Plante carnivore

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

On appelle plante carnivore tout végétal capable d'attirer et de capturer des proies (insectes, acariens et autres petits invertébrés essentiellement) puis d'en assimiler tout ou partie afin de subvenir (partiellement) à ses propres besoins. Il existe plus de 500 espèces de plantes carnivores connues à ce jour.

Espèces menacées[modifier | modifier le code]

Dans le monde entier, les plantes carnivores sont en régression, pour plusieurs raisons connues, comme celles ci-dessous:

1. destruction, déforestation et fragmentation écologique de leurs milieux naturels (ex : recul ou eutrophisation des tourbières à sphaignes qui abritaient les droseras, déforestation (ou artificialisation des forêts tropicales pour la plupart des autres espèces) eutrophisation des eaux abritant des plantes carnivores aquatiques...) ;

2. localement, collecte de certaines espèces rares et recherchées par des collectionneurs ;

3. pollutions : une étude[1] montre que la consommation par ces plantes d'insectes contaminés par des métaux lourds ou toxiques (fréquent chez les moustiques et chironomidés ainsi que certaines mouches dont les larves vivent respectivement dans l'eau et les sédiments) est un des facteurs explicatifs du déclin général des plantes carnivores. Les toxiques apportés par les insectes interfèrent avec certains processus vitaux de la plante dont l'absorption des nutriments[1]. Quand on nourrit en laboratoire un Sarracenia leucophylla avec des mouches dont les asticots ont été contaminés par du cuivre ou du cadmium, on constate une perturbation de la croissance[1].

Écologie[modifier | modifier le code]

Héliamphores originaire des tepuys

Les plantes carnivores se distinguent du reste du règne végétal par leur capacité à attirer, capturer et digérer leurs proies. Une plante capable uniquement de capture, éventuellement de dégradation, mais incapable d'assimiler sa proie, est qualifiée précarnivore, en référence à sa potentielle évolution vers la carnivorité. Les bactéries aidant à l'assimilation sont qualifiées de protocarnivores.

Si un grand nombre d’espèces de plantes carnivores se situent dans des régions tropicales, on peut néanmoins trouver des spécimens sous presque toutes les latitudes. Ces plantes poussent la plupart du temps dans des sols pauvres en azote et en phosphore, comme dans les tourbières. La carnivorie est une adaptation à des environnements pauvres et qui leur confère un avantage écologique leur permettant de les coloniser. L'apparition et la spécialisation de la carnivorie est un exemple riche en écologie évolutive, au même titre, sinon plus, que l'apparition progressive de l’œil (voir Richard Dawkins, Stephen Jay Gould).

La qualification de « plantes insectivores » ou « plantes entomophages » n'est pas toujours valable : si elle précise le régime alimentaire majoritaire d'un grand nombre de plantes carnivores, certaines ne se nourrissent pas du tout d'insectes (c'est le cas notamment des Utriculaires, qui ciblent des protozoaires). De plus, il est toujours possible que des arachnides, des mollusques (petites limaces), voire des vertébrés soient victimes de pièges réputés « insectivores ».

Les pièges sont, dans la plupart des cas, des feuilles modifiées. La diversité morphologique et fonctionnelle de ces pièges est remarquable. L’outre de capture des Utriculaires, l’urne des Népenthès, les mâchoires des Dionées, les poils gluants des Rossolis, etc. sont des adaptations indépendantes à la fonction carnivore.

La nutrition carbonée et la production de sucres se font par la voie classique de la photosynthèse, comme chez la plupart des végétaux dit supérieurs. Les plantes carnivores fixent ainsi le dioxyde de carbone de l’air, en présence de lumière, et absorbent l’eau et sels minéraux par leurs racines. Les proies qu’elles capturent ne sont, bien souvent, que des sources complémentaires d’azote et de phosphore.

Moyens de capture[modifier | modifier le code]

Les pièges des plantes carnivores sont caractérisés par leur mobilité et leur rapidité pour quelques-unes. S'ils sont mobiles ils sont dits "actifs", s'ils ne le sont pas, on parle de pièges "passifs". Certains mouvements sont visibles à l'œil nu, comme la fermeture du piège de la Dionée.

