, au Marquis de Lansdowne, sur son voyage dans le Haut-Congo". Il est constitué d'une introduction, et s'organise ensuite dans la chronologie du voyage lieu par lieu : Léopoldville, Chumbiri, Bolobo, Lukolela, Irebu, Lac Mantumba, Coquilhatville, Wangata, Walla, rivière Lulongo, Bolongo, Iffomi, Bongandanga, et Ikanza Na Bosunguma. Il est suivi de huit annexes.

Annexe 1 : "Circulaire du 7 septembre 1903 défendant que les soldats armés partent en service sans être commandés par les européens". Annexe 2 : "Note sur des tribus de réfugiés du District du Lac Léopold II que M. Casement a rencontrés près de Bolobo en juillet 1903". Annexe 3 : "Mémorandum sur la condition des indigènes du district de Lukolela par le Rév. John Whitehead, résident depuis plusieurs années et qui parle la langue indigène couramment". Annexe 4 : "Note sur le cas de Mola Ekulite, indigne de Mokili, dans le district de Mantumba, dont les deux mains ont été tranchées ou enlevées, et sur d'autres cas similaires de mutilation observées dans ce district". Annexe 5 : "Note sur l'introduction faite au sujet d'un homme accusé d'avoir coupé la main du garçon". Annexe 6 : "La déclaration relative à la situation des indigènes dans la région du lac Mantumba pendant la période des guerres à caoutchouc qui ont commencé en 1893". Annexe 7 : "Circulaire du Gouverneur Général Wahis aux Commissaires de District chef de zone". Annexe 8 : "Circulaire du 20 octobre 1900".

Au service de l'indépendance de l'Irlande[modifier | modifier le code]

En 1911, pour services rendus à la couronne dans ses différents postes occupés à l'étranger, il est anobli par le roi Georges V.
Il arrête là sa carrière diplomatique pour raisons de santé et s'installe en Irlande où il prend fait et cause pour les nationalistes.

Alors que débute la première guerre mondiale, à la suite de diverses tractations, il est invité à Berlin où il arrive en novembre 1914 en passant par des pays neutres. Il considère alors que la guerre mondiale est une opportunité pour l'Irlande si elle veut se rebeller contre l'Angleterre. Il essaye, en vain, de recruter une brigade nationaliste à partir des prisonniers irlandais. Il échoue également dans sa tentative de convaincre le gouvernement allemand d'envoyer des troupes en Irlande. Il obtient juste la promesse d'une livraison d'armes, des fusils Mauser, aux indépendantistes irlandais de l'IRB et de l'ICA. Ces armes n'arriveront jamais entre les mains des nationalistes irlandais puisque l’Aud, le chalutier qui contenait 20 000 fusils pour l'insurrection programmée pour la semaine de Pâques, est intercepté (bien qu'il navigue sous le pavillon norvégien) par la Royal Navy et conduit à Queenstown où l'équipage (allemand) saborde le navire..

Après ces échecs répétés, Casement, qui est resté en Allemagne, tente d'entrer en rapport avec le leader indépendantiste irlandais Patrick Pearse et ses compagnons pour les dissuader de déclencher l'insurrection qu'il estime insuffisamment préparée. Il rentre alors clandestinement en Irlande dans un sous-marin allemand et est arrêté en débarquant.

Sa mort[modifier | modifier le code]

En Grande-Bretagne, les manoeuvres de Casement sont connues et il est considéré comme traître. Il revient en toute hâte en Irlande à bord d'un sous-marin allemand. Le 20 avril 1916, à peine débarqué, il se fait arrêter par une patrouille anglaise, dans la baie de Tralee avant d'avoir pu empêcher les combats de la Semaine de Pâques. L'arrestation de Casement et le sabordage du transport d'armes allemandes, révélés à l'opinion publique, sèment le doute chez les Irlandais et alertent le Castle, château de Dublin où siège l'autorité britannique en Irlande.

Sentant les projets des "insurgent" compromis, Casement veut faire annuler l'insurrection et parvient encore à faire passer un message dans ce sens confirmant celui qu'il avait envoyé à Patrick Pearse depuis l'Allemagne. Néanmoins les combats éclatent quand même et aboutissent à une capitulation des nationalistes irlandais à Dublin. Ce sont les débuts d'un mouvement qui débouchera sur l'indépendance de l'Irlande.

