Prédateur

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Le lion compte parmi les plus grands prédateurs terrestres actuels.

Un prédateur est un organisme vivant qui tue des proies pour s'en nourrir ou pour alimenter sa progéniture. La prédation est courante dans la nature où les prédateurs jouent un rôle prépondérant dans le maintien des équilibres écologiques.

La prédation est à distinguer de la nécrophagie, qui consiste à se nourrir d'un animal déjà mort, ou du parasitisme, qui en général ne requiert pas la mort de l'animal consommé.

Dynamique des systèmes prédateurs-proies[modifier | modifier le code]

Nombre de fourrures vendues par les trappeurs au comptoir de la Baie d'Hudson (sur environ 90 ans) pour le lynx canadien et l'une de ses principales proies, le lièvre américain. Les deux espèces ont une dynamique de population cyclique et semblent en interactions durables (archives statistiques collectées par Odum[1], publiées en 1953). L'ENSO (El Niño Southern Oscillation), susceptible d'affecter la fitness des lièvres[2] explique en partie ce cycle[3].
Répartition des points d'équilibre d'un système proie/prédateur prévus par la suite logistique.
Exemple théorique de courbes de dynamique de population d'un prédateur et de l'une de ses espèces proie

Les relations entre proie et prédateur déterminent le fonctionnement et l'organisation des réseaux alimentaires dits « réseaux trophiques » (ou pyramides alimentaires), avec à leur sommet des prédateurs dits « absolus » (ceux qui ne sont pas eux-mêmes la proie d'autres prédateurs).

Les prédateurs influent sur la dynamique prédateurs/proies et donc sur les populations des proies. Ils contribuent à maintenir l'équilibre biologique des écosystèmes et influent indirectement sur le paysage et les habitats naturels. C'est pour protéger les arbres qu'on a réintroduit en 1994 des loups d'Alberta dans le Parc national de Yellowstone afin qu'ils régulent les populations de wapitis et autres grands herbivores qui étaient devenues assez importantes pour mettre en péril la forêt (par consommation des jeunes plants, écorçage… et surexploitation du milieu).

La dynamique de l'évolution des effectifs relatifs d'un système proie/prédateur est un sujet complexe. Même le modèle le plus simple, basé sur l'équation logistique, comporte des développements très poussés sur le seul plan mathématique.

Article détaillé : Interactions durables.

Prédateur et déprédateur[modifier | modifier le code]

Le terme de prédateur est à ne pas confondre avec la notion de déprédateur, qui désigne un animal qui commet des dégâts sur une plante ou des denrées, le plus souvent dans le but de se nourrir et parfois pour marquer son territoire.

Type de prédateurs[modifier | modifier le code]

La plupart des prédateurs sont des animaux. Les plantes carnivores (et certains champignons s'attaquant à des animaux vivants) sont l'exception.

Les prédateurs généralistes
Ils se nourrissent d'un large éventail de proies, leur population est relativement stable, et ils contribuent à exercer un contrôle continu sur le niveau des populations de proies.

Les prédateurs spécialistes
Ils se nourrissent d'une ou d'un petit nombre d'espèces (ex : Chouette arctique et lemmings). Chez les mammifères, les véritables prédateurs spécialistes semblent rares ; Le putois (Mustela putorius L.) est par exemple considéré comme « un prédateur spécialiste régulier du lapin et un prédateur temporaire des petits rongeurs »[4]. Ce type de prédateur est souvent apparemment spécialiste d'une espèces quand celle-ci est très abondante (ex : hermine face au campagnol[5]), et il diversifie ses proies en cas de nécessité.

Les prédateurs nomades A la différence de la murène qui passe sa vie au même endroit, certains requins et d'autres prédateurs spécialistes font des milliers de km à la recherche de proies dispersées ou en migration. Sur terre, ainsi des loups suivent les troupeaux de caribous ou des hyènes et des lions suivent les migration de troupeaux de gnous : Les prédateurs nomades qui se déplacent là où leurs proies sont les plus abondantes ou suivent leurs migrations saisonnières sont supposés mieux contribuer à la stabilisation des populations-proies dont ils vivent[6],[7],[8].

