Jean-Robert Pitte

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Jean-Robert Pitte est un géographe français, né le , à Paris. Spécialiste du paysage et de la gastronomie, il est président de la Société de géographie, et président de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires (MFPCA), ainsi que du salon Livres en vignes au Château du Clos de Vougeot.

Il a été élu, le , au premier tour de scrutin, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, dans la section Histoire et géographie, au fauteuil laissé vacant par le décès de Pierre George. Il en a été élu Secrétaire perpétuel à partir du 1er janvier 2017, succédant à Xavier Darcos.

Il a été de 2003 à 2008 président de l'université Paris-Sorbonne (Paris IV)[1].

Engagé dans le débat public, il a pris position pour la sélection des étudiants à l'entrée à l'université[2] et pour une augmentation des frais d'inscription à l'université[3], compensés par une augmentation des bourses au mérite et une modulation en fonction des revenus[4]. Il souhaite également une réforme en profondeur de la gouvernance des universités

Origines[modifier | modifier le code]

Jean-Robert Pitte a des racines variées: normandes, alsaciennes, parisiennes, lyonnaises, hongroises, etc. Catholique et français, il se sent aussi juif et pleinement européen. En effet, de par son grand-père paternel hongrois, il possède des racines juives qu'il revendique, comme il le dit lui-même dans son livre autobiographique Une famille d'Europe paru en 2011[5].

Formation[modifier | modifier le code]

De 1966 à 1971, il suit des études de géographie à la Sorbonne et obtient son agrégation en 1971. En 1975, il obtient son doctorat de géographie à l'université Paris Sorbonne. En 1986, il passe un doctorat ès-lettres dans la même université.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Auteur d'une thèse sur l'histoire des rapports entre l'homme et le châtaignier[6], Jean-Robert Pitte, élève de Xavier de Planhol (1926-2016), a orienté ses recherches vers la géographie historique et culturelle, principalement vers l'étude des paysages, de la gastronomie et du vin, envisagés séparément, mais aussi dans leurs rapports mutuels.

Son Histoire du paysage français, publiée en 1983[7], retrace l'évolution du paysage français, aussi bien rural qu'urbain. Il souligne la manière dont l'activité humaine a entièrement remodelé le paysage, depuis l'urbanisme systématique de la Gaule romaine et la domestication progressive de l'espace rural jusqu'aux remembrements modernes et à la construction des grands ensembles. Il oppose une première période marquée par un rapport « sacré » avec la nature et l'organisation urbaine, jusqu'au Moyen Âge, au traitement « profane » de l'espace qui caractériserait l'époque moderne depuis la Renaissance, au risque d'aboutir à l'époque contemporaine à la mise en place d'un « paysage banal ».

Depuis la fin des années 1980, il travaille principalement sur la géographie de la gastronomie et du vin et montre que le seul avenir de la production alimentaire réside dans la diversité et la qualité, lesquelles contribuent fortement à créer de beaux paysages qui peuvent aussi être valorisés par des formes diversifiées de tourisme. Il tente de développer l'idée selon laquelle dans le monde contemporain et sous toutes les latitudes, seule la qualité et le terroir permettent la viabilité économique sur le long terme, avec des retombées culturelles positives pour l'ensemble de la chaîne qui va de l'environnement à la consommation et à la santé, en passant par tous les stades de la production et de la transformation agroalimentaire.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Enseignement[modifier | modifier le code]

Après son agrégation il devient professeur au lycée Chaptal à Paris pendant un an, avant de passer deux ans comme assistant à l’École normale supérieure de Nouakchott (Mauritanie), comme volontaire du service national actif. Il rejoint l'université de Paris IV en 1974, en tant qu'assistant, puis maître-assistant, ensuite maître de conférences. En 1988, il y devient professeur de géographie jusqu'à sa retraite en 2014. Les thèmes sur lesquels il enseigne relèvent de la géographie historique et culturelle avec, comme principaux centres d'intérêt, l'histoire du paysage et de l'aménagement du territoire, la gastronomie et le vin. Il a donné des conférences et enseigné dans plus de trente pays, en particulier au Japon qu'il parcourt depuis près de 40 ans. Il est devenu en 2015 Distinguished Professor à l'Université de Hokkaido à Sapporo (Japon) au sein de la nouvelle Graduate School of Global Food Resources.

