Diète cétogène

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La diète cétogène ou régime cétogène est un régime alimentaire à très basse teneur en glucides compensé par un renfort de lipides. Il a été mis au point après qu'on ait observé que le jeûne et la cétose faisaient parfois disparaitre des épilepsies sévères[1]. Le gras métabolisé crée un état de cétose nutritionnelle. Non exempt de risques, il doit être précis et le cas échéant réalisé après avis médical.

Utilisée depuis 1921 pour le traitement de l'épilepsie, ce régime trouve aujourd'hui d'autres applications :

L'alimentation cétogène est traditionnelle chez les Inuits [7], des Maasaï [8] et chez certaines tribus amérindiennes [9].

Principes[modifier | modifier le code]

La diète cétogène prescrit une « réduction massive de l’apport en glucides et un apport important de lipides (70 à 90% de la ration calorique totale) »[1] ; L'apport en gras restreint considérablement les besoins en glucides. Les matières grasses deviennent alors la première source d'énergie pour le corps, une fois transformées en corps cétoniques, elles alimentent le cerveau et fournissent de l'énergie aux muscles.

Les aliments riches en calories utilisables dans ce régime alimentaire sont, entre autres le beurre, la crème, la mayonnaise, l'huile de noix de coco, l'huile d'olive, l'huile d'avocat.
Les glucides, présents surtout dans le pain et les féculents, sont éliminés, la quantité de fruits est également fortement réduite.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Concernant son application à l'épilepsie, ses indications chez l’enfant étant de mieux en mieux cernées, il a été utilisé davantage à partir des années 1990, notamment dans les pays anglo-saxons et en France, avec « une efficacité reconnue dans plus de 30% des cas d’épilepsie pharmacorésistante avec crises fréquentes » et on a considéré qu'il pouvait aussi traiter certaines maladies du métabolisme énergétique[1].

Selon ses partisans, sa mise en œuvre est à présent mieux maitrisée, en diminuant les contraintes par une diversification des aliments et des recettes, et via un calcul simplifié de la part de lipides et non-lipides à absorber[1]. « La tolérance de ce régime au long cours est bonne, avec une supplémentation vitaminique et en oligoéléments adéquate »[1].

Alors qu'il y a 15 ans les sportifs recherchant l'endurance étaient incités à une consommation importante de sucres lents avant l'effort - la fameuse assiette de pâtes - il semble que la tendance actuelle soit au régime cétogène.[10],[6]. Les effets positifs induits incluent la baisse de la masse corporelle du sportif, un facteur clé de performance pour les cyclistes en montagne. Les partisans y ajoutent entre autres une réduction de la pression artérielle, une perte de masse grasse, une meilleure prévention cardio-vasculaire et une moindre circulation plasmatique des acides gras saturés[10].


Limites[modifier | modifier le code]

Ce régime thérapeutique n'a pas été adopté massivement par les médecins pour les raisons suivantes :

  • un manque d'étude en double aveugle (voir plus bas) ;
  • l'incertitude quant au respect de la diète par le patient[réf. nécessaire] car son application demeure complexe pour les familles. Sa mise en œuvre nécessite une éducation approfondie et un suivi rapproché, par un service hospitalier spécialisé en neurologie pédiatrique ou en maladies du métabolisme [1].
  • L'accès à un diététicien ou un médecin au fait des implications de ce régime pour superviser les personnes mettant en œuvre une diète cétogène n'est pas toujours facile [réf. nécessaire].
  • l'inquiétude quant à des risques de déficience nutritionnelle[réf. nécessaire] ;
  • le doute sur une possible nocivité à moyen et long terme[réf. nécessaire] ;
  • la possibilité que les premiers anticonvulsifs aient été statistiquement plus efficaces que la diète pour les nouveaux patients mais qu'ils aient fonctionné sur des groupes de population différents[réf. nécessaire] ;
  • le manque de connaissance et de maîtrise de la part des utilisateurs ;

Effets sur la santé[modifier | modifier le code]

Positifs[modifier | modifier le code]

Cancer[modifier | modifier le code]

