Si Canti

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Si canti
Hymne national de Drapeau du Béarn Béarn (de facto)

Drapeau : Occitanie Occitanie (de facto)
Autre(s) nom(s) Aqueras montanhas
Se canto
Si canti
Se chanta
A la font de Nimes
Montanhes Araneses
Paroles Gaston Fébus

Si Canti ou Se Canto, Aqueras Montanhas est l'hymne du Béarn, populaire dans les Cantèras béarnaises et bigourdanes[1],[2], dont l'usage s'est généralisé en Gascogne et dans le reste de l'Occitanie[3].

Selon la graphie et le dialecte occitan, le titre s'orthographie Se canta/Se canto/Si canti, voire comme Se chanta, A la font de Nimes, Aqueras montanhas ou Montanhes Araneses.

D'autres versions régionales font notamment référence à la ville de Nîmes, A la font de Nimes ou à un pré Al fond de la prado, sans que l'on ne sache à quelle époque ces versions ont vues le jour, ni leur origine exacte. Pour de nombreux chercheurs et érudits, l'air de Gaston Fébus serait devenu tellement populaire qu'il aurait été repris et adapté localement, voire mélangé à d'autres chants populaires locaux.

Si Canti est souvent repris d'un bout à l'autre de l'Occitanie, avec des variations dialectales et même des variations dans les paroles[4],[5].

Dans tous les cas, toutes les versions du Se Canta reprennent les mêmes thèmes et figures. Ainsi, les hautes montagnes des Pyrénées, obstacle à la réalisation amoureuse, le rossignol servant d'intermédiaire entre les deux amants et enfin, la relation amoureuse impossible sont des thèmes récurrents.

Cette chanson est peu à peu devenue de facto l'hymne occitan.[6]

Si Canti est l'un chants les plus repris durant le festival des musiques occitanes Hestiv'Oc[7] et l'un des titres phares du groupe Nadau.

Historique[modifier | modifier le code]

Si canti (ou Aquéras Montanhas) est considéré depuis le XXe siècle comme l'hymne de l'Occitanie.

Son origine se perd dans la nuit des temps, et son auteur n'est pas connu avec certitude.

Gaston Fébus (1331 - 1391), comte de Foix et vicomte de Béarn[8], en serait l'auteur. Gaston Fébus est né en 1331 au château de Moncade à Orthez, en Béarn.  Fils de Gaston II et de Aliénor de Comminges, sa langue maternelle est la langue d'Oc (autrement dit le béarnais), avec pour devise "Tòcas-i se gausas" (Touches-y si tu oses) qui est depuis devenue celle de sa ville natale.

Poète à ses heures, réputé pour son érudition, sa connaissance des divers dialectes occitans parlés à l'époque et son amour de la musique, Gaston Fébus aurait été délaissé par Agnès de Navarre, retournée en Navarre dans le royaume de son père de Philippe III, de l'autre côté des Pyrénées.

Gaston Fébus aurait alors rédigé "Si Canti" -"Aqueras Montanhas" pour implorer sa belle de revenir auprès de lui. Cette hypothèse est communément admise même si aucune preuve dans les écrits de l'époque ne nous permet de confirmer la paternité de Gaston Fébus sur cette chanson. D'autres versions voudraient que Gaston Fébus aurait écrit cette chanson, dans laquelle il souhaite voir les Pyrénées s'affaisser afin de laisser libre cours à ses amours. Une autre version serait qu' Agnès de Navarre aurait rejoint la Navarre, lassée des diverses infidélités de son époux.

Enfin, une dernière version affirme qu'après avoir eu un héritier, Fébus se serait débarrassé d'elle en la mettant au couvent ; à la suite de la mort accidentelle de l'héritier, sa belle refusant de lui revenir, il aurait écrit cette chanson.

Ainsi, nul ne connaît avec exactitude la version d'origine de la chanson, cette dernière s'étant transmise de manière orale au cours des siècles, sûrement adaptée selon les chanteurs et les époques.

