Abbaye d'Aulne

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Ancienne abbaye d'Aulne
Image illustrative de l'article Abbaye d'Aulne
Vue partielle des ruines de l'église abbatiale
Présentation
Type Abbaye
Rattachement (anciennement) Ordre de Citeaux
Début de la construction VIIe siècle
Fin des travaux Détruite en 1794
Autres campagnes de travaux XVe siècle et XVIIIe siècle
Protection Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine classé (1991, no 56078-CLT-0026-01)
Icône du bouclier bleu apposé sur un immeuble classé de la Région wallonne Patrimoine exceptionnel (2013, no 56078-PEX-0003-02)
Site web www.abbayedaulne.be
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région wallonne Région wallonne
Province Drapeau de la province de Hainaut Province de Hainaut
Commune Thuin (section de Gozée)
Coordonnées 50° 21′ 54.8″ N 4° 19′ 53.4″ E / 50.365222, 4.3315 ()50° 21′ 54.8″ Nord 4° 19′ 53.4″ Est / 50.365222, 4.3315 ()  

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Ancienne abbaye d'Aulne

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Ancienne abbaye d'Aulne

L'ancienne abbaye d'Aulne était un monastère de moines cisterciens situé à Gozée en Belgique qui a son origine dans le monastère bénédictin fondé par saint Landelin en 657. Largement reconstruite au XVe et de nouveau au XVIIIe siècle elle est détruite et incendiée (y compris sa bibliothèque) en 1794 par les troupes révolutionnaires françaises après que les moines en aient été expulsés. Les ruines et vestiges des bâtiments sont classés au Patrimoine majeur de Wallonie.

Fondation[modifier | modifier le code]

Souhaitant vivre en ermite sous la dure règle du moine irlandais saint Colomban, Landelin quitte Lobbes et s'installe à Aulne sur un terrain dont il possède l'acte de donation[n 1]. Son charisme attire - comme à Lobbes - les candidats à la vie religieuse, qui viennent gonfler le noyau de départ de ce qui évoluera vers l'abbaye d'Aulne. Mais peu de novices sont pourvus de la résistance physique de Landelin, qui est contraint de remplacer la règle de saint Colomban par la règle de saint Benoît, moins rigoureuse.

Quand la communauté d'Aulne atteint le seuil de l'autonomie, vers 657, Landelin la place sous la dépendance de Lobbes et part s'établir à Wallers où il fonde un monastère. Mais faute de supérieurs à la hauteur, les abbayes de Lobbes et d'Aulne tombent en décadence. Hydulphe, seigneur de Lobbes et Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie font appel à Ursmer de Lobbes, disciple remarqué de Landelin, qu'ils placent à la tête de la communauté. Les moines suivent la règle de saint Benoît.

Histoire[modifier | modifier le code]

Du VIIe au milieu du XIIe siècles[modifier | modifier le code]

Remarque préliminaire : il n'existe aucune chronique propre à Aulne du VIIe siècle au XIIe siècle. On en déduit trop souvent que ses origines sont entourées de plus de ténèbres que tout autre monastère. C'est vrai si l'on commet l'erreur de dissocier Aulne de ce qui l'entoure et la régit. Dépendance de Lobbes dès sa fondation, elle vit dans le sillage de la maison mère, en partage le rayonnement, la puissance et les vicissitudes. Son histoire se confond tout simplement avec celle de Lobbes.

En voici une illustration : vers 680, dans le legs écrit de la terre de Forestaille, Pépin de Herstal affecte à Lobbes tout ce que lui a donné Landelin, « à savoir l'église d'Aulne avec ses dépendances et possessions ».

Comme il l'est à Lobbes, Ursmer (680-713) est le premier véritable abbé et l'animateur de l’abbaye d’Aulne.

De 732 à 737, Charles Martel, fils bâtard du maire du palais Pépin de Herstal, repousse les musulmans vers les Pyrénées et devient de fait le maître du royaume franc d'Austrasie dont Aulne fait partie. Une large distribution de terres est faite aux proches du maire du palais, qui n'hésite pas à séculariser, à cette fin, bon nombre de biens d'Église. L'abbaye de Lobbes et sa dépendance d'Aulne sont léguées à l'évêché de Liège, qui a acquis de Charles Martel la temporalité[n 2] en 728 [1].

