Grands Anciens

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Grands Anciens
Personnage de fiction apparaissant dans
les récits du Mythe de Cthulhu.

Rhan-Tegoth sur son trône.Illustration de Borja Pindado d'après la nouvelle L'Horreur dans le musée de H. P. Lovecraft.
Rhan-Tegoth sur son trône.
Illustration de Borja Pindado d'après la nouvelle L'Horreur dans le musée de H. P. Lovecraft.


Créé par Howard Phillips Lovecraft

Les Grands Anciens (Great Old Ones ou Old Ones) sont des créatures extraterrestres fictionnelles, originellement issues de l'œuvre littéraire de l'écrivain américain Howard Phillips Lovecraft.

Le concept même de « Grand Ancien » varie dans les fictions de Lovecraft puisque le vocable désigne plusieurs sortes d'entités selon la perception plus ou moins biaisée des narrateurs. Parmi les êtres désignés de la sorte, vénérés parfois comme des divinités par certains mortels dévoyés, la plus célèbre création de Lovecraft demeure Cthulhu, gigantesque créature tentaculaire piégée dans la cité engloutie de R'lyeh.

Par la suite, plusieurs écrivains imaginent d'autres Grands Anciens dans le cadre du Mythe de Cthulhu, ensemble de pastiches littéraires inspirés par l'œuvre de Lovecraft. Créateur du terme « mythe de Cthulhu », l'écrivain et éditeur américain August Derleth réinterprète les Grands Anciens comme des forces élémentaires et maléfiques, comparables aux anges déchus du christianisme. Néanmoins, les exégètes du « maître de Providence » critiquent cette conception, soulignant qu'elle constitue un contresens au regard de la notion lovecraftienne d'horreur cosmique et matérialiste.

Présentation[modifier | modifier le code]

Récits de Lovecraft[modifier | modifier le code]

Mythe de Cthulhu selon August Derleth[modifier | modifier le code]

Originaire de Sauk City dans l'État du Wisconsin et correspondant de Lovecraft avant de devenir son éditeur posthume, le jeune écrivain August Derleth baptise « Mythe de Cthulhu » l'ensemble des récits qui se rattachent censément aux fictions de Lovecraft. Ce faisant, Derleth incorpore au « Mythe » ses propres créations ainsi que ses interprétations anthropocentristes et manichéennes diamétralement opposées au cosmicisme de l'athée Lovecraft. Probablement en raison de sa culture catholique, Derleth échafaude une dichotomie similaire à celle du Dieu judéo-chrétien bannissant Lucifer du Paradis[1].

Très tôt, du vivant même de Lovecraft, Derleth assimile les entités lovecraftiennes à des créatures mauvaises tandis que dans les récits du « maître de Providence », ces redoutables entités cosmiques tiennent les mortels pour quantité négligeable et suivent leurs propres desseins incompréhensibles à l'esprit humain.

Hastur l'indicible tel qu'il apparaît dans la nouvelle « La Fenêtre à pignon » (1957) d'August Derleth.
Illustration de Robert M. Price publiée dans Crypt of Cthulhu no 6, numéro spécial « August Derleth », 1982.

Le pulp Weird Tales publie en août 1932 la nouvelle The Lair of the Star-Spawn (dont le titre a été suggéré par Lovecraft). Derleth y mentionne « Cthulhu, Hastur l'indicible, Lloigor et Zhar, les doubles obscénités, et d'autres » comme des « Anciens Dieux » (Elder Ones ou Elder Gods), « êtres maléfiques » (evil beings) autrefois combattus et vaincus par les « Grands Anciens » (Great Old Ones) dans le cadre d'une lutte pour la suprématie sur la planète Terre. Initialement, Derleth emploie donc le vocable « Grands Anciens » pour désigner les adversaires des méchants Anciens Dieux, usage qu'il inverse par la suite[2].

