Église évangélique en Allemagne

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L'Église évangélique en Allemagne (Evangelische Kirche in Deutschland (EKD)) est la plus grande organisation chrétienne non-catholique en Allemagne. C'est une communauté de 20 Églises luthériennes, réformées et unies, qui sont autonomes et régionales. L'EKD comme ses membres les églises régionales, est reconnue comme établissement public du culte. Son siège est à Hanovre. Toutes les Églises régionales de l'EKD font partie de la Communion d'Églises protestantes en Europe.

L'EKD a été fondée en 1945, son organisation actuelle date de 1948. L'organisation de la vie ecclésiale protestante est fédérale sur tous les plans.

L'EKD s'occupe des devoirs communs qui lui sont délégués par les Églises membres. Les collèges constitués et élus démocratiquement sont : le synode, le conseil, et la conférence d'Église. Ils assument la responsabilité des fonctions de l'EKD fixées dans sa constitution, ou décidées par la base de l'Église. Les affaires du synode, du conseil et de la conférence d'Église sont la tâche de l'organisation de l'EKD.

Le 28 octobre 2009 Margot Käßmann, doctoresse en théologie, fut élue la plus jeune évêque féminine de sa confession, et première femme à accéder à cette fonction[1]. Elle a démissionné le 24 février 2010[2]. Son suppléant Nikolaus Schneider la remplace depuis. Une nouvelle élection est prévue pour novembre 2010.

Histoire[modifier | modifier le code]

Saint-Empire et Empire allemand[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, les Églises luthériennes d'Allemagne étaient étroitement liées aux différentes monarchies des États allemands[3]. L'expression Landeskirche (Église d'État) signifie originellement qu'il s'agissait de l'Église protestante officielle de l'État allemand considéré. Il pouvait arriver que le prince local, duc, grand-duc ou roi, comme le roi de Prusse, soit en principe le chef de l'Église, de la même façon que la reine d'Angleterre est à la tête de l'Église d'Angleterre. Cet état de choses a commencé à changer avec la montée de l'idée de liberté religieuse au XIXe siècle, mais le changement majeur se produisit en 1918, avec la naissance de la République de Weimar et l'abdication des princes allemands. Cette évolution n'empêche cependant pas les Églises de s'appeler toujours Landeskirchen et de conserver leurs noms officiels. Mis à part quelques changements mineurs, les territoires correspondant aux différentes Églises reflètent la carte politique de l'Allemagne en 1848. En 1947, l'Église de Prusse a éclaté en Églises provinciales correspondant aux différentes provinces prussiennes issues du traité de Potsdam[4].

République de Weimar[modifier | modifier le code]

Après la défaite de 1918, une république fut fondée en Allemagne, et les liens entre les états et les églises furent brisés. Bien que des tentatives d'unification aient déjà été effectuées dans le passé, ce n'est qu'en juillet 1933 que l'on voit la formation de la Deutsche Evangelische Kirche (DEK) qui se traduit en français par Église évangélique allemande. Il s'agit de l'union de 28 Églises protestantes, les fameuses Landeskirchen. La DEK remplace la Deutscher Evangelischer Kirchenbund (Fédération des Églises évangéliques d'Allemagne) formée en 1922.

Période nazie[modifier | modifier le code]

Au début des années 1930, le courant Deutsche Christen (Chrétiens allemands), très proche du parti nazi réussit à noyauter le premier Reichsynod et à faire élire à la tête de la DEK l'ancien aumônier militaire Ludwig Müller au poste nouvellement créé d'« évêque du Reich ». Müller ne parvient pas à assurer durablement son autorité sur les Landeskirchen, mais avec la nomination de Hanns Kerrl comme « ministre du Reich pour les questions religieuses » - par décret du 16 juillet 1935 - et la fondation de Église protestante du Reich, l'État nazi met la main sur l'administration des Églises protestantes allemandes[4] ,[5].

L'Église confessante[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Église confessante.