En 882, les Normands - des Danois - remontent le cours de la Sambre, les moines de Lobbes et d'Aulne suivis des habitants proches se retranchent dans le château de Thuin, mais l'abbaye d'Aulne ravagée par les Normands et versée en 888 dans la mense épiscopale de Liège, est laissée à l'abandon pendant une cinquantaine d'années avant de renaître de ses cendres grâce à l'intervention de Richer, évêque de Liège (920-945) [n 3] et abbé de Lobbes (922-945), qui l'érige en abbaye séculière et devient ainsi, après Landelin et Ursmer, le troisième fondateur de ce monastère [2].

En 955, des cavaliers nomades venant de Hongrie déferlent sur la région et, une fois de plus, les moines d'Aulne et les habitants du voisinage se mettent sous la protection de l'abbé de Lobbes et résistent aux milliers de Hongrois.

En 961, Éracle, abbé de Lobbes et évêque de Liège de 959 à 971, résilie sa charge abbatiale pour se consacrer au diocèse. Il donne aux moines de Lobbes la liberté d'élire leur abbé, mais il reprend à Lobbes plus de la moitié de ses biens. Et Aulne quitte la tutelle de Lobbes pour tomber sous la tutelle directe de Liège[n 4].

Du milieu du XIIe au XVe siècles[modifier | modifier le code]

En 1144, il existe à Aulne une petite communauté conduite par l'abbé Raoul qui tente d'imposer la règle des chanoines de saint Augustin. Ses efforts échouent et la même année, le prince-évêque Albéron annule le diplôme accordé aux religieux ayant opté pour la règle des chanoines de saint Augustin et offre Aulne à saint Bernard[n 5]. Le 3 décembre 1147, Dom Francon de Morville, qui sera le premier abbé cistercien d'Aulne, arrive à la tête d'une douzaine de moines. Les chanoines et les habitants du village leur opposent une résistance opiniâtre, mais doivent se résigner. En 1158, Henri II de Leez, prince-évêque de Liège (1145-1164) confirme la donation d'Albéron II de Chiny-Namur, car la population voisine persiste à harceler les "imposteurs" par une lutte procédurière qui va durer jusqu'en 1205, quand le prince-évêque Hugues de Pierrepont (1200-1229) met fin définitivement au procès, confirme les donations de 1147 et 1158 et éloigne du voisinage tous ceux qui perturbent la tranquillité du monastère[3].

Les interventions du prince-évêque de Liège Hugues de Pierrepont (1200-1229) contribuent fortement à la prospérité matérielle - il soustrait l'abbaye d'Aulne de la mense épiscopale - et spirituelle de l'abbaye, dont les privilèges s'accroissent considérablement à cette époque [n 6]. C'est une des abbayes les plus puissantes de la Principauté de Liège[4].

Le XIIIe siècle. Les volumineux cartulaires d'Aulne montrent de quelle façon s'est formé le domaine, dont l'essentiel est constitué à la fin du XIIIe siècle : le prieuré devient un grand monastère. Les abbayes qui n'ont pas été dotées à cette époque ne le seront jamais et c'est le cas pour le plus grand nombre d'entre elles. Les conditions climatiques au XIIIe siècle favorisent l'agriculture : la communauté d'Aulne s'enrichit et la construction de l'église ogivale - dont il subsiste le porche et des vestiges de la nef - débute en 1214 et s'achève en 1247.

Le XIVe siècle. La montée en puissance et le rayonnement de l'abbaye durent jusqu'au XVIIIe siècle : pour exemple, l'abbaye de Soleilmont est placée sous la direction de l'abbaye d'Aulne dès son incorporation en mai 1237 à l'ordre de Cîteaux ; elle restera sous la juridiction d'Aulne jusqu'au XVIIIe siècle.

