Koyaanisqatsi

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Koyaanisqatsi
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Logo du film.
Réalisation Godfrey Reggio
Scénario Ron Fricke
Michael Hoenig
Godfrey Reggio
Alton Walpole
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Documentaire écologique
Durée 87 minutes
Sortie 1982

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Koyaanisqatsi est un film documentaire expérimental réalisé par Godfrey Reggio et sorti en 1982. Depuis 2000, il est classé au National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès à Washington[1].

Présentation du film[modifier | modifier le code]

Le film n'est pas une œuvre narrative mais documentaire. Il propose des images où l’on joue sur les échelles d’espace et de temps pour montrer au spectateur le monde où il vit sous un angle différent, et l’inviter lui-même à conclure dans le sens qu’il jugera bon. On peut considérer ce film par moments comme une description enthousiaste de la technologie, parfois au contraire comme une vive critique de celle-ci. Le réalisateur admet avoir voulu montrer ce qu’il nomme la beauté de la bête[2].

Une chose ne fait pas de doute à la vue du film : la technologie qui, il y a peu (du temps des Hopis, par exemple) n'était qu'utilitaire, est maintenant omniprésente et se développe selon sa logique propre. Une image impressionnante d’une ville vue du ciel à différentes échelles se termine par la photographie des circuits d’un microprocesseur ; l’image est claire : la population humaine, quand elle est prise dans son ensemble, a (à peu près) autant de liberté d'action que les électrons dans un microprocesseur. Même si l’individu reste libre, son ensemble, lui, ne l’est plus totalement et n’est pas programmé pour l’être. La frénésie de l’activité urbaine (dans la très esthétique séquence The Grid, tournée à l’accéléré) alterne avec une image frappante d’ennui et de vide intérieur des individus quand ils ne sont plus en train de produire (séquences passées au ralenti).

Déroulement du film[modifier | modifier le code]

Fantôme sacré, Horseshoe Canyon.

Dans leur ouvrage L’art du film, une introduction, David Bordwell et Kristin Thompson offrent un séquencier du film que nous nous proposons de reprendre ici.

Après l’annonce du titre, qui a volontairement été choisi en vue de ne rien évoquer auprès de l’audience, Koyaanisqatsi commence sur une ouverture au noir et un travelling arrière qui révèlent peu-à-peu un pictogramme amérindien, filmé dans le Parc national de Canyonlands[3], dans l’Utah, et montré près d’une minute durant. Lui succède un plan de deux minutes sur la base d’une fusée Saturn V en train de décoller au ralenti[4].

Un fondu au blanc assure la transition du prologue vers la séquence suivante, « Flotter ». Celle-ci donne principalement à voir des plans d’ensemble, tournés à Monument Valley et dans le Parc national du Grand Canyon en Arizona. Le mouvement gagne en intensité alors qu’interviennent des plans de cratères crachant fumées et vapeurs. La caméra se glisse dans une caverne où on peut distinguer ce qui semble être des chauves-souris. Un fondu enchaîné permet alors d’entrer dans la séquence « Fluer », qui fait alterner des plans en time-lapse sur des nuages et des plans au ralenti sur les vagues de la mer. Des chutes, et plus loin des « cascades de nuages[5] » qui se déversent sur des flancs de montagnes.

En amorce de la séquence « Asservir la terre » interviennent plusieurs travellings filmés depuis des avions, ou bien des hélicoptères, parfois à ras du sol. Nous voyons des champs couverts de fleurs, puis une formation rocheuse qui se reflète sur un lac. Deux brèves explosions précèdent la première apparition explicite de l’être humain : un camion enveloppé de fumée noire, après quoi sont montrés un pipeline, des pylônes électriques, la centrale thermique de Navajo, le barrage de Glen Canyon, des exploitations minières, et deux essais nucléaires.

La partie « Majesté humaine » commence sur la plage qui jouxte la centrale nucléaire de San Onofre, en Californie. Un groupe de touristes dans une installation industrielle contemple le hors-champ, après quoi apparaît un plan en contre-plongée sur un gratte-ciel. Deux avions sont longuement filmés sur le tarmac d’un aéroport. La séquence présente ensuite des dizaines de voitures qui parcourent le réseau autoroutier américain. Elles sont remplacées par des tanks issus d’images d’archives, un porte-avions sur le pont duquel est inscrite l’équation d’Einstein « E=MC2 », une bombe nucléaire, des avions de chasse qui s’envolent, et enfin de multiples explosions en rapport avec des activités militaires.