Au cours de l'été 1933, le pasteur Martin Niemöller crée la Pfarrernotbund (alliance pastorale de détresse) qui s'oppose à l'idée nazie d'interdire l'exercice du ministère à tout pasteur qui aurait une ascendance juive, au nom d'un « principe aryen ». L'initiative soutenue par nombre de pasteurs et de laïcs se traduit par la réunion d'une série de synodes libres rassemblant fidèles et pasteurs refusant de se soumettre aux exigences idéologiques des nazis. Ainsi, au cours d'un synode clandestin qui a lieu en mai 1934 à Barmen, des membres d’Églises luthériennes, réformées et unies adoptent une charte de la résistance spirituelle au nazisme[6], connue comme étant la déclaration de Barmen, dont la confession est inspirée - et partiellement rédigée - par Karl Barth. Celle-ci est constitutive de l'Église confessante (Bekenntniskirche)[7], présidée par un Conseil fraternel du Reich et qui proclame que l'Église d'Allemagne n'est pas un « organisme d'État » et n'a d'autre fondement que la Parole de Dieu`[8]. Un synode tenu en octobre 1934 à de Berlin-Dahlem dote la nouvelle Église d'une « Direction provisoire » en concurrence avec l'Épiscopat du Reich[8].

L'opposition radicale au pouvoir nazi dans les rangs de l'Église confessante - à l'instar de celle du pasteur Dietrich Bonhoeffer qui soutient que « celui qui se sépare sciemment de l'Église confessante en Allemagne se sépare du salut [9] » - amène bientôt des ruptures et, en 1936, les évêques des Églises intactes se retirent de la Direction provisoire et forment avec d'autres représentants d'Églises provinciales un « Conseil de l'Église évangélique luthérienne d'Allemagne »[8].

La répression s'abat : entre autres exemples, dès mars 1937, Martin Niemöller est interné à Sachsenhausen, puis Dachau[10]. Dietrich Bonhoeffer sera quant à lui arrêté en 1943 et interné à Buchenwald, puis à Flossenbürg.

Après-guerre[modifier | modifier le code]

En 1948, libérée de l'influence des Chrétiens allemands, les Églises réformées et les Églises unies se fondent dans l'« Église évangélique d'Allemagne  » (Evangelische Kirche in Deutschland, où EKD) à la conférence d'Eisenach.

En 1969, les huit églises territoriales de la République démocratique allemande se séparent de l'EKD (en raison notamment de la guerre froide et des difficultés de communication dues au rideau de fer). Elles forment la « Fédération des Églises Évangéliques de la RDA » (Bund der Evangelischen Kirchen in der DDR). Pendant la période communiste, le nombre des membres des Églises protestantes en Allemagne de l’Est baisse considérablement. Les Églises protestantes luthériennes, réformées et unies, majoritaires en RDA sont dans une situation très difficile : elles sont obligées de dialoguer avec le pouvoir qui les contrôle. La Stasi recrute des indicateurs parmi les membres des Églises protestantes. Ce sont pourtant ces Églises, notamment celles de Leipzig, Dresde et Berlin-Est, qui seront le « fer de lance » de mouvement de contestation qui entraineront la chute du mur de Berlin en novembre 1989 et à la réunification allemande en 1990.

En juin 1991, les églises membres BEK rejoignent de nouveau l'EKD[4].

Les membres actuels de l'EKD[modifier | modifier le code]

Les 20 membres de l'EKD (2012)
Le mot allemand evangelisch correspond au français protestant, le mot français évangélique ayant au XXIe siècle une acception plus restreinte, comme l'anglais evangelical.

L'Église évangélique en Allemagne est une fédération regroupant 20 Églises autonomes, 2 de tradition réformée (calviniste), 9 de tradition luthérienne et 9 Églises unies (c'est-à-dire regroupant des communautés des deux traditions).

