Éric Le Hung

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Éric Le Hung est un réalisateur français né le 29 septembre 1937.

[modifier] Biographie

Eric Le Hung, né le 29 Septembre 1937 au Viet Nam, est réalisateur et scénariste.

Après des études secondaires, il suit à Paris, les cours de Droit le jour, la nuit chante en s’accompagnant à la guitare dans les restaurants de Saint-Germain.

Etudes d’Art dramatique chez René Simon où il va rester un an et demi. Elu meilleur comédien dans Smerdiakov des Frères Karamazov de Dostoiesky au concours de fin d’année par un jury de professionnels dont Henri Decoin. Comme récompense celui-ci lui confie un petit rôle dans son film « Le Feu aux Poudres ».

Il sera l’un des personnages principaux dans « Samedi Soir » de Yannick Andréï au cinéma et dans « Le Fleuve Rouge » de Jules Roy au Théâtre en Rond face à Michel Piccoli.

Il abandonne les études de Droit pour devenir assistant-réalisateur au cinéma d’abord et à la télévision quelques années après.

C’est à la télévision en 1965 qu’il fait ses débuts de metteur en scène. « La Part du Pauvre » une pièce de Jean Lessay, évoque le jeu cruel, le test de qualité, la sadique épreuve d’initiation que le riche (Daniel Emilfork) impose au pauvre (Laurent Terzieff). Eric Le Hung remet en cause les règles de la narration télévisuelle traditionnelle.

La critique le remarque. « Des débuts éclatants. Eric le Hung a su « nourrir » sa mise en scène, trouver des cadrages imprévus, mais jamais gratuits, des mouvements de caméra qui tout en créant une atmosphère de mystère, donnaient un prolongement singulier aux propos et aux actes pourtant bien anodins des personnages. Exemple étonnant de création au second degré. On reparlera d’Eric Le Hung si la moulinette à talent n’en fait pas du hachis » Renée Saurel[1]

On en reparlera en effet à propos d’Esope d’Yves Jamiaque avec un Michel Bouquet prodigieux. Cette fois-ci il pousse encore plus loin ses recherches formelles. En plus des séquences tournées à l’extérieur avec des moyens techniques de cinéma, il fait construire en studio deux parties du décor de 180°, n’utilise pas les quatre caméras vidéo habituelles, mais seulement une et parfois deux – installées sur des rails – pour donner plus de mouvement, de souplesse et pour pouvoir filmer sous des angles les plus audacieux, notamment en contre-plongée axés sur le plafond. Ce film remporte un grand succès critique et auprès des téléspectateurs. Jean Vigneron [2] va jusqu’à commencer sa critique par «  Pends-toi, brave téléspectateur, nous avons vu Esope et tu n’étais pas devant ton poste ». Esope raconte l’ascension sociale de l’esclave à la parole précieuse pour montrer le triomphe de l’esprit dans un monde où seuls comptent l’argent, la gloire, la puissance, les biens matériels. « Eric Le Hung dont nous avions déjà remarqué la mise en scène de La part du Pauvre, s’est affirmé ici comme une valeur sûre . . . on ne reprochera pas à Eric Le Hung d’être brillant, puisqu’il cherche – et réussit – à avoir un style personnel. » Jacques Siclier [3]. Le film est sélectionné à La Biennale de Paris 1965. Eric Le Hung est l’unique réalisateur à avoir deux œuvres sélectionnées à cette Biennale : Esope et Bécaud. En dehors de la fiction, il excelle aussi dans le domaine des « Variétés » où l’on retrouve son style. A travers une succession de tableaux vivants, il montre Gilbert Bécaud sous différents aspects. Une remontée dans le temps. Tout d’abord en vieillard irascible puis se métamorphosera insensiblement pour finir par ressembler à un chanteur survolté que l’on connaît. Le film Bécaud est également finaliste à Emmy Awards (l’Oscar de la télévision) en 1965.

Malgré ces succès, il lui a fallu attendre deux ans pour pouvoir réaliser son premier film d’Auteur, tourné en 16 mm, où il n’est plus prisonnier d’un texte écrit par un autre. Handicap est la chronique d’une double passion, le jeu et l’amour.

Au milieu du concert d’éloges, une voix s’élève. C’est celle de Maurice Clavel[4] « . . . Ici, tout est style, d’abord, sans cesse, en prise directe, comme on respire. Un style qui est le contraire de l’art pour l’art, qui souvent, plus que l’histoire et les personnages, nous fait le drame. J’ai cité un morceau de bravoure, la danse. Mais pourquoi, en vertu de quel secret que j’ignore, la course du héros en travelling latéral cadré serré est-elle par elle-même poignante, à preuve que je suis étreint en l’écrivant, alors que je ne sais plus du tout vers quoi il courait ? Pourquoi dans l’escalier, cette montée du jeune homme rentrant chez lui nous fait-elle savoir que son amie est partie, alors qu’il ne le sait pas. Pourquoi ce vaste parking assez clairsemé vu de très haut et lentement traversé par lui m’a-t-il mis dans la tête une arène sinistre ou quelque dernier carré de bataille ? . . . Il faudrait que M. Le Hung pût continuer à nous dire ce qui lui vient comme ça lui vient, puisque voici quelqu’un enfin qui nous emporte. » Une semaine après, toujours dans le Nouvel Observateur il ajoute « qu’Eric Le Hung avec son écriture directe, sa création d’images, sa création par l’image, porte un sérieux coup à la télé de papa. »