Dans la séquence « Effondrement », nous voyons d’abord des plans d’ensemble de New York, quasiment silencieux, et filmés en time-lapse. Le film passe ensuite par Wall Street et Bedford-Stuyvesant[6], un quartier pauvre de Brooklyn, avant de montrer le quartier d’habitat social de Pruitt-Igoe à Saint-Louis et sa démolition de 1972, ainsi que la démolition de diverses structures architecturales (ponts, grues, tours).

« Habitants » présente d’abord deux plans généraux d’une ville couverte de nuages, puis de nombreuses façades de gratte-ciels qui reflètent ces mêmes nuages. Surviennent des plans de foule et progressivement d’individus en particulier : des New-Yorkaises, un pilote d’avion de chasse, les employées d’un casino.

La séquence suivante, « la vie à grande vitesse », est avec vingt minutes la plus longue du film, mais aussi la plus rapide et la plus dense. Elle commence par des plans présentant le coucher du soleil qui se reflète sur des façades d’immeubles. La nuit est tombée, des tours de New York et de Los Angeles occupent le cadre. Un téléobjectif permet de comparer un gratte-ciel avec la lune, qui disparaît derrière celui-ci. La cadence s’intensifie avec le trafic automobile, puis le montage alterne images nocturnes et images diurnes. Il semble s’organiser autour de la question du trafic (autoroutes, avenues, intersections, métro, Grand Central Station de New York), de la production (chaînes de montage produisant voitures, téléviseurs, Twinkies), enfin de la consommation et des loisirs (centre commerciaux, fast-foods, plage, bowling, cinéma, bornes d’arcade, publicités). La séquence se conclut sur de nouvelles images nocturnes.

« Chant funèbre » alterne en premier lieu images aériennes de métropoles et microprocesseurs. Elle parcourt ensuite les villes en proposant des portraits de ses habitants : la plupart d’entre eux sont assez âgés. Les derniers plans de la bourse de Wall Street sont l’occasion des seules surimpressions du film. Enfin, Koyaanisqatsi revient à son imagerie de départ, avec un épilogue qui présente d’abord le décollage d’une fusée (Saturn V), puis son élévation, son explosion et sa chute (avec des images d’archive d’une fusée Atlas-Centaur de 1962), avant qu’on ne revienne aux figures amérindiennes de l’introduction.

Les prophéties Hopis[modifier | modifier le code]

Le film se base sur trois prophéties Hopis annoncées et explicitées dans le générique de fin du film. Ces prophéties permettent de mieux appréhender le film, car elles en constituent la base, le point de départ. Les voici dans la langue originale (du film), l'anglais :

  1. If we dig precious things from the land, we will invite disaster.
  2. Near the Day of Purification, there will be cobwebs spun back and forth in the sky.
  3. A container of ashes might one day be thrown from the sky which could burn the land and boil the oceans.

et leur traduction française[7] :

  1. Si l'on extrait des choses précieuses de la terre, on invite le désastre.
  2. Près du Jour de Purification, il y aura des toiles d'araignées tissées d'un bout à l'autre du ciel.
  3. Un récipient de cendres pourrait un jour être lancé du ciel et il pourrait faire flamber la terre et bouillir les océans.

Signification du titre[modifier | modifier le code]

Voir les explications dans l'article dédié à la Trilogie des Qatsi.

Technique employée[modifier | modifier le code]

Ce film constitue un des premiers usages de l'intervallomètre (Timelapse) dans un long métrage, cette technique ayant été auparavant surtout utilisée pour des courts-métrages, dont le célèbre interlude de la BBC London to Brighton in Four Minutes. La technique avait été reprise pour les deux séries L'Aventure des plantes de Jean-Marie Pelt.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Drapeau des États-Unis États-Unis

Musique[modifier | modifier le code]

Koyaanisqatsi
Album de Philip Glass
Sortie 1983
Durée 46 minutes 25 secondes
Genre Musique de film
Producteur Kurt Munkacsi & Philip Glass
Label Antilles/Island

Albums de Philip Glass

L'ouverture de The Grid se caractérise par des notes lentes et tenues jouées par des cuivres. Puis la musique évolue en vitesse et en dynamique sonore. À sa vitesse maximale, un synthétiseur joue la ligne de basse en ostinato. Pour ce choix musical, Philip Glass disait : « J'ai choisi de larges et lents clusters de cuivres […] une vision allégorique de ce qu'il y avait à l'écran […] Ce n'est pas vraiment important que des nuages sonnent comme des cuivres […] mais que le choix de cuivres soit une décision artistique convaincante »[8].

