Abbaye de Lobbes
| Abbaye de Lobbes | |||
La porte d'enceinte de l'ancienne abbaye (route de Binche) |
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| Présentation | |||
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| Culte | (anciennement) catholique | ||
| Type | Abbaye | ||
| Rattachement | Ordre de Saint-Benoît | ||
| Début de la construction | 654 | ||
| Fin des travaux | Détruite en 1794 | ||
| Géographie | |||
| Pays | |||
| Région | |||
| Province | Province de Hainaut | ||
| Commune | Lobbes | ||
| Coordonnées | |||
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Géolocalisation sur la carte : Belgique |
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L'abbaye de Lobbes (dont le nom historique est abbaye Saint-Pierre de Lobbes) était une antique et prestigieuse abbaye bénédictine située en Belgique à Lobbes, près de Thuin dans la province de Hainaut. Fondée sur la Sambre vers 654 par saint Landelin, elle joua un rôle de première importance dans la vie religieuse, politique et intellectuelle de la principauté de Liège, surtout au début du second millénaire. Elle fut incendiée et détruite par les révolutionnaires français en 1794.
Sommaire |
Fondation [modifier]
Lobbes appartient à la première génération de monastères créés en pays mérovingien, généralement autour d’un ermite dont l’austère vie de sainteté religieuse impressionne et attire des adeptes qui deviennent disciples. À Lobbes, c’est Landelin, un brigand converti devenu ermite, qui attire. Il pose les fondements d’une église (sans doute en bois) en 638 pour y garder et vénérer les reliques du premier apôtre Saint Pierre qu’il a ramenées de son pèlerinage à Rome. Le nombre de disciples augmentant, cette église Saint-Pierre devient le centre d’une communauté monastique qui existe comme telle depuis environ 654. Mais, épris de solitude, Landelin quitte Lobbes pour s’installer à une dizaine de kilomètres en aval sur la Sambre et y fonder l'abbaye d'Aulne.
Faute de supérieurs à la hauteur, la communauté de Lobbes tombe en décadence. Hydulphe, seigneur de Lobbes et Pépin, maire du palais d'Austrasie, font appel à Ursmer, disciple remarqué de Landelin, pour en être le berger.
À l'afflux de nouveaux adeptes correspond l'extension des bâtiments, qu'alimentent les revenus des biens cédés par les adeptes fortunés : ainsi, Hydulphe fait don de ses biens à l'abbaye et se retire au monastère, Pépin lègue à Ursmer la terre, le bois de Forestaille et plusieurs dépendances ; en outre, il affecte à Lobbes tout ce que lui a donné Landelin, "à savoir l'église d'Aulne avec ses dépendances et possessions, le prieuré de Wallers avec tous ses biens et possessions…"[1].
Histoire [modifier]
Premiers siècles [modifier]
Le vrai fondateur de l’abbaye de Lobbes, et son premier abbé (depuis 680) est Ursmer. Le 26 août 697, en sa présence, l’église abbatiale - dédiée aux saints Pierre et Paul - mise en chantier par Landelin est consacrée. Comme la présence des reliques du premier apôtre interdit toute sépulture dans l’abbatiale, Ursmer construit une autre église sur une colline voisine : elle est à l’origine de la collégiale Saint-Ursmer. Comme il le fut à Lobbes, Ursmer sera l'animateur de l’abbaye d’Aulne, autre fondation de son maître spirituel, Landelin.
Saint Ermin est le second abbé de Lobbes (711-737). Il laisse une première œuvre : Vita Ursmari. avec laquelle commence l’activité intellectuelle du monastère, dont la bibliothèque va s’enrichir au fil de siècles. À Ermin succèdent (saint) Abel de Reims, missionnaire irlandais et évêque de Reims (mort en 764) et Théodulfe de Lobbes (mort en 776). Les sarcophages mérovingiens des saints Ursmer, Ermin (remarquablement conservé) et Abel de Reims se trouvent dans la crypte de la collégiale Saint-Ursmer.
De 732 à 737, Charles Martel, fils bâtard du maire du palais Pépin de Herstal, repousse les musulmans vers les Pyrénées et devient de fait le maître du royaume franc d'Austrasie dont Lobbes fait partie. Il en profite pour créer une classe de guerriers possédant les ressources correspondant au rôle qu'on attend d'eux. Une large distribution des terres est faite aux proches du maire du palais, qui n'hésite pas à séculariser, à cette fin, bon nombre de biens d'Église. L'abbaye de Lobbes est léguée à l'évêché de Liège, qui a acquis de Charles Martel la temporalité[2] en 728 [3],[1].