Le fléchissement de la discipline apparaît à Aulne sous la prélature de Jacques de Gozée (1298-1331). En 1304, l'abbé de Clairvaux est sommé par son chapitre de procéder à la réforme de l'abbaye. En 1322, le pape Jean XXII recommande au prince-évêque de Liège de veiller sur Aulne ; Benoît XII, pape en Avignon (1334-1342) formé à la rude école de Cîteaux, publie une bulle le 20 juin 1336 visant à réformer l'ordre cistercien. Au XIVe siècle, les conditions climatiques moins favorables, les épidémies (peste bubonique, e.a.), les guerres (l'abbaye est une proie facile) et la migration vers les villes naissantes, réduisent sévèrement le nombre de frères convers et de travailleurs de la terre. C'est la crise à Aulne.

Le XVe siècle est un siècle noir. À plusieurs reprises, les moines doivent fuir pour se protéger des affrontements entre Liégeois et troupes des ducs de Bourgogne. L'abbaye subit à chaque fois des dégâts considérables. En 1492, l'abbaye est à ce point appauvrie que le pape Innocent VIII (1484-1492) ordonne aux abbés de Lobbes et de Cambron, ainsi qu'au doyen de Binche de mettre leurs ressources en commun pour procurer une subsistance convenable à la communauté et pour payer les dettes de l'abbaye. Demeurés fervents malgré leurs épreuves, les moines d'Aulne sont appelés - avec ceux de Clairvaux, de Villers et de Cambron - à réformer les monastères de moniales de Moulins à Anhée et du Jardinet à Walcourt, où la discipline monastique laisse à désirer [5].

Du XVIe siècle à la révolution liégeoise de 1789[modifier | modifier le code]

Le XVIe siècle. Gérard Bosman de Beausart, élu abbé d'Aulne le 27 novembre 1497 dans l'église saint Jacques de Liège, prend une lourde succession. Pendant 32 ans, il travaille avec une telle ardeur qu'il acquitte toutes les obligations de l'abbaye, achète des terres et entreprend des travaux importants. Il est vrai qu'il est aidé en cela par le prince-évêque Érard de La Marck (1505-1538), son ami intime et protecteur d'Aulne comme l'avait été Hugues de Pierrepont au début du XIIIe siècle. L'abbé Bosman remet la discipline en vigueur, améliore et embellit des bâtiments. Le chœur et le transept remaniés par l'abbé Jean de Barbençon (1352-1382) sont entièrement reconstruits : ainsi transformée, l'église abbatiale est consacrée le 30 novembre 1525. Son successeur Jean de Lannoy (1529-1556) continue les travaux d'embellissement et construit le quartier abbatial ; à l'extérieur, il construit les refuges de Huy, Binche, Louvain et Thuin.

Malgré les menaces dont elle avait été l'objet à plusieurs reprises, Aulne n'avait pas jusqu'alors souffert en elle-même des invasions étrangères. Le 28 septembre 1538, l'abbaye est investie et saccagée par un corps de 300 Français qui commettent des vols, infligent des avanies aux religieux et vandalisent.

Mais les malheurs s'accumulent : Jean de Lannoy, veut résilier sa charge et quitter l'ordre pour épouser sa nièce… Suivent deux successions "illégales" - deux abbés commendataires sont désignés contre la volonté des moines - en la personne de Guillaume Noël (1556-1572, † 1575) et Sébastien Antoine (1572-1579) et une nomination malheureuse en la personne de Denis Denis (1582-destitué en octobre 1586). Les conséquences sont désastreuses pour la communauté d'Aulne.

En 1578, les hérétiques en guerre contre le roi Philippe II d'Espagne ravagent la région et saccagent Aulne. Les moines trouvent refuge dans la maison que l'abbé défroqué Jean de Lannoy avait fait construire dans la ville de Thuin.