Les pièges actifs[modifier | modifier le code]

Ici, une partie de la plante exerce un mouvement pour la capture des proies, les genres suivants utilisent des pièges définis comme "actifs" :

  • Aldrovanda et Dionaea : pièges à mâchoires ;
  • Drosera, Drosophyllum : pièges à mucilage (gouttelettes collantes) dont la feuille et les poils s'enroulent autour des proies pour l'immobiliser ce qui augmente la surface de contact entre elles et les glandes digestives de la plante. Le mouvement est généralement imperceptible à l'œil nu, sauf chez D. burmannii, D. sessilifolia et D. glanduligera ;
  • Utricularia : la proie (éventuellement un insecte ou invertébré aquatique) est aspirée par ses outres (éventuellement sous l'eau chez certaines espèces strictement aquatiques).

Les pièges passifs[modifier | modifier le code]

Byblis à fleur de lin

Les genres suivants ont des systèmes de piége considérés comme passifs car immobiles :

Liste de genres[modifier | modifier le code]

De nombreux genres sont carnivores, on peut citer :

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Division Classe Ordre Famille Genre Type de piège
Magnoliophyta Magnoliopsida Caryophyllales Dioncophyllaceae Triphyophyllum adhésif
Drosophyllaceae Drosophyllum adhésif
Droseraceae Aldrovanda
Dionaea
Drosera
piège à loup
piège à loup
adhésif
Nepenthaceae Nepenthes ascidie
Ericales
Roridulaceae Roridula adhésif
Sarraceniaceae Sarracenia
Darlingtonia
Heliamphora
ascidie
ascidie
ascidie
Lamiales
Byblidaceae Byblis adhésif
Lentibulariaceae Pinguicula
Genlisea
Utricularia
adhésif
piège en tir-bouchon
piège en outres
Martyniaceae Ibicella adhésif
Oxalidales
Cephalotaceae Cephalotus ascidie
Liliopsida
Poales
Bromeliaceae Brocchinia
Catopsis
urne
urne
Eriocaulaceae Paepalanthus urne


Les plantes carnivores dans l'imaginaire collectif[modifier | modifier le code]

Un Homme dévoré par une plante carnivore, illustration de J.W. Buel, 1887.

Les plantes carnivores ont toujours suscité un grand intérêt de la part du public. Les auteurs de romans d'aventures, les écrits des premiers explorateurs, le cinéma, la télévision, les jeux vidéo et la publicité ont utilisé leur côté sensationnel, voir par exemple le mythe de l'arbre anthropophage de Madagascar au XIXe siècle.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • La comédie musicale La Petite Boutique des horreurs, largement reprise par la suite, met en scène un fleuriste, Seymour, cultivant une étrange plante carnivore baptisée Audrey II. Pour nourrir la plante, Seymour lui donne à boire son propre sang, mais très vite, la plante et ses appétits vont grandir, et Seymour va devoir lui trouver des proies plus consistantes...
  • L'une des épreuves imposées par le Jumanji fait intervenir une plante carnivore plutôt vorace.
  • Dans le film Minority Report, John Anderton rend visite au docteur Iris Hineman, qui cultive dans sa serre des Nepenthes et des Sarracenia.
  • Dans le film Prometheus (Ridley Scott, 2012), un Nepenthes est accroché dans la cabine des héros.
  • Dans le film L'Âge de glace 3, les héros arrivent dans un monde dans lequel on reconnaît des Sarracenia et des Nepenthes. Ils sont faits prisonniers d'une plante carnivore, mélange de Dionaea et de Rafflesia.
  • Dans le film "((Batman & Robin 1997))","Poison Ivy "est interprétée par l'actrice Uma Thurman.

Poison Ivy est une empoisonneuse qui est devenue criminelle uniquement pour obtenir rapidement beaucoup d'argent. Son désir est de trouver un lieu où elle pourrait vivre en paix, seule avec ses plantes. Elle meurt dévorée par sa propre plante mélange de "Dionaea" et "Rafflesia"

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Dans l'album Les Schtroumpfs et le Cracoucass (album) une pâquerette est transformée en plante carnivore par un engrais expérimental.
  • Dans Tembo Tabou, une aventure de Spirou et Fantasio, apparaît un champ de plantes carnivores géantes. Ces plantes sont représentées comme de grosses têtes jaunes et rondes avec deux petits yeux noirs et une grande bouche à bords dentelés. Elles sont également fort agressives.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Christopher Moody, Iain D. Green ; Assimilation of Cd and Cu by the Carnivorous Plant Sarracenia leucophylla Raf. fed Contaminated Prey ; Environmental Science & Technology 2010 44 (5), 1610-1616 ; (résumé)