L’écho de ces éloges parvient jusqu’à Alain Poiré qui lui fait signer un contrat de trois films pour la Gaumont dont le premier Delphine avec Dany Carrel et Maurice Ronet. Il le fera presque deux ans plus tard avec un autre producteur. Entre temps il tourne pour la télévision Le Secret de Wilhelm Storitz d’après Jules Verne dans une adaptation de Claude Santelli. Le film, première coproduction avec la télévision Tchèque, en 35mm noir et blanc, est tourné en extérieur et dans les studios de Prague. « Eric Le Hung emporte l’œuvre dans un tourbillon lyrique et lui donne une respiration interne amenant chez le spectateur un sentiment d’inquiétude morale. Bref, il y a là une dimension supérieure à l’illustration soignée d’un excellent texte et l’émission amène en fait une nouvelle reconsidération du langage des dramatiques. Le Secret de Wilhelm Storitz palpite de vie, de poésie fantastique et d’amour. » Jacques Siclier [5].

Pour le 150ème anniversaire de la naissance de Jules Verne, la Société Jules Verne a choisi Le Secret de Wilhelm Storitz pour rendre hommage à l’auteur au Festival Cinématographique International de Paris en 1978. Delphine - premier film au cinéma dont il est scénariste, Paul Gégauff dialoguiste. Le film dénonce un mode de vie où la femme moderne se croit libre et heureuse alors qu’elle n’a fait que changer de chaînes, tomber dans d’autres pièges. « Ces pièges, Eric Le Hung les démonte dans un film sans complaisance envers le matérialisme contemporain dont on veut nous faire un idéal de vie . . . On retrouve dans Delphine l’auteur de Handicap (réalisé pour la télévision). Même préoccupations morales, même sincérité, même sensibilité à fleur de peau, même style nerveux. Le film a des allures de pamphlet et Dany Carrel, qui trouve ici son meilleur rôle, est un personnage vrai, vivant, attachant, remarquablement observé. » Jacques Siclier [6].

En 1971 on lui propose de réaliser pour la télévision La Possédée. Il accepte, particulièrement, pour la séquence de l’exorcisme qui habituellement se pratique sur une simple estrade, sans public. Eric Le Hung, lui , fait construire un ring de boxe à l’intérieur de La Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon où s’affronteront la Mère des Anges et les Prêtres exorcistes entourés des Bourgeois du XVII ème siècle, mangeant, buvant, hurlant. Sa mise est scène fondée sur une transposition plastique du drame écrit par Marcelle Maurette, et de l’époque historique où il s’inscrit. La réalisation filmée et cette transposition donnent au texte un lyrisme flamboyant, comme en témoigne Jacques Siclier [7]. « . . . l’architecture du décor, les mouvements de caméra, l’utilisation quasi magique des couleurs, les effets optiques et sonores font du phénomène (vrai ou simulé) de la possession un extraordinaire morceau d’opéra. Mais d’un bout à l’autre, le récit est envoûtant par cette perception qu’il donne, à travers les images, des rapports sociaux et psychologiques et du mystère intérieur » - Ludmilla Tchérina est saisissante et émouvante dans le rôle titre. « Je préfère ton film à celui de Ken Russell. Il me fout plus la trouille. » confie Claude Chabrol à Eric Le Hung (en référence au film Les Diables qui était à Cannes cette année là). La Possédée, bénéficiant d’un gros budget, tourné en 35mm couleur, éclairé par Henri Alekan, l’un des plus grand chef-opérateurs du cinéma français, acclamé par la critique lors de la projection presse (en couleur) est diffusé sur la première chaîne en noir et blanc. Au cours de la diffusion, une panne s’étant produite en pleine séquence de l’exorcisme, plonge tous les écrans de télévision dans le noir total. Et le standard téléphonique va être bloqué par des appels de téléspectateurs scandalisés par le contenu du film. Ce film n’a jamais été montré en couleur depuis, ni rediffusé sur aucune des chaînes de télévision.

Il tourne en 1972, pour le cinéma, Le Droit d’Aimer d’après le roman « Elle lui dirait dans l’île » de Françoise Xénakis, adapté et dialogué par Jean-Claude Carrière. - « Omar Sharif se révèle un tragédien de grande race. Florinda Bolkan domine un beau rôle » [8] - « Un film intelligent, grave et beau » [9]– « Un chant d’amour fou » [10]– « Eric Le Hung se révèle un cinéaste de grande classe » [11].