En 882, les Normands - des Danois - remontent le cours de la Sambre, les moines de Lobbes et d'Aulne suivis des habitants proches se retranchent dans le château de Thuin, construit par les moines de Lobbes et réputé inexpugnable grâce à sa situation sur un rocher escarpé et au grand nombre de défenseurs qu'il peut abriter. La forteresse résiste aux Normands et peu de temps après Louis de Saxe les combat victorieusement à Thiméon, où ils perdent 9 000 hommes.
Le roi Arnulf de Carinthie - roi de Germanie depuis 887 et couronné empereur d’Occident en 896 - devait être un intime de Francon, sinon son parent. En tout cas sa générosité envers l’évêque de Liège ne se dément jamais. En 888, il fait don à l’Église de Liège de l’abbaye de Lobbes et de 155 villages qui lui appartiennent. En tant qu'évêque de Liège, Francon devient ainsi abbé de Lobbes.
De retour en 892 et retranchés dans le camp de Louvain, les Normands seront battus par l'armée de Francon aidée de l'armée d'Arnulf de Carinthie. Mais les dépendances d'Aulne, de Wallers-en-Fagne et de Crespin, fondées par saint Landelin, sont dépouillées et détruites à des degrés divers [4].
À la fin du IXe siècle, on (re)construit dans de plus grandes dimensions l'église abbatiale de 697 dont la description figurera dans la Chronique de Lobbes écrite par Folcuin vers 980. Elle est consacrée en 903 sous l'abbatiat d'Étienne, évêque de Liège et abbé de Lobbes.
Avec Francon, évêque de Liège de 856 à 901, le destin de l’abbaye se lie étroitement à celui du diocèse, tous les évêques de Liège jusqu’à Éracle (960) étant également abbés de Lobbes. L’abbaye devient une sorte d’école officielle et une pépinière de fonctionnaires ecclésiastiques.
En 955, des cavaliers nomades venant de Hongrie déferlent sur la région et, une fois de plus, les moines d'Aulne et Lobbes et les habitants du voisinage cherchent refuge au château de Thuin, occupé depuis peu par Régnier III, comte de Hainaut, qui leur en refuse l'accès. Ils se réfugient dans l'église supérieure - l'église Saint-Ursmer actuelle - fortifiée dans l'urgence et résistent aux milliers de Hongrois. Une pluie torrentielle providentielle s'abat sur les assaillants qui, croyant à un prodige, lèvent le siège. Mais, une fois de plus, l'abbaye est saccagée et il y a beaucoup de victimes [5].
En 961, Éracle, évêque de Liège et abbé de Lobbes résilie sa charge abbatiale pour se consacrer au diocèse. Il donne aux moines de Lobbes la liberté d'élire leur abbé, mais il reprend à Lobbes plus de la moitié de ses biens, dont la dépendance d'Aulne. Avec son assentiment, le moine Aletran lui succède et l’abbaye reprend un peu de son indépendance perdue en 888.
Éracle choisit pour successeur à Alétran le moine Folcuin, contesté à ses débuts. Folcuin relève le monastère dévasté par les Hongrois et y ajoute de nouveaux bâtiments dont un cloître.
La prospérité conduit à des travaux d’agrandissement et d’embellissement. Un oratoire dédié à Saint-Benoît est construit par Hériger. Une troisième église abbatiale est édifiée, plus vaste et plus belle, consacrée en 1036, même si elle n'est achevée que sous la prélature d’Adélard (1054-1077). Elle est construite en moellons irréguliers à peine équarris, souvent du grès trop dur pour être taillé[6].
Du XIIe siècle au XVIIIe siècle [modifier]
Le retour de vocations monastiques et une nouvelle prospérité permet de reconstruire l’abbatiale lorsque celle du XIe siècle est détruite dans un incendie en 1546. La nouvelle église abbatiale est rapidement mise en chantier par l’abbé Caulier qui en pose la première pierre en 1550 : quatrième abbatiale de l’abbaye de Lobbes… Les travaux continuent sous Dominique Capron et la consécration a lieu en 1576 sous l’abbé Ermin François. C’est cette abbatiale que l’on peut voir sur des gravures des XVIIe et XVIIIe siècles.
