Micronation

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Sealand, l'une des plus célèbres micronations
Akhzivland en Israël
Carte du Royaume d'Araucanie et de Patagonie, la plus ancienne micronation encore active (1860)
L'entrée de Christiania, l'ancienne micronation-quartier de Copenhague
Le poste frontière de Molossia

Une micronation, terme transcrit de l'anglais, ou cryptarchie, est une entité territoriale ou extraterritoriale créée, au départ, par un petit nombre de personnes et qui prétend au statut de nation indépendante ou qui en présente des caractéristiques, mais n'est en aucune façon reconnue comme telle par les nations officielles ou par les organismes transnationaux. Le terme « micronation », apparu dans les années 1990, a été probablement inventé par Robert Ben Madison, le créateur de Talossa[1].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Certaines micronations ont de véritables prétentions à l'indépendance (le Liberland enclavé entre la Serbie et la Croatie, le Sealand au large du Royaume-Uni, par exemple)[2], alors que d'autres sont plus fantaisistes ou folkloriques (la République du Saugeais en France par exemple)[3]. Ces « états-fantômes » peuvent aussi se revendiquer d'idéologies variées, ou simplement du droit au canular.

Elles ne doivent pas être confondues avec :

Certains critères récurrents caractérisent la micronation, par exemple :

  • la production de signes de souveraineté : timbres, monnaies, médailles, drapeau, hymne national, costumes, souvenirs, plaquette de promotion, etc., en quantité commerciale suffisante ;
  • la construction avérée, en cours ou en projet d'un monument, d'un bâtiment, d'une structure (si occupation d'un territoire réel) ;
  • un site internet (pour les plus récentes).

Généralement de petite taille (géographiquement et démographiquement), les micronations se caractérisent le plus souvent par une volonté de reconnaissance de leur souveraineté, par l'intermédiaire d'émission de passeports, de timbres, de monnaie et de titres de noblesse. Pour la plupart, faute de reconnaissance extérieure, elles n'existent que sur papier ou sur internet. Elles sont la plupart du temps soit le fruit d'une réflexion sur la politique, l'économie, la diplomatie (et sont dans ce cas-là des jeux ou des créations personnelles), soit des assises pour des activités illicites.

Principales définitions[modifier | modifier le code]