Les cellules cancéreuses se développent principalement à partir de l'énergie du sucre et des glucides. Contrairement aux cellules saines qui ont une durée de vie limitée, ces cellules sont immortelles. En supprimant tous les glucides de l'alimentation, on supprime la source principale d'énergie pour les cellules cancéreuses, ce qui a pour effet de les affamer, de les affaiblir et ainsi de bloquer leur développement et leur capacité colonisatrice. Si on ajoute un traitement conventionnel (chimiothérapie ou radiothérapie), l'action de ces traitements conventionnels s'en trouve renforcée, accélérant d'autant leurs effets, et limitant les effets secondaires des traitements. La diète cétogène est un régime alimentaire déséquilibré. Si l'on se contente de supprimer les glucides, notre corps se trouve alors privé d'énergie de base. C'est pourquoi, il est indispensable d’accompagner son alimentation par un renfort conséquent de lipides. Au bout de quelques jours d'un régime fait correctement, le foie passe progressivement en cétose, et il est alors capable de transformer les lipides (largement présents dans le régime cétogène) en corps cétoniques assimilables par les muscles et le cerveau. Il s'agit d'un processus naturel que notre corps est capable de faire, se souvenant des temps les plus reculés où l'homme n'a pas toujours été capable de se nourrir régulièrement et à satiété. Si l'apport en lipides est insuffisant pendant le régime cétogène, les graisses et lipides présents dans notre corps sont alors utilisés comme source d'énergie, créant un amaigrissement pouvant être préjudiciable dans le cas du cancer, car ce n'est pas le moment de maigrir. Il peut aussi y avoir un risque d'acidocétose particulièrement dans le cas de personnes diabétiques. C'est pourquoi il est conseillé de faire suivre ce régime par un professionnel de santé compétent sur ce sujet.

Épilepsie[modifier | modifier le code]

Une étude conduite par l'université Johns Hopkins[11] a rapporté que 50 % des patients ont eu une baisse de 50 % ou plus des crises, 29 % rapportant une baisse de 90 % ou plus. Ces patients avaient auparavant essayé en moyenne six médicaments anticonvulsivants différent. Le taux de succès des patients qui ont répondu avec succès à la médication n'a pas été mesuré dans cette étude, et ne semble pas l'être dans les études plus récentes. Il semble y avoir une réticence à utiliser cette méthode autrement qu'en dernier recours. Le taux de succès peut donc être moindre, égal ou supérieur à ceux qui n'ont pas de succès avec les anticonvulsivants. Il est possible que la diète et les anticonvulsivants soient efficaces sur des segments différents de la population. Statistiquement, approximativement la moitié des patients voient une diminution du nombre de crises d'au moins 50 %[réf. nécessaire].

La diète a son efficacité dans environ 30% des cas où plusieurs médicaments contre l'épilepsie ont échoué[1]. Il existe des cas où la diète est moins efficace que les médicaments. Lorsqu'un antiépileptique échoue, il y a de grandes chances que les autres types de médication soient aussi peu efficaces. Quand elle fonctionne, ses résultats sont souvent rapides, en quelques jours après la mise en œuvre, et importants. 75 % des répondeurs le sont sous 15 jours de régime[réf. nécessaire].
La diète est généralement considérée plus efficace chez les enfants que chez les adultes, particulièrement lorsque les anticonvulsants sont inefficaces (20 % à 30 % des patients), voire contre-indiqués. Des données datant des années 1920 et 1930 ainsi que plus récentes démontrent les mêmes résultats[réf. nécessaire]. La diète est plus restrictive chez les adultes.

L'absence d'étude en double aveugle est l'une des raisons prévenant l'acceptation à grande échelle par le corps médical. Les études en double aveugle aident à éliminer : l'effet placebo, la rémission spontanée, les attentes des chercheurs qui peuvent altérer les observations, les chercheurs qui altèrent la réponse des patients par le langage corporel, le ton de voix, etc.

Une étude en double aveugle de la diète cétogène publiée en 2009 et concernant le syndrome de Lennox-Gastaut ne montrait pas de différence significative avec le placebo, bien qu'il existât une possible tendance à la réduction des crises[12].

Contraintes :
Elle demande toutefois une organisation familiale assez importante pour la préparation des repas de l'enfant à partir de recettes types fournies par les diététiciens des hôpitaux. Il faut notamment veiller à ce que l'enfant ne consomme ni sucreries, ni boissons sucrées, ni pain, etc. Tout le repas est contrôlé et pesé au gramme près. Un régime est conduit généralement quand il fonctionne pour deux ans.
La diète normalement mentionnée dans un contexte de traitement d'épilepsie est le protocole classique de l'hôpital Johns Hopkins avec un rapport de 4:1 gras pour protéine avec glucides[13],[14] mais il existe plus d'un type de diète cétogène. Il existe aussi le protocole de l'hôpital Sanggye Paik (aussi 4:1) développé pas les Drs Kim et Park, la diète à triglycéride à chaîne moyenne[15], le régime de Atkins[16], et la supplémentation avec des gras polyinsaturés[17].

Négatifs[modifier | modifier le code]

Des études montrent les effets suivants :

Sur les humains :

Sur les rats ou les souris :

Les effets possibles à long terme (qui n'ont pas été renseignés)[réf. nécessaire] :

Remarques[modifier | modifier le code]

Même si à première vue il semble similaire, ce régime présente des différences notables par rapport au régime de Atkins.

La diète cétogène a été utilisée autant pour les patients épileptiques que comme régime à faible teneur en glucide.

