Repas gastronomique des Français

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Le repas gastronomique des Français *
UNESCO-ICH-blue.svg Patrimoine culturel immatériel
Le repas des canotiers, Auguste Renoir, 1881
Le repas des canotiers, Auguste Renoir, 1881
Pays Drapeau de la France France
Liste Liste représentative
Fiche 00437
Année d’inscription 2010
* Descriptif officiel UNESCO
Le repas gastronomique des Français *
UNESCO-ICH-blue.svg Inventaire du patrimoine culturel
immatériel en France
Domaines Savoir-faire
Pratiques festives
Lieu d'inventaire France
* Descriptif officiel Ministère de la Culture et de la Communication (France)

Le repas gastronomique des Français est l'intitulé sous lequel l'histoire, l'originalité et l'identité des repas gastronomiques français ont été inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité le par l'UNESCO[1]. C'est la première fois que des traditions culinaires sont enregistrées dans cette liste. La même année, la cuisine mexicaine, le régime méditerranéen rejoignent également la liste du PCI, ainsi que le pain d'épices en Croatie du Nord.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Article connexe : Cuisine française.

Le repas gastronomique des français que l'UNESCO a inscrit sur sa liste représentative comporte au moins quatre services pour célébrer l’art du « bien manger » et du « bien boire ». Un apéritif, une entrée, un mets de poisson et/ou de viande accompagné de légumes, fromage, dessert, digestif[2]. Les produits doivent être de qualité, les recettes choisies avec soin en accord avec les vins et les mets dégustés avec une gestuelle spécifique au niveau de l’odorat et du gout doivent être présentés sur une table décorée.

Classement[modifier | modifier le code]

Dès 2006, l'Institut européen d'histoire et des cultures de l'alimentation (IEHCA) de Tours est à l'initiative du projet d'inscription, par l'UNESCO, du « repas gastronomique des Français » sur la liste du patrimoine culturel immatériel.

En février 2008 est créée une association loi de 1901, la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires (MFPCA). Domiciliée à la Sorbonne, elle est présidée par Jean-Robert Pitte et a pour directeur Pierre Sanner. En inaugurant pour la première fois le Salon international de l'agriculture, à la fin du même mois, le président de la République française Nicolas Sarkozy exprime le souhait que la France dépose une demande de classement de sa gastronomie au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

L’historienne Julia Csergo est alors mise à disposition du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche et sera responsable scientifique du dossier de candidature pour l'inscription du patrimoine culinaire français sur la liste représentative du patrimoine immatériel par l'UNESCO suivant l'idée de l'IEHCA.

Le , le repas gastronomique des Français intègre, grâce à un comité intergouvernemental de l'UNESCO réuni à Nairobi au Kenya, le patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Il est inscrit la même année à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France. Le , une conférence de presse, à Tours, annonce officiellement cette inscription[réf. souhaitée].

Fête et cités de la gastronomie[modifier | modifier le code]

À la suite de cette reconnaissance mondiale, le Secrétariat d'État au Commerce, à l'Artisanat, aux Petites et Moyennes entreprises, au Tourisme, aux Services, aux Professions libérales et à la Consommation lance à partir de 2011 la « Fête de la Gastronomie » fixée chaque année le quatrième week-end de septembre[3],[4].

Dans le prolongement de l'inscription du repas gastronomique des Français au patrimoine de l'humanité, le Gouvernement français a approuvé, le 19 juin 2013, la création d'un Réseau des Cités de la Gastronomie à partir de 2016 pour Dijon, puis en 2017 Lyon et Tours, et enfin, en 2019, Paris-Rungis[5].

Déclassement ?[modifier | modifier le code]

Détournement commercial[modifier | modifier le code]

L'exploitation commerciale de l'inscription du repas gastronomique au patrimoine de l'Humanité, détournée de sa raison d'être, fait peser la menace de l'en retirer[6], notamment sous la pression des représentants de l'Italie au sein de l'UNESCO[7].

Un artifice politique[modifier | modifier le code]

En 2016, à la suite de ces manipulations du concept par l'industrie agroalimentaire, Julia Csergo, qui a porté le dossier devant l'UNESCO, revient, comme un aveu, sur la nature du repas gastronomique des Français, « instrument de défense des produits et du savoir-faire français sur les marchés mondialisés »[8], et sur le sens de sa démarche. « [C'est pour] répondre à une demande politique que j'ai inventé le repas gastronomique des Français. Je dis inventer, car, en réalité, j'ignore, et personne ne le saura jamais, si j'ai donné un nom à une chose qui existait et qui n’en avait pas, ou si nommer une chose qui n'existait pas l'a fait exister »[9].

Un modèle peu spécifique[modifier | modifier le code]

Le souci de maintenir la tradition d'un proper meal, cuisiné et convivial, pris à heure fixe et composé autour d'un plat principal, s'observe tout autant dans les milieux bourgeois de l'Angleterre, l'Écosse, la Scandinavie, les États Unis[10]. Seul le degré de préparation exigé varie d'un pays à l'autre, d'une génération à l'autre[10].

Les Suédois par exemple ont la même conception de ce qu'est « un bon repas » mais ils attachent plus d'importance à la régularité que les Français, pour lesquels c'est la convivialité qui est primordiale[11]. La culture du produit alimentaire riche de ses saveurs, la répartition des repas au long de la journée en trois moments, déjeuner, dîner, souper, l'association du repas à la conversation autour d'une table, pour être trois des caractéristiques du modèle contemporain du repas français[12], n'en sont pas moins un héritage de la gastronomie italienne[13].