Administratif[modifier | modifier le code]

Il dirige de 1988 à 1991 l'Institut d’urbanisme et d’aménagement, puis l'UFR de géographie et aménagement de 1991 à 1993. En 1992, il devient président du Comité national français de géographie, et effectue deux mandats jusqu'en 2000. Entre 1993 et 1995, il est également chef de la Mission de la Carte universitaire et des Affaires régionales au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Entre 1997 et 2001, il est vice-président de l'université de Paris IV. De 2003 à 2008, il est président de cette même université. Au cours de son mandat, il achève la Maison de la Recherche de la rue Serpente, il lance la construction du nouveau centre universitaire de Clignancourt, il mène à bien l'intégration de l'Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Paris au sein de Paris-Sorbonne. Il ouvre par ailleurs en 2006 une antenne de l'université à Abou Dhabi (Paris-Sorbonne Abu Dhabi, PSUAD), sur un modèle original. Cette université de droit émirien confère le monopole de l'enseignement (dispensé par des professeurs de la Sorbonne sur des programmes identiques à ceux de la maison-mère) et de la collation des grades à Paris-Sorbonne et aux établissements français avec lesquels elle passe contrat (Paris-Descartes, par exemple) dans un cadre francophone, mixte et laïc. Il tente de professionnaliser davantage l'université Paris-Sorbonne qui est spécialisée dans les humanités (lettres et sciences humaines) et de favoriser l'insertion professionnelle de ses diplômés, mais il se heurte à la résistance d'une partie de la communauté enseignante, étudiante et administrative attachée au statu quo qu'il estime très défavorable à l'avenir des universités au sein de l'enseignement supérieur français et international.

Depuis juin 2010 et jusqu'en août 2014, il a occupé le poste de "délégué à l’information et à l’orientation" auprès du Premier ministre, chargé de coordonner la politique d'orientation tout au long de la vie des ministères de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, du Travail et de l'Emploi, des organismes publics ou privés chargés de la formation et de l'emploi (chambres consulaires, Pôle Emploi, Cités des Métiers, collectivités territoriales variées, en particulier les régions, etc.), des collectivités territoriales (communes, régions). Cette fonction de DIO a été supprimée par la loi au printemps 2014, principalement en raison d'un refus de certains milieux de l'Éducation nationale de travailler en harmonie avec le monde de l'entreprise et de l'insertion professionnelle.

Il est également depuis 2007, président de la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires (MFPCA), organisme qui a porté et obtenu en 2010 l'inscription du "Repas Gastronomique des Français" sur la liste représentative du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) de l'humanité (UNESCO). Il coordonne à ce titre le réseau des quatre Cités de la gastronomie (Dijon, Lyon, Paris-Rungis et Tours). Il est devenu en 2014 Président d'honneur de Ferrières, la nouvelle école consacrée à la gastronomie, à l'hôtellerie et au luxe, implantée dans le château de Ferrières, construit par la famille de Rothschild entre 1855 et 1859.

Prises de position[modifier | modifier le code]

Parmi les enseignants de sciences humaines J-R Pitte se distingue par son franc-parler :

Il a pris position à de nombreuses reprises dans le débat public, en particulier depuis le mouvement étudiant contre le CPE en 2006[8]. Il avait alors cependant pris parti contre l'occupation des universités, selon lui « illégale et scandaleuse » et considérait que les étudiants se comporteraient en « enfants gâtés » qui croient que « tout leur est dû »[9]. Ces critiques avaient inspiré l'ouvrage Jeunes on vous ment, sorti quelques semaines après la fin du mouvement. Il rappelait qu'un étudiant à la Sorbonne dispose d’un espace de 2,6 m2, alors qu’un poulet de Bresse dispose de 10 m2, et en rendait responsables « l'étatisation du système » ou « le blocage de toute réforme par les syndicats »[10]. Ce livre a suscité des réactions très négatives chez certains syndicats[11].

Il appuie également ses demandes de sélection sur la dénonciation d’« étudiants fantômes » qui à l’en croire « profitent du nom et de la réputation de l'établissement à son détriment », dérive contre laquelle la seule solution est selon lui l'augmentation des frais d'inscriptions[12].

Ces prises de position lui ont valu le qualificatif de « Sorbonnard incorrect »[13].

Il a annoncé en qu'il pourrait demander le statut de « Grand établissement » comme l'université de Paris-Dauphine ou Sciences Po si les réformes sur l'autonomie, la sélection ou les droits d'inscription ne voyaient pas rapidement le jour[14].