Le , August Derleth adresse une lettre à l'écrivain Robert Barlow où il lui expose brièvement sa conception de « la mythologie » telle qu'il la comprend : « les Anciens (the Ancient or Old Ones) gouvernaient les Univers - le maléfique Cthulhu, Hastur l'indicible, etc., se révoltèrent contre leur autorité, engendrant à leur tour le peuple Tcho-Tcho et d'autres créatures adonnées à leur culte[n 1]. »

Dans l'article « H. P. Lovecraft, Outsider », rédigé peu de temps après la mort du « maître de Providence » et publié dans le magazine River en juin 1937, August Derleth prête au défunt plusieurs opinions erronées, observe le critique littéraire S. T. Joshi. Ainsi, sur la foi d'une citation apocryphe de Lovecraft — mentionnant censément la pratique de la « magie noire » par ses créatures fictionnelles —, Derleth attribue à son ex-correspondant ses propres conceptions relatives au « Mythe de Cthulhu » soi-disant similaire au « mythe chrétien[4],[5]. »

Dans la nouvelle « Le retour d'Hastur » (The Return of Hastur), vraisemblablement conçue dès février 1932 puis rédigée à partir de janvier 1933 avant de paraître finalement dans Weird Tales en mars 1939[6], August Derleth décline plus longuement ses conceptions par l'intermédiaire du personnage Paul Tuttle : « cette mythologie découle d'une source commune avec la légende de la Genèse », malgré une ressemblance superficielle. Tuttle conjecture l'antériorité de la « mythologie cosmique et éternelle » dont les acteurs sont « de deux essences uniquement : les Vieux, ou Anciens, les Dieux Aînés issus du Bien cosmique (the Old or Ancient Ones, the Elder Gods, of Cosmic Good), et ceux qui sont issus du Mal cosmique qui portent différents noms, eux-mêmes appartenant à différents groupes. » Ces groupes correspondent aux forces élémentaires, selon Tuttle, qui poursuit son « petit cours » à l'intention du narrateur Haddon : « Il y a très longtemps, les Anciens bannirent les Mauvais (the Evil Ones) de l'espace cosmique et les emprisonnèrent en différents lieux. Mais avec le temps, ceux-ci ont donné naissance à des suppôts de Satan qui ont entrepris de préparer leur retour. Les Anciens n'ont pas de nom, mais leur pouvoir est, et sera, apparemment, suffisant pour faire échec à celui des autres. » Bien que les groupes d'élémentaires maléfiques s'opposent entre eux, « tous haïssent et craignent les Anciens. Ils rêvent de les abattre un jour ou l'autre[7] ». La nouvelle se clôt par l'affrontement entre Cthulhu, « l'élémentaire de l'eau », et Hastur « l'élémentaire de l'air », avant qu'une intervention divine les contraigne derechef à l'exil[8].

Jeux de rôle[modifier | modifier le code]

Le Roi en jaune, avatar du Grand Ancien Hastur dans le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu publié par Chaosium.
Illustration d'Earl Geier[9].

Publié par les éditions Chaosium en 1981, le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu intègre dans son contexte ludique de nombreux monstres issus de divers textes littéraires qui se rattachent au mythe de Cthulhu, en procédant à une classification des créatures : « serviteurs », « races indépendantes », etc. Certaines entités sont ainsi regroupées sous le terme générique « Grands Anciens ».

Cependant, le jeu de rôle adopte une hiérarchie qui différencie les « Dieux extérieurs » (Outer Gods) des Grands Anciens en question. Les premiers y personnifient des forces cosmiques comme le chaos ou la fertilité. Les seconds sont des entités extraterrestres qui ne sont pas d'essence divine, en dépit de leur puissance et du culte dont elles font parfois l'objet[10].

L'Appel de Cthulhu distingue ainsi Azathoth, Yog-Sothoth, Shub-Niggurath et Nyarlathotep parmi les Dieux extérieurs, sans compter d'autres divinités non identifiées, aveugles et stupides[11]. Le vocable « Dieux extérieurs » provient peut-être des « Autres Dieux » (Other Gods), entités mystérieuses mentionnées dans les nouvelles lovecraftiennes Les Autres Dieux (The Other Gods (en)), L'Étrange maison haute dans la brume et La Quête onirique de Kadath l'inconnue. « Âme et messager » de ces redoutables Autres Dieux, Nyarlathotep protège les « faibles dieux de la Terre » depuis les « contrées du rêve » (the Dreamlands)[12].

