Technoscience

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La notion de technoscience vise à combler le fossé entre sciences et techniques compte tenu de la nécessité de penser les découvertes scientifiques et les inventions techniques dans un même contexte social afin de rendre compte de leurs interactions fortes. Le terme a été introduit dans les années 1970 par le philosophe belge Gilbert Hottois. Il est devenu d'usage courant dans les années 1990. Il a été utilisé par le philosophe allemand Hans Jonas[1]. Il est également utilisé par des auteurs américains comme Don Ihde, Hubert L. Dreyfus ou Donna Haraway, spécialistes de la philosophie des techniques, et des auteurs français comme le sociologue Bruno Latour et le philosophe Dominique Janicaud (« La puissance du rationnel »).

Bien que souvent présentées comme distinctes, l'histoire des sciences et l'histoire des techniques sont étroitement liées. Des traces d'activités techniques ne prouvent en rien l'existence d'une pensée scientifique, mais on peut discuter de la scientificité des savoirs nécessaires à la mise en œuvre de ces techniques. Deux caractéristiques de la technoscience sont ordinairement soulignées, l'opérativité et la circularité entre le savoir et ses instruments. Par opérativité on entend la production de phénomènes, principalement dans les laboratoires. La technoscience ne se contente pas d'observer le réel, elle l'utilise, le modifie et l'enrichit. C'est particulièrement net dans le cas de la chimie puisque les chimistes ne cessent de synthétiser de nouvelles molécules, de nouvelles fibres textiles, de nouveaux matériaux, mais c'est valable aussi dans les autres sciences. Par circularité on veut dire que la science produit des technologies qui en retour produisent des savoirs. L'ordinateur est l'exemple même d'instrument technoscientifique issu de connaissances en mathématiques et capable d'impulser quantité de découvertes dans les autres sciences, y compris en mathématiques.

Le philosophe Jean C. Baudet oppose à la notion de technoscience le concept de STI de manière à prendre en compte la dimension économique de l'activité scientifique et technique. Les querelles de dénomination sont nombreuses. Certains philosophes choisissent de parler uniquement de technologie, comme Michel Puech. L'expression « R&D » pour Recherche et Développement est régulièrement utilisée d'après Gilbert Hottois pour désigner le cœur de la technoscience, l'espace où se rencontrent chercheurs, ingénieurs et industriels. Retenir le terme de technoscience permet de souligner un phénomène d'émergence : de la science moderne a progressivement émergé une technoscience par laquelle nos capacités de perception et nos possibilités d'action sur le réel ont été beaucoup augmentées. Sur cinq siècles, le développement des télescopes et des microscopes, des premières lunettes et loupes jusqu'aux derniers instruments mis au point, interféromètres ou accélérateurs de particules, est exemplaire de l'émergence d'une nouvelle façon de percevoir le monde. Le développement des capacités humaines d'action sur le réel est plus discuté. Ce qui est indéniable est la maîtrise de domaines complexes comme le vivant ou l'énergie. La technoscience voit parallèlement se développer une pensée critique. Les scientifiques eux-mêmes sont confrontés à des problèmes éthiques et développent une culture du risque à côté de leurs préoccupations pour la satisfaction du public et la rentabilité des productions industrielles adossées à la technoscience. Les philosophes et sociologues des techniques critiquent cette culture de la science ou des scientifiques, insistant sur le fait que le développement de la technoscience n'obéit à aucune fatalité, que les outils et instruments de la science ne sont pas neutres, que l'unité de sens minimale qu'il faut retenir pour penser ce phénomène est l'hybride être humain-artefact.

Référence[modifier | modifier le code]

  1. Notamment dans Le Principe responsabilité (1979)

Voir aussi[modifier | modifier le code]