Foulques de Villaret

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Foulques de Villaret
Goyet-Foulques de Villaret.jpg

Foulques de Villaret par Eugène Goyet, c. 1843. Salles des croisades, Versailles

Informations générales
Décès

Foulques de Villaret, est élu en juin 1305[1] 25e grand maître[2] des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à la suite de son oncle Guillaume de Villaret.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la grand-maîtrise[modifier | modifier le code]

Foulques de Villaret est né dans le château familial de la seigneurie d'Allenc, en Gévaudan, il est le fils du seigneur de Servier[1]. Il est tout d'abord amiral, grade qu'il obtient le 3 juin 1299[1]. Puis, le 31 décembre 1301, il devient grand-précepteur. Il profite que son oncle[N 1], Guillaume, soit le grand maître de l'ordre des hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem pour en devenir son lieutenant en 1303[1],[3].

La conquête de Rhodes[modifier | modifier le code]

C'est en juin[N 2] 1305[1], que Foulques de Villaret est élu comme 25e grand maître de l'Ordre, succédant ainsi à son oncle. En 1305, il répond dans un mémoire à une demande du pape en proposant diverses mesures pour préparer une nouvelle croisade, dont l'établissement d'une dîme sur les biens ecclésiastiques et d'une taille sur les Juifs de la Chrétienté[4]. À cette époque, Clément V, comme ses contemporains, est aussi préoccupé par la fusion des ordres militaires[5].

À son arrivée à la tête de l'Ordre, les chevaliers étaient stationnés à Chypre. Le 23 juin 1306, avec l'aide du Génois Vignolo de Vignoli, deux galères de l'Ordre et quelques autres bateaux avec à leurs bord trente-cinq frères et 500 hommes de pied se lancent à l'attaque de l'île de Rhodes[6]. Les Hospitaliers s'emparent le 20 septembre du château ruiné de Pheraclos (de), mais leur assaut sur la ville de Rhodes cinq jours plus tard est repoussé. En novembre, ils prennent par trahison le château de Phileremos (de)[7] et peu après la forteresse de Lindos[8]. Entretemps, Villaret est retourné à Chypre où se tient un chapitre général le 3 novembre 1306[9]. Les Hospitaliers s'adressent à l'empereur Andronic II Paléologue lui proposant de lui fournir, contre les Perses[N 3], 300 chevaliers en échange d'une reddition. L'empereur, indigné, rejette l'offre en avril 1307[10],[N 4]. Avant ou après cet épisode, Les Rhodiens reçoivent l'aide de huit galères byzantines pour défendre la cité de Rhodes en 1307[8].

En 1307, Foulques de Villaret se rend sur la demande de Clément V à Poitiers où il est présent au moins dès août 1307 et où il reste jusqu'au 12 août 1308[11]. Le pape revient sur la problématique de la croisade mais Foulque propose un « passage » limité pour s'assurer de solides points d'appui avant un « grand passage »[1]. Il correspond avec le roi de France Philippe le Bel qui promet sa participation mais cette croisade n'aboutissait pas, elle était chaque jour retardée. Villaret avait réuni des armes et des chevaux, achetés un important approvisionnement en vivres, fait construire 57 bâtiments ou galères, il avait convoqué 500 chevaliers, tout cela sans résultat[12].

Foulque part de Marseille le 5 septembre 1309 et emmène des renforts aux escales de Gênes, Naples et Brindisi ; il se trouve alors à la tête de 200 à 300 chevaliers et de 3 000 hommes[13]. Il arrive à Clarence au printemps 1310 et débarque en mai à Rhodes[14] dont il achève la conquête[15]. Le « passage particulier » organisé par le pape et Villaret a au moins servi pour en finir avec Rhodes[14].

L'année de la prise de la ville de Rhodes est discutée, en raison de la discordance des sources originales, mais on sait qu'il s'agissait d'un 15 août. Riley-Smith parle de 1306 ou 1307[16] ; Delaville Le Roulx pense qu'il s'agissait de l'année 1308[17][N 5], suivi par V. Grumel, P. Lemerle ou A. S. Atiya et Luttrell dans ses premiers travaux[7] ; ce dernier opte ensuite pour 1309, année indiquée par Jürgen Sarnowski comme « probable »[18], de même qu'É. Baratier et R. Reynaudet ou É. Zachariadou ; R. de Vertot, G. Golubrovich, F. Heidelberger, F.-M. Delorme et A. L. Tăutu, M. L. Dulst-Thiele et récemment Alain Demurger retiennent la date de 1310[19], « l'opinion traditionnelle » suivant A. Failler[20]. Selon la date effective de la prise de la ville, l'expédition du printemps 1310 aura servi soit à achever la conquête de l'île, soit à précipiter la fin du siège.

Il fortifia l'île de Rhodes qui devient très rapidement le chef-lieu de l'Ordre qui prend le nom d'ordre de Rhodes. Il jeta les bases d'une économie et créa une administration.

L'ordre poursuit ses conquêtes, occupant successivement Kos, Nissiros, Symi, Episkopi, Tilos et Chalki.

Affaires chypriotes[modifier | modifier le code]

En mai 1310, le roi Henri II de Chypre alors en exil en Cilicie désigne Foulques comme son représentant à Chypre, en attendant son retour[21]. Après l'assassinat le 5 juin 1310 de l'usurpateur Amaury, les Hospitaliers jouent un rôle déterminant dans la restauration d'Henri et peuvent récupérer en 1312 les possessions templières sur l'île[22].