Ce n'est qu'au XIXe siècle que la forme du Se Canta a été fixée par les collecteurs et folkloristes dans les diverses anthologies de chants qu'ils ont pu publier.             

Usage[modifier | modifier le code]

En France, il n'y a pas d'usage réglementé de ce chant, comme cela peut être le cas pour un hymne. Néanmoins, on l'utilise publiquement pour montrer son attachement à l'Occitanie, à la langue ou à une région occitane.

Depuis 1993, la vallée occitanophone du Val d'Aran en Espagne, a pour hymne national Montanhes Araneses, version adaptée en aranais de Si canti[9]. Alidé Sans a chanté l'hymne du Val d'Aran à l'acte officiel de la Diada de la Catalogne en 2013. Cette prestation a été retransmise sur TV3, principale chaîne télévisuelle publique catalane.

On voit apparaître un usage protocolaire en Italie. En application de la loi 482-99 concernant les minorités linguistiques, de nombreuses communes des Vallées occitanes organisent une cérémonie autour de la pose du drapeau occitan sur les bâtiments officiels. Au cours de celle-ci, le Se canto est chanté, ainsi que la cansoun de la Coupo. Cette cérémonie s'est déroulée pour la première fois en France, dans le village de Baratier, le 19 novembre 2006[10]. Lors des Jeux olympiques 2006 à Turin, la version vivaro-alpine fut chantée pendant la cérémonie d'ouverture, car de nombreuses épreuves se déroulaient dans les Vallées occitanes[11].

Se Canto est repris dans une version moderne par le chanteur occitan Charlou dans le groupe de musiques du monde Los Mond'oc[12], également par Georgine Brion (*).

L'air de Se Canto est repris par l'Ardecho, chant traditionnel considéré comme hymne non officiel de l'Ardèche[13].

Chant protestataire[modifier | modifier le code]

Ainsi, le , le député béarnais Jean Lassalle le chante dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale pour protester contre l'abandon de sa région par les pouvoirs publics[14]. Le à Serres-Castet, François Bayrou, lors de sa déclaration à la candidature pour les élections présidentielles, entonne le Si Canti à la fin de son discours[15]. Cécile Duflot en chante le refrain le 12 novembre 2015 lors d'un meeting unitaire de gauche pour les élections régionales à Montpellier.

Sports[modifier | modifier le code]

Cette chanson est omniprésente lors des matchs des clubs sportifs béarnais, Section Paloise et Pau FC.

A noter, le chant est aussi repris en cœur par les supporteurs du Toulouse FC en brandissant les écharpes lors de toutes les rencontres de ce dernier. À partir de la saison 2010-2011, le chant est également diffusé et chanté à l'entrée des joueurs sur la pelouse, devenant ainsi le véritable hymne du club toulousain[16]. Ainsi qu'en début de match par les supporteurs de l'ASBH de Beziers. De même les joueurs de l'équipe d'Occitanie de football et les joueuses de l'équipe d'Occitanie féminine de football entonnent Se canta[17].

Les paroles[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses variantes de cette chanson[18].

Ci-dessous le texte occitan (compilé de différentes versions traditionnelles), sa version phonétique, sa traduction française et des variantes locales.

Texte béarnais[modifier | modifier le code]

Texte béarnais
Devath de la (mia) finestro    

Que i a un auséron

Tota la nouéyt que canta

Canta la soa (sa) canson

Refrain :

Si canti, you que canti

Canti pas per jo;

Canti per ma mia

Qui ei tan loehn de jo

ou (Qui ei auprès de jo )

Aqueras mountanhas

Qui tan hautas son

M’empaishan de véder

Mas amors on son

Bachatz-ve montanhas

Planas, hauçatz-ve

Ta  qui posqui véder

Mas amors on son

Aqueras montanhas

Que s’abaisharàn

E mas amoretas

Que pareisheràn

Aqueras mountanhas

Qui tan hautas son

M’émpaishan de véder

Mas amors on son

Refrain :