Rayonnement [modifier]
Conformément aux vœux de Charlemagne une école abbatiale est fondée en 797 par l’abbé - et bienheureux - Anson (776-800) qui venait d'écrire les biographies de saint Ursmer et saint Ermin. Toutes les disciplines y sont enseignées : théologie, théorie musicale, histoire...Un inventaire de la bibliothèque de Lobbes, fait à cette époque, recense le chiffre considérable de 347 livres. L’ampleur de la bibliothèque permet un travail intellectuel intense - on écrit beaucoup de « Vies de saint » - et conduit à la création d’un atelier de copistes et d’une école de miniaturistes.
Les Xe et XIe siècles sont les grands siècles de l’abbaye. Ses possessions s’étendent jusque loin en France. Le nombre de moines est élevé. La bibliothèque est fournie.
La période de 930 à 1094 est le siècle des abbés dont la compétence et l’érudition donnent un grand prestige à l’abbaye. Folcuin, abbé de Lobbes de 965 à 990, rédige une Gesta abbatum Laubiensum, chronique de trois siècles dont le souci de vérité historique évident est une importante source d’information sur l’abbaye et son histoire.
À Alétran, élu par les moines avec l'assentiment de l’évêque de Liège Éracle, succède en 965 Folcuin, le chroniqueur déjà mentionné. Il faut encore mentionner Rathier, le latiniste raffiné, évêque de Vérone[7]mais aimant signer Monacus laubiensis [8]. Il rédige une "Vie de Saint Ursmer".
Ensuite c’est Hériger (990-1007), l’écolâtre au savoir encyclopédique et auteur de livres de théologie, musique, histoire et mathématique. Il semble être un des premiers, en Occident, à avoir utilisé les chiffres arabes. Après une éclipse arrive Richard de Saint-Vanne.
Vers l'an mil, l'école est à son apogée et essaime : pendant plus d'un siècle, de l'Angleterre à la Pologne, des moines étrangers viennent s'y instruire. La formation y est excellente et ses écolâtres recherchés : Wazon, Olbert et d’autres. Thierry de Leernes (1007-1087) est demandé comme écolâtre aux abbayes de Stavelot, Verdun, Mousson et Fulda avant d’arriver à Saint-Hubert dont il devient l’abbé.
L’atelier des copistes produit des œuvres de grande qualité. Un des chefs-d’œuvre de la miniature mosane est la Bible de Lobbes, maintenant conservée à Tournai et datée de 1084. Fait rare : on en connaît même le miniaturiste et calligraphe, le moine Goderan.
Mais l'école, confinée dans un conservatisme étroit, refuse de sacrifier à la logique alors à l'honneur et tombe en déclin, au point que l'abbé Leonius supprime l'école intérieure (la seule accessible aux membres de la communauté) à partir de 1131 et ne laisse subsister que l'école extérieure rattachée au châpitre de saint Ursmer[9].
À partir du XIIe siècle, le mouvement monastique en Europe est en décadence. L'abbaye de Lobbes résiste à un alignement sur l'Abbaye de Cluny et quand elle admet la réforme, elle s'est teintée de rigueur cistercienne importée par Léonius, le nouvel abbé élu en 1131, qui a été prieur durant 30 ans. Leonius accueille des sœurs converses qu'il établit à proximité du monastère - qui compte une centaine de moines plus des frères convers - et fait construire des bâtiments pour les héberger, ainsi que les voyageurs et réfugiés de passage ; les ressources n'étant pas infinies, Lobbes, temporellement ruinée, doit congédier des moines et finit par s'étioler à la fin du XIIe siècle.
Les universités remplacent progressivement les monastères comme centres intellectuels et religieux. Les nouvelles villes, luttant pour leur autonomie, prennent aux monastères (comme aux seigneurs féodaux) une grande partie du pouvoir politique et administratif. De nombreuses guerres laissent des traces où les armées passent. Lobbes perd son éclat et devient une abbaye comme les autres, luttant simplement pour la survie.
Avec la réforme catholique un renouveau monastique s'amorce au XVIe siècle.
