Éco-épidémiologie

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L'éco-épidémiologie (ou épidémiologie environnementale) est une discipline émergente, transversale aux domaines de l'écologie et de la médecine (et plus particulièrement de l'épidémiologe et de la médecine vétérinaire ; beaucoup de maladies infectieuses ou parasitaires ont un « réservoir animal »).

Maquette pédagogique de grande taille matérialisant les zones du Guatemala exposées à l'onchocercose; Archives médicales de l'armée américaine
Graphe (d'après chiffres du CNEVA devenu 'AFSSA de Nancy) montrant l'inefficacité des campagnes d'empoisonnement et de piégeage du renard roux faites en France dans le cadre de la lutte contre la rage (réapparue dans le pays en 1968), et la très grande et rapide efficacité des campagnes de vaccination des renards débutées en 1988 (largage d'appâts vaccinant à partir d'hélicoptères). Sur la base des tendances antérieures et de ce qui a été constaté dans les pays comparables n'ayant pas vacciné les points bleus montrent ce qui se serait probablement produit (nombre de cas annuels de rage).

Elle cherche à comprendre comment les modifications environnementales des activités humaines influent sur la santé humaine ou animale et s'intéresse donc aux relations écologiques entre les facteurs de pathogénicité, les populations-cibles et l’environnement[1].

L’éco-épidémiologue cherche, avec un travail collaboratif (y compris souvent avec les victimes ou acteurs impliqués) des solutions innovantes, pratiques et réalistes pour limiter les impacts sanitaires des grnds changements environnementaux qui semblent tous ou pour la plupart actuellement d'origine humaine.

Contenu[modifier | modifier le code]

Cette discipline étudie la répartition dans l'espace et dans le temps, des déterminants écologiques des événements de santé dans les populations et/ou dans les écosystèmes (ou agrosystèmes), pour mieux apprécier la réalité et l’ampleur de l’impact sanitaire des facteurs environnementaux biologique, physique ou chimique[2].

L’éco-épidémiologie se veut systémique, intégrative et holistique. Elle est donc nécessairement pluridisciplinaire, pouvant concerner tant la médecine humaine que vétérinaire, ou avoir des applications phytosanitaires ou dans le domaine de la santé des écosystèmes ou de la qualité de l'environnement.

L’éco-épidémiologue cherche notamment à cerner la dynamique du « complexe écopathogène » (l'ensemble des organismes en interaction participant directement ou indirectement à l’expression d’une maladie dans un contexte environnemental [spatial et temporel] donné).
Il s'intéresse aussi aux interactions durables entre pathogène ou parasite et hôte (dont relations coévolutives) et environnement.
Il peut aussi s'intéresser aux fonctions d’événements qui peuvent sembler être des maladies, mais qui parfois chez l'animal, la plante ou chez une association symbiotique d'organismes, est une réponse à un stress ou à une modification de l'environnement, en particulier dans le cas de mortalité de masse (phénomène dont la fréquence pourrait avoir été sous-estimée par les écologues) selon une étude récente[3]. Un exemple récent et marquant de ce type de mortalité a été en mai 2015 au Kazakhstan la mort rapide de 200.000 antilopes saïgas, décimées par une bactérie Pasteurella multocida (plus du tiers de la population mondiale)[4],[3]. Au sein de la biosphère, selon les données disponibles, ce type d'évènement catastrophiques surviendrait dans environ 4 % des populations animales ; plus souvent chez des oiseaux (7 %), des mammifères (5 %) et des insectes (3 %) sous l'effet de facteurs tels que le climat, les hivers rigoureux, les prédateurs, les parasites, ou l'effet combiné de plusieurs de ces facteurs[3]. Il s'agirait bien plus souvent d'effondrements (86 % des cas) plutôt que d'augmentations inattendues, et les ignorer dans les modèles écologiques et de prévisions d'abondance de la population pourrait conduire à sous-estimer l'ampleur de certains accidents démographiques et détriment de la pertinence de certaines stratégies de conservation insuffisamment robustes face aux surprises écologiques[3].

Utilité[modifier | modifier le code]

L’éco-épidémiologie vise à comprendre ou suivre les facteurs environnementaux expliquant, permettant et/ou favorisant la maladie. C'est une discipline relativement émergente mais qui semble devoir prendre une importance croissante, étant donné la multiplicité des polluants et facteurs environnementaux délétères auxquels les êtres vivants sont exposés.

Le contexte peut être l'environnement « naturel » ou un environnement plus artificiel (la ville, la maison ou encore l'élevage).

En France[modifier | modifier le code]

Concernant les « espèces d’intérêt pour la chasse » (le gibier essentiellement), l'ONCFS - en lien avec de nombreux organismes (dont les fédérations de chasseurs) - et via notamment le réseau SAGIR contribue depuis longtemps à la veille écoépidémiologique.

En 2011, une Plateforme d'épidémiosurveillance en santé animale a été créée sous l’autorité du ministère chargé de l’agriculture[5],[6], pour optimiser l'effort de surveillance de la faune, mais aussi pour guider les acteurs de terrain dans le choix des réponses à mettre en œuvre[7].

Fin 2012, une participation plus marquée des chasseurs et des fédérations a été encouragée par la signature d'une convention tripartite ONCFS - FNC - Ministère français de l'agriculture[7], visant à « garantir, de manière permanente, une surveillance de la santé de la faune sauvage, et plus particulièrement des espèces d’intérêt pour la chasse », grâce au réseau SAGIR, tout en développant la surveillance et de vigilance vis-à-vis des risques et dangers pour la santé publique et à propos des « effets non intentionnels des pesticides sur la faune sauvage ». Les thèmes de travail seront conjointement révisés annuellement par les signataires de convention, au vu de l'« actualité sanitaire »[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Center for EcoEpidemiology
  2. Glossaire du portail santé-environnement-travail du gouvernement français
  3. a, b, c et d Anderson S.C & al. (2017) Black-swan events in animal populations ; 7 mars 2017, Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas) ; doi: 10.1073/pnas.1611525114 (résumé)
  4. Romain Loury (2017) Biodiversité: une mortalité de masse sous-évaluée ; publié le 08 mars 2017
  5. Ministère de l'agriculture (2013), La plateforme nationale d’épidémiosurveillance en santé animale par et au service des acteurs de la santé animale ; 2013-03-01, consulté 2013-05-25
  6. Ministère de l'agriculture Plaquette de présentation de la Plateforme d'épidémiosurveillance en santé animale], PDF, 1,7 Mo
  7. a, b et c Communiqué du Ministère de l'Agriculture (2012), Signature d’une convention ONCFS - FNC - Ministère de l’agriculture sur la santé de la faune sauvage Paris 17/12/2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jean Lebel. Health : An Ecosystem Approach, IDRC 2003, (ISBN 1 55250 012 8).
  • (en) Linking Social and Ecological Systems: Management Practice and Social Mechanisms for Building Resilience, Ed : Fikrit Berkes and Carl Folke (1998, Cambridge University Press), (ISBN 0 521 59140 6)
  • (en) Panarchy: Understanding Transformations in Human and Natural Systems, Ed Lance H. Gunderson and C.S. Holling (2002, Island Press), (ISBN 1 55963 856 7).
  • Morand S & Fiquié M (coordonnateurs) (2016) Emergence de maladies infectieuses ; Risques et enjeux de société ; Editions Quae 136 p, (ISBN 978-2-7592-2490-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]