Des arguments fallacieux[modifier | modifier le code]

Les arguments avancés pour affirmer la spécificité du repas gastronomique des Français, ne sont pas scientifiquement étayés, faute d'études pouvant les expliquer[14]. Les variations des modes de consommation autour d'un repas d'un pays à l'autre sont en effet complexes et semblent liées à une multitude de facteurs[15] impossibles à réduire à aucun prétendu modèle national[16].

Les explications univoques travestissent une réalité sociale française d'où émergerait un modèle gastronomique de repas. Par exemple, le taux relativement faible d'obésité observé en France, phénomène avancé comme une preuve de cette réalité, renvoie en fait aux seules causes d'une épidémie d'obésité intrinsèques à la société américaine[17]. Autrement dit, ce n'est pas parce qu'on abuse de boissons sucrées aux États-Unis[18], que le repas des Français serait meilleur pour la santé.

Une fiction trompeuse[modifier | modifier le code]

Le concept de « repas gastronomique des Français » traduit en réalité une vision identitaire promue par le gouvernement français sous la présidence de Nicolas Sarkozy face à un « monde anglosaxon »[7]. Basé sur l'artefact d'un consommateur français moyen, il ignore la variété des différentes traditions culinaires propres à la France[16] et en masque les évolutions dans le temps, tout à fait semblables à ce qu'elles sont dans un monde internationalisé où l'industrie agroalimentaire impose les mêmes standards[7]. Si le « repas gastronomique » est bien défini, il ne correspond pas à la pratique des Français, sinon comme un type de repas choisi parmi d'autres en certaines occasions[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Décision du Comité intergouvernemental : 5.COM 6.14 - patrimoine immatériel - Secteur de la culture - UNESCO », sur ich.unesco.org (consulté le 7 décembre 2017)
  2. Le repas gastronomique des Français - UNESCO
  3. Site officiel de la fête de la gastronomie
  4. Pour une cité de la Gastronomie - Plaquette de l'Institut européen d'histoire et des cultures de l'alimentation [PDF]
  5. Lancement du Réseau des Cités de la Gastronomie
  6. (en) Repas gastronomique français à l'UNESCO (1): Déclassement en vue ? - Benjamin Pelletier, Gestion des Risques Interculturels, 3 février 2012
  7. a, b, c et d La culture du repas - Fabrice Etilé, La Vie des idées, 21 novembre 2017
  8. J. Csergo, La gastronomie est-elle une marchandise culturelle comme une autre ?, Menu Fretin, Chartres, 2016, p. 14.
  9. J. Csergo, La gastronomie est-elle une marchandise culturelle comme une autre ?, Menu Fretin, Chartres, 2016, p. 17.
  10. a et b S. Gojard et P. Hébel, « Les repas : controverse sur la permanence du modèle des repas français et relatif maintien de l’alimentation à domicile. », in Les comportements alimentaires. Quels en sont les déterminants ? Quelles actions, pour quels effets ?, p. 20, INRA, Paris, 2010.
  11. (en) T. Biltgard, « What It Means to “Eat Well” in France and Sweden », in Food and Foodways, no 18, pp. 209-232, 2010.
  12. T. Mathé, G. Tavoularis, & T. Pilorin, Cahier de recherche, no 267 « La gastronomie s’inscrit dans la continuité du modèle alimentaire français », CRÉDOC, Paris, 2009.
  13. J. P. Poulain, Manger aujourd’hui. Attitudes, normes et pratiques., Privat, Paris, 2002.
  14. E. Kesse, « Quelques études à l'échelle française », in Les comportements alimentaires. Quels en sont les déterminants ? Quelles actions, pour quels effets ?, p. 38, INRA, Paris, 2010.
  15. F. Bellisle, « Déterminants de la prise alimentaire : facteurs de l’environnement du mangeur. », in Les comportements alimentaires. Quels en sont les déterminants ? Quelles actions, pour quels effets ?, p. 111-112, INRA, Paris, 2010.
  16. a et b I. de Garine, « Une anthropologie alimentaire des Français ? », in Ethnologie française, p. 227-238, 1980.
  17. (en) E. A. Finkelstein, C. J. Ruhm et K. M. Kosa, « Economic causes and consequences of obesity », in Annual Review of Public Health, no 26, 2005, pp. 239-257.
  18. (en) A. Drewnowski, « The real contribution of added sugars and fats to obesity », in Epidemiologic Reviews, no 29, 2007, pp. 160-171.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • C. Grignon, « La règle, la mode et le travail : la genèse sociale du modèle des repas français contemporains », in Aymard, Grignon & Sabban, Le Temps de manger, alimentation, emploi du temps et rythmes sociaux, MSH de l'INRA, Saclay, 1993, pp. 275-323.

T. Mathé, A. Francou, J. Colin, et P. Hebel, Cahiers de Recherche, no 283 « Comparaison des modèles alimentaires français et états-uniens », CRÉDOC, Paris, 2011, p. 13 [lire en ligne] [PDF]

  • S. Naulin, « Le repas gastronomique des Français : Genèse d’un nouvel objet culturel », in Sciences de la société, no 87, 2012, pp. 8-25.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]