Les microprédateurs
Terme parfois employé dans certains contextes pour désigner les espèces prédatrices de petite taille (musaraigne, etc.) ou des espèces de petites taille par rapport à celle de ses proies dont il se nourrit en s'attachant à ces dernières (ex tiques moustiques)[9]

Remarques :

  • Quand une espèce de prédateur est introduite hors de son milieu d'origine, si elle s'adapte à son nouvel environnement, elle peut parfois devenir une espèce exotique envahissante[10] ; Ce fut le cas par exemple de la perche du Nil (prédateur généraliste) introduite dans certains lacs africains où elle a entraîné la disparition de plusieurs espèces. Il en va de même pour le chat domestique (prédateur généraliste) introduit dans certaines îles.
  • Dans le contexte utilitaire de la lutte intégrée, on distingue parfois une prédation de choc et de fond ; ainsi Anthocoris sp. a un comportement de prédateur de choc sur les populations larvaires de psylle du poirier (Psylla pyri) qu'il cible spécifiquement, alors que les mirides ou les forficules[11] jouent un rôle de prédateurs de fond en s'attaquant aussi à d'autres espèces. L'effet de prédation « de choc » est recherché dans par la lutte biologique contre les déprédateurs en favorisant le maintien et de développement in situ d'organismes prédateurs, parasites et parasitoïdes de ces ennemis des cultures.

L'homme
Depuis qu'il a maîtrisé l'agriculture et l'élevage, l'homme n'a que peu recours à la prédation pour se nourrir - à l'exception notable du cadre de la pêche en mer et moindrement de la chasse (la recherche de viande de brousse reste une activité importante dans certains pays[12] (y compris pour l'approvisionnement urbain[13]), et il reste quelques populations autochtones vivant essentiellement de la chasse et/ou de la pêche).
Il n'en reste pas moins capable, si nécessaire (ou s'il le souhaite, dans le cadre de la pêche ou de la chasse sportives ou de loisir), de tuer n'importe quelle espèce animale et de consommer sa chair. Inversement, aucune espèce animale, dans des conditions normales, ne s'attaque à l'homme pour se nourrir. L'homme est donc parfois considéré comme le superprédateur ultime.

Modes et stratégies de prédation[modifier | modifier le code]

Exemple de prédation synchronisée par les harengs juvéniles Dans ce cas l'espace entre les poissons optimise les chances de capturer des copépodes par le groupe là où un individu échouerait. Ces copépodes réagissent aux variations de pressions de l'eau qui signalent l'arrivée d'un prédateur par un saut d'évitement (qu'ils peuvent reproduire 80 fois avant de se fatiguer), mais toujours de même longueur et avec un délai de 60 millisecondes pour replier leurs antennes

Les prédateurs - selon l'espèce et/ou selon les conditions du milieu - chassent en groupe ou en solitaire.
Trois grandes stratégies existent:

  • Chasse « active » (en solitaire ou en groupe) (ex : loup),
  • Chasse à l'affut (l'araignée sur sa toile),
  • chasse « passive » (ex : filtreur fixe se nourrissant de zooplancton, anémone de mer, méduse).

Remarque : Quelques familles ou espèces sont herbivores ou omnivore à l'état de larve et prédatrices à l'état adulte (ex : grenouilles, crapauds). Dans ce cas elles ont aussi changé de milieu de vie (aquatique à semi-aquatique ou terrestre). Inversement certaines espèces peuvent être prédateurs insectivores jeune, puis plutôt granivore ensuite (la perdrix par exemple).

