Horlogerie

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L'horlogerie regroupe les techniques permettant de fabriquer des instruments permettant de mesurer le temps.

1797, pierre et bois, collection du Musée de l'horlogerie de Saint-Nicolas d'Aliermont

Histoire[modifier | modifier le code]

À la découverte du Temps[modifier | modifier le code]

L'écoulement du temps se manifeste directement dans les déplacements des corps célestes. L'observation et l'enregistrement de ces phénomènes naturels ont conduit l'humanité à développer divers outils de mesure du temps. Ce sont les Babyloniens, il y a environ 4000 ans, qui ont divisé le temps en unité de 12 périodes. Le premier instrument connu de mesure du temps est sans doute le gnomon, ancêtre du cadran solaire. Avant l'invention de l'horlogerie mécanique on utilise la clepsydre, le sablier et d'autre instruments gradués (chandelles, lampes à huile) servant à mesurer l'écoulement du temps.

Horloges mécaniques[modifier | modifier le code]

Horloge ancienne, Allemagne du Sud, vers 1480-1490.

Bien avant que soient inventées les horloges mécaniques à roues dentées, des engrenages étaient utilisés pour reproduire les mouvements cosmiques. Le fragment de la machine d'Anticythère, est ainsi le plus vieux mécanisme à engrenages connu (100 av J.C.).

La paternité de la première horloge mécanique est contestée. Pour certains, on devrait au Pape Gerbert l'invention de l'échappement avec foliot ou balancier circulaire en 995. Cette avancée, très importante pour la mise au point de l'horlogerie, remplace progressivement au long des siècles suivants les horloges hydrauliques et autres clepsydres antiques.

Pour d'autres, se sont les Chinois qui inventèrent l'horloge mécanique au VIIIe siècle apr. J.-C. Vers 1090, Su Dong construit une horloge astronomique en métal de 6 mètres de haut capable d'indiquer la position des constellations. Il s'agit d'une horloge mécanique à entrainement hydraulique. Mais sous les Yuan, l'horloge n'est plus entretenue et le secret de sa construction se perd ensuite[1].

À partir du XIIIe siècle, les villes se développent et des activités qui demandent une meilleure maîtrise du temps apparaissent : le commerce et l’artisanat. Les premières horloges mécaniques sont monumentales et ornent les façades des églises et des beffrois. En Europe, la première horloge serait installée en Angleterre en 1284 puis, en France, à Sens en 1292. En 1389, Jehan de Felains érige à Rouen le Gros-Horloge. Peu précise, l’horloge dite aveugle qui n’a souvent ni cadran ni aiguille, se dérègle facilement d’une heure chaque jour. Sa fonction est de sonner les heures. Son fonctionnement tient à trois éléments : - un poids suspendu à une corde, c’est la force motrice ; - le rouage, c’est l’ensemble de roues et de pignons dentés ; - et l’échappement qui est le mécanisme placé entre le rouage et l’organe régulateur, appelé balancier ou pendule. L’échappement entretient les oscillations du balancier. La force motrice de la roue d’échappement est transmise au balancier grâce à l’ancre, petit élément en acier ou en laiton dont la forme rappelle l’ancre de marine. Avec l’invention du pendule par Christian Huygens en 1657, l’horloge devient un instrument précis qui peut intégrer l’aiguille des minutes puis des secondes.

L'horlogerie suisse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fabrique genevoise.

Pendant les guerres de religion, Jean Calvin, le réformateur protestant installé à Genève en 1536, accueillait favorablement les réfugiés huguenots qui augmentaient le nombre de ses partisans[2]. Son interdiction du port d'objets décoratifs poussa les orfèvres vers l’horlogerie [3], établissant l'horlogerie genevoise. Calvin interdit aux habitants, au nom de la morale protestante, de porter des bijoux, accessoires de séduction superflus. Les joailliers genevois se reconvertissent dans l'horlogerie et incrustent les montres de pierres précieuses. Ces montres échappent à la notion de bijou de Calvin et dès lors peut se développer l'horlogerie de luxe[4].

L'horlogerie suisse s'est ensuite développée dans l'arc jurassien de Genève à Schaffhouse au XVIIe siècle, par l'émigration d'un grand nombre d'artisans huguenots, suite à la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV. Ils y trouvèrent un environnement paisible et une main-d'œuvre possédant les vertus propre à l'horlogerie : minutie, patience, persévérance, « cœur à l'ouvrage », droiture et une religion réformée prépondérante propre à la recherche technique et au commerce.

Production artisanale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Établissage.

La production de montres se fait chez des horlogers indépendants qui doivent ajuster à la main chaque pièce particulière constitutive du mouvement, généralement produite auprès d'une multitude de tout petits ateliers spécialisés.

Au milieu du XIXe siècle survient la révolution industrielle.