Le jeu de rôle catégorise, en tant que Grands Anciens, Cthulhu, Hastur, Dagon, Ithaqua, Rhan-Tegoth et de nombreuses autres entités[13]. Au fur et à mesure de la parution de ses suppléments et rééditions, L'Appel de Cthulhu prête également divers noms, voire différents avatars, à plusieurs Grands Anciens. D'autre part, le jeu spécifie ne pas reprendre le concept derlethien de forces élémentaires associées à tel ou tel Grand Ancien.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources primaires (littérature)[modifier | modifier le code]

Le signe des Anciens[n 2] (Elder sign en anglais), comme calligraphié par Lovecraft dans une lettre de 1930 à Clark Ashton Smith[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Donald R. Burleson, S. T. Joshi, Will Murray, Robert M. Price et David E. Schultz, « What Is the Cthulhu Mythos ? A Panel Discussion », Lovecraft Studies, West Warwick, Necronomicon Press, no 14,‎ , p. 3-30 (lire en ligne)
    Traduction française : S. T. Joshi (dir.) (trad. Philippe Gindre), Qu'est-ce que le Mythe de Cthulhu ? [« What is the Cthulhu Mythos ? »], Dôle, La Clef d'argent, coll. « KhThOn » (no 1), , 4e éd. (1re éd. 1990), 60 p. (ISBN 978-2-908254-50-1, présentation en ligne).
  • (en) Daniel Harms, The Cthulhu Mythos Encyclopedia : A Guide to Lovecraftian Horror, Oakland (Californie), Chaosium, coll. « Call of Cthulhu Fiction », , 2e éd. (1re éd. 1994), 425 p. (ISBN 1-56882-119-0)
    Réédition augmentée : (en) Daniel Harms, The Cthulhu Mythos Encyclopedia : A Guide to H. P. Lovecraft Universe, Elder Signs Press, , 3e éd. (1re éd. 1994), 402 p. (ISBN 0-9748789-1-X, présentation en ligne).
  • (en) David Harms et John Wisdom Gonce III, The Necronomicon Files : The Truth Behind The Legend, Boston, Weiser Books, (1re éd. 1998), 342 p. (ISBN 978-1-57-863269-5).
  • (en) S. T. Joshi, The Rise and Fall of the Cthulhu Mythos, Poplar Bluff, Mythos Books, , 324 p. (ISBN 978-0-97-899118-0, présentation en ligne)
    Réédition augmentée : (en) S. T. Joshi, The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, New York, Hippocampus Press, , 357 p. (ISBN 978-1-61498-135-0, présentation en ligne).
  • (en) S. T. Joshi, « The Cthulhu Mythos : Lovecraft vs. Derleth », dans S.T. Joshi (dir.), Dissecting Cthulhu : Essays on the Cthulhu Mythos, Lakeland (Floride), Miskatonic River Press, , 280 p. (ISBN 978-0-9821818-7-4, présentation en ligne), p. 131-138.
  • (en) S. T. Joshi, Lovecraft and a World in Transition : Collected Essays on H.P. Lovecraft, New York, Hippocampus Press, , 645 p. (ISBN 978-1-61498-079-7, présentation en ligne), « The Cthulhu Mythos », p. 585-615.
  • Gilles Menegaldo, « Le méta-discours ésotériste au service du fantastique dans l'œuvre de H. P. Lovecraft », dans H. P. Lovecraft, fantastique, mythe et modernité, Paris, Dervy, coll. « Cahiers de l'hermétisme », , 464 p. (ISBN 2-84454-108-9, présentation en ligne), p. 259-283.
  • (en) Dirk W. Mosig, « H. P. Lovecraft : Myth-Maker », Whispers, vol. 3, no 1,‎ , p. 48–55.