Relations avec les émirats côtiers turcs[modifier | modifier le code]

Selon Marino Sanudo, qui l'a connu à Rhodes, Villaret était habile à mettre la discorde parmi ses voisins turcs, ce qui lui aurait permis de briser la puissance de l'émir de Menteshe en soutenant ses fils[23]. En 1311, les Hospitaliers rompent avec les Génois qui s'allient alors à l'émirat de Menteshe ; une flotte turque appartenant probablement à ce dernier est cependant détruite à Amorgos en 1312. En 1313, Villaret affirme avoir capturé plusieurs forteresse sur la côte turque[24].

La fin de l'ordre du Temple[modifier | modifier le code]

Durant ces années 1310, Philippe le Bel s'entoure de juristes afin d'enquêter sur la situation de l'ordre du Temple, dont la vocation militaire est mise en doute. Parmi les enquêteurs, on retrouve Guillaume Durand, évêque de Mende en Gévaudan, pays d'origine de Foulques. À la dissolution des Templiers, en 1312, l'ensemble de leurs biens revient aux Hospitaliers[25] par la bulle Ad providam. C'est Foulques qui reçut, le 22 mai 1312, la dévolution des biens de l'ordre du Temple[25]. Les Hospitaliers mettrons une longue période à se faire remettre les biens des Templiers et n'en obtiendront qu'une partie.

La déposition de Foulques de Villaret[modifier | modifier le code]

Malgré ces succès, la réputation de Foulques de Villaret se détériore peu à peu. Il est accusé par les chevaliers de se complaire dans une vie luxueuse et de gouverner en despote. Les frères tentèrent, peut être même, de l'assassiner en 1317[15]. Ils le forcèrent à se réfugier à Lindos, le déposent et le remplacent par Maurice de Pagnac[15]. N'acceptant pas cette décision, Foulques de Villaret en appelle du pape Jean XXII pour faire invalider cette décision au début de 1319. Le pape les convoque tous les deux, il révoque les statuts promulgués par Foulque mais le confirme dans son magistère probablement en échange de sa résignation[15]. Il finit par renoncer en juin 1319. En guise de compensation, il reçut le prieuré de Capoue, puis de Rome, mais n'y résida jamais. Il reçut finalement une simple pension[15]. Il retourna en Languedoc auprès de sa sœur à Teyran prés de Montpellier où il meurt le 1er septembre 1327[15]. Il est alors inhumé en l'église Saint-Jean de Montpellier.

Référencement[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Foulques et Guillaume étaient considérés comme frères par les auteurs anciens
  2. le mois de juin n'est précisé que par Jürgen Sarnowski dans Prier et combattre, l'ensemble des autres sources ne donnant que l'année 1305 sans précision
  3. c'est-à-dire les Turcs
  4. La date de 1308 donnée entre autres par Delaville Le Roulx (p. 277) résulte d'une mauvaise interprétation de l'œuvre de Pachymère (Failler, p.117)
  5. se basant sur la durée de deux ans attribuée au siège par les trois plus anciennes chroniques le décrivant (Failler, pp. 125-126)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Prier et combattre, p. 364
  2. B. Galimard Flavigny (2006) p. 317-319
  3. Joseph Delaville Le Roulx, p. 267
  4. Delaville Le Roulx, pp. 268-270
  5. Delaville Le Roulx, p. 271
  6. Delaville Le Roulx, p. 276
  7. a et b Luttrell, p.284
  8. a et b Prier et combattre, p. 790
  9. Alain Demurger, p. 541
  10. Albert Failler, p. 118
  11. Delaville Le Roulx, p.279
  12. Delaville Le Roulx, p.280
  13. Luttrell, p.285
  14. a et b Alain Demurger, p. 475
  15. a, b, c, d, e et f Prier et combattre, p. 365
  16. J. Riley-Smith, pp. 215-216
  17. Delaville Le Roulx,p. 278
  18. Prier et combattre, p. 791
  19. Alain Demurger, p. 470
  20. A. Failler, p. 131
  21. Marie-Anna Chevalier, Le rôle de la Papauté dans la politique arménienne des hospitaliers au XIVe siècle in La Papauté et les croisades, 2011, pp.231-232
  22. Luttrell, p.286
  23. Luttrell, The Hospitallers of Rhodes confront the Turks: 1306-1421 in The Hospitallers of Rhodes and their Mediterranean World, 1992 (1ère éd.1988), p.84
  24. Mike Carr, Merchant Crusaders in the Aegean, 1291-1352 pp.44-45
  25. a et b Félix Buffière, Ce tant rude Gévaudan [détail des éditions], tome I, p. 722

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Delaville Le Roulx, Les Hospitaliers en Terre Sainte et Chypre. (1100-1310), 1904 Lire en ligne
  • Alain Demurger, Les Hospitaliers, de Jérusalem à Rhodes, 1050-1317, Tallandier, Paris, 2013
  • Albert Failler, L'occupation de Rhodes par les Hospitaliers in Revue des études byzantines, tome 50, 1992, pp. 113-135. en ligne)
  • Bertrand Galimard Flavigny (2006) Histoire de l'ordre de Malte, Perrin, Paris
  • Anthony Luttrell, « The Hospitallers at Rhodes, 1306-1421 » in A History of the Crusades, volume III, 1975, pp. 278-313 en ligne

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]