Antoine de Tounens

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Orélie-Antoine Ier
Orélie-Antoine de Tounens
Orélie-Antoine de Tounens
Titre
Roi d’Araucanie et de Patagonie

(1 an, 1 mois et 19 jours)
Prédécesseur Santiago Derqui (président argentin)
Manuel Montt (président chilien)
Successeur Bartolomé Mitre (président argentin)
José Joaquín Pérez (président chilien)
Lui-même (« roi titulaire »)
« Roi d’Araucanie et de Patagonie »

(16 ans, 8 mois et 14 jours)
Prédécesseur Lui-même (roi régnant)
Successeur Achille Ier
Biographie
Nom de naissance Antoine Tounens
Date de naissance
Lieu de naissance La Chaise, Chourgnac, Dordogne (France)
Date de décès (à 53 ans)
Lieu de décès Tourtoirac, Dordogne (France)
Nationalité française
Père Jean Tounens
Mère Catherine Jardon
Profession Avoué, aventurier
Religion Catholicisme

Antoine de Tounens
« Monarques d’Araucanie et de Patagonie »

Antoine de Tounens, né Antoine Tounens le à La Chèze[note 1], commune de Chourgnac et mort le à Tourtoirac, est un aventurier français, qui fut le fondateur du royaume d’Araucanie et de Patagonie et son premier roi sous le nom d'Orélie-Antoine Ier. S'appuyant sur les tribus Puelches et Tehuelches, qui lui sont fidèles, pour combattre les autorités chiliennes et argentines qui s'opposent à son royaume. Le royaume existe réellement de 1860 à 1862, date de la prise de Perquenco, capitale du royaume, par les troupes chiliennes.

Après la fin du royaume, Orélie-Antoine s'exile en France. Bien que le territoire du royaume n'existe plus, il crée autour de lui une « cour » attribuant ainsi décorations et titres; il reprend également le titre de « roi ». Installé à Tourtoirac, il meurt en 1878. N'ayant pas d'enfants, il laisse son héritage dynastique ainsi que ses titres, à l'un de ses plus proche dignitaire, Achille Laviarde, après que son neveu, Adrien-Jean de Tounens eut renoncé à ses droits sur la succession de son oncle.

Biographie[modifier | modifier le code]

L’avoué de Périgueux[modifier | modifier le code]

Antoine[note 2] Thounem[note 3] est le dernier fils et le huitième des neuf enfants (cinq garçons et quatre filles) de Jean Tounens (1781-1862) et de son épouse Catherine Jardon (1787-1873). L'aisance relative de cette famille de paysans, dont le bien est évalué à 70 000 ou 80 000 francs, lui permet de faire quelque étude, d'obtenir le baccalauréat et d'acheter une charge d'avoué à Périgueux. Son père, Jean, obtient, en appel, un jugement[1] de la cour impériale de Bordeaux en date du 27 juillet 1857 autorisant sa famille à rectifier son patronyme en « Tounens » et à y ajouter une particule pour s'appeler désormais « de Tounens ». En effet, le nom de sa famille est mentionné de Tounens dans les actes d'état civil de la fin du XVIIe siècle au milieu du XVIIIe siècle, avant d'être altéré et de perdre la particule dans les actes ultérieurs. Antoine de Tounens vend sa charge d'avoué en cette même année 1857 et sa famille contracte un emprunt de 25 000 francs auprès du Crédit foncier de France en vue d'une expédition qu’il projette. Il est également reçu dans la franc-maçonnerie qu'il quitte cependant dès 1867[2].

Royaume d'Araucanie et de Patagonie[modifier | modifier le code]

Le drapeau bleu-blanc-vert du royaume d'Araucanie et de Patagonie de 1860 à 1862.
Antoine de Tounens vers 1857.

Il débarque en 1858 au port de Coquimbo au Chili, s'installe d'abord à La Serena, et, après avoir passé quelque temps à Valparaíso et Santiago, il se dirige vers l'Araucanie, à partir du port de Valdivia. Il entre en contact avec le lonco (chef militaire mapuche) Quilapán, qui s'enthousiasme pour son projet de fonder un État pour le peuple mapuche, afin d'être en mesure de résister à l'armée chilienne — la guerre d’Arauco faisant alors rage. Quilapán accorde à Antoine de Tounens un droit de passage sur ses terres, interdites aux huincas (Chiliens). Étant parvenu à obtenir le soutien des indigènes Mapuches, Antoine de Tounens fonde le  le royaume d'Araucanie lors d'une assemblée mapuche. Il dote le nouvel État d'une constitution après avoir été élu roi par les chefs mapuches, sous le nom d'Orélie-Antoine Ier. Trois jours plus tard, il décrète l'union de l'Araucanie et de la Patagonie, fixant comme limites au désormais « royaume d'Araucanie et de Patagonie » le río Biobío et le rio Negro au nord, l'océan Pacifique à l'ouest, l'océan Atlantique à l'est et le détroit de Magellan au sud. Mettant en place un gouvernement, son « royaume » devient une vraie menace pour les autorités chiliennes et argentines. Craignant une contre-attaque argentino-chilienne, il cherche des alliées et demande protection à l'Empire du Brésil et au Paraguay mais sans succès. Il demande alors une aide européenne et se tourne vers la France, son pays d'origine. Mais le gouvernement français refuse de prendre toute responsabilité dans un conflit sud américain à venir. Vers novembre 1861, les troupes chiliennes marchent sur les territoires du royaume d'Araucanie et de Patagonie et les troupes d'Antoine Ier sont mises en déroute. En décembre 1861, presque la totalité du royaume est conquis par les troupes chiliennes et argentines. Après la prise de Perquenco par les troupes chiliennes le 5 janvier 1862, il est fait prisonnier et envoyer en détention au Chili puis condamné à l'internement dans un asile. Quant aux Mapuches et aux autres tribus, elles doivent subir la répression argentino-chilienne. L’intervention du consul général de France lui permet de regagner la France et il embarque le 28 octobre 1862 à Valparaiso à bord du Duguay-Trouin.