  • Lors de la création de Talossa et du terme, Robert Ben Madison le définissait ainsi :
    • « Petites entités organisées comme États-nations non reconnus »[1].
  • Pour Fabrice O’Driscoll (Micropatrologie, Micro-États et Micro-Nations, Institut Français de Micropatrologie) :
    • « Le micro-État non reconnu est, a contrario, le micro-État qui, tout en possédant l’ensemble des caractéristiques du micro-État reconnu, n’a pas (encore) obtenu le même statut officialisant sa position. […] La micro-nation sera une très petite nation, c’est-à-dire une collectivité humaine organisée, soumise le plus souvent à un gouvernement et à des lois communes mais hors d’un espace donné. La micro-nation n’évolue pas sur un territoire délimité et certaines d’entre elles récusent d’ailleurs toute revendication territoriale »[5].
  • D'après Peter R. Rasmussen, historien (université de Copenhague) et ancien prince de la défunte micronation Corvinia :
    • « Une micronation est une entité créée et perpétuée comme s’il s’agissait d’une nation et/ou d’un État, et qui présente généralement certains ou tous les attributs de l’État, et de fait certains des attributs de l’État. Bien qu’une micronation puisse naître comme simple plaisanterie, elle a le potentiel […] de devenir une véritable nation, et potentiellement de parvenir au statut d’État »[6].
  • Pour Oscar de Karnia et Ruthenia, leader de la micronation du même nom, dans son Étude sur le Micronationalisme :
    • « Petites entités organisées comme États-nations non reconnus [...] Les micronations sont des entités qui visent, à une échelle variable, à remplacer, apparaître, se moquer ou coexister avec des États reconnus et indépendants en vertu du droit international. En commun, les projets micronationaux peuvent établir l'organisation susmentionnée sous la forme d'un État-nation, mais exprimer des plaintes territoriales, ils peuvent développer des symboles et rendre compte des citoyens, et ce dernier aspect varie naturellement en termes d'acquisition et d'expérience sociopolitique au sein du projet micronational. Un critère commun pour distinguer les micronations des pays, tribus, clans et autres entités imaginaires est la recherche de la reconnaissance de leur souveraineté. Il s'avère que cette définition est, par excellence, très superficielle. Or, si une micronation cherche à être un moyen d'activisme artistique, par exemple, le parti pris politique de « l’indépendance » est plus un acte artistique qu'un acte basé sur le droit international. Si un projet micronational envisage la satire, mais est organisé en tant qu'État-nation et le retient dans les termes fondamentaux de la Convention de Montevideo, pourrait-il alors être reconnu ? »[1].
  • Pour Frédéric Lasserre, on pourrait synthétiser les États, États non reconnus et micronations sous cette forme[7] :
Forme Aspire à la sécession Territoire défini Reconnus Très petite population Petit territoire Virtuel
État réel Oui Oui
Micro-État Oui Oui Parfois
État réel en quête de reconnaissance Oui Oui Plus ou moins
Mouvement sécessionniste Oui Oui Non Parfois
Micronation / État privé Parfois Souvent Non Oui Souvent Parfois
  • Pour Nick Middleton, géographe, écrivain et enseignant à l'Oxford University, la définition est encore plus large:
    • « Tous les «non-pays» (micronations) n'ont pas réussi à obtenir un siège à l’Assemblée générale des Nations Unies et aucun n'a une large reconnaissance internationale en tant qu’État souverain. Tous ces «non-pays» ont au moins les signes extérieurs de la "conscience nationale", y compris un drapeau, une forme de gouvernement et une revendication de territoire, ainsi qu'un objectif établi »[8].
  • Lars Erik Bryld, également historien et ancien citoyen de Corvinia, apporte la définition la plus simple et cohérente :
    • Un État signifie l'acquisition et le contrôle total d'un territoire et l'acceptation de cette souveraineté par la société internationale.
    • Une Nation est un groupe de personnes qui se choisit une identité commune en tant que peuple et la volonté d'être identifié comme tel.
    • L'exercice politique est la tentative de créer une simulation plausible et cohérente d'un mécanisme gouvernemental. Bien que le but ultime puisse être récréatif, l'accent est mis sur le réalisme.
    • Une Communauté est un groupe d'individus partageant les mêmes idées, mais qui ne possède pas les attributs d'une nation tels que définis ci-dessus[9].
  • Une micronation serait donc « un groupe de personnes qui se choisit une identité commune en tant que peuple et la volonté d'être identifié comme tel » en « tentant de créer une simulation plausible et cohérente d'un mécanisme gouvernemental ».
  • La notion de territoire physique n'est pas essentielle, celui-ci peut être virtuel ou spirituel, et ce n'est vraiment que l'acceptation de sa souveraineté par la société internationale qui pourrait faire passer une micronation au statut d'État (par exemple, l'Ordre Souverain Militaire de Malte, qui n'a aucun territoire physique, est pourtant reconnu comme nation souveraine depuis des siècles. Le Global Country of World Peace, de son côté, aspire au même statut à terme).
  • Un autre point important qui revient chez tous les spécialistes est le choix communautaire. Ainsi, un coup d'état, ou une opération violente, ne peut pas être à l'origine d'une micronation (par exemple, l'État islamique, que ce soit d'un point de vue spirituel ou territorial, ne sera jamais et n'a jamais été une micronation).
  • Les symboles, citoyenneté et passeports, drapeaux, distinctions, monnaie, timbres sont à la fois une preuve d'existence que se donnent les micronations, mais aussi leur moyen de subsistance.

Ces définitions ne sont pas parfaites et nombre de micronations pourraient être classées comme mouvement sécessionniste (Colonia St John, RuSA), état en quête de reconnaissance (Liberland) et quasi micro-état (Sealand). D'autres sortent complètement des définitions comme Asgardia qui a dépassé le million de citoyens et a un budget supérieur à certains états réels ou la Nation Washitaw qui participe à des réunions de l'ONU en tant que peuple autochtone. L'arrivée d'internet et des micronations virtuelles rend aussi caducs certaines de ces définitions. Un état fictif peut désormais être considéré comme une micronation (Talossa, Westarctica ou Flandrensis pour les plus importantes).

Note: Pour éviter au mieux les confusions avec les États en recherche de reconnaissance, les nations membres actuels de l'UNPO (Organisation des nations et des peuples non représentés) sont strictement exclus. Si une micronation passe au niveau au-dessus, elle sortira des articles dédiés. Si une nation perd son statut à l'UNPO et répond aux définitions d'une micronation, elle pourrait revenir dans cet article.