En 2007, il avait plaidé pour que la loi relative aux libertés et responsabilités des universités aille plus loin, en particulier en matière de gouvernance qu'il estime trop enfermée sur la communauté universitaire. Il souhaiterait que l'on sorte de l'hypocrisie actuelle de la sélection des étudiants par l'échec et qu'une orientation-sélection intelligente permette la réussite de tous, c'est-à-dire l'obtention d'un diplôme débouchant rapidement sur un emploi[15]. C'est la raison pour laquelle il soutint la réforme portée en 2006 par le gouvernement et créant un contrat première embauche (CPE) qui fut combattue par la gauche et par une grande partie des syndicats universitaires d'enseignants, d'étudiants et de personnels administratifs. Ces prises de position lui ont valu d'être « connu pour son engagement à droite[16] », et il il en fit les frais en perdant la présidence de l'université de Paris IV Sorbonne le 14 mars 2008 au profit du Professeur Georges Molinié, classé à gauche, qui avait soutenu Ségolène Royal durant la campagne présidentielle française.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • 2016: Cent petites gorgées de vin, Tallandier
  • 2015 : Dictionnaire amoureux de la Bourgogne, Plon
  • 2013 : La Bouteille de vin. Histoire d'une révolution, Tallandier
  • 2013 : L'Amour du Vin, CNRS-Éditions
  • 2011 : Une famille d'Europe, Fayard
  • 2010 : Le génie des lieux, CNRS-Éditions
  • 2009 : À la table des dieux, Fayard
  • 2009 : Le désir du vin à la conquête du monde, Fayard
  • 2007 : Stop à l'arnaque du bac : plaidoyer pour un bac utile, Oh! Éditions (ISBN 2915056544)
  • 2006 : Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l'université, Fayard (ISBN 2213630518)
  • 2006 : Géographie culturelle, Fayard
  • 2005 : Bordeaux-Bourgogne. Les passions rivales, Hachette
  • 2004 : Le Vin et le divin, Fayard
  • 2002 : Philippe Lamour, Père de l'aménagement du territoire, Fayard
  • 1997 : La France, Nathan. Nouvelle édition, A. Colin, 2009.
  • 1993 : Paris. Histoire d'une ville (sous la dir.), Hachette
  • 1991 : Le Japon, Sirey
  • 1991 : Gastronomie française. Histoire et géographie d'une passion, Fayard
  • 1986 : Terres de Castanide. Hommes et paysages du Châtaignier de l'Antiquité à nos jours, Fayard
  • 1983 : Histoire du paysage français, 2 vol., Tallandier. 5e édition, 1 vol. 2011
  • 1977 : Nouakchott, capitale de la Mauritanie, Publications du département de géographie de l'Université de Paris IV

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Georges Molinié président de la Sorbonne  », Le Figaro, 15 mars 2008, consulté sur http://www.lefigaro.fr le 10 juillet 2010
  2. «Instaurer la sélection à l'entrée de l'université», Tribune dans Le Figaro,
  3. « Université: insérer d'abord ? », L'Express, 3 juin 2006
  4. Interview de Jean-Robert Pitte, linternaute.com
  5. Une famille d'Europe par PITTE, JEAN-ROBERT (lire en ligne)
  6. Terres de Castanide, Hommes et paysages du Châtaignier de l’Antiquité à nos jours, Fayard, 1986.
  7. Histoire du paysage français, de la Préhistoire à nous jours, Tallandier, 1983. Nouvelles éditions en 2001, 2003 et 2011.
  8. "J'ai honte de mon pays", entretien avec Jean-Robert Pitte, Ifrap
  9. CPE : "Nos étudiants vivent dans le rêve et l'illusion", LCI.fr, 6 avril 2006
  10. Jean-Robert Pitte : Jeunes on vous ment, Fayard, 2006
  11. Un livre indigne d’un universitaire ou tout simplement d’un « honnête homme », par la Fédération syndicale étudiante.
  12. Des milliers d'étudiants fantômes inscrits dans les universités, Le Figaro, 15 octobre 2007
  13. Jean-Robert Pitte Sorbonnard incorrect, Le Monde, 9 juin 2006
  14. Paris-Sorbonne n'exclut pas de demander le statut de grand établissement comme Dauphine, boivigny.com, 25 mars 2007
  15. [MP3]Entretien avec Jean-Robert Pitte, lemensuel.net
  16. M. Pitte, classé à droite, perd la présidence de la Sorbonne, Le Monde
  17. Décret du 18 avril 2014

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]