Le XVIIe siècle. Élu régulièrement abbé d'Aulne le 25 octobre 1586, Henri de Velpen porte la lourde charge de relever une abbaye en ruines, au spirituel comme au temporel. Il s'y emploie durant 36 ans pendant lesquels il ramène la paix au monastère, réussit un peu à faire renaître la ferveur primitive et obtient en 1614 de Claude Louvel, abbé de Crespin de 1612 à 1626, le don de quelques reliques de saint Landelin, décédé et inhumé à Crespin. Lui-même décède le 21 février 1622. Edmond Jouvent, qui lui succède de 1622 à 1655, transforme en 1629 le refuge de Louvain en collège, afin de combattre l'ignorance et l'oisiveté au sein de la communauté (il était licencié en théologie de l'université de Louvain). Durant la seconde moitié du XVIIe siècle, la principauté de Liège, continuellement prise entre les deux belligérants espagnol et français est dévastée par leurs armées. Jérôme Reyers (1655-1670), président pendant dix ans du collège de Louvain et prieur d'Aulne depuis 1635, succède à l'abbé Jouvent en novembre 1655. Cet homme d'expérience et de savoir manœuvre si habilement qu'il parvient à préserver l'abbaye d'une destruction complète en négociant avec les chefs d'armées, au prix d'impositions ruineuses. Mais il n'en est pas de même des fermes de l'abbaye dont les tenanciers, incapables de payer de lourdes impositions, assistent à la destruction de leur cense et souffrent des "fourrages"[n 7] et des "grands fourrages" [n 8]. Jusqu'au XVIIIe siècle, les abbés d'Aulne parlementent avec le même succès, mais chaque fois l'abbaye en sort financièrement affaiblie. Paradoxalement, à la pauvreté financière correspond le nombre élevé de vocations : vers 1663, 70 religieux dont 58 moines-prêtres, 3 novices et 9 frères-convers [6].

Le XVIIIe siècle est le siècle d'or de l'abbaye d'Aulne. En septembre 1708, Maur Carion, originaire de Thuin est élu abbé d'Aulne. La succession est lourde : dans la paix retrouvée au-dedans comme au-dehors, le passif de l'abbaye s'élève à 200 000 florins. À la fin de sa prélature et peu avant son décès - il meurt le 12 juillet 1728 -, les dettes de l'abbaye sont remboursées et il laisse un boni de 53 000 florins : bien qu'il ait le dessein de rénover l'abbaye, il n'entreprend aucune construction lui-même, laissant cette initiative à son successeur, Barthélémy Louant, cellérier[n 9] de l'abbaye élu abbé le 12 août 1728.

Les excellentes finances de l'abbaye permettent la somptueuse rénovation sous la prélature du nouvel abbé. Le domaine étant - pour le moins - suffisamment étendu, les bénéfices sont investis dans la rénovation des bâtiments claustraux, réfectoires, dortoirs, écuries, granges, remises, officines de toutes espèces, vieux de plusieurs siècles. Il fait construire à neuf le quartier abbatial, le palais des hôtes, l'infirmerie, le cloître, le quartier des anciens et celui du prieur, la ferme-château de Beaudribus. Devant l'entrée de l'église gothique, il fait construire la façade de style classique presque intacte aujourd'hui. L'abbé Barthélémy Louant, décédé le 14 août 1753, est remplacé deux semaines plus tard par l'abbé Maur Mélotte (1753-1763).

Pendant 3 ans, l'église abbatiale est livrée aux métiers pour restaurer la décoration intérieure et construire deux absidioles [n 10]très amples et très belles situées dans le transept, de part et d'autre de l'abside. On place aussi trois autels de marbre et de nouvelles orgues. À la Toussaint 1758, on chante pour la première fois les Vigiles [n 11]. À la basse-cour, l'abbé fait construire un assez grand bâtiment pour les lavandières et des ateliers de forge et de menuiserie. L'abbé Melotte, décédé le 26 mars 1763, est remplacé un mois plus tard par l'abbé Hilaire Lepot, qui tombe gravement malade le jour de son élection, ne recouvre jamais plus la santé et meurt le 25 janvier 1765.

Joseph Scrippe, prieur d'Aulne, est élu abbé le 18 février 1765. Il complète l'ensemble architectural de l'abbaye en construisant le pavillon d'honneur faisant face à l'église, la carrosserie (1768), le quartier de l'abbé (1772) et celui de l'économe. Ces trois derniers bâtiments, restaurés après l'incendie de 1794, abritent l'hospice Herset. L'abbé Joseph Scrippe décède le 31 mars 1785, il est remplacé le 13 mai 1785 par le cellérier [n 9]d'Aulne, Gérard Gérard, que son état de santé précaire - il était tuberculeux - a souvent écarté de ses attributions au sein de la communauté. Et très tôt, Michel Herset - en religion Dom Norbert Herset -, en fonction à Aulne depuis 1775, remplace l'abbé lentement miné par la maladie.