Destructions à partir de 1794 [modifier]
Le passage à Lobbes des troupes révolutionnaires françaises dirigées par le général Charbonnier est particulièrement dévastateur[10]. L’ensemble des bâtiments monastiques, avec l’église abbatiale, est incendié le 14 mai 1794. Les livres sont brûlés ou abandonnés aux agressions des intempéries. Les 43 moines et le 81e et dernier abbé de Lobbes, Vulgise de Vignron (sic), sont dispersés [11],[12]. La plupart trouvent refuge en Allemagne. L’abbaye est officiellement dissoute en 1796. Ce qu’il en reste est vendu comme biens publics. Le matériau des ruines qui a encore une certaine utilité est utilisé pour renforcer les fortifications de la forteresse hollandaise de Charleroi (en 1816-1817) [13].
Le seul vestige de quelque importance que l’on peut voir aujourd’hui est une porte de l’enceinte de l’abbaye (dite Porte de Thudinie ou encore La Portelette) dont elle était la sortie sur la route conduisant à la ville de Binche. Elle fut sans doute construite par l’abbé Ursmer Rancelot (décédé en 1718) dont on sait qu’il fit d’importants travaux.
Ainsi, pas moins de quatre églises abbatiales furent construites et détruites à Lobbes. Par contre la modeste église carolingienne destinée à recevoir les sépultures des moines survécut à toutes les tempêtes de l’histoire pour être aujourd’hui la collégiale Saint-Ursmer qui se dresse sur la hauteur du village de Lobbes. C'est en fait une des plus anciennes églises de Belgique.
Liste chronologique des abbés [modifier]
- Saint Landelin - vers 654 - et son compagnon saint Domitien amorcent la fondation de l'abbaye de Lobbes
- Saint Ursmer de 680 à 713
- Saint Ermin de 713 à 737
- Théoduin de 737 à 758
- Saint Théodulphe de 758 à 776
- Anson de 776 à 800. Auteur d'une Vie de Saint Ursmer et d'une Vie de Saint Ermin
- Hildéric de 800 à 814. Il aurait usurpé le titre d'abbé
- Reineric (ou Ramnéric) de 814 à 821. Usurpateur du titre, comme son prédécesseur
- Fulrad de 821 à 826
- Egard de 826 à 835
- Harbert de 835 à 864
- Hubert I de 864 à 868, beau-frère du roi Lothaire II de Lotharingie. Après avoir chassé l'abbé Harbert, il dirige le monastère et le dépouille de ses biens qu'il distribue aux gens de sa suite. En révolte, il est tué par le roi
- Anségise de 868 à 871. Nommé abbé par le roi Lothaire
- Carloman de 871 à 873. Fils de Charles II le Chauve de qui il obtient sa charge d'abbé de Lobbes, dont il est dépouillé après s'être révolté contre son père
- Hilduin de 873 à 880. Moine de Lobbes, il en reçoit de Charles II le Chauve l'administration spirituelle, tandis que le roi en prend l'administration temporelle. Son fils Louis le Bègue (877-879) conserve cet état de chose
- Hugues I de 880 à 888. Fils du roi Lothaire II de Lotharingie et de Waldrade
- Francon de 888 à 901. Philosophe, rhéteur, poète, musicien, orateur disert doté d'un esprit pénétrant et d'une haute moralité. Il succède à Hartgar comme évêque de Liège en 855 et obtient d'Arnulf de Carinthie, roi de Germanie - qui l'a en haute estime - l'autorisation, sous certaines conditions, d'annexer la direction de l'abbaye de Lobbes au siège épiscopal de Tongres-Maastricht-Liège. Promu à la dignité d'abbé par Arnulf de Carinthie. Il récupère des biens, prébendes et patronages de l'abbaye, aliénés par ses prédécesseurs. Il fait abattre l'église bâtie par Saint Ursmer et pose la première pierre d'une église plus spacieuse et plus splendide. C'est à son zèle que l'école monastique de Lobbes doit sa première image d'institution bien organisée proposant des études de niveau élevé
- Étienne de 901 à 920. Successeur de Francon à l'abbatiat de Lobbes[14] et à la dignité d'évêque de Liège. Sous son abbatiat, l'église Saint-Pierre dont Francon avait jeté les fondements, est consacrée en 903 par Dodilon, évêque de Cambrai
- Hilduin de 920 à 922. Hilduin Tasson, moine de Lobbes qui avait déjà dirigé l'abbaye de 873 à 880. Il a pour protecteur Gislebert, duc de Lotharingie qui entretient d'amicales relations avec le roi saxon de Germanie, [[Henri Ier l'Oiseleur]]. Fort de ces soutiens, Hilduin est élu évêque de Liège par l'archévêque Hermann de Cologne. Mais cette élection est désavouée et Hilduin est aussitôt excommunié par le roi Charles le Simple avec le soutien du pape Jean X qui nomme Richer. Pendant les deux années de contestations, Hilduin administre l'abbaye et y maintient le haut niveau des études
- Richer de 922 à 945.
