Bir Tawil

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Bir Tawil
بير طويل
Bir Tawil
Le Bir Tawil est la région située au sud du 22e parallèle, à l'ouest du triangle de Hala'ib
Administration
Pays Terra nullius
Géographie
Coordonnées 21° 52′ 14″ nord, 33° 44′ 14″ est
Superficie 206 000 ha = 2 060 km2
Localisation
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Bir Tawil
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Bir Tawil

Le Bir Tawil ou Bi'r Tawīl (arabe égyptien : بير طويل Bīr Ṭawīl  [biːɾ tɑˈwiːl] ; Biˈr بئر signifiant puits, Ṭawīl طويل signifiant long ou profond) est une petite région de la frontière entre l'Égypte et le Soudan. La souveraineté sur ce territoire n'est pas clairement définie, aucun des deux pays frontaliers ne le revendiquant formellement. C'est l'un des rares territoires sur Terre dont aucun pays ne revendique la souveraineté[1],[n. 1].

Géographie[modifier | modifier le code]

Le Bir Tawil est une région trapézoïdale d'environ 95 km de long d'est en ouest au nord et 45 km au sud, et d'entre 25 et 31 km du nord au sud, soit une superficie d'environ 2 060 km2. Située à environ 250 km au sud-est de la ville égyptienne d'Assouan, le nord du trapèze suit le 22e parallèle nord.

Le nom de la zone fait référence à un puits situé en son centre. Le Jabal Tawil, une montagne de 459 m d'altitude, est situé dans le nord de la région ; à l'est, on trouve le Jabal Ḩajar az Zarqā' (662 m). Le Wadi Tawil est situé dans le sud.

La zone ne comporte pas d'habitats permanents, mais est une zone de pâturage et de campement pour les tribus nomades Ababdehs et Bisharin[2].

Origine[modifier | modifier le code]

La majeure partie de la frontière entre l'Égypte et le Soudan est située sur le 22e parallèle nord, repère choisi en 1899 par le Royaume-Uni pour délimiter la frontière nord du Soudan anglo-égyptien. Le résultat était une frontière rectiligne longue de 1 240 km, de la Libye à la mer Rouge[2].

Cette frontière est rectifiée en 1902 : le triangle de Hala'ib est alors placé sous administration soudanaise car les tribus Bedja de cette région sont alors basées au Soudan ; de façon similaire, le Bir Tawil passe sous administration égyptienne, étant un pâturage d'une tribu ababdeh basée à Assouan[2].

Souveraineté[modifier | modifier le code]

Revendications[modifier | modifier le code]

Le Soudan et les multiples zones en sécession (Bir Tawil au nord-est).

Les revendications territoriales n'émergent vraiment qu'avec l'indépendance du Soudan en 1956[2].

L'Égypte revendique la frontière de 1899 correspondant au 22e parallèle ; cette interprétation place le triangle de Hala'ib sous contrôle égyptien et le Bir Tawil sous contrôle soudanais.

Le Soudan revendique la frontière de 1902 : dans cette optique, le triangle de Hala'ib est situé au Soudan et le Bir Tawil en Égypte.

En conséquence, les deux pays revendiquent le triangle de Hala'ib, mais aucun ne prétend à la souveraineté sur le Bir Tawil, qui est dix fois plus petit que le triangle et n'a aucun accès à la mer. Pour chaque pays, revendiquer la souveraineté sur le Bir Tawil signifierait reconnaître l'un des deux tracés de frontière précédemment cités qui lui serait défavorable, puisqu'il reviendrait à abandonner à la partie adverse le triangle de Hala'ib, ce qui explique cet état de fait.

Enfin, des villages situés dans la vallée du Nil furent cédés au Soudan, car plus accessibles depuis le sud : c'est le « saillant de Wadi Halfa » (situé en réalité au nord de la ville de Wadi Halfa), encore revendiqué par l'Égypte aujourd'hui[3].

Au début des années 1990, lorsqu'une entreprise pétrolière canadienne souhaite analyser le sous-sol du triangle de Hala'ib, les forces armées égyptiennes sont envoyées en prendre le contrôle malgré les protestations soudanaises[2].

Double absence de revendication[modifier | modifier le code]


En effet, Bir Tawil appartient soit à l'Égypte (point de vue du Soudan et des entités reconnaissant la frontière de 1902), soit au Soudan (point de vue de l'Égypte et des entités qui reconnaissent la frontière de 1899), et donc aucun de ces deux états limitrophes ne revendiquent la souveraineté sur ce territoire.