Si canti, you que canti

Canti pas per jo;

Canti per ma mia

Qui ei tan loehn de jo

ou (Qui ei auprès de jo)

Si sabi las véder

Ou las rencontrar

Passeri l’ayguetto

Shens paur de’m negar

-refrain : si canti

Refrain :

Si canti, you que canti

Canti pas per jo;

Canti per ma mia

Qui ei tan loehn de jo

ou (Qui ei auprès de jo)

Aqueras montanhas

Que s’abaisharàn

E mas amouretas

Que pareischeràn

Las pomas son maduras

Las cau amassar

Et las joenes hilhas

Las cau maridar

Autres graphies occitanes[modifier | modifier le code]


Variante languedocienne Variante gasconne Variante Ardéchoise

Dejós ma fenèstra
I a un aucelon
Tota la nuèit canta
Canta sa cançon

Devath ma frièsta
I a un auser(ilh)on
Tota la nuit canta
Canta sa cançon

Repic :
Se canta, que cante
Canta pas per ieu
Canta per ma mia
Qu’es al luènh de ieu

Repic :
Se canta, que canti
Canta pas per jo
Canta per ma mia
Qu'es au lunh de jo

Refrain :
L'Ardecho ! L'Ardeco ! Merveillous païs

S'as pas vis l'Ardecho

N'as jamaï rein vis

Dessús ma fenèstra
I a un ametlièr
Que fa de flors blancas
Coma de papièr

Aven ein beau Rose

Maï de beau païs

L'Ardecho mon homme,

Es en paradis

Repic Refrain

Aquelas flors blancas
Faràn d’ametlons
N'emplirem las pòchas
Per ieu e per vos

Aven de Montagna

Que toçoun lou ciel

De verto campagno

Per li blan troupéou

Repic Refrain

Aval dins la plana
I a un pibol traucat
Lo cocut i canta
Benlèu i a nisat

Din quelos mountagno

Faou veire lo biooù

Aven de castagno

Grosso coummo un iooù

Repic Refrain

Aquelas montanhas
Que tan nautas son
M’empachan de veire
Mas amors ont son

Aqueras montanhas
Que tan hautas son
M'empachan de véser
Mes amors ont son

Aven de ribeiros

Plenos de peissous

Que saoutount din l’aigo

La nuet maï lu jour

Repic Refrain Refrain

Abaissatz-vos, montanhas
Planas auçatz-vos
Per que posqui veire
Mas amors ont son

Baishatz-vos montanhas
Planas hauçatz-vos
Per que pusqui véser
Mes amors ont son

Ein souleou que brilho

Souleou d’ooù miejour

La cigalo triio

Canto tou lou jour

Repic Refrain Refrain

Aquelas montanhas
Se rabaissaràn
E mas amoretas
Se raprocharàn

Aqueras montanhas
Que s'abaisharàn
E mas amoretas
Se raproisharàn

Lou merlo que siblo

Din lou don d’ooù riou

Espéro so mio

Per parla d’amour

Repic Refrain Refrain
Vé, nostr’ amicalo

Mouento tou li jour

N’aven pas la cagno

Mountaren toujours

Refrain
Ke moussu réclamo

Aï feui ma cansoun

A toutée Midamo

Vous baylé ein poutoun !

Refrain

Traduction et prononciation française[modifier | modifier le code]

Écriture phonétique pour un francophone Traduction en français

Détsous ma finestro
Y a un awselou
Touto la neït canto
Canto sa cansou

Sous ma fenêtre
Il y a un petit oiseau
Qui toute la nuit chante
Chante sa chanson

Refrain :
Sé canto qué canté
Canto pass per iew
Canto per ma mio
Qu’èz al len de iew

Refrain :
S’il chante, qu’il chante,
Il ne chante pas pour moi
Il chante pour ma mie
Qui est loin de moi