La Rage au Poing - réalisé et écrit en 1975 pour le cinéma, d’après un scénario de Tony Gatlif. Eric Le Hung est l’un des premiers cinéastes à aborder les problèmes des jeunes de banlieues. « Eric Le Hung a réalisé un merveilleux film sur l’amitié. Des jeunes romantiques – ça existe encore – des jeunes qui croient également à la tendresse parce qu’un monde sans amour n’a jamais cru en eux. Des jeunes qui se révoltent, parce qu’à vingt ans, il est difficile d’admettre la réalité d’un avenir bloqué. Le film les suit avec la sensibilité, la délicatesse que l’on met à faire un bout de chemin avec un être blessé, meurtri. Ces personnages ne sont pas des héros de cinéma ; comme cette banlieue n’est pas une banlieue de cinéma. On comprend pourquoi Le Hung a refusé de faire un film à vedettes. Mais l’interprétation de ses jeunes comédiens – quelle direction d’acteurs ! – est si rare dans la pudeur d’une émotion juvénile, si juste dans la violence d’une révolte désespérée. Allez les voir dans La Rage au Poing. Vous en prendrez un coup en plein cœur. » Michel Lengliney [12].

Les spectateurs, surtout les jeunes et particulièrement les jeunes des banlieues prenaient un coup en plein cœur. Certains, sous le choc, cassèrent les fauteuils et les vitrines de plusieurs salles de cinéma à Paris et en Province.

Il réalise en 1977 sa première comédie au cinéma Moi Fleur Bleue coécrite avec Philippe Bourgoin. « Un routier sympa » s’éprend d’un joli mannequin « Blé des Champs ». La sœur du mannequin « Fleur- Bleue », vierge adolescente avec un langage à faire rougir la Zazie de Queneau, aime Isidore, un jeune poète qui se prend pour un détective privé de Série Noire. « Tantôt émouvant, tantôt truculent, toujours parfaitement métrisé » Eric Leguèbe (Le Parisien Libéré) du 1-11-77. « En dirigeant à contre-emploi ses quatre acteurs Jean Yanne, Sydney Rome, Jodie Foster et Bernard Giraudeau, Eric Le Hung leur fait démontrer que la vie n’est pas aussi prosaïque qu’on le croit. Il faut apprendre le langage de la poésie et des sentiments pour accéder au bonheur. » Jacques Siclier [13].

Pour la collection Cinéma 16 (FR3) il tourne Les Filles d’Adam en 1980. Scénario et Dialogue Jacques Jaquine. La première comédie de la collection. Un père veuf en proie à ses trois filles fantasques, à leurs fantaisies, à leurs aventures, à leurs amants ...

La Fête 1984. Coécrit avec Jacques Jaquine. Aux sons de la fête, deux couples se croisent, l’espace d’une nuit. On retrouve dans ce film les thèmes favoris d’Eric Le Hung : la vie, l’amour ou le manque d’amour, la mort.

Les Idées Fausses 1984 marquent une nouvelle approche par Cinéma 16 pour réfléchir sur les problèmes de société contemporains par le biais de l’humour. « Nul en ce monde ne ferait rien s’il n’était guidé par des idées fausses » Cet aphorisme de Montherlant est à l’origine de cette comédie écrite par Jacques Jaquine. Sélection officielle pour le Festival du Cinéma d’Humour à Chamrousse. C’est la première fois qu’un film tourné pour la télévision est sélectionné pour un festival de cinéma.

Les Ephélides 1985. Coécrit par deux jeunes auteures de talent, Florence Calvet et Olivia Orlandi. Un huis-clos infernal entre une femme en pleine crise de la quarantaine, un médecin de campagne et un couple de jeunes délinquants. Sélection Officielle pour le Festival de San Sebastian.

De retour au cinéma en 1989 avec A Deux Minutes Près - une comédie écrite par Françoise Dorin et adaptée par Eric le Hung. Un divertissement satirique mais avec suffisamment de détails psychologiques et sociaux pour qu’on s’attache à des personnages contemporains.

Arthur et Théa 1997 – Coécrit avec Charles Dubois et interprété par Cécile Pallas et Stéphane Rodin. Le film raconte l’histoire d’amour improbable entre Arthur qui vénère Rimbaud et Théa qui dessine des canons pour une usine d’armement.

[modifier] Références

  1. Les Lettres Françaises du 25-2-65
  2. La Croix du 22-6-65
  3. Le Monde du 23-6-65
  4. Nouvel Observateur du 18-10-67
  5. Le Monde du 31-10-67
  6. Télérama du 9-3-69
  7. Le Monde) du 13-3-71
  8. Eric Leguèbe dans Le Parisien Libéré du 21-8-72.
  9. Henri Rabine dans La Croix du 4-9-72
  10. Jacques Siclier dans Le Monde 19-8-72
  11. Charles Ford dans Le nouveau courrier de la presse du 23-8-72
  12. Télérama du 12-2-75
  13. Le Monde du 31-10-77
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