Principales réussites[modifier | modifier le code]

  • Anciennes micronations, selon la définition générale, à avoir acquis le statut d'État réel[10],[11]:
  • Premier satellite lancé par une micronation : Asgardia-1 lancé en 2017 par Asgardia.
  • Le talossien, une langue inventée par le fondateur de Talossa et qui est aujourd'hui reconnue par les organismes linguistiques internationaux (code ISO : tzl).

Sommets internationaux[modifier | modifier le code]

Depuis 2003, plusieurs sommets regroupant les micronations les plus actives se sont mis en place[13]. Certains sont devenus récurrents et accueillent des dizaines de membres : Intermicronational Summit (depuis 2011), la PoliNation (depuis 2012), la MicroCon (depuis 2015), et la MicroFrancophonie (depuis 2015).

Les premières rencontres[modifier | modifier le code]

  • Amorph!03 (2003) : Du 29 au , un sommet de micronations a lieu à Helsinki, au Finlandia Hall, site de la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). Le sommet a été suivi par des délégations de la Principauté de Sealand, des Royaumes d'Elgaland-Vargaland, de l'État de NSK dans le temps, de Ladonia, de la République transnationale, de l'État de Sabotage et des chercheurs de diverses institutions académiques[14],[15]. Cette première donne lui à un livre[16].
  • We Could Have Invited Everyone (2004-2005) : Du au , la Reg Vardy Gallery de l'Université de Sunderland (Royaume-Uni) accueille une exposition sur le thème de l'identité et du symbolisme des groupes micronationaux. L'exposition porte sur les artefacts numismatiques, philatéliques et vexillologiques, ainsi que sur d'autres symboles et instruments créés et utilisés par un certain nombre de micronations des années 1950 à nos jours. Des représentants de Sealand, Elgaland-Vargaland, New Utopia, Atlantium, Frestonia et Fusa participent à un sommet de micronations organisé dans le cadre de cette exposition. Celle-ci est reprise à la Andrew Kreps Gallery de New York du au de l'année suivante, organisée par R. Blackson et Peter Coffin[17].
    Ce sommet donne lieu à un documentaire de la BBC en cinq parties : How to Start Your Own Country (en). La mini-série raconte l'histoire de Wallace qui crée sa micronation, Lovely, dans son appartement londonien. Le document est diffusé en 2005 au Royaume-Uni.
  • States (Do it yourself) (2007) : Peter Coffin organise, début 2007, une exposition plus étendue sur les micronations au Palais de Tokyo à Paris, intitulée ÉTATS (Faites-le vous-même)[18].

Intermicronational Summit[modifier | modifier le code]

  • Intermicronational Summit 2011 : Premier sommet à Londres, le organisé conjointement par le Grand-duché de Flandrensis, la République de Francisville et la République d'Érusia, avec pour thème : Micronationalisme et sa place dans le monde moderne : Excentriques, Hobbyistes et Libres penseurs[20].
  • Intermicronational Summit 2013 : Du 15 au , à Paris, réunissant une dizaine de micronations du Royaume-Uni, de France, d'Allemagne et de Roumanie[21].

PoliNation[modifier | modifier le code]

Traité d'Alcatraz sur l'environnement 2015[modifier | modifier le code]

Lors ce sommet, un traité est signé par tous les participants. Accusant « les grands États du monde [qui] ont été inefficaces et leurs efforts ont manqué d'intention et d'exécution concernant l'amélioration de l'environnement, la préservation des ressources naturelles existantes, et la réduction des émissions de carbone pour ralentir le changement climatique », les signataires s'engage « à une gestion écologique responsable sur leurs propres territoires, en particulier les populations d'abeilles ; à exhorter à la préservation de l'Antarctique en tant que réserve naturelle réservée à la recherche scientifique uniquement, même après l'expiration du Traité sur l'Antarctique en 2020 ; à créer des sous-monnaies très localisées qui favoriseront la production et la consommation locales de biens et de produits ; à soutenir les efforts pour nettoyer les débris d'origine humaine des océans et réduire les tas d'ordures ; et à la restructuration financière pour réduire la pauvreté et les inégalités ». Les micronations signataires exigent aussi que « pour chaque pied carré de terre ou de glacier perdu en raison de la fonte des calottes glaciaires et de l'élévation du niveau des océans, les grandes nations compensent par d'un mètre carré de terre sèche/non menacée afin de pouvoir y déplacer les réfugiés climatiques pour cause de montée des eaux »[25],[26].