De la révolution liégeoise de 1789 à l'incendie de 1794[modifier | modifier le code]

Quand l'abbé Gérard meurt le 18 août 1790 à l'âge de 55 ans, la révolution liégeoise (1789-1791) est passée par là et Norbert Herset n'occupera le poste d'abbé d'Aulne qu'après deux mois de tribulations au terme desquelles l'abbaye s'appauvrit une fois de plus. Car le gouvernement révolutionnaires liégeois, épaulé activement par la municipalité révolutionnaire de Thuin, impose lourdement l'abbaye à deux reprises, en 1790 et 1791 [7].

En juillet 1792, les troupes révolutionnaires françaises envahissent la principauté de Liège et les Pays-Bas autrichiens, remportent la bataille de Jemappes sur les Autrichiens le 6 novembre 1792 : une première fois, l'abbé Herset prend la fuite, puis revient à Aulne le 27 décembre 1792, rassuré par les propos apaisants du général Dumouriez, vainqueur à Jemappes. Mais il doit déchanter : le pouvoir révolutionnaire ferme les yeux sur le pillage des abbayes, monastères, couvents…et il part en exil une deuxième fois jusqu'en mars 1793. Et entre-temps, l'Assemblée liégeoise a voté le rattachement de la principauté de Liège à la France le 20 janvier 1793. L'abbé Herset revient à Aulne à Pâques 1794 et l'occupe courageusement avec quelques moines, malgré la présence hostile de l'avocat Marlier et de son épouse, qui y ont pris leurs quartiers et que l'abbé Herset appelle ironiquement "Monsieur l'abbé et Madame l'abbesse" !

Le samedi 10 mai 1794, les religieux d'Aulne (plus de 50 moines) entassent dans des chariots les objets les plus précieux et fuient vers Fontaine-l'Évêque à l'annonce de l'arrivée des révolutionnaires français, qui pillent l'abbaye pendant plusieurs jours. Le 14 mai 1794 vers 15 heures, l'abbaye est incendiée par les Français commandés par le général Charbonnier qui en a reçu l'ordre du représentant du peuple auprès des Armées, Saint-Just qui considérait, à tort probablement, que les abbayes d'Aulne et de Lobbes pouvaient servir de point d'appui éventuel à l'ennemi. L'abbaye est détruite [8],[9],[7].

Quant à sa riche bibliothèque, elle est incendiée sur ordre du même général Charbonnier. L'ampleur du désastre est relatée dans les écrits de Dom Herset:

« Avant le funeste incendie de 1794, notre bibliothèque se composait d'au moins 44 000 ouvrages sans compter les manuscrits (dont un grand nombre de très grande valeur étaient déjà perdus). Par l'ampleur des locaux, la multitude des livres et la diversité du savoir, cette bibliothèque était à bon droit considérée comme la plus célèbre de notre patrie (c.à.d. le Pays de Liège) et sauf trois ou quatre exceptions, de toute la Belgique[10]. »

De 1794 à l'époque contemporaine[modifier | modifier le code]

L'abbé d'Aulne, accompagné de quelques moines, fuit vers l'Allemagne en passant par la Hollande. Il passe le rude hiver 1794-1795 à Paderborn et Elberfeld (actuellement district de Wuppertal).

Mois après mois, les moines rentrent d'exil et occupent dès novembre 1794 la ferme de Beaudribus, endommagée mais encore habitable. Ils passent l'hiver 1794-1795 dans le dénuement et dès mars 1795, prennent les premières mesures pour la conservation du monastère exposé aux intempéries et aux déprédations du voisinage, referment l'enceinte de l'abbaye ruinée, aménagent une pièce de la ferme de la Basse-Cour toute proche et entament la restauration à partir du mois de juin 1795.