- Hugues II, évêque de Liège de 945 à 947
- Farabert de 947 à 953. Sous son abbatiat, le relâchement s'introduit dans le monastère. Il y attire une foule d'étrangers auxquels il accorde une hospitalité si prodigue qu'on appelle Lobbes Le Val d'Or. Ces visites contribuent à l'affaiblissement de la discipline monastique
- Rathier de 953 à 956. Ancien moine de Lobbes, il est inhumé dans la collégiale Saint-Ursmer de Lobbes
- Baldéric de 956 à 959. En dépit de la volonté royale, il est élu évêque de Liège encore enfant grâce au soutien de son oncle, Baldéric, évêque d'Utrecht et de ses oncles Régnier III de Hainaut et son frère Rodolphe. En reconnaissance, il donne en commende [15]le monastère au comte de Hainaut, qui commet bientôt des exactions continuelles envers les religieux et des violences sacrilèges
- Éracle de 959 à 960. Il détache la fonction d'évêque de Liège de la fonction d'abbé de Lobbes, voulue par l'évêque Francon en 888, pour la confier à un abbé particulier. Néanmoins, une grande partie des biens de l'abbaye restent à l'église Saint-Lambert de Liège. À la demande d'Éracle, le Saint-Siège autorise les abbés de Lobbes à porter les ornements pontificaux, leur assignent de plus la première place après les évêques, leur permet d'officier pontificalement en leur absence, les déclare vicaires perpétuels des évêques de Liège, donne aux religieux le pouvoir d'élire les abbés, mais exige de ces derniers l'obligation de faire hommage aux évêques de Liège après leur entrée en charge
- Altéran de 961 à 965. Moine de Lobbes élu abbé par tous les religieux avec l'assentiment de l'l'évêque Éracle. Il est le premier qui obtient du Saint-Siège les ornements pontificaux pour lui et pour ses successeurs. Il joint à l'éloquence un grand fond d'érudition sacrée et profane. Bon administrateur, pieux, doux, il ramène la paix, l'ordre et la discipline dans la communauté monastique. Il meurt le 3 novembre 965
- Folcuin de 965 à 990. Il reçoit la bénédiction à Cologne, en présence de l'empereur Otton Ier le jour de Noël 965. Il relève le monastère brûlé par les Hongrois, commence la restauration de l'église abbatiale fort dévastée qu'il équipe d'un jubé et enrichit de peintures murales et d'objets précieux. En 979, il obtient du pape la confirmation et la ratification des privilèges de l'abbaye, particulièrement en ce qui concerne la défense d'inhumer les religieux ou autres notables dans l'église abbatiale Saint-Pierre. Il prend soin de la bibliothèque et l'augmente d'un grand nombre de volumes
- Hériger de 990 à 1007. Écolâtre de l'abbaye, il obtient tous les suffrages de ses frères. Il y fait embellir l'église abbatiale et ériger un oratoire en l'honneur de saint Benoît
- Ingobrand de 1007 à 1020. Reprise des travaux à l'abbatiale. Il tolère le relâchement de la discipline religieuse et la dissipation des biens de l'abbaye. L'évêque de Liège et l'évêque de Cambrai le privent de sa dignité et le relèguent à l'abbaye de Stavelot où il meurt en 1030
- Richard II de 1020 à 1033. Il accepte la charge de l'abbaye à la demande de Wolbodon, évêque de Liège, et s'applique à extirper les abus et à faire revivre l'école. Il remet son titre d'abbé de Lobbes entre les mains de Réginard, prince-évêque de Liège. Il a travaillé à la réforme (application de la règle de saint Benoît) d'un grand nombre de monastères parmi lesquels Saint-Amand, Saint-Bertin à Saint-Omer, Saint-Pierre de Gand, Saint-Hubert, Malmedy, Hautmont, Lobbes, etc...