Le Traité a été repris, amélioré et ratifié par toutes les micronations présentes à la MicroCon 2017[27].

MicroCon[modifier | modifier le code]

En 2015, la République de Molossia lance l'idée d'un sommet regroupant les dirigeants de principales micronations. La première MicroCon regroupe essentiellement des nations nord-américaines, mais dès la deuxième, les micronations représentées viennent du monde entier. Désormais, le Microcon Comitee, composé des trois premières micronations hôtes, gère les futurs sommets[28].

  • MicroCon 2015 : Le sommet a lieu le , en république de Molossia (Californie), réunissant les chefs d'état et délégués de 17 micronations[29],[30].
  • MicroCon 2017 : Du 23 au , au Royaume de Ruritania (Géorgie), réunissant les chefs d'état et délégués de 26 micronations[31] (voir le reportage de Vice News/HBO dans les liens externes).
  • MicroCon 2019 : Sommet prévu du 19 au , au Royaume de Slabovia (Canada). 43 micronations se sont pré-inscrites pour le sommet[32].
  • MicroCon 2021 : Il se déroulera au Nevada, organisé par le Grand duché de Westarctica et le Royaume de Shiloj, à une date non encore déterminée[33].

MicroFrancophonie[modifier | modifier le code]

La MicroFrancophonie ou OMF (Organisation for MicroFrancophony), est créé par six micronations francophones en 2015. À l'origine, la République de Saint-Castin (Canada) et la Principauté d'Aigues-Mortes (France) lancent le projet, vite rejoints pas Hélianthis (France), l'Empire d'Angyalistan (France), la République du Padrhom (France), et l'État de Sandus (États-Unis)[34].

  • Aigues-Mortes 2016 : Les 23 et , en Principauté d’Aigues-Mortes, le sommet a réunis neuf micronations francophones[35],[36],[37],[38].
  • Vincennes 2018 : Les 21 et , organisé par l'Empire d'Angyalistan, il réunit douze micronations[39].
    Le photographe Léo Delafontaine, auteur du livre-photo Micronations[40], est l'invité spécial du sommet (Interview de Léo Delafontaine).

Cartographie des micronations[modifier | modifier le code]

Projets de nouvelles nations en cours[modifier | modifier le code]

Seasteading Institute est un think-tank développant des projets de villes-états flottantes et indépendantes. Plusieurs projets de micronations sont bien avancés, tels les Sea Pod de Ocean Builders (des îles artificielles et individuelles), au large du Panama, ou la Ocean Freedom Nation sur des hauts-fonds à 500 (km) à l'est du Brésil[41].

Histoire[modifier | modifier le code]

Précurseurs[modifier | modifier le code]

Le phénomène des micronations trouve son origine au cours du XXe siècle.

Martin Coles Harman, propriétaire de l'île britannique de Lundy, sur la côte sud-ouest de l'Angleterre, dans les premières décennies du XXe siècle, se déclare roi et émet des timbres privés et des timbres-poste pour usage local. Bien que l'île ait été gouvernée comme un fief virtuel, son propriétaire n'a jamais prétendu être indépendant du Royaume-Uni, de sorte que Lundy peut au mieux être décrit comme un précurseur des micronations territoriales ultérieures.

La principauté de Baldonie extérieure, correspondant à une île rocheuse de 16 acre (65 000 m2) au large des côtes de la Nouvelle-Écosse (Canada), est fondée en 1945 par Russell Arundel (1903 - 1978), dirigeant de Pepsi Cola Company (devenue PepsiCo), avec une population de 69 pêcheurs. Elle est revendue en 1973 pour un dollar canadien à la Nova Scotia Bird Society (Société protectrice des oiseaux de Nouvelle-Écosse) afin de devenir un sanctuaire pour les oiseaux, toujours propriétaire à ce jour.