Vers juin 1795, l'Administration notifie aux moines la mise sous séquestre de l'abbaye, considérée comme bien d'émigrés. L'abbé Norbert Herset et trois moines rentrent à Aulne le 3 août 1795 et sollicitent l'administration des biens et possessions, invoquant qu'un septième des religieux seulement s'est réfugié en Allemagne ; et le 6 septembre 1795, les religieux sont rétablis dans leurs propriétés.

Mais la loi du 1er septembre 1796[n 12], supprimant les ordres, a raison de la ténacité des moines d'Aulne, seuls en Belgique à avoir voulu rétablir leur maison : la suppression des congrégations religieuses est connue à Aulne vers le 20 septembre 1796.

Tout espoir de reprendre la vie régulière est perdu et les religieux - au nombre de 24 - abandonnent la restauration en octobre 1796.

L'abbaye et la ferme de la Basse-Cour sont vendus aux enchères le 12 mai 1798, deux laïcs les rachètent 1 000 000 francs [n 13] pour leurs commands[n 14], trois moines de l'abbaye, Dom Michel Rucquoy, Dom Basile Laurent et l'abbé Dom Norbert Herset.

Fin juillet 1798, l'abbé Herset - il a refusé de prêter le serment de fidélité à la République - part en exil pour échapper à la déportation et, passant par Duisbourg, demeure en pension chez des religieuses de Westphalie pendant trois ans au cours desquels (plus précisément en 1799) il rédige son Chronicon Alnense[n 15]sans lequel on n'aurait jamais pu retracer l'histoire d'Aulne. Par testament, il lègue sa part de l'abbaye ainsi que tous ses biens mobiliers pour qu'y soit créé et équipé un hospice pour vieillards. Il meurt au béguinage de Saint-Trond le 15 septembre 1806, âgé de 68 ans.

Les bâtiments de l'abbaye sont démantelés et revendus au détail (pierres, pavés, briques récupérables, etc.), les éclats de pierres sont même calcinés pour amender les terres agricoles. Les pierres servent à la construction des écluses et bâtiments lors de la canalisation de la Sambre, entre 1825 et 1829. À partir de 1845, elles servent à la construction de culées de ponts, des têtes du tunnel de Landelies, etc. lors des travaux préliminaires à la dépose de la voie ferrée - dite du "Nord belge" - reliant Charleroi au réseau français[11].

Création de l'hospice[modifier | modifier le code]

Norbert Decouve, le dernier moine usufruitier d'Aulne meurt à l'âge de 80 ans, le 21 mai 1854, à Saint-Jean-Geest où il avait été installé comme curé. L'abbé Herset avait exprimé la volonté que soit créé un hospice dans les bâtiments de l'abbaye, après le décès du dernier moine usufruitier. Il ouvre en juin 1856[12].

Une nouvelle église est construite à l'emplacement de l'ancienne entrée principale de l'abbaye. La première pierre en est posée le 1er décembre 1869, sa bénédiction a lieu le 10 septembre 1873. L'église est meublée d'un orgue en mauvais état - restauré à Aulne - acheté à Evere, d'une chaire de vérité sculptée en 1688 rachetée en 1874 à Templeuve et enfin d'un maître-autel en marbre de Rance. D'abord à l'usage de la maison de repos, elle devient ensuite l'église paroissiale du village d'Aulne.

En 2006, grâce aux fonds européens et à la Région wallonne, d'importants aménagements touristiques sont entamés. En 2010, la région wallonne achète le site entier pour la somme (symbolique) d'un euro, et projette de le restaurer.

La nouvelle église (1875).

Liste des abbés d'Aulne[modifier | modifier le code]

657 : Fondation par Landelin (décédé en 686). Jusqu'en 1147, les religieux de l'abbaye d'Aulne respectent la règle de saint Benoît et sont administrés par l'abbé de Lobbes. La liste ci-après énumère les abbés d'Aulne depuis 1147, quand Francon de Morville (1147-1153) introduit au monastère la règle de Saint Bernard.