« Roi » en France[modifier | modifier le code]

Caricature d'Antoine de Tounens, dit Orélie-Antoine Ier, vers 1876.

Après son retour en France, il s'installe à Paris ou il crée une véritable « cour » décernant décorations et titres. Après de nouvelles expéditions malheureuses pour conquérir son ancien royaume en 1869, en 1874 et en 1876, il tombe gravement malade et meurt à Tourtoirac(Dordogne), le 17 septembre 1878[3]. Sur son acte de décès le maire de Tourtoirac porte la mention « Antoine de Tounens, ex-roi d’Araucanie et de Patagonie »[4].

En 2016, la commune de Tourtoirac (avec l'ONG Auspice Stella) érige un monument en face de la maison dans laquelle Orélie-Antoine est mort. Ce monument est inauguré par le maire Dominique Durand et le prince Antoine IV, actuel prince et « roi d'Araucanie et de Patagonie ».

Le même jour, un médaillon, également offert par Auspice Stella, représentant Orélie-Antoine a été inauguré dans son village natal, à Chourgnac d'Ans au lieu-dit La Chèze par Madame Flageat, maire de Chourgnac d'Ans et par le prince Antoine IV.

Monument d'Orélie-Antoine de Tounens en centre ville de Tourtoirac.
Tombe d'Antoine de Tounens au cimetière de Tourtoirac.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Transcription de l'arrêt de la cour de Bordeaux du 27 juillet 1857 », sur Jean de Tounens (consulté le 16 avril 2012)
    Lors de ce procès, Jean de Tounens n'apporte pas la preuve de l'éventuelle noblesse de sa famille, ce que la cour d'appel constate. La cour ne se prononce donc pas sur ce point.
  2. Léo Magne, L’Extraordinaire aventure d’Antoine de Tounens, roi d’Araucanie-Patagonie, Éditions Latino-Américaines, Paris, 1950, 199 pages, pages 122 et 123. Dans ce passage Léo Magne cite une communication d’Ambroise Darboy intitulée « Le Pape Pie IX et le Roi d’Araucanie » parue dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux (ICC) du 10 avril 1925. L’auteur de cette communication indique que parmi les papiers de son oncle monseigneur Darboy se trouve une lettre du 15 juillet 1867 adressée au pape Pie IX par Antoine de Tounens où ce dernier demande à être relevé de son excommunication due à son appartenance à la franc-maçonnerie (« Je m’étais fait recevoir franc-maçon sans savoir ce qu’était la franc-maçonnerie »). Pie X a annoté en latin, signé et renvoyé la requête à l’archevêque de Paris : Si vera sunt exposita, num Deus non invidetur, preces remittimus Archiepiscopo Parisiensi, ut, reparando, scandalo et damnatis erroribus absolvat confitentem reum, et det illi paenitentiam salutarem. La traduction (incomplète) figurant dans l’ouvrage de Léo Magne (page 123) est la suivante : « Si les choses exposées sont vraies, nous remettons la supplique à l’Archevêque de Paris, de telle sorte que le scandale étant réparé et les erreurs condamnées, il absolve le coupable repentant et lui donne une pénitence salutaire. »
  3. Marc de Villiers Du Terrage, Conquistadores et roitelets: rois sans couronne, Paris, Perrin, , p. 351
  4. Jacques Lagrange, Le roi français d'Araucanie, Éditions PLB, , page 44

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Chèze s'écrit aussi La Chaise.
  2. Un de ses frères (1809-1885) porte aussi le seul prénom d'Antoine d'où l'adjonction dans l'usage d'un second élément (Orélie) pour le cadet.
  3. Ce patronyme est écrit de bien des façons à l'état civil : Tounem, Tounems, Tounens...

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine de Tounens. Avènement au trône de Orllie-Antoine Ier, roi d'Araucanie et de Patagonie et sa captivité au Chili. Thevelin, 1863.
  • (es) Victor Domingo Silva, El Rey de Araucanía, Empresa Editorial Zig-Zag, Santiago de Chile, 1936.
  • (es) Armando Braun Menéndez, El Reino de Araucanía y Patagonia, Editorial Francisco de Aguirre, 5a edición. Buenos Aires y Santiago de Chile, 1967. Primera edición: Emecé, Colección Buen Aire, Buenos Aires, 1945.
  • Léo Magne, L’Extraordinaire aventure d’Antoine de Tounens, roi d’Araucanie-Patagonie, Éditions Latino-Américaines, Paris, 1950, 199 pages.
  • Saint-Loup, Le Roi blanc des Patagons, Paris,France Club, 1964.
  • Philippe Prince d’Araucanie (Philippe Boiry), Histoire du Royaume d’Araucanie (1860-1979), une Dynastie de Princes Français en Amérique Latine. S.E.A., Paris 1979.
  • Jean Raspail Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie, éditions Albin Michel, 1981 (Grand prix du roman de l'Académie française).
  • Orélie-Antoine Tounens, Roi d'Araucanie et de Patagonie, Pièces justificatives, éditions Pédelahore, coll. Transhumance, 2014.
  • Jean-François Gareyte, Le rêve du sorcier. Antoine de Tounens, Roi d'Araucanie et de Patagonie, éditions La Lauze, 2016

Filmographie[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Le musée du PérigordPérigueux) conserve un buste d’Antoine de Tounens sculpté par Jean-Baptiste Baujault.

Article connexe[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]