La précision par l'industrialisation[modifier | modifier le code]

Il fallut attendre 1854 et la création à Waltham (États-Unis) de la société qui finalement portera le nom de Waltham Watch Company par un visionnaire, Aaron Lufkin Dennison, pour le développement de machines, systèmes de production, de jauges et de standardisation, dans le but d'acquérir une telle précision finale, que chaque pièce constitutive d'un mouvement devienne interchangeable. Bientôt suivi par Elgin, et d'autres marques américaines. En 1876, lors de l'Exposition universelle de 1876 à Philadelphie, Waltham Watch Company expose une reconstitution d'atelier industriel avec la première machine automatique à fabriquer des vis. La marque Waltham obtient la médaille d'or de la première compétition chronométrique mondiale, avec des montres sélectionnées au hasard, en fin de chaîne d'assemblage!

Rapport David : MM. les Horlogers suisses, réveillez-vous ![modifier | modifier le code]

Jacques David, de Longines, fit un rapport détaillé de la méthode américaine aux Autorités politiques et horlogères.

« The Philadelphia Universal Exhibition of 1876. Convinced of the merit of mechanical production, David traveled to the Philadelphia Universal Exhibition of 1876 and returned to write a report that triggered a wide-ranging debate within the Swiss watch industry of his day. »

Ce rapport déclencha une vive réaction salutaire auprès de l'industrie horlogère suisse, qui adapta petit à petit ses nouvelles méthodes de production et devança techniquement ses concurrents américains pendant l'entre-deux-guerres.

Montres bracelet[modifier | modifier le code]

La montre-bracelet est née dans le dernier tiers du XIXe siècle. Jusque-là, les montres étaient en général portées au gousset. Environ en même temps, dans les années 1920 sont introduits les oscillateurs et les horloges à quartz. En 1949 et 1967, nouvelles découvertes, les horloges atomiques[5],[6].

Crises horlogères suisses[modifier | modifier le code]

Le XXe siècle, sera pour l’horlogerie suisse principalement, un siècle avec des hauts et des bas. Premièrement il y aura l’apparition de la première montre attestée waterproof/étanche[7] fabriquée et produite par West End Watch Co. en 1886. Cependant, après cette innovation, de nombreux problèmes vont toucher cette industrie.

La grande dépression mondiale débutée en 1929 aux États-Unis eut un effet désastreux pour l'industrie horlogère. Les entreprises, trop petites et dispersées recourent à un « dumping » meurtrier, afin de survivre. La Confédération et les grandes banques suisses doivent intervenir et créent une société holding, l'ASUAG, qui va réunir la majorité des fabricants d'Ébauches et des parties constitutives (spiraux, balanciers, assortiments, pierres d'horlogerie), puis, par la suite, en 1971, une société holding, GWC, pour réunir une partie des marques horlogères du produit terminé.

Or, dans les années 1970, les Japonais suivis de certains Américains, se mettent à la montre électronique, grâce à l’apparition de la montre à quartz (montre contenant une pile), bien plus précise et bien moins chère que les montres mécaniques suisses traditionnelles[8].

Les exportations horlogères (suisses) vont donc chuter progressivement. L'horlogerie suisse paraît alors soudain se retrouver dans « un rôle de figurant en matière d’horlogerie[8] ». Cette chute du marché va créer de nombreux problèmes économiques notamment une baisse d’employés (70 000 en 1960, et environ 30 000-35 000 en 1980)[9] et une baisse du nombre d’industries horlogères présentes sur le territoire suisse, (1 600 en 1970, et plus que 600 actuellement)[3].

  • Quelques dates qui ont marqué cette crise :

Cette crise horlogère fut notamment causée par l'état de non concurrence interne dû au prolongement du statut horloger (instauré en 1931 création de l'ASUAG) jusqu'à fin 1965, qui rendit l'horlogerie suisse par trop complaisante face à la concurrence étrangère potentielle et aux nouveaux produits (montres à quartz). Déjà, avant leur apparition, l'industrie horlogère japonaise avait réussi à conquérir d'importantes part de marché aux dépens des Suisses, grâce à des montres mécaniques à remontage manuel, et par la suite automatique d'une qualité égale, voir supérieure (étanchéité), à des prix hors concurrence.

Souvent attribuée à l'apparition de la montre à quartz et à l'apparition de la concurrence japonaise, la crise horlogère suisse de 1975 à 1985 est également dues à d'autres facteurs longtemps ignorés :

  • L'abandon des taux de change fixe en 1973, ce qui aboutit à une forte hausse du franc suisse face au dollar américain.
  • Le manque de rationalisation de production dans la branche (notamment dû au statut horloger)

Pour illustrer en chiffre l'impact de cette crise, les parts de marché des montres suisses dans le monde étaient les suivantes[12] :

  • 1970 : 83,1 %
  • 1975 : 58,8 %
  • 1980 : 22,2 %
  • 1983 : 15,3 %

Le renouveau[modifier | modifier le code]

Montre suisse contemporaine Jaeger-Lecoultre.