La diète est généralement enrichie de calcium, vitamine D, fer et acide folique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g A.de Saint-Martin M.-C.Burger (2013) Le régime cétogène : un régime de l’extrême ?Ketogenic diet: An extreme diet ? | Médecine des Maladies Métaboliques |Volume 7, Issue 2, Mars, Pages 139-143 |Médecine des Maladies Métaboliques |https://doi.org/10.1016/S1957-2557(13)70510-8
  2. Bryan G. Allen, Sudershan K. Bhatia, Carryn M. Anderson et Julie M. Eichenberger-Gilmore, « Ketogenic diets as an adjuvant cancer therapy: History and potential mechanism », Redox Biology, vol. 2,‎ , p. 963–970 (ISSN 2213-2317, PMID 25460731, PMCID PMC4215472, DOI 10.1016/j.redox.2014.08.002, lire en ligne, consulté le 20 février 2018)
  3. Pr Ulrike Kämmerer, Dr Christina Schlatterer et Dr Gerd Knoll, "Le régime cétogène contre le cancer", Thierry Souccar, , 308 p. (ISBN 978-2-36549-096-2)
  4. Dr Laurent Schwartz, Cancer, un traitement simple et non toxique, Vergèze, Thierry Souccar Editions, , 132 p. (ISBN 978-2-36549-177-8)
  5. (en) Estelle V. Lambert, David P. Speechly, Steven C. Dennis et Timothy D. Noakes, « Enhanced endurance in trained cyclists during moderate intensity exercise following 2 weeks adaptation to a high fat diet », European Journal of Applied Physiology and Occupational Physiology, vol. 69, no 4,‎ , p. 287–293 (ISSN 1439-6327, DOI 10.1007/BF00392032, lire en ligne, consulté le 18 janvier 2020)
  6. a et b « Les sportifs qui suivent un régime cétogène brûlent 2 fois plus de graisses », sur www.lanutrition.fr (consulté le 18 janvier 2020)
  7. (en) V. Stefansson, The Friendly Arctic, New-York, Mac Millan,
  8. (en) J.B. Orr and J.L. Gilks, Studies of nutrition : the physique and health of two African Tribes, London, Spec. Rep. Ser. Med. Res. Coun., , 155 p.
  9. (en) G. Catlin, Letters and notes on the manners, customs and conditions of North American Indians, New York, Dover Pubs,
  10. a et b « Le régime cétogène sportif, une révolution en marche ? - Articles Santé, Au quotidien », sur Sante et nutrition, (consulté le 18 janvier 2020)
  11. https://www.eurekalert.org/pub_releases/1998-12/JHMI-FPSO-071298.php
  12. (en)Freeman JM. « A blinded, crossover study of the efficacy of the ketogenic diet » Epilepsia 2009. PMID 18717710
  13. (en) étude conduite par l'université Johns Hopkins
  14. Johns Hopkins
  15. (en) P. R. Huttenlocher, « Medium-chain triglycerides as a therapy for intractable childhood epilepsy », Neurology, vol. 21, no 11,‎ , p. 1097-103 (PMID 5166216)
  16. (en) Eric H. Kossoff, « Efficacy of the Atkins diet as therapy for intractable epilepsy », Neurology, vol. 61, no 12,‎ 23 december, 2003, p. 1789-91 (PMID 14694049, lire en ligne)
  17. (en) Alan W.C. Yuen, Josemir W. Sander, Dominique Fluegel, Philip N. Patsalos, Gail S. Bell, Tony Johnson et Matthias J. Koepp, « Omega-3 fatty acid supplementation in patients with chronic epilepsy: A randomized trial », Epilepsy & Behavior, vol. 7, no 2,‎ , p. 253-8 (PMID 16006194, DOI 10.1016/j.yebeh.2005.04.014)
  18. http://www.practicalgastro.com/pdf/June06/TurnerArticle.pdf
  19. « Long-term monitoring of the ketogenic diet: Do's and Don’ts », Epilepsy Research, vol. 100, no 3,‎ , p. 261–266 (ISSN 0920-1211, DOI 10.1016/j.eplepsyres.2011.05.020, lire en ligne, consulté le 18 janvier 2018)
  20. http://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0883073807301926
  21. a et b John Freeman, Pierangelo Veggiotti, Giovanni Lanzi et Anna Tagliabue, « The ketogenic diet: from molecular mechanisms to clinical effects », Epilepsy Research, vol. 68, no 2,‎ , p. 145–180 (ISSN 0920-1211, PMID 16523530, lire en ligne, consulté le 18 janvier 2018)
  22. http://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0883073809337162
  23. http://www.physiology.org/doi/abs/10.1152/ajpendo.00361.2010
  24. http://www.physiology.org/doi/abs/10.1152/ajpendo.00208.2013
  25. http://www.physiology.org/doi/abs/10.1152/ajpgi.00539.2010
  26. http://www.physiology.org/doi/full/10.1152/ajpendo.00453.2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]