Histoire de 1960 à 1980[modifier | modifier le code]

Les années 1960 et 1970 ont vu la fondation d'un certain nombre de micronations territoriales. La première d'entre elles, Sealand, a été créé en 1967 sur une plate-forme de tir de la Seconde Guerre mondiale abandonnée dans la mer du Nord au large de la côte est de l'Angleterre, et a survécu jusqu'à nos jours. D'autres ont été fondées sur des principes libertaires et impliquaient notamment des projets de construction d'îles artificielles, mais seulement trois d'entre elles ont connu un succès, même limité, dans la réalisation de cet objectif.

La République de l'Île de la Rose était une plate-forme de 400 m2 construite en 1968 dans les eaux nationales italiennes de la mer Adriatique, à 11 km de la ville italienne de Rimini. La micronation est connue pour avoir émis des timbres et déclaré l'espéranto comme langue officielle, mais peu de temps après son achèvement la plate-forme a été saisie et détruite par la marine italienne pour ne pas avoir payé les taxes d'État.

À la fin des années 1960, Leicester Hemingway, frère de l'auteur Ernest, participait à un autre projet du genre : une petite plate-forme de bois dans les eaux internationales au large de la côte ouest de la Jamaïque. Ce territoire, composé d'une péniche de 2,4 m par 9, s'appelle "New Atlantis". Hemingway en était citoyen et président honoraire ; cependant, la structure a été endommagée par les tempêtes et finalement pillée par des pêcheurs mexicains. En 1973, Hemingway serait passé de New Atlantis à la promotion d'une plate-forme de 1 000 m2 près des Bahamas. Le nouveau pays a été appelé "Tierra del Mar" (Terre de la mer). La ville d'adoption d'Ernest Hemingway, Key West, a plus tard fait elle-même partie d'une autre micronation, la très éphémère République de Conch (1982).

La République de Minerva a été créée en 1972 en tant que projet néo-libéral par l'homme d'affaires du Nevada Michael Oliver. Le groupe d'Oliver a mené des opérations de dragage à Minerva Reefs, un haut-fond situé dans l'océan Pacifique au sud de Fidji, et a réussi à créer une petite île artificielle, mais leurs efforts pour obtenir une reconnaissance internationale ont rencontré peu de succès et, pour finir, le voisin Tongien a envoyé une force militaire sur place et l'a annexée.

Le , le bibliophile Richard Booth déclara la ville galloise de Hay-on-Wye royaume indépendant, avec lui-même comme monarque. La ville a ensuite développé une industrie touristique basée sur des intérêts littéraires, et « King Richard » (dont le sceptre est un piston de toilette recyclé) continue d'attribuer des statuts de pair et des honneurs estampillées Hay-on-Wye à toute personne prête à les payer.

Japon (1980-1991)[modifier | modifier le code]

En 1981, s'inspirant d'un reportage sur "New Atlantis" de Leicester Hemingway, le romancier Hisashi Inoue[42] écrit un ouvrage de 700 pages sur le réalisme magique, Kirikiri jin (Le peuple de Kirikiri, 1981) : un village se sépare du Japon et revendique son dialecte bumpkinish marginalisé comme langue nationale, avec sa guerre d'indépendance subséquente.

Cela a incité un grand nombre de villages japonais, principalement dans les régions du nord, à déclarer leur indépendance pour sensibiliser à leur culture et à leur artisanat uniques les Japonais urbains, qui considéraient la vie de village comme arriérée et inculte. Ces micronations ont même tenu des sommets internationaux de 1983 à 1985, et certaines d'entre elles ont formé des confédérations. Tout au long des années 1980, il y a eu un boom de la micronation au Japon qui a amené de nombreux touristes urbains dans ces villages capricieux. Mais l'impact économique sévère de la bulle des prix des actifs japonais en 1991 a mis fin au boom. Beaucoup de villages ont été forcés de fusionner avec de plus grandes villes, et les micronations et les confédérations ont été généralement dissoutes.

Effets d'Internet[modifier | modifier le code]

Le micronationalisme a abandonné une grande partie de son manteau anti-establishment traditionnellement excentrique et a adopté une perspective nettement amateur au milieu des années 1990, lorsque la popularité naissante d'Internet a permis de créer et de promouvoir relativement facilement des entités étatiques dans un milieu entièrement électronique. Un premier exemple en est le Royaume de Talossa, une micronation créée en 1979 par Robert Ben Madison, alors âgé de 14 ans, qui a été mise en ligne en et publiée dans le New York Times et d'autres médias imprimés en 2000.

