Trompe de chasse

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec cor de chasse.
Une trompe de chasse

La trompe de chasse est un instrument de musique français en cuivre ou laiton, utilisé pour la vénerie. Issu des instruments de communication cynégétiques venant de la nuit des temps signalant par des sons lents ou courts, aigus ou graves, les différentes situations pendant la chasse. Ces instruments étaient faits de cornes d'animaux, de bois puis de cuivre. Les langages exploités par ces instruments s'appelaient les cornures. On chassait alors « À cor et à cris ».

Historique[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Avant de se servir d'un instrument pour encourager les chiens ou pour appeler ses compagnons de chasse, l'homme se contentait nécessairement de sa voix : cris, appel, huées, plus ou moins scandés, plus ou moins modulés ont constitué la première musique de chasse.

Au Moyen Âge, on appelait trompeors les sonneurs de trompe ou de trompette, qui furent baptisés par la suite trompeurs en France et trompetters en Belgique. Le cor a servi au Moyen Âge à corner guerre comme corner menée à la chasse ; dans le château on cornait le jour, l’eau, l’assiette, etc.

Les cors monotones variaient les sons avec des mots courts et des mots longs, et ceux qui avaient plusieurs notes sonnaient du grêle ou du gros ton. En 1730, le marquis de Dampierre disait indifféremment cor ou trompe, et cela changea seulement avec d’Yauville qui n’employa plus que l’expression trompe pour désigner la trompe de Lebrun, modèle 1729, aujourd’hui la Dampierre.

Sous Louis XIV[modifier | modifier le code]

La trompe à un tour et demi comporte deux modèles, le modèle de 1680 et celui de 1689. Le premier fut utilisé tout d’abord par la Vénerie de Louis XIV en 1680. C’est une trompe circulaire à un tour et demi de 0,48 m de diamètre, de 2,27 m de longueur déployée. Cette trompe est en ut majeur. Les tubes ont 12 millimètres de diamètre et le pavillon 14 centimètres et demi de diamètre, le tour est renforcé par une bordure en cuivre montrant une « guirlande » ou « dentelle » en creux, le tout est surmonté de petits ornements représentant un coquillage en plein, caractéristique de l’époque de Louis XIV. L’extrémité du premier tube se termine dans un manchon, dans lequel s’encastre une branche d’embouchure mobile à laquelle l’embouchure était alors soudée. À cette époque, on ne connaissait pas encore bien le repoussage au tour, ni le planage, que Raoulx allait bientôt inventer. Cette trompe est martelée à la main, tous les coups de marteau se voient. Le second modèle de trompe est de 1689. Il présente les modifications suivantes : le manchon a été supprimé ; la branche d’embouchure est soudée au premier tube et est maintenue par un tenon, de même que le pavillon ; l’embouchure n’est plus généralement soudée à la branche d’embouchure, elle est mobile ; le pavillon a 0,22 m de diamètre.

Sous Louis XV[modifier | modifier le code]

Le marquis de Dampierre portant une de ses trompes.
Maximilien III Joseph de Bavière portant une trompe de chasse (XVIIIe siècle).

Deux modèles de trompes apparaissent sous Louis XV. Le premier modèle du marquis de Dampierre fait son apparition officielle en août 1723. Il a 4,05 m de longueur déployée et 0,72 m de diamètre environ. Cette trompe en ré est fort douce à sonner, mais très embarrassante à tenir, vu son énorme diamètre, qui a rapidement provoqué son remplacement. Le second modèle est celui de 1729 et il a subi de grandes modifications ; la longueur déployée est de 4,545 m et elle est enroulée à deux tours et demi. Le diamètre est d’environ 0,60 m. Lebrun, fournisseur du Roi, a lancé cette trompe en 1729 au moment de la naissance du Dauphin et l’a baptisée pour cette raison La Dauphine. Ce modèle a été utilisé jusqu’en 1814, mais il a reçu en 1831 la dénomination de trompe Dampierre ou « à la Dampierre ».

En 1817 apparaît la demi-trompe à trois tours et demi. Ce modèle fut exécuté par Raoulx et son successeur. Notons cependant que son pavillon a été perfectionné par un ouvrier nommé Périnet, qui a découvert par des essais successifs quel était le modèle le plus favorable à l’émission du son (1855). En 1831 se généralise cette trompe dite à la d'Orléans (trompe utilisée aujourd'hui).