Accusé de haute trahison, sabotage et espionnage contre la couronne britannique, Sir Roger Casement fut pendu dans la prison de Pentonville à Islington le 3 août 1916. L'avocat Serjeant Sullivan, qui le défendit lors de son procès, dit de lui bien plus tard « Casement aurait dû être un charlatan. Vous auriez cru tout ce qu'il vous racontait. Il ne mentait jamais consciemment. Il avait les instincts d'un gentleman. Il aurait proféré les inventions les plus insensées et, non seulement les aurait crues lui-même, mais vous les aurait fait croire également. »[19]

En février 1965, sur la demande du Gouvernement de Dublin, la dépouille de Casement a été exhumée du cimetière de la prison de Pentonville et transférée par avion, dans la capitale irlandaise. Le premier mars 1965, sa patrie lui a fait des funérailles nationales[20]. 30 000 personnes assistèrent à la cérémonie.

De nombreux lieux en Irlande portent le nom de Roger Casement, par exemple Casement Aerodrome, le seul aéroport militaire en Irlande, ou le stade Casement Park.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le rêve du Celte, traduit de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès, coll. Du Monde entier, Gallimard, oct. 2011
  2. C.T Watts, Joseph Conrad's letters to R.B. Cunninghame Graham, London, 1969, p 149.
  3. D'après Jules Marchal, "Casement était le neveu chéri de sa tante du côté maternel, l'épouse d'Edward Bannister" in "Edmund Dene Morel contre Léopold II", volume 1, page 183.
  4. Jules Marchal, "Edmund Dene Morel contre Léopold II", volume 1, partie II
  5. "A Dungu, les sujets britanniques sont punis de la façon suivante: on leur place un rouleau de laiton de 34 kilos autour du cou ou sur la tête, et on les fait tourner toute la journée dans le soleil brûlant autour du poste, avec quelques minutes de repos à midi. J'ai vu de mes propres yeux un soldat Sierra Léonais condamné à marcher avec le rouleau durant six jours. Il tint le coup pendant cinq jours et le sixième le rouleau en laiton tomba de sa tête. Le commandant du poste, le lieutenant Witterwulghe, ordonna de lui infliger cent coups de chicotte, mais le soldat ne put pas contrôler ses selles qui, au moyen d'une feuille de bananier, lui furent mises dans la bouche et sur le visage. Il dut ensuite continuer la marche avec le laiton." Jules Marchal, "Edmund Dene Morel contre Léopold II", volume 1, page 172, citation d'Ezechiel Matook dans la déclaration de Nightingale au Foreign Office du 26 août 1895
  6. Public Record Office, Kew-London, Foreign Office 403/304, cité par Jules Marchal, "Edmund Dene Morel contre Léopold II", volume 1, page 187
  7. Voir l'article sur la Société anversoise de commerce au Congo
  8. Cité par Jules Marchal, "Edmund Dene Morel contre Léopold II", volume 1, page 189
  9. Rapport Casement, Centre d'Histoire de l'Afrique, Université Catholique de Louvain, collection "Enquêtes et documents d'histoire africaine", n°6, 1985.
  10. Jules Marchal, ED Morel contre Léopold II, vol 1, page 193
  11. idem
  12. ibidem
  13. Jules Marchal "ED Morel contre Léopold II", vol2, page 10
  14. Congo Print, Confidential, December 12, 1903, section 1
  15. Correspondence and Report from His Majesty's Consul at Boma Respecting the Administration of the Independent State of the Congo
  16. D. Vangroenweghe, in Rapport Casement, Centre d'Histoire de l'Afrique, Université Catholique de Louvain, collection "Enquêtes et documents d'histoire africaine", n°6, 1985, page 2.
  17. Casement Report (1904) disponible sur Internet Archive
  18. D. Vangroenweghe, in Rapport Casement, Centre d'Histoire de l'Afrique, Université Catholique de Louvain, collection "Enquêtes et documents d'histoire africaine", n°6, 1985, page 16.
  19. George Martelli, « De Léopold à Lumumba », ed. france-empire.
  20. Reid, The lives of Roger Casement, pp.449-450