1. Église régionale évangélique d'Anhalt (Evangelische Landeskirche Anhalts), Église unie.
2. Église régionale évangélique en Bade (Evangelische Landeskirche in Baden), Église unie.
3. Église évangélique luthérienne en Bavière (Evangelisch-lutherische Kirche in Bayern), Église luthérienne.
4. Église évangélique Berlin - Brandebourg - Haute Lusace silésienne (Evangelische Kirche in Berlin-Brandenburg-schlesische Oberlausitz), Église unie fondée en 2004 par la fusion de deux Églises :

5. Église régionale évangélique luthérienne de Brunswick (Evangelisch-lutherische Landeskirche in Braunschweig), Église luthérienne.
6. Église évangélique de Brême (Bremische evangelische Kirche), Église unie.
7. Église régionale évangélique luthérienne de Hanovre (Evangelisch-lutherische Landeskirche Hannovers), Église luthérienne.
8. Église évangélique en Hesse et Nassau (Evangelische Kirche in Hessen und Nassau), Église unie.
9. Église évangélique de Hesse électorale-Waldeck (Evangelische Kirche von Kurhessen-Waldeck), Église unie.
10. Église du pays de Lippe (Lippische Landeskirche), église réformée.
11. Église évangélique-luthérienne en Allemagne du Nord (Evangelische Lutherische Kirche in Norddeutschland), église luthérienne.

12. Église évangélique en Allemagne centrale (Evangelische Kirche in Mitteldeutschland), Église unie, fondée en 2009 par la fusion de deux Églises :

13. Église évangélique luthérienne d'Oldenburg (Evangelisch-lutherische Kirche in Oldenburg), Église luthérienne.
14. Église évangélique protestante du Palatinat (Église régionale protestante) (Evangelische Kirche der Pfalz (Protestantische Landeskirche)), Église unie.
15. Église évangélique en Rhénanie (Evangelische Kirche im Rheinland (EKiR)), Église unie.
16. Église régionale évangélique luthérienne de Saxe (Evangelisch-lutherische Landeskirche Sachsens), Église luthérienne.
17. Église régionale évangélique luthérienne de Schaumbourg-Lippe (Evangelisch-lutherische Landeskirche Schaumburg-Lippe), église luthérienne.
18. Église évangélique de Westphalie (Evangelische Kirche von Westfalen), Église unie.
19. Église régionale évangélique au Wurtemberg (Evangelische Landeskirche in Württemberg), Église luthérienne.
20. Église évangélique reformée - synode des Églises évangéliques réformées en Bavière et en Allemagne du nord-ouest (Evangelisch-reformierte Kirche - Synode evangelisch-reformierter Kirchen in Bayern und Nordwestdeutschland), Église réformée.

Sont aussi affiliées :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Margot Kässmann, présidente de l'Église d'Allemagne, dans La Croix, 28/10/2009, article en ligne
  2. La présidente de l'Église protestante d'Allemagne démissionne dans La Croix, 25/02/2010, article en ligne
  3. voir Confédération du Rhin, Confédération germanique, Confédération de l'Allemagne du Nord, Empire allemand
  4. a, b et c traduction de l'article anglais , 7/12/2008
  5. Xavier de Montclos, Les chrétiens face au nazisme et au stalinisme, Plon, 1983, p. 185-189
  6. Déclaration de foi du synode clandestin de Barmen, 31 mai 1934, texte en ligne
  7. Karl Barth (1886-1968), biographie détaillée, in Musée virtuel du protestantisme français, en ligne
  8. a, b et c Xavier de Montclos, les chrétiens face au nazisme et au stalinisme, l'épreuve totalitaire, 1939-1945, Plon, 1983, p. 187-188
  9. Article de Bonhoeffer sur la communion ecclésiale paru dans Evangelische Theologie en juin 1936 et cité par X.de Montclos, p. 188
  10. Martin Broszat, l'État hitlérien, l'origine et les structures du Troisième Reich, Fayard, 1985, p. 347 (édition allemande 1970)