Les lancements de la Delirium, développée en l'espace de 6 mois, en 1979, et de la montre Swatch, à l'initiative de Ernst Thomke et de son team à ETA SA, le 1er mars 1983 à Zurich[13],[14] constituèrent les fers de lance de la reconquête des marché par une totale transformation de l'industrie horlogère, fondée sur une haute technologie au service d'un marketing de marque sélectif.

Depuis, les marques horlogères traditionnelles suisses ont retrouvé leur position de leader du marché, principalement avec des montres mécaniques traditionnelles dans les grandeurs supérieures, permettant des complications. Les montres à quartz ne sont demandées que dans les versions pour dames, principalement en or et joaillerie, respectivement de manière générale dans les marques de moyen (Tissot) et bas de gamme, ainsi que pour les montres fantaisie de grandes distributions (CK).

L'industrie horlogère suisse n'occupe plus que l'extrême pointe du haut de la pyramide en quantité, proportion qui s'inverse en valeur. Durant les années 2000, le secteur de l'horlogerie mécanique haut de gamme a continuellement connu une forte croissance (entre 12 et 18 % de croissance annuelle pour la période 2004 - 2008), cette expansion étant souvent attribuée à l'apparition d'un nouveau marché dans les pays émergents (Inde, Chine).

Rolex Daytona Chronomètre (ref. 116520).

L'horlogerie française[modifier | modifier le code]

Horloge saint-nicolas en poirier, Musée de Saint-Nicolas d'Aliermont

Depuis 1300 se développent en France et en Europe occidentale des horloges mécaniques monumentales dans les clochers et beffrois. Les exemples les plus fameux sont les horloges de la cathédrale de Strasbourg, de Lyon, le Gros Horloge de Rouen etc.

Durant les siècles suivants des centaines d'horlogers exercent leurs arts dans les grandes villes françaises, notamment Paris, Lyon, Blois et Rouen. La révocation de l’Édit de Nantes et l'exode de nombreux protestants, qui exerçaient souvent des métiers liés à l'horlogerie et à la bijouterie, porte un coup certain à la production horlogère française.

Au XVIIIe siècle, cependant, l'horlogerie française connaît un nouvel âge d'or. À Paris et à Versailles, les horlogers Ferdinand Berthoud, Jean-Antoine Lépine et Abraham Breguet mettent au point de nouvelles techniques et commercialisent des modèles toujours plus prestigieux.

Au même moment, se développent des types d'horloges plus populaires, les horloges de parquet, qui vont bientôt faire partie de l'ameublement de base de tous les foyers français. Les horlogers de Franche-Comté développement l'horloge comtoise, fiable et robuste, au succès immédiat. D'autres productions régionales se développent en parallèle, l'horloge lanterne en Bretagne, l'horloge Saint-Nicolas en Normandie etc.

À la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle apporte des changements considérables. L'horlogerie s'industrialise, en Franche-Comté l'usine Japy produit en masse des mouvements de montres et de pendules. D'autres villes se spécialisent : Cluses, en Haute-Savoie, Morteau dans les Doubs et Saint-Nicolas-d'Aliermont, en Normandie, produisent des milliers de mouvements chaque mois pour des pendules de cheminées, des pendulettes puis des réveils.

Le XXIe siècle[modifier | modifier le code]

De façon générale, le secteur de l'horlogerie mécanique haut de gamme connaît dans les années 2000 une croissance importante en Europe et aux États-Unis.

Dans le secteur du design industriel, il est évoqué que l'apparition du téléphone portable, notamment, a rendu la montre désuète en tant que simple objet indiquant l'heure. La montre se serait alors réaffirmée comme bijou, objet de prestige, ce qui aurait participé au grand retour de la montre mécanique.

En France, l'horlogerie fait partie des 162 disciplines du concours de meilleur ouvrier.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • C-A. Reymondin, G. Monnier, D. Jeanneret, U. Pellarratti , Théorie d’Horlogerie, éd. Fédération des écoles techniques (1998) (ISBN 2-940025-10-X)
  • George Daniels, La Montre - Principes et méthodes de fabrication, éd. Watchprint (réedition 2011), 416 p.
  • Ferdinand Berthoud, Essai sur l’horlogerie ; dans lequel on traite de cet Art relativement à l’usage civil, à l’astronomie et à la Navigation, en établissant des principes confirmés par l’expérience, en 2 volumes, Paris, éd. Merigot 1786 (le plus grand traité d’horlogerie publié jusqu’alors. Les exemplaires complets de toutes leurs planches sont devenus très rares).
  • D. Gibertini, E. Jaquet, La réparation des pendules, éd. Fédération des Écoles Techniques (réedition 1997), 230 p.
  • Hans Jendritzki, Le réglage d’une montre à balancier spiral, 105 p.
  • Jean-Marc Olivier, Des clous, des horloges et des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie, Paris, CTHS, 2004, 608 p.
  • Constantin Parvulesco, Encyclopédie des montres, ETAI, 2000

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]