Dessuss ma finestro
I a ün améliè
Qué fa de flours blancoss
Coumo dé papiè

Au-dessus de ma fenêtre
Il y a un amandier
Qui fait des fleurs blanches
Comme du papier

Refrain Refrain

Aqueloss flours blancoss
Faran d’améillouss
Né émplirem las potchoss
Per iew e per bouss

Ces fleurs blanches
Feront des amandes
On s'en remplira les poches
Pour moi et pour vous

Refrain Refrain

Abal dins la plano
Y a ün piboul trawcatt
Lou coucutt y canto
Bélew y a nizatt

En bas, dans la plaine
Il y a un peuplier troué
Le coucou y chante
Peut-être y a-t-il niché ?

Refrain Refrain

Aqueloss mountagnoss
Qué tan nawtas soun
M’émpaitchoun de beïré
Maz amourss oun sou

Ces montagnes
Qui sont si hautes
M’empèchent de voir
Où sont mes amours

Refrain Refrain

Abaïssass bouss mountagnoss
Planoss awssass bous
Perque possi beïre
Maz amourss oun sou

Abaissez vous, montagnes
Plaines, haussez vous
Pour que je puisse voir
Où sont mes amours

Refrain Refrain

Aqueloss mountagnoss
Sé rabaïssaran
E’ maz amourétoss
Sé raproutcharan

Ces montagnes
Se rabaisseront
Et mes amourettes
Se rapprocheront

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

  • Le Temps des cerises, autre chanson ayant pris un sens politique qu'elle n'avait pas au moment de sa conception

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Et Pau va se mettre à chanter », Sud Ouest,‎ (lire en ligne)
  2. « Hestiv'Oc à Pau », La République des Pyrénées,‎ (lire en ligne)
  3. « Hestiv'Oc à Pau! », La République des Pyrénées,‎ (lire en ligne)
  4. Renat Sette, Jean-Yves Royer et Roger Bizot, Chansons : tradition orale en Haute-Provence. Cinquante-deux chansons recueillies auprès d'habitants du Luberon, de Lure et du pays de Forcalquier, Mane, Alpes de Lumière, 2001, 120 pages. Les auteurs ont trouvé six versions différentes de Si canti
  5. Véronique Ginouvès, « « Traditions orales en Haute Provence : Chansons » », Bulletin de liaison des adhérents de l'AFAS [En ligne], 27,‎ printemps-été 2005, mis en ligne le 16 octobre 2005, consulté le 17 janvier 2017. (lire en ligne)
  6. « Pourquoi pas "Se Canto" comme hymne pour l'Occitanie ? », La Dépêche du Midi,‎ (lire en ligne)
  7. « Canterà », sur www.hestivoc.com
  8. Jean-Baptiste Bing, « « Montagne en e-chanson : Se canto sur YouTube » », Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine [En ligne], Montagnes en fictions,‎ mis en ligne le 06 janvier 2016, consulté le 17 janvier 2017. (lire en ligne)
  9. (oc) IMNE NACIONAU D’ARAN, sur le site du Conseil Général d'Aran
  10. « Baratier en Cairàs per un jorn capitala d'Occitània - Nòvas d'occitània »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le 17 mai 2017)
  11. Jeux olympiques de Turin : Occitan langue officielle !
  12. Version en écoute ici : http://arthemuses.wix.com/enfinlemonde#!musique
  13. « Ardecho Merveillous païs : l'hymne ardéchois », sur Ardèche, (consulté le 13 décembre 2018)
  14. « Le fou chantant du haut pays, article de Marianne. »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le 17 mai 2017)
  15. François Bayrou se déclare candidat dans son Béarn natal, article de Capital
  16. « Vidéo : Le premier Se Canto au Stadium », sur LesViolets.com (consulté le 27 août 2010)
  17. Nicolas Stival Dans l’ombre des Bleus, l'Occitanie prépare aussi son Euro 20 minutes, 19 mai 2016
  18. (fr + oc) « 200_Se_canto » (consulté le 9 avril 2015)