La musique du film devint si populaire que le Philip Glass Ensemble fit une tournée mondiale, jouant devant un écran où était projeté le film Koyaanisqatsi.

La bande originale fut publiée en 1983, après la sortie du film. Alors que la musique accompagne l'ensemble du film, la durée de la bande originale n'est que de 46 minutes et ne contient pas l'ensemble des compositions. En 1998, Glass réenregistrera l'album, intitulé Koyaanisqatsi, qui sera publié chez Nonesuch Records. Cet enregistrement contient deux pistes additionnelles et des versions plus longues que dans l'album original.

La version complète de l'enregistrement fut publiée en CD en 2009 sur le label de Glass Orange Mountain Music[9].

Bande originale (1983) :

Label Antilles/Island (46:25)

  1. Koyaanisqatsi – 3:30
  2. Vessels – 8:06
  3. Cloudscape – 4:39
  4. Pruit Igoe [sic] – 7:04
  5. The Grid – 14:56
  6. Prophecies – 8:10

Réenregistrement (1998) :

Label Nonesuch Records (73:21)

  1. Koyaanisqatsi – 3:28
  2. Organic – 7:43
  3. Cloudscape – 4:34
  4. Resource – 6:39
  5. Vessels – 8:05
  6. Pruit Igoe [sic] – 7:53
  7. The Grid – 21:23
  8. Prophecies – 13:36
Bande originale complète (2009) :

Label Orange Mountain Music (76:21)

  1. Koyaanisqatsi – 3:27
  2. Organic – 4:57
  3. Clouds – 4:38
  4. Resource – 6:36
  5. Vessels – 8:13
  6. Pruitt Igoe – 7:51
  7. Pruitt Igoe Coda – 1:17
  8. Slo Mo People – 3:20
  9. The Grid – Introduction – 3:24
  10. The Grid – 18:06
  11. Microchip – 1:47
  12. Prophecies – 10:34
  13. Translations & Credits – 2:11

Deux de ces morceaux de Philip Glass seront utilisés par la suite dans le film Watchmen : Les Gardiens et ajoutés à sa bande originale ; il s'agit de Pruit Igoe et de Prophecies. Le chanteur du morceau Koyaanisqatsi est Albert de Ruiter.

Contexte : La trilogie des Qatsi[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Trilogie des Qatsi.

Ce film est le premier de la Trilogie des Qatsi, dont la réalisation s’étala sur trois décennies, et qui comporte les films suivants :

Notes[modifier | modifier le code]

Démolition de Pruitt-Igoe en 1972.

Accueil[modifier | modifier le code]

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) National Film Registry Board.
  2. Making of inclus avec le double DVD.
  3. David Bordwell et Kristin Thompson 2014, p. 602.
  4. Gregory Stephens 2010, p. 7.
  5. David Bordwell et Kristin Thompson 2014, p. 603.
  6. Gregory Stephens 2010, p. 14.
  7. (en) « Koyaanisqatsi. Definitions ».
  8. Livret accompagnant le coffret Philip on Film, Nonesuch Records, 2001.
  9. (en) Bande originale complète (Orange Mountain Music) OMM 0058.
  10. « WATCHMEN: les surhommes démontrés », Le blog « Mobilis in Mobile » de Nemo Sandman.
  11. (en) gta4.net/Section musique.
  12. « Godfrey Reggio, la Trilogie Qatsi et la naissance de Docteur Manhattan », Le blog « Mobilis in Mobile » de Nemo Sandman.
  13. Les Simpsons, saison 22, épisode 19, 11 min 54 s.
  14. 8th Mostra Films Awards
  15. Berlinale|Archive|1983

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]