Éco-épidémiologie

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L'éco-épidémiologie est une discipline dont les fondements ont été posés à la fin des années 90 par les chercheurs Sud-africains Mervyn Wilfred Susser et son fils Ezra Susser[1],[2],[3]. Il s'agit d'une discipline transversale aux domaines de l'écologie, des sciences médicales (médecine humaine et vétérinaire) et les sciences sociales (en particulier la sociologie, l'anthropologie, mais aussi la géographie, le droit ou encore l'économie).

Maquette pédagogique de grande taille matérialisant les zones du Guatemala exposées à l'onchocercose; Archives médicales de l'armée américaine
Graphe (d'après chiffres du CNEVA devenu 'AFSSA de Nancy) montrant l'inefficacité des campagnes d'empoisonnement et de piégeage du renard roux faites en France dans le cadre de la lutte contre la rage (réapparue dans le pays en 1968), et la très grande et rapide efficacité des campagnes de vaccination des renards débutées en 1988 (largage d'appâts vaccinant à partir d'hélicoptères). Sur la base des tendances antérieures et de ce qui a été constaté dans les pays comparables n'ayant pas vacciné les points bleus montrent ce qui se serait probablement produit (nombre de cas annuels de rage).

L'éco-épidémiologie a pour objectif de comprendre, d'étudier mais aussi de gérer les maladies transmissibles en prenant en compte l'ensemble des paramètres ayant une influence sur celles-ci. Ainsi, elle cherche à analyser les interconnections entre individus et entre différentes espèces entre différents niveaux d’organisation (moléculaires, individuels, populationnels, socio-environnementaux etc.) participant au processus de transmission des maladies. Le but est finalement d’intégrer l'ensemble des niveaux d’organisation dans la conception, l’analyse et l’interprétation de la dynamique des pathogènes [4].

Bien que théoriquement applicable à l'ensemble des espèces vivantes, l'éco-épidémiologie est la plupart du temps centré sur les maladies touchant l'homme ou les espèces d'élevage. En cela elle englobe (tout en étant bien plus large) le concept One Health et est centrale dans l'étude des maladies émergentes.

Il n'existe pas à proprement parler d'éco-épidémiologue puisque cette discipline est nécessairement pluri-disciplinaire.

Contenu[modifier | modifier le code]

Cette discipline étudie la répartition dans l'espace et dans le temps, des déterminants écologiques des événements de santé dans les populations et/ou dans les écosystèmes (ou agrosystèmes), pour mieux apprécier la réalité et l’ampleur de l’impact sanitaire des facteurs environnementaux biologique, physique ou chimique[5].

L’éco-épidémiologie se veut systémique, intégrative et holistique. Elle est donc nécessairement pluridisciplinaire, pouvant concerner tant la médecine humaine que vétérinaire, ou avoir des applications phytosanitaires ou dans le domaine de la santé des écosystèmes ou de la qualité de l'environnement.

L’éco-épidémiologue cherche notamment à cerner la dynamique du « complexe écopathogène » (l'ensemble des organismes en interaction participant directement ou indirectement à l’expression d’une maladie dans un contexte environnemental [spatial et temporel] donné).
Il s'intéresse aussi aux interactions durables entre pathogène ou parasite et hôte (dont relations coévolutives) et environnement.
Il peut aussi s'intéresser aux fonctions d’événements qui peuvent sembler être des maladies, mais qui parfois chez l'animal, la plante ou chez une association symbiotique d'organismes, est une réponse à un stress ou à une modification de l'environnement, en particulier dans le cas de mortalité de masse (phénomène dont la fréquence pourrait avoir été sous-estimée par les écologues) selon une étude récente[6]. Un exemple récent et marquant de ce type de mortalité a été en au Kazakhstan la mort rapide de 200.000 antilopes saïgas, décimées par une bactérie Pasteurella multocida (plus du tiers de la population mondiale)[7],[6]. Au sein de la biosphère, selon les données disponibles, ce type d'évènement catastrophiques surviendrait dans environ 4 % des populations animales ; plus souvent chez des oiseaux (7 %), des mammifères (5 %) et des insectes (3 %) sous l'effet de facteurs tels que le climat, les hivers rigoureux, les prédateurs, les parasites, ou l'effet combiné de plusieurs de ces facteurs[6]. Il s'agirait bien plus souvent d'effondrements (86 % des cas) plutôt que d'augmentations inattendues, et les ignorer dans les modèles écologiques et de prévisions d'abondance de la population pourrait conduire à sous-estimer l'ampleur de certains accidents démographiques et détriment de la pertinence de certaines stratégies de conservation insuffisamment robustes face aux surprises écologiques[6].

Utilité[modifier | modifier le code]

L’éco-épidémiologie vise à comprendre ou suivre les facteurs environnementaux expliquant, permettant et/ou favorisant la maladie. C'est une discipline relativement émergente mais qui semble devoir prendre une importance croissante, étant donné la multiplicité des polluants et facteurs environnementaux délétères auxquels les êtres vivants sont exposés.