Les activités de ces types de micronations sont presque exclusivement limitées à des simulations d'activité diplomatique (y compris la signature de «traités» et la participation à des forums « supra-micronationaux » tels que la League of Micronations,[43]) et à la contribution aux wikis. Avec l'introduction d'Internet, de nombreux articles sur la façon de créer des micronations ont été mis à disposition via des wikis qui servent de centre d'activité en ligne pour les micronations. Le wiki le plus remarquable du forum, MicroWiki, été créé en 2005 et est actuellement administré par Jonathan Austen, le leader d'Austenasia.

La plupart des micronations territoriales ou virtuelles ont leur site internet qui sert largement à promouvoir leurs revendications et, pour l'essentiel, à vendre des marchandises et leurs produits.

La Convention de Montevideo[modifier | modifier le code]

En droit international, la Convention de Montevideo sur les droits et devoirs des États énonce les critères d'accession à l'indépendance énoncés à l'article premier : « L'État en tant que personne de droit international doit posséder les qualifications suivantes : a) une population permanente ; (b) un territoire défini ; (c) le gouvernement ; et (d) la capacité d'entrer en relation avec les autres États. »

La première phrase de l'article 3 de la Convention de Montevideo stipule explicitement que « l'existence politique de l'État est indépendante de la reconnaissance par les autres États ».

Selon ces directives, toute entité qui remplit tous les critères énoncés à l'article premier peut être considérée comme souveraine en droit international, que d'autres États l'aient ou non reconnue.

L'Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, en tant que sujet indépendant du droit international, ne remplit pas tous les critères de reconnaissance en tant qu'État (mais ne se revendique pas non plus un État), mais est et a été reconnu comme nation souveraine depuis des siècles.

La doctrine de l'intégrité territoriale n'interdit pas effectivement la sécession unilatérale des États établis en droit international, conformément à la section pertinente du texte de l'Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, également connu sous le nom d'Acte final de Helsinki, Déclaration de Helsinki.

En effet, le texte indique que d'autres États (c.-à-d. des tiers) ne peuvent pas encourager la sécession dans un État, mais ne fait aucune déclaration en ce qui concerne les personnes au sein d'un État qui choisissent de se séparer d'elles-mêmes.

Projets basés sur des revendications historiques[modifier | modifier le code]

Un petit nombre de micronations sont fondées sur des anomalies historiques ou sur des anomalies juridiques (découlant d'interprétations contestées de la loi). Ces types de micronations sont généralement situés sur de petites enclaves territoriales (généralement contestées), génèrent une activité économique limitée fondée sur le tourisme et les ventes philatéliques et numismatiques, et sont tolérés ou ignorés par les nations dont ils déclarent avoir fait sécession. Cette catégorie comprend :

  • La Principauté de Seborga (Ligurie), ancienne principauté médiévale indépendante, zone autrefois contestée à la frontière entre France et Italie.
  • La Principauté de Sealand, une plate-forme antiaérienne de la Seconde Guerre mondiale construite en mer du Nord au-delà de la limite territoriale de la Grande-Bretagne, a été saisie par un groupe de pirates en 1967 pour servir de base à leurs opérations. Sealand a continué à promouvoir son indépendance en émettant des timbres, de l'argent et en nommant un athlète national officiel. Il a été décrit comme la « micronation la plus notoire du monde » ainsi que comme le « pays le plus petit et le plus étrange du monde ».
  • L'Empire Romanov est une micronation créée en 2011 par l'homme d'affaires et homme politique russe le prince Anton Bakov, président du parti monarchiste de la Fédération de Russie. En 2014, le trône impérial a proclamé que le prince Charles Emich de Leiningen, l'un des nombreux prétendants à la lignée royale des Romanov, était maintenant l'empereur de toute la Russie, Nicolas III.

Littéraire et médias[modifier | modifier le code]

Le phénomène de micronation a fait l'objet d'une attention limitée mais croissante au cours des dernières années. La plupart des milieux universitaires ont étudié les situations juridiques apparemment anormales affectant des entités telles que Sealand et la province de Hutt River, en étudiant comment certaines micronations représentent des idées politiques de base et en créant des entités de jeu à des fins pédagogiques.