Tous les écrits connus sur la trompe de chasse font état de l'apparition de cette nouvelle trompe à la suite d'une commande de 40 "demi-trompes" par le Duc d'Orléans, or, on connait une quinzaine de trompes enroulées sur 3 tours et demi antérieures à cette commande.

La trompe, instrument de chasse[modifier | modifier le code]

L'action de chasse est accompagnée de sonneries de trompe (fanfares) qui permettent aux veneurs de communiquer entre eux et avec les chiens.

La trompe de chasse a été adoptée par la vénerie française sous le règne de Louis XV et l'influence de son maître de vénerie : le marquis de Dampierre[1].

Depuis lors, La trompe de chasse est indissociable de la vénerie. Elle lui doit sa signification et son développement.

La pratique de la trompe est maintenue par tous les veneurs, dont elle est l'instrument de communication à la chasse, mais aussi par des artistes qui savent la porter à la perfection.

Les premières fanfares de chasse remontent à 1723 où le Marc-Antoine de Marc-Antoine marquis de Dampierre écrivit les premières des quelque 6 000 fanfares qui constituent aujourd'hui un patrimoine musical exceptionnel (d'après le recueil de fanfares de chasse de la Fédération Internationale des Trompes de France, Philidor l'Aîné avait publié la "retraite prise" en 1705 et "La Sourcillade" devenue "la vue" en 1707/09).

Les veneurs sonnent des fanfares "de circonstance" pour faire connaître les péripéties de la chasse dont ils sont témoins.

Ainsi:

  • le "bien-aller" indique que les chiens chassent "en bonne voie",
  • le "débuché" que la meute est en plaine et se dirige vers un autre massif forestier,
  • le "bat-l'eau" que l'animal de chasse est dans un étang ou une rivière,
  • la "vue" que l'animal de chasse est vu par le sonneur.

Au cours de la "curée", cérémonie destinée à rendre hommage à l'animal de chasse et à récompenser les chiens, on sonne à nouveau les fanfares sonnées au cours de la chasse de manière à en rappeler les épisodes. Puis, pendant que les chiens "font curée", on sonne d'autres fanfares dédiées aux équipages (quatuor du Rallye Trompes de Paris), aux veneurs présents et aux personnalités.

La trompe, instrument festif[modifier | modifier le code]

Équipage sonnant dans la cour de marbre du château de Versailles.

La trompe est un instrument traditionnel du Carnaval de Paris.

Le recul du Carnaval de Paris, la plus grande fête parisienne, qui renaît depuis 1993, avec la Promenade du Bœuf Gras, a amené le recul de sa pratique dans les rues de Paris. Son usage, en temps normal, y est interdit depuis 1832.

Aujourd'hui, les sonneurs, à Paris, se donnent rendez-vous sous le pont d'Iéna, ou partout ailleurs, le jour de la Fête de la musique.

« Le Jeudi de la Mi-Carême »

« Cors, cornes et cornets »

« Le jeudi de la Mi-Carême est le jour par excellence des sonneurs de cors et des fanatiques du cornet. Les amateurs de cor de chasse qui, traqués par l'autorité, vont d'habitude étudier en sourdine dans des caves profondes et lancer en chœur des notes étouffées, sont tous en liesse. »

« Fi des caves et des lieux déserts ; les fenêtres peuvent s'ouvrir grandes ; les portes n'ont plus besoin de verrous, la rue est aux sonneurs de trompes, hallali, vivent les cors de chasse ! »

« Personne ne se plaindrait de ce triomphe de la musique chère aux veneurs, personne ne récriminerait contre le son du cor, si la folle jeunesse parisienne n'avait pas, elle aussi, l'habitude d'emboucher le cornet pour célébrer la fête des blanchisseuses. »

« Nous les connaissons tous et trop ces lugubres cornes en grès aux sons rauques et agaçants. »

« Ces horripilants ustensiles coûtent à peine deux ou trois sous ; or, le gamin de Paris se priverait plutôt de pain que de corne ; il lui faut pousser ses hurlements ce jour-là ; imiter les appels désespérés du tramway, et, le cornet à bouquin aux lèvres, étourdir les passants et faire concurrence à Wagner. »[2]

Différences avec le cor de chasse[modifier | modifier le code]

  • La trompe de chasse est accordée en ré, a une longueur de 4 m 545 et est premièrement destinée à la chasse à courre. Elle doit son nom à Philidor qui l'appela ainsi en 1705. Le rythme des fanfares de chasse est principalement le 6/8 tayauté (ex. une noire à la trompe se sonne piquée-tayautée).
  • Le cor de chasse est accordé en mi bémol et n'est pas utilisé à la chasse mais en musique militaire. La différence visible est la coulisse d’accord (petit tube intérieur modifiant la tonalité), sur la branche d’embouchure.