Le royaume du Soudan du Nord[modifier | modifier le code]

Royaume du Soudan du Nord
(depuis 2014)

Kingdom of North Sudan (en)

Blason de Royaume du Soudan du Nord (depuis 2014) Drapeau de Royaume du Soudan du Nord (depuis 2014)
Image illustrative de l’article Bir Tawil
Administration
Pays Drapeau de l'Égypte Égypte
Drapeau du Soudan Soudan
Territoire revendiqué La terra nullius Bir Tawil
Statut politique Micronation
Gouvernement Monarchie
Monarque souverain Jeremiah Heaton
Depuis 2014
Princesse Emily
Depuis 2014
Démographie
Langue(s) Anglais
Géographie
Coordonnées 21° 52′ 14″ nord, 33° 44′ 14″ est
Divers
Monnaie Neap Coin de 2019 à 2020 (crypto-monnaie)
Sources
Site officiel

Le , le territoire étant toujours de facto une terra nullius, un fermier américain, Jeremiah Heaton, résident à Abingdon (Virginie) obtient les autorisations de déplacement des autorités militaires égyptiennes, se rend à Bir Tawil après quatorze heures de route dans le désert et y plante son propre drapeau, afin de le revendiquer à son compte en se proclamant roi[2]. Le drapeau est bleu avec des étoiles jaunes, assorti d'une couronne[4]. L'étoile jaune sur fond bleu est l'élément distinctif du drapeau du Soudan du Sud, reconnu trois ans auparavant, en 2011[5].

Il rédige un mythe, selon lequel il tiendrait parole auprès de sa fille de 7 ans, Emily, une de ses trois enfants. En guise de cadeau d'anniversaire, il la nommerait princesse du « royaume du Soudan du Nord »[6].

Cette micronation étant fantaisiste, Heaton prétend contacter l'Union africaine afin d'obtenir la reconnaissance de ce nouvel État[7], mais rien n'indique qu'il l'ait contactée.

Heaton contacte un journal local viriginien, le Bristol Herald Courier (en) qui publie la nouvelle, laquelle est largement reprise par les médias internationaux[2].

Heaton prétend consacrer ce territoire à la production agricole, mais il s'avère qu'il a un projet de film documentaire.

Seulement quatre mois plus tard, le , il annonce avoir vendu son mythe à Disney, après en avoir confié les droits au documentariste Morgan Spurlock[8],[9].

Le , les Studios Disney confirment que les droits sont acquis et qu'un film de fiction est en préparation. Ils sont immédiatement accusés d'encourager le colonialisme, et l'appropriation illégale par des étrangers de terres africaines. Les studios répondent vouloir raconter l'histoire même si elle n'est pas vraie, ce qui est le propre d'un conte. Ils détaillent vouloir magnifier la relation entre un père et une fille[10].

Dans le projet Disney, la famille s’établit durablement dans le prétendu royaume, développant un huis clos d'abord enthousiasmant, puis angoissant. On trouve une structure narrative similaire dans de nombreux films, dont Nouveau Départ (2011), où un père, veuf, bâtit un parc zoologique grandiose avec sa fille de 7 ans.

Le , quelques heures avant l'annonce de l'accord avec Disney, le nom de domaine « kingdomsudan.org » est enregistré, par une société de services informatiques danoise, bezh.dk. Le site appelle aux dons, avec 5 boutons permettant de faire des dons. Le , quelques jours avant la communication officielle de Disney, le site appelle à solliciter la « citoyenneté » du Royaume[11]. Le et le , le site annonce la création d'« ambassades » chez des particuliers, ce qui implique la création de passeports diplomatiques. Ces aspects rappellent les pratiques liées à d'autres micronations, telles que l'affaire des passeports diplomatiques de Sealand, lorsque des particuliers ont ouvert des « ambassades » et se sont dotés de passeports et de plaques d'immatriculation diplomatiques (les propriétaires de Sealand déclarent qu'il s'agit du fait d'usurpateurs).

Le , le royaume lance sa propre crypto-monnaie, le Neap Coin, avant d'arrêter le projet le [12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le traité sur l'Antarctique ne fait que mettre en veilleuse les revendications territoriales des signataires. En aucun cas le traité ne signifie la renonciation à ces revendications.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Frank Jacobs, « "You take it - No, you take it": the Bir Tawil Trapezoid », sur Strange Maps, mois= (consulté le ).
  2. a b c d e f et g (en) Jack Shenker, « Welcome to the land that no country wants », sur theguardian.com (consulté le ).
  3. (en) Jack Linshi, « Man Plants Flag on Unclaimed African Land So Daughter Can Be Its Princess », sur Time, (consulté le ).
  4. Le Figaro, « Comment un père a fait de sa fille une vraie princesse », sur Le Figaro.fr, (consulté le )
  5. « Bir Tawil, un royaume financé par le crowdfunding », Sept,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. « Reportage culture - «Passeport pour l'utopie», un inventaire des micronations », sur RFI, (consulté le )
  7. Un Américain se proclame roi du "royaume du Soudan du Nord", Le Point, 15 juillet 2014.
  8. Disney picks up family adventure, Borys Kit, The Hollywood Reporter, 6 novembre 2014
  9. (en) « I can't believe Disney is making a film that echoes the horrors of colonialism », sur The Independent, (consulté le )
  10. "Princess of North Sudan": le nouveau Disney accusé de colonialisme, Anaïs Condomines, Metro, 21 mai 2015
  11. Citizenship, site kingdomsudan.org
  12. (en) NeapCoin, « The project #NeapCoin has been cancelled », sur @NeapCoin, 2020t08:20 (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Graziano Graziani, Passeport pour l'utopie. Micronations, un inventaire, Éditions Plein Jour, 2020 (ISBN 978-2370670472)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]