Télévision et cinéma[modifier | modifier le code]

Le sommet de Sunderland a été présenté plus tard dans la série télévisée de divertissement de la BBC en cinq parties intitulée Comment démarrer son propre pays présentée par Danny Wallace. La série a raconté l'histoire de l'expérience de Wallace de fonder une micronation, Lovely, située dans son appartement de Londres. Il a été projeté au Royaume-Uni en 2005.[réf. nécessaire]

Des programmes similaires ont également été diffusés sur des réseaux de télévision dans d'autres parties de l'Europe. En France, plusieurs programmes de Canal + se sont concentrés sur la Présidentielle satirique de Groland, tandis qu'en Belgique, une série de Rob Vanoudenhoven diffusée sur le réseau commercial flamand VTM en rappelait la série de Wallace, centrée sur la création du producteur Robland. Entre autres choses, Vanoudenhoven a frappé ses propres pièces de monnaie dénommées "Robbies".[réf. nécessaire]

Le manga de la série d'animation Hetalia : Pouvoirs de l'Axe, dans laquelle les personnages principaux sont les personnifications stéréotypées des nations du monde, comporte plusieurs micronations en tant que personnages. En 2011 les micronations représentées comprennent Sealand, Seborga, Principauté de Wy, Kugelmugel, République de Molossia, Principauté de Hutt River, Ladonia, et l'ancienne micronation de Nikko Nikko.[réf. nécessaire]

La série de comédie télévisée australienne Micro Nation se déroule sur la micronation insulaire fictive de Pullamawang (en), restée indépendante de l'Australie parce que, comme l'annonce la série, "ils ont oublié de poster leur paperasse" à la Fédération d'Australie en 1901.

En 2010, un film documentaire de Jody Shapiro intitulé Comment démarrer son propre pays a été projeté dans le cadre du Festival international du film de Toronto. Le documentaire explore diverses micronations à travers le monde et développe une analyse du concept de l'État et de la citoyenneté. Erwin Strauss, auteur du livre éponyme, a été interviewé dans le cadre du film.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Etude sur le Micronationalisme », sur www.principaute-beremagne.com (consulté le 23 mai 2020)
  2. Voir, entre autres, Bruno Fuligni, L'État c'est moi : histoire des monarchies privées, principautés de fantaisie et autres républiques pirates, les Éditions de Paris, 1997
  3. « Les bonnes affaires des États fantômes », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  4. http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M202/Fumey.pdf
  5. Fabrice O'Driscoll, Ils ne siègent pas à l'ONU, Presses du Midi, 2000 (ISBN 2-87867-251-8)
  6. « What is micronationalism? An introduction », sur web.archive.org, (consulté le 13 avril 2020)
  7. Frédéric Lasserre, Les hommes qui voulaient être rois (II). Sociologie des États privés, Département de géographie - Université Laval-CA, 2012
  8. Nick Middleton, Atlas of Countries That Don't Exist, Chronicle Books, 2017 p. 17 (ISBN 9781452158686)
  9. « How to Start Your Own Micronation », sur micronations.webs.com (consulté le 15 avril 2020)
  10. Stéphane-Bertin Hoffmann, La reconnaissance des micro-nations
  11. Bruno Fuligni, « C'est toi, l'État », sur Nova (consulté le 16 avril 2020)
  12. « L'île de Bougainville va devenir un État indépendant », sur Le Huffington Post, (consulté le 17 avril 2020)
  13. (en) « Micronational summit », sur MicroWiki (consulté le 27 mars 2020)
  14. « Amorph!03 > Summit of Micronations > Impressum », sur web.archive.org, (consulté le 27 mars 2020)
  15. (en-US) « The First Summit of Micronations, Helsinki 2003 – Tellervo Kalleinen » (consulté le 27 mars 2020)
  16. Protocols: Amorph!03 : Summit of Micronations, 29.-31.08.2003, Helsinki, Finland, Taiteilijajärjestö Muu Ry/Artists' Association MUU, (ISBN 978-951-96553-6-9, OCLC 692225476, lire en ligne)
  17. (en-US) Roberta Smith, « Art in Review; We Could Have Invited Everyone », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 27 mars 2020)
  18. « ETATS (faites-le vous-même) », sur archives.palaisdetokyo.com (consulté le 27 mars 2020)
  19. (en-GB) Nick Squires, « The world's micronations unite to demand recognition », Telegraph.co.uk,‎ (ISSN 0307-1235, lire en ligne, consulté le 27 mars 2020)
  20. (en) « 2011 Intermicronational Summit », sur MicroWiki (consulté le 27 mars 2020)
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Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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