    Article repris dans : (en) Dirk W. Mosig, « H. P. Lovecraft : Myth-Maker », dans S.T. Joshi (dir.), Dissecting Cthulhu : Essays on the Cthulhu Mythos, Lakeland (Floride), Miskatonic River Press, , 280 p. (ISBN 978-0-9821818-7-4, présentation en ligne), p. 13-21.
  • (en) Matthew H. Onderdonk, « Charon - In Reverse ; Or, H. P. Lovecraft Versus the « Realists » of Fantasy », Fantasy Commentator, A. Langley Searles, vol. 2, no 6,‎ , p. 193–197.
    Article repris dans : (en) Matthew H. Onderdonk, « Charon - In Reverse ; Or, H. P. Lovecraft Versus the « Realists » of Fantasy », dans Peter Cannon ( éd.), Lovecraft Remembered, Sauk City (Wisconsin), Arkham House, , XIV-486 p. (ISBN 0-87054-173-0, présentation en ligne), p. 448-454.
  • (en) Robert M. Price, « Monsters of Mu : The Lost Continent in the Cthulhu Mythos », Crypt of Cthulhu, Bloomfield, Cryptic Publications, vol. 1 « Lovecraft and Occult Cosmology », no 5,‎ roodmas 1982, p. 10–14 (lire en ligne).
  • (en) Robert M. Price, « August Derleth : Myth Maker », Crypt of Cthulhu, Bloomfield, Cryptic Publications, vol. 1, no 6 « August Derleth Issue »,‎ fête de la saint-jean, 1982, p. 17-18 (lire en ligne).
  • (en) Robert M. Price, « The Revision Mythos », Lovecraft Studies, West Warwick, Necronomicon Press, no 11 (vol. 4, no 2),‎ , p. 43-50 (lire en ligne).
  • (en) Robert M. Price, « The Last Vestige of Derleth Mythos », Lovecraft Studies, West Warwick, Necronomicon Press, no 24,‎ , p. 20-21.
    Article repris dans : (en) Robert M. Price, « The Last Vestige of Derleth Mythos », dans S.T. Joshi (dir.), Dissecting Cthulhu : Essays on the Cthulhu Mythos, Lakeland (Floride), Miskatonic River Press, , 280 p. (ISBN 978-0-9821818-7-4, présentation en ligne), p. 127-130.
  • (en) Robert M. Price, « Lovecraft's « Artificial Mythology » », dans S. T. Joshi et David E. Schultz (dir.), An Epicure in the Terrible : A Centennial Anthology of Essays in Honor of H.P. Lovecraft, New York, Hippocampus Press, (1re éd. 1991) (ISBN 978-0-9846386-1-1), p. 259-268.
  • (en) David E. Schultz, « The Origin of Lovecraft's « Black Magic » Quote », Crypt of Cthulhu, Mount Olive, Cryptic Publications, no 48,‎ , p. 9–13.
    Article repris dans : (en) David E. Schultz, « The Origin of Lovecraft's « Black Magic » Quote », dans S.T. Joshi (dir.), Dissecting Cthulhu : Essays on the Cthulhu Mythos, Lakeland (Floride), Miskatonic River Press, , 280 p. (ISBN 978-0-9821818-7-4, présentation en ligne), p. 216-223.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « According to the mythology as I understand it it is briefly this : the Ancient or Old Ones ruled the universes - from their authority revolted the evil Cthulhu, Hastur the Unspeakable, etc. who in turn spawned the Tcho-Tcho people and other cult like creatures[3]. »
  2. Le signe des Anciens est mentionné une première fois par Lovecraft dans la longue nouvelle La Quête onirique de Kadath l'inconnue (The Dream Quest of Unknown Kadath, 1926), bien qu'il ne soit pas décrit précisément : « the farmer and his wife would only make the Elder Sign and tell him the way to Nir and Ulthar. »

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]