- Hugues III de 1033 à 1053. Compagnon d'études de l'abbé Hériger, il montre du zèle au maintien de la discipline et des études. La quatrième année de sa prélature, l'église abbatiale Saint-Pierre est consacrée pour la troisième fois par le prince-évêque Réginard de Liège et l'évêque Gérard de Cambrai. Il meurt le 5 décembre 1053.
- Adélard de 1054 à 1077. Dès 1054, le monastère est complètement dévasté par la guerre entre le comte de Hainaut et Henri III, empereur d'Allemagne. Il meurt le 13 janvier 1077
- Arnulphe de 1077 à 1094. Il meurt le 22 juillet 1094
- Fulcard de 1084 à 1107. En 1101, il demande la protection de l'empereur d'Allemagne pour affronter le dénuement dû aux déprédations guerrières, dilapidations malveillantes, usurpations diverses. Il meurt le 16 janvier 1107
- Wautier I de 1107 à 1131. Il meurt le 24 juillet 1131
- Léonius de 1131 à 1137. À la suite de dissensions au sein de la communauté, il n'est pas élu par les moines mais par les commissaires chargés de diriger l'élection et réunis hors de l'abbaye. À sa requête, le pape Innocent II dans une bulle de mai 1131, confirme la possession des biens de l'abbaye, règle le mode de nomination des abbés, détermine les droits et devoirs des évêques de Liège à Lobbes, défend d'inhumer les religieux dans l'église de Saint-Pierre, accorde aux moines l'autorisation de choisir eux-mêmes les avoués[16], prend le monastère sous la protection du Saint-Siège. Léonius bannit l'école du monastère et la transfère à l'église Saint-Ursmer où elle est mise sous la direction d'un chanoine. En 1137, il est appelé à diriger le monastère Saint-Bertin de Saint-Omer
- Lambert de 1137 à 1149. C'est un abbé à l'esprit pénétrant, doté d'une brillante élocution, très talentueux pour prononcer des discours devant des assemblées et des homélies devant le peuple. Il maîtrise le latin, le roman et le tudesque. Pour sa connaissance des idiomes germaniques, il est choisi par saint Bernard afin de prêcher la guerre sainte et recruter des volontaires en vue de la deuxième croisade. Il décède le 6 septembre 1149
- Francon II de 1149 à 1163. Doté d'une rare éloquence, il est souvent désigné pour haranguer les religieux lors des synodes et autres assemblées. Il meurt le 29 octobre 1163
- Jean I de 1163 à 1179. Il démissionne la dernière année de sa prélature
- Lambert II de 1179 à 1180. Abbé de Saint-Ghislain, il est choisi pour remplacer l'abbé Jean qui a abdiqué. Après un an, il aurait été pressé d'abandonner sa fonction à Lobbes
- Wéric de 1179 à 1209. Il meurt le 17 décembre 1209
- Robert de 1209 à 1221. Ancien abbé de Brogne, il assainit les finances de l'abbaye, entame la restauration des bâtiments en ruine et agrandit le monastère. Il quitte la fonction d'abbé de Lobbes en 1221 et retourne à Brogne où il meurt le 14 mai 1222
- Hubert II de 1221 à 1222. Après 15 mois, il se démet de sa charge et meurt le 7 mai 1222
- Radulphe I de 1222 à 1227. Religieux de Lobbes élu par les moines. Il renonce à la fonction d'abbé de Lobbes en 1227 et se retire à Saintes.