Le contexte peut être l'environnement « naturel » ou un environnement plus artificiel (la ville, la maison ou encore l'élevage).

En France[modifier | modifier le code]

Concernant les « espèces d’intérêt pour la chasse » (le gibier essentiellement), l'ONCFS - en lien avec de nombreux organismes (dont les fédérations de chasseurs) - et via notamment le réseau SAGIR contribue depuis longtemps à la veille écoépidémiologique.

En 2011, une Plateforme d'épidémiosurveillance en santé animale a été créée sous l’autorité du ministère chargé de l’agriculture[8],[9], pour optimiser l'effort de surveillance de la faune, mais aussi pour guider les acteurs de terrain dans le choix des réponses à mettre en œuvre[10].

Fin 2012, une participation plus marquée des chasseurs et des fédérations a été encouragée par la signature d'une convention tripartite ONCFS - FNC - Ministère français de l'agriculture[10], visant à « garantir, de manière permanente, une surveillance de la santé de la faune sauvage, et plus particulièrement des espèces d’intérêt pour la chasse », grâce au réseau SAGIR, tout en développant la surveillance et de vigilance vis-à-vis des risques et dangers pour la santé publique et à propos des « effets non intentionnels des pesticides sur la faune sauvage ». Les thèmes de travail seront conjointement révisés annuellement par les signataires de convention, au vu de l'« actualité sanitaire »[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) M Susser et E Susser, « Choosing a future for epidemiology: I. Eras and paradigms. », American Journal of Public Health, vol. 86, no 5,‎ , p. 668–673 (ISSN 0090-0036 et 1541-0048, PMID 8629717, PMCID PMC1380474, DOI 10.2105/AJPH.86.5.668, lire en ligne, consulté le )
  2. (en) M Susser et E Susser, « Choosing a future for epidemiology: II. From black box to Chinese boxes and eco-epidemiology. », American Journal of Public Health, vol. 86, no 5,‎ , p. 674–677 (ISSN 0090-0036 et 1541-0048, PMID 8629718, PMCID PMC1380475, DOI 10.2105/AJPH.86.5.674, lire en ligne, consulté le )
  3. (en) Dana March et Ezra Susser, « The eco- in eco-epidemiology », International Journal of Epidemiology, vol. 35, no 6,‎ , p. 1379–1383 (ISSN 1464-3685 et 0300-5771, DOI 10.1093/ije/dyl249, lire en ligne, consulté le )
  4. Philippe Bizouarn, « L’éco-épidémiologie - Vers une épidémiologie de la complexité », médecine/sciences, vol. 32, no 5,‎ , p. 500–505 (ISSN 0767-0974 et 1958-5381, DOI 10.1051/medsci/20163205018, lire en ligne, consulté le )
  5. Glossaire du portail santé-environnement-travail du gouvernement français
  6. a b c et d Anderson S.C & al. (2017) Black-swan events in animal populations ; 7 mars 2017, Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas) ; doi: 10.1073/pnas.1611525114 (résumé)
  7. Romain Loury (2017) Biodiversité: une mortalité de masse sous-évaluée ; publié le 08 mars 2017
  8. Ministère de l'agriculture (2013), La plateforme nationale d’épidémiosurveillance en santé animale par et au service des acteurs de la santé animale ; 2013-03-01, consulté 2013-05-25
  9. Ministère de l'agriculture Plaquette de présentation de la Plateforme d'épidémiosurveillance en santé animale], PDF, 1,7 Mo
  10. a b et c Communiqué du Ministère de l'Agriculture (2012), Signature d’une convention ONCFS - FNC - Ministère de l’agriculture sur la santé de la faune sauvage Paris 17/12/2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Linking Social and Ecological Systems: Management Practice and Social Mechanisms for Building Resilience, Ed : Fikrit Berkes and Carl Folke (1998, Cambridge University Press), (ISBN 0 521 59140 6) ;
  • (en) Panarchy: Understanding Transformations in Human and Natural Systems, Ed Lance H. Gunderson and C.S. Holling (2002, Island Press), (ISBN 1 55963 856 7) ;
  • (en) Jean Lebel. Health : An Ecosystem Approach, IDRC 2003, (ISBN 1 55250 012 8) ;
  • Serge Morand, François Moutou, Céline Richomme et al. (préf. Jacques Blondel), Faune sauvage, biodiversité et santé, quels défis ?, Versailles, Quæ, coll. « Enjeux Sciences », , 190 p. (ISBN 978-2-7592-2202-5, lire en ligne), accès libre ;
  • Morand S & Fiquié M (coordonnateurs) (2016) Emergence de maladies infectieuses ; Risques et enjeux de société ; Editions Quae 136 p, (ISBN 978-2-7592-2490-6).

Articles connexes[modifier | modifier le code]