L'instrument[modifier | modifier le code]

Trompe du milieu du XVIIIe siècle.

Les différentes modèles[modifier | modifier le code]

Nom Longueur Enroulement
La Dampierre (1729) 4,545 m 1 tour et demi
La Dauphine 4,545 m 2 tours et demi
La d'Orléans (1818) 4,545 m 3 tours et demi

L'instrument utilisé et sonné aujourd'hui (la D'Orléans) est le même depuis 1818, année où le Duc d'Orléans commanda à la maison Périnet 50 trompes pour son équipage. Cette trompe d'un développé linéaire de 4,545 mètres, est enroulée à trois tours et demi.

Signalons encore la "Maricourt", trompe de 4,545 m, enroulée sur 9 tours et demi, dont certaines, très rares, comportent un pavillon ovale.

La longueur de l'instrument fait que sa tonalité est en ré, quel que soit le modèle.

L'embouchure[modifier | modifier le code]

Embouchure de trompe de chasse Milliens (modèle 07)

D’abord fixée à la branche d’embouchure, l'embouchure devint mobile en 1689, mais il faut attendre 1830 pour en trouver dans le commerce trois tailles différentes. Les dimensions actuelles ont été réglées par le professeur Cléret, mort peu d’années avant la guerre et c’est lui, et non Périnet, qui a réglé la profondeur du bassin à 0,032 m.

Tube d'entraînement pour embouchure[modifier | modifier le code]

D'une longueur de 9 cm, le tube d'entraînement pour embouchure de trompe de chasse [3], produit un son proche de l'instrument. Breveté en 2013 par Nicolas Poidevin [4], cette mini branche d'embouchure conique pour embouchure d’instrument à vent permet de s'entraîner tout en retrouvant les mêmes appuis qu'une trompe de chasse.

La musique[modifier | modifier le code]

La musique qui lui est destinée se sépare en 4 grands groupes:

  • La vénerie, où les fanfares sonnées correspondent à des animaux de chasse ou à des circonstances de la chasse.
  • Les fanfares de maîtres ou d'équipage, destinées à honorer des équipages ou responsables d'équipages de vénerie.
  • Les fantaisies qui peuvent honorer des personnes, ou des circonstances particulières.
  • La trompe liturgique.

Aujourd'hui, plus de 6000 fanfares sont recensées.

La pratique actuelle de la trompe peut se faire en solo, duo, trio, quatuor, et groupes.

La trompe peut être sonnée en forté, en mi-trompe ou en radouci.

Une gamme chromatique quasiment complète couvrant 3 octaves et demi peut être obtenue en bouchant le pavillon à la main.

Certains morceaux, tels l’Ave maria de Schubert ou Trumpet Tune de Purcell, peuvent être sonnés accompagnés à l'orgue. D'autres, comme l'amazone, de Tyndare, se sonnent accompagné au piano.

Enfin, la pratique de la trompe en groupe a permis de s'intéresser aux différentes harmonisations possibles, entre les chants (premiers pupitres, chargés d'exécuter la mélodie), les secondes, les troisièmes et les basses. Un exemple est fourni dans un CD répertoriant l'intégralité des fanfares des équipages de Cerf par le Quatuor du Rallye Trompes de Paris : Le Courre du Cerf au XXIe siècle.