La nature présente une variété considérable de modes et stratégies de prédation. En voici quelques-unes :

  • Les grands carnassiers terrestres (comme les félins) se précipitent sur leurs proies (solitairement ou en groupe) ou les poursuivent pour les tuer par étouffement ou par rupture des vertèbres ;
  • Certains insectes comme les guêpes paralysent les proies qu'ils destinent à leurs larves ;
  • Quelques espèces chassent en groupe ou en essaims avec des comportements synchronisés et adaptés qui laissent moins de chance à leur proies de leur échapper. Cette méthode de prédation est appelée synchroprédation. (Voir illustration ci-contre à partir de vidéos prises in situ par le laboratoire ATOLL) ;
  • Les faucons utilisent leur pointe de vitesse en vol pour surprendre leur proie ;
  • Quelques espèces, profitant des activités humaines ont récemment développé des comportements opportunistes (Goélands ayant appris à se nourrir de vers de terre rendus disponibles par le labour, guêpes pillant le matin les provisions accumulées par des araignées sous des luminaires dans la nuit, chauve-souris profitant de l'attraction d'insectes nocturne par les lampadaires, phoques veaux marins capturant les jeunes saumons dévalant une rivière de nuit, sous les lampadaires d'un pont[14], etc.

Auxiliaires de l'agriculture[modifier | modifier le code]

De nombreux petits prédateurs sont depuis longtemps considérés comme auxiliaires de l'agriculture ou du jardinage (hérisson, grenouille, crapaud, orvet et certains oiseaux consommateurs de limaces, coccinelle prédatrice de pucerons, etc).
Quelques espèces (rapaces, nocturnes notamment) ont souvent été mal aimés avant que ce rôle leur soit reconnu. Pour des raisons culturelles, sociologiques, historiques (L'Ours des cavernes et le lion des cavernes ont sans doute été des prédateurs redoutables pour l'homme jusqu'à leur disparition il y a moins de 10 000 ans), les grands prédateurs carnivores ont longtemps été considérés comme "nuisibles" et pourchassés jusque dans leurs derniers refuges. Leur réapparition ou réintroduction ne se fait pas sans compromis, parfois difficiles avec une partie des habitants et usagers du milieu, qui ont perdu l'habitude de vivre avec eux[15].

Bioindicateurs, Biointégrateurs[modifier | modifier le code]

Les prédateurs (naturels), de par leur position en tête de pyramide alimentaire et de par leurs fonctions écosystémiques sont considérés comme de bons bioindicateurs. Leur organisme bioconcentre de nombreuses substances toxiques et écotoxiques (métaux lourds, PCB, dioxines, pesticides, perturbateurs endocriniens…) qui sont souvent cause de leur régression ou disparition et qui peuvent alerter les décideurs, épidémiologues et écoépidémiologistes. Ce sont aussi - pour les mêmes raisons - de bons biointégrateurs qui peuvent être utilisés pour un monitoring de l'environnement.

Introduit volontairement ou accidentellement hors de son milieu naturel, un prédateur spécialiste généralement assez rapidement, car fragile, se reproduisant peu, et mal adapté à une autre niche écologique que la sienne. On ne connaît pas d'exemples d'invasions rapides d'un milieu par un grand prédateur introduit ou échappé.
Inversement un petit prédateur généraliste, souvent caractérisé par une plus grande plasticité écologique (adaptabilité) peut rapidement pulluler et devenir invasif et poser des problèmes écologiques, allant jusqu'à la disparition d'espèces devenues leurs proies (ex : coccinelle asiatique face à la coccinelle à 7 points, chat domestique lâché ou sur une île riche en oiseaux).
Une espèce introduite peut aussi en éliminer une autre par concurrence dans une même niche écologique. Par exemple, le vison d'Amérique tend à éliminer le vison d'Europe depuis son introduction sur ce continent[16].

Coévolution[modifier | modifier le code]