- Wautier II de Grart de 1227 à 1228. Il est abbé de Maroilles lorsqu'il est nommé abbé de Lobbes. Au bout de cinq mois, il est contraint d'abdiquer parce qu'il prétend gouverner les deux abbayes à la fois
- Thomas I de 1228 à 1246. Il accroît considérablement les possessions du monastère
- Barthélemi I de 1246 à 1280. Religieux de l'abbaye Saint-Remi de Reims
- Radulphe II de 1280 à 1282
- Thomas II de 1282 à 1287
- Wautier III de 1287 à 1288
- Philippe de 1288 à 1290
- Jacques de Binche de 1290 à 1313
- Jean II de 1313 à 1319
- Nicaise de 1319 à 1344
- Guillaume I de 1344 à 1359
- Pierre I de 1359 à 1365
- Pierre II de 1365 à 1372
- Nicolas de 1372 à 1374
- Jean III dit de Lorraine de 1374 à 1389
- Bertrand de Montigny de 1389 à 1409
- Gilles de Montigny de 1409 à 1445. En 1423, il est appelé à diriger aussi l'abbaye de Hautmont. En 1445, il renonce à sa dignité d'abbé de Lobbes et se retire à Hautmont où il meurt deux ans plus tard
- Jean IV Ansiel de 1445 à 1472
- Jean V d'Essen de 1472 à 1495. Il renonce à sa dignité en faveur de son coadjuteur Guillaume Cordier en 1495 et décède le 21 juin 1508
- Guillaume II Cordier de 1495 à 1524. Il n'entre en charge qu'à la mort de Jean d'Essen. Il embellit considérablement l'abbaye de Lobbes. Il décède en 1524
- Guillaume II Caulier de 1524 à 1550. Religieux de Saint-Vaast puis abbé de Brogne, Guillaume Caulier remplissait la charge de coadjuteur quand il est appelé à la dignité d'abbé de Lobbes. Au mois de juin 1546, un grand incendie occasionné par le feu de la cuisine détruit de fond en comble l'église et tous les bâtiments claustraux. Une foule d'objets d'art ainsi que la riche bibliothèque commencée par Folcuin, deviennent la proie des flammes. Par une sage économie et la rigueur budgétaire, il parvient à opérer le recouvrement de presque tous les biens aliénés pendant les guerres. Avec ces ressources, il relève de leurs ruines les bâtiments claustraux ainsi que d'autres édifices et pose la première pierre de la vaste et magnifique église ogivale de Lobbes, le 2 mai 1550, jour de son 80e anniversaire. Il décède le 1er août 1550.
- Dominique Capron de 1550 à 1570. Coadjuteur de Guillaume Caulier, il lui succède comme abbé en 1550. Il continue la construction de l'église abbatiale et meurt en 1570.
- Ermin II François de 1570 à 1598. Religieux puis coadjuteur à Lobbes de Dominique Capron, c'est sous sa prélature que la 4e église abbatiale de Lobbes enfin reconstruite, est consacrée le 27 mai 1576. Il meurt à l'âge de 79 ans le 29 mai 1598
- Michel William de 1598 à 1600. Coadjuteur de Lobbes pendant 18 ans, il est élu abbé. Il meurt le 12 octobre 1600 à l'âge de 60 ans
- Guillaume IV Gilbart de 1601 à 1628. Il est élu abbé au début de 1601. Il meurt le 1er mai 1628
- Raphaël Baccart de 1628 à 1641. Prieur de Lobbes élu le 8 mai 1628. Pendant sa prélature, la plus grande partie des biens de l'abbaye sont ravagés et même le monastère est pillé par les mercenaires de tous bords, pendant la guerre de trente ans (1618-1648)
- Barthélemi II de Boussu de 1641 à 1650. Il meurt le 6 mai 1650
- Lambert Veris de 1650 à 1668. Pendant la guerre franco-espagnole qui sévit dans les Pays-Bas espagnols entre 1650 et 1658, le monastère est pillé sévèrement par les troupes françaises du maréchal de Turenne
- Pierre III de La Hamaide de 1668 à 1696. En peu d'années, il relève l'abbaye de la ruine occasionnée par les troupes françaises et lui rend sa splendeur passée. En 1675, des troupes hollandaises venues piller l'abbaye sont repoussées avec pertes. Durant sa prélature, toutes les dettes contractées par l'abbaye sont remboursées
- Augustin Jonneaux de 1696 à 1707. Religieux de Lobbes, il est élu par ses frères. Il meurt le 25 juin 1707
- Ursmer Rancelot de 1707 à 1718. Il embellit considérablement le monastère et fait construire la bibliothèque, l'infirmerie et le quartier des étrangers. Il meurt à l'âge de 70 ans le 8 décembre 1718
- François Goffart de 1719 à 1722. Il meurt le 6 juin 1722
- Joseph Robson de 1723 à 1728. Il meurt le 4 février 1723
- Théodulphe II Barnabé de 1728 à 1752. Il met beaucoup de zèle et de goût à rétablir des études à Lobbes. Il fait construire plusieurs beaux bâtiments tels les communs et la vaste ferme. Il meurt le 14 décembre 1752 à l'âge de 78 ans
- Paul Dubois de 1753 à 1778. Religieux de Lobbes depuis 1729, il est élu par ses frères. Il meurt le 18 février 1778 à l'âge de 71 ans
- Joseph Simon de 1778 à ...Prieur sous la prélature de Paul Dubois, il est élu par ses frères. On ignore l'année de la fin de sa prélature
- Vulgise Vignron de ... à 1794. Il est le dernier abbé de Lobbes, à l'époque de la destruction du monastère en 1794 [17].