  1. Francon de Morville (1147-1153)
  2. Dom Grégoire (1158-1167)
  3. Gérard de Grave (1168-1184)
  4. Jean de Huy (1186-1189)
  5. Edmond de Bretagne (-)
  6. Frumald de Fontaine (1190-1196)
  7. Alexandre N. (1198-1204)
  8. Lambert de Thuin (1210-1213)
  9. Gilles de Beaumont 1214-1221)
  10. Baudouin de Châtelet (1224-1245)
  11. Jean Onkelin (1247-1266)
  12. Jean Filfort (1267-1280)
  13. Thomas de Monceau (1284-1292)
  14. Jacques de Gozée (1298-1331)
  15. Jean de Meffe ( ? -1338)
  16. Allard de Marbais (1338- ? )
  17. Jean de Marchienne ( ? -1352)
  18. Jean de Barbençon (1358-1382)
  19. Nicolas de Thuin (1382-1400)
  20. Jacques de Tourinnes (1400-1408)
  21. Godefroid d'Orchies (1408-1415)
  22. Gobert de Ham-sur-Heure (1415-1440)
  23. Jean de Bruxelles (1440-1452)
  24. Thomas de Presles (1452-1478)
  25. Gilles de Presles (1478-1484)
  26. Jean Bonfils (1486-1497)
  27. Gérard Bosman (1497-1529)
  28. Jean de Lannoy (1529-1556)
  29. Guillaume Noël (1556-1575)
  30. Sébastien Antoine (1575-1579)
  31. Denis Denis (1582-1586)
  32. Henri Velpen (1586-1622)
  33. Edmond Jouvent (1622-1655)
  34. Jérôme Reyers (1655-1670)
  35. Innocent Bastin (1670-1676)
  36. Humbert Hubart (1677-1678)
  37. Basile de Behault (1678-1682)
  38. Emmanuel de Noville (1682-1708)
  39. Maur Carion (1708-1728)
  40. Barthélémy Louant (1728-1753)
  41. Maur Mélotte (1753-1763)
  42. Hilaire Lepot (1763-1765)
  43. Joseph Scrippe (1765-1785)
  44. Gérard Gérard (1785-1790)
  45. Norbert Herset (1790-1794) [13]

Les ruines visibles[modifier | modifier le code]

De l'abbaye médiévale, il ne subsiste aujourd'hui que la façade gothique, le chœur ou plus exactement l'abside et le transept de l'église et quelques ogives de la sacristie et du chapitre. Les autres bâtiments - restaurés ou en ruines - datent du XVIIIe siècle. Ils sont l'œuvre de l'abbé Barthélémy Louant et de ses successeurs [14].

Parmi les ruines, à la place des écuries, une brasserie a été construite en 1998. Elle produit entre autres les bières d'abbaye reconnues de l'Abbaye d'Aulne.

Armoiries[modifier | modifier le code]

Blason Blasonnement :
D'azur à la face d'argent, accompagnée en chef de trois merlettes rangées.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Saint Landelin est à l'origine de la fondation des abbayes de Lobbes et d'Aulne, sur la Sambre, ainsi que de l'abbaye de Crespin et du monastère de Wallers-en-Fagne (département français du Nord).
  2. Pouvoir temporel conféré à un personnage ou une fonction représentant déjà un pouvoir spirituel.
  3. C'est sous son épiscopat qu'on commença à nommer les évêques de Liège par ce nom ; ils étaient automatiquement nommés évêques de Tongres, même si le diocèse avait son siège à Liège
  4. Une anecdote, en conséquence : en 968, ce même Éracle donne à Rathier, ancien moine de Lobbes et évêque de Vérone, les revenus - non négligeables - d'Aulne. Et Folcuin, abbé de Lobbes, y ajoute les revenus des villages de Gozée et Strée, du prieuré de Jumet-Heigne et de l'ancien monastère de Wallers-en-Fagne anéanti par les Normands. La gratitude n'étant pas la qualité première de Rathier de Vérone, il calomnie Folcuin au point que Éracle lui cède le siège abbatial de Lobbes de 971 à 972. Il faudra attendre 972 et l'épiscopat de Notger pour rendre justice à Folcuin. Après la mort en 974 de Rathier de Vérone, exilé à Aulne, les revenus de la communauté sont transférés par Notger à la ville fortifiée de Thuin (Demoulin 1980, p. 47)
  5. Dans le Chronicon Alnense, il est dit des anciens occupants qu'ils menaient une existence "qui n'avait rien d'édifiant" (Demoulin 1980, p. 59))
  6. Comme Hugues de Pierrepont aime à venir se délasser de temps à autre quelques jours parmi eux, les religieux lui construisent de leurs mains une vaste habitation au pied des anciens jardins en étage et lui creusent même un vivier rempli de poissons de choix, à peu de distance de là, afin qu'il pêche avec plus de tranquillité et de succès qu'au bord de la Sambre (Boulmont 1907, p. 6-7)
  7. Fauchage de végétaux pour alimenter les chevaux.
  8. Pillage des réserves de fourrage sec, paille, avoine…
  9. a et b Économe
  10. L'une dédiée à saint Benoît, l'autre à saint Bernard (Demoulin 1980, p. 251)
  11. ou matines, la première des huit prières de la liturgie des heures dans l'église transformée
  12. Loi du 15 Fructidor An IV
  13. Estimation de départ : 120 000 francs (Demoulin 1980, p. 309)
  14. Acheteur réel du bien, qui n'est pas nommé sur l'acte de transmission. Il s'ensuit une Déclaration de command par laquelle on nomme le véritable acquéreur
  15. Chroniques d'Aulne