En termes d'évolution et de sélection naturelle, on considère que les prédateurs coévoluent avec leurs proies, apprenant avec le temps à déjouer leurs stratégies adaptatives, ce qui explique aussi l'extrême spécialisation de certains prédateurs (ex : fourmilier, et les nombreux insectes hyperparasites qui ne s'attaquent qu'à une seule espèce-cible).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Odum EP (1953) Fundamentals of ecology. WB Saunders, Philadephia
  2. Udvardy, M. F. (1959). Notes on the ecological concepts of habitat, biotope and niche. Ecology, 725-728.
  3. Zhang Z, Tao Y & Li Z (2007) Factors affecting hare-lynx dynamics in the classic time series of the Hudson Bay Company, Canada. Climate Research, 34(2), 83.
  4. Roger M (1990) Analyse d'un système proies-prédateur: le modèle" lapin-petits rongeurs-putois" (thèse de doctorat) (Notice Inist-CNRS).
  5. Pascal, M. (1993) Perspectives de lutte biologique contre les Rongeurs champêtres. Le Courrier de l'environnement de l'Inra, (19), 45-52.
  6. Hanski I, Hansson L, Henttonen H (1991) Specialist predators, generalist predators and the microtine rodent cycle. Journal of animal ecology 60-1 353-367 doi:10.2307/5465
  7. Ims R & Steen H (1990) Goegraphical synchrony in microtine population cycle a theoretical evaluation of the role of nomadic avian predators. Oikos 57:381-387
  8. Ims R.A, Henden J-A Killengreen S.T (2008) Collapsing population cycles. Trends in Ecology and Evolution 23:79-86
  9. François Ramade (2008), Dictionnaire encyclopédique des sciences de la nature , voir entrée microprédateur, p 372
  10. Zarzoso-Lacoste, D. (2013). Vers une meilleure compréhension des interactions trophiques directes et indirectes entre prédateurs invasifs et espèces natives au sein des écosystèmes insulaires (Doctoral dissertation, Aix-Marseille).
  11. Sauphanor, B., Lenfant, C., Brunet, E., & Faivre D'Arcier, F. (1994). Regulation des populations de Psylle du poirier Cacopsylla pyri (L.) par un predateur generaliste, Forficula auricularia L. IOBC wprs Bulletin, 17, 125-125.
  12. Bahuchet S (2000) La filière “viande de brousse”. Les Peuples des forêts tropicales aujourd'hui: volume II, Une approche thématique, 331-363.
  13. Bahuchet, S., & Ioveva-Baillon, K. (1998). Le rôle de la restauration de rue dans l'approvisionnement des villes en viande sauvage : le cas de Yaoundé (Cameroun). Villes du Sud et environnement, 171-182.
  14. YURK H. & TRITES A.W. (2000) ; Experimental attemps to reduce predation by Harbour seals on out-migrating juvenile salmonids. Trans. Am. Fish. Soc. 129 : 1360-1366.
  15. 2007 -«  Crier au loup pour avoir la peau de l'ours. Une géopolitique locale de l'environnement à travers la gestion et la conservation des grands prédateurs en France ». Thèse de 3e cycle (Agro-Paris-Tech'- ENGREF, École Nationale du Génie Rural des Eaux des Forêts), Paris, 649 p.
  16. Bifolchi, A. (2007). Biologie et génétique des populations d'une espèce invasive: le cas du vison d'Amérique (Mustela vison Schreber, 1777) en Bretagne (Thèse de Doctorat, Université d'Angers).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Benhammou Farid, 2007 - Crier au loup pour avoir la peau de l'ours. Une géopolitique locale de l'environnement à travers la gestion et la conservation des grands prédateurs en France. - Thèse de 3e cycle, Agro-Paris-Tech'- ENGREF, École Nationale du Génie Rural des Eaux des Forêts, Paris, 649 p.
  • (fr) Benhammou Farid, 2003 - Les grands prédateurs contre l'environnement ? Faux enjeux pastoraux et débat sur l'aménagement des territoires de montagne. - Courrier de l'Environnement de l'INRA, févr. 2003, 48 : 5-12.
  • (fr) Benhammou Farid, 2003 - Le loup (canis lupus) dans les Pyrénées, 1998-2003 : cas d'école pour anticiper le retour des prédateurs sauvages dans les territoires ruraux marginaux. - (en collab. avec O. Salvador), Sud-Ouest Européen, PUM, Toulouse, 16 : 85-93.
  • (fr) Rémy E, Pellegrini P, 2006, Comment cohabiter avec une espèce prédatrice protégée en dehors des aires protégées ?, Colloque international GECOREV, Gestion concertée des ressources naturelles et de l’environnement, Université de Versailles Saint Quentin-en-Yvelines (UVSQ), 26-28 juin 2006.

Liens externes[modifier | modifier le code]