Biens [modifier]
- L'inventaire dressé sur ordre de Jean, évêque de Cambrai et d'Arras, et terminé vers 870, dévoile que Lobbes possède des biens dans 170 villages [4].
Notes et références [modifier]
- Demoulin 1980, p. 29
- Pouvoir temporel conféré à un personnage ou une fonction représentant déjà un pouvoir spirituel.
- Pirenne 1936, p. 40-42
- Demoulin 1980, p. 41
- Demoulin 1980, p. 43-44
- Demoulin 1980, p. 45
- Rathier de Vérone parvient à évincer Folcuin de son siège d'abbé, de 971 à 972
- Moine de Lobbes
- Demoulin 1980, p. 51
- L'ordre d'incendier émanait du représentant du peuple auprès des Armées, Saint-Just qui considérait, à tort probablement, que les abbayes d'Aulne et de Lobbes pouvaient servir de point d'appui éventuel à l'ennemi.
- Draguet, Lysy et Deflorenne 2001, p. 252
- Christian Draguet, Le ballon de Fleurus : Itinéraire des aérostiers en juin 1794, Montigny-le-Tilleul, Éditions Scaillet, 1994, 176 p., p. 83
- Demoulin 1980, p. 180-186
- Louis IV, roi de Germanie, confirme Étienne comme abbé de Lobbes par acte donné à Aix-la-Chapelle en 908.
- 1°) Administration temporaire d'un bénéfice ecclésiastique, confiée à un séculier en attendant la nomination d'un titulaire; 2°) concession d'un bénéfice à un ecclésiastique séculier ou à un laïque nominé par le roi.
- Au Moyen-Âge, laïque chargé par l'autorité ecclésiastique de défendre les intérêts de l'abbaye.
- Théophile Lejeune, L'ancienne abbaye de Lobbes, vol. Annales, t. II, Mons, Cercle archéologique de Mons, 1859, 83 p., p. 37-82
Annexes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Ursmer Berlière, Monasticon Belge, Vol. I, Bruges, 1890-97.
- Gustave Boulmont, Les fastes de l'abbaye d'Aulne la riche de l'ordre de Cîteaux, Gand+Namur, Vanderpoorten+Delvaux, 1907, 270 p. [lire en ligne (page consultée le 27 novembre 2012)]
- Léonce Deltenre, Notes pour l'armorial des abbayes de Lobbes et d'Aulne, 1951.
Extrait du vol. XLVIII des Documents et Rapports de la Société Royale d'Archéologie et de Paléontologie de l'Arrondissement Judiciaire de Charleroi. Année 1950.
- Édouard de Moreau, Histoire de l'Église en Belgique, Bruxelles, 1945.
- Claude Demoulin, Aulne et son domaine, Landelies, Claude Demoulin, 1980, 430 p.
- Christian Draguet, Luc Lysy et Xavier Deflorenne, L'église de Jumet-Gohyssart : Lumières de l'art roman au XIXe siècle, Jumet, Cercle d'art et d'histoire de Gohyssart, 2001, 285 p. (ISBN 2-930336-15-3)
- Christian Draguet, Le ballon de Fleurus : Itinéraire des aérostiers en juin 1794, Montigny-le-Tilleul, Éditions Scaillet, 1994, 176 p.
- Théophile Lejeune, Monographie de l'ancienne Abbaye de St. Pierre de Lobbes, Mons, 1883.
- Théophile Lejeune, L'ancienne abbaye de Lobbes, vol. Annales, t. II, Mons, Cercle archéologique de Mons, 1859, 83 p.
- Henri Pirenne, Histoire de l'Europe : Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles, 1936, 492 p.
- Simon Brigode, Les anciennes abbatiales et l'église carolingienne Saint-Ursmer de Lobbes, Tournai, 1949 (1973).
- Joachim Vos, Lobbes. Son abbaye et son chapitre : Histoire complète du monastère de Saint-Pierre à Lobbes et du chapître de Saint-Ursmer à Lobbes et à Binche, t. II, Louvain, Ch.Peeters, 1865, 611 p.
- Hugues du Tems, Le clergé de France, t. IV, Paris, Brunet, 1775, 683 p.