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pirenne 1936, p. 40-42
  2. Boulmont 1907, p. 3
  3. Demoulin 1980, p. 23 à 64
  4. Jacques Duvigneaud et Françoise Carlier in Le patrimoine majeur de Wallonie, Namur, 1993, p. 165-169
  5. Boulmont 1907, p. 12
  6. Boulmont 1907, p. 13
  7. a et b Boulmont 1907, p. 14
  8. Demoulin 1980, p. 48 à 176
  9. Draguet 1994, p. 83
  10. Demoulin 1980, p. 266
  11. Demoulin 1980, p. 187 à 229
  12. Demoulin 1980, p. 230 à 239
  13. Demoulin 1980, p. 419
  14. Demoulin 1980, p. 119

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Théodore Bernier, Dictionnaire géographique, historique, archéologique, biographique et bibliographique du Hainaut, Mons, Hector Manceaux,‎ 1879, 640 p. (lire en ligne)
  • Gustave Boulmont, Les fastes de l'abbaye d'Aulne la riche de l'ordre de Cîteaux, Gand+Namur, Vanderpoorten+Delvaux,‎ 1907, 259 p. (lire en ligne)
  • Marie-Sophie Degard, « Gozée - abbaye d'Aulne », Bulletin de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles, Commission royale des Monuments, des sites et fouilles, t. 18,‎ 2004-2005, p. 51-52 (lire en ligne)
  • Léonce Deltenre, Notes pour l'armorial des abbayes de Lobbes et d'Aulne,‎ 1951.
  • Claude Demoulin, Aulne et son domaine, Landelies, Claude Demoulin,‎ 1980, 430 p.
  • Alain Dierkens, Abbayes et chapitres entre Sambre et Meuse (VIIeXIe siècles) : Contribution à l'histoire religieuse des campagnes du Haut Moyen Âge, Sigmaringen, Jan Thorbecke,‎ 1985, 375 p. (ISBN 3-7995-7314-3, lire en ligne).
  • Christian Draguet, Le ballon de Fleurus : Itinéraire des aérostiers en juin 1794, Montigny-le-Tilleul, Éditions Scaillet,‎ 1994, 176 p.
  • Roger Foulon, L'Abbaye d'Aulne : Historique - Guide illustré des ruines, Mons, Fédération du Tourisme de la province de Hainaut,‎ 1990, 39 p.
  • Henri Pirenne, Histoire de l'Europe : Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles,‎ 1936, 492 p.
  • Joachim Vos, Lobbes. Son abbaye et son chapitre : Histoire complète du monastère de Saint-Pierre à Lobbes et du chapître de Saint-Ursmer à Lobbes et à Binche, t. I, Louvain, Ch.Peeters,‎ 1865, 446 p.
  • Joachim Vos, Lobbes. Son abbaye et son chapitre : Histoire complète du monastère de Saint-Pierre à Lobbes et du chapître de Saint-Ursmer à Lobbes et à Binche, t. II, Louvain, Ch.Peeters,‎ 1865, 611 p.