Les principaux facteurs[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Poidevin, fondé en 2013[5].
  • Cornélius, fondé par Gilbert Cornélius en 1999
  • Couesnon, fondé par Auguste Guichard en 1827[6].
  • Fraize & Marques
  • Milliens, fondé en 1894
  • Périnet, fondé par François Périnet en 1829.
  • Pierre de Surrel, fondé par Pierre de Surrel en 1988
  • Maurice Heinrich

Les grands champions de trompe de chasse du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

  • Pierre Dornez - 6 fois champion international
  • Xavier Legendre - 6 fois champion international
  • Benoit Garnier - 6 fois champion international

Les champions de France (chant)[modifier | modifier le code]

  • 2013 : Bertrand Boudier (Thilouze)
  • 2012 : Guillaume Bizieux (Romorantin)
  • 2011 : Laurent Besnault (Lion d'Angers)
  • 2010 : Charles Velot (La Roche Posay)
  • 2009 : Nicolas Dromer (La Roche Posay)
  • 2008 : Bertrand Bourgeois (La Roche Posay)
  • 2007 : Guyaume Vollet (Châteauroux)
  • 2006 : Antoine Baudrier (Sully-Sur-Loire)
  • 2005 : Nicolas Moreau (Forges-Les-Eaux)
  • 2004 : Jérôme Amelot (Selongey)
  • 2003 : Benoist Pipon (Pompadour)
  • 2002 : Guillaume Caucat (Forges-Les-Eaux)
  • 2001 : Nicolas Bon (Vichy)
  • 2000 : Maxime Dupuis (Romorantin)
  • 1999 : Pierre Charpentier (Vittel)
  • 1998 : Didier Tanchoux (Romorantin)
  • 1997 : Alexis Van Damme (Lion d’Angers)
  • 1996 : Dominique Poidevin (Romorantin)
  • 1995 : Pascal Bouclet (Divonne Les Bains)
  • 1994 : Jacky Boutin (Chantilly)
  • 1993 : Antoine de La Rochefoucauld (Romorantin)
  • 1992 : Dimitry Donders (Pompadour)
  • 1991 : Benoît Garnier (Romorantin)
  • 1990 : Arnaud Poisson (Reims)

Les Champions Internationaux (chant)[modifier | modifier le code]

  • 2013 : Nicolas Dromer (Thilouze)
  • 2012 : Guillaume Bizieux (Romorantin)
  • 2011 : Nicolas Dromer (Lion d'Angers)
  • 2010 : Guillaume Caucat (La Roche Posay)
  • 2009 : Guillaume Caucat (La Roche Posay)
  • 2008 : Bertrand Bourgeois (La Roche Posay)
  • 2007 : Guyaume Vollet (Châteauroux)
  • 2006 : Guillaume Caucat (Sully-Sur-Loire)
  • 2005 : Alexis Van Damme (Forges-Les-Eaux)
  • 2004 : Jacky Boutin (Selongey)
  • 2003 : Guilaume Caucat (Pompadour)
  • 2002 : Nicolas Bon (Forges-Les-Eaux)
  • 2001 : Benoît Garnier (Vichy)
  • 2000 : Benoît Garnier (Romorantin)
  • 1999 : Benoît Garnier (Vittel)
  • 1998 : Dimitry Donders (Romorantin)
  • 1997 : Antoine de La Rochefoucauld (Lion d’Angers)
  • 1996 : Dimitry Donders (Romorantin)
  • 1995 : Dimitry Donders (Divonne Les Bains)
  • 1994 : Benoît Garnier (Chantilly)
  • 1993 : Benoît Garnier (Romorantin)
  • 1992 : Benoît Garnier (Pompadour)
  • 1991 : Roch de Cathelineau (Romorantin)
  • 1990 : Roch de Cathelineau (Reims)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Rallye Trompes de Paris.
  2. Beaucoup de témoignages existent, écrits ou iconographiques, sur le triomphe de la trompe de chasse au Carnaval de Paris. carnaval-paris.org Celui-ci est particulièrement joli. Ses références : Le Petit Journal, vendredi 18 mars 1887.
  3. tube d'entraînement pour embouchure d'instrument à vent.
  4. Nicolas Poidevin.
  5. Trompes de chasse Nicolas Poidevin.
  6. Historique de la maison Couesnon sur le site officiel.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • A. Sombrun, L'art de sonner de la trompe, Paris, Éditions musicales Alphonse Leduc.
  • A. Detourbet, Essai sur la terminologie de la trompe de chasse et la délimitation du ton de vénerie, Éditeur L. Venot, 1935.
  • Tyndare Gruyer, Méthode complète de trompe de chasse, contenant les tons, fanfares d'ordonnance et fantaisies, Éditeur Pettex-Muffat.
  • Frontier Théodore, Méthode élémentaire de trompe de chasse fac-simile d'une édition du XIXe siècle (Paris), Éditeur Altair.
  • Michel de Balmes, Nouvelle